jeudi, 18 mars 2010

Comment se fait l'info en 2010.

Samedi 13 mars, un certain Trek Ta Plan poste la vidéo d'Allo Dilbeek sur Facebook. Dimanche 14 après-midi, quelqu'un m'envoie un lien sur cette vidéo. Je la partage alors sur FCBK à 23 h39. Francophone de Bruxelles la reçoit et la poste sur son blog, le 15 mars en me remerçiant (www.francophonedebruxelles.com), suite à quoi, le 16, à 22h47, Jean Quatremer reprend la même vidéo et le lendemain, je crée un article sur mon blog qui la contient également le 17 mars à 13h25. C'est là que, tout à coup, RTL prend conscience du fait que François Pirette a en fait réalisé ce gag pour Bel RTL deux semaines auparavant et lance un sujet à ce… sujet (http://www.rtlinfo.be/info/magazine/media/314448/quand-pirette-appelle-la-commune-de-dilbeek-francais-interdit). Suite à quoi, d'autres journaux reprennent l'info, notamment Le Vif, sans plus citer ni Trek Ta Plan, ni Francophonedebruxelles, ni Jean Quatremer, ni moi-même.

Ceci montre deux choses. D'abord, la vidéo provient de Facebook, ce qui montre l'efficacité des réseaux sociaux. On identifie, dans le groupe, celui qui « saura » utiliser l'information. Ainsi se créent des noyaux dans lesquels les spécialités se créent réellement. De Facebook, elle s'est rapidement répercutée dans des blogs qui sont notamment connectés par tweeter, et l'info de diffuse très rapidement à plusieurs milliers de personnes (j'ai 500 personnes par jour sur mon blog, Jean Quatremenr beaucoup, beaucoup plus), pour ensuite atterrir dans les pages online des radios et journaux. Le web 2.0 est donc bien aujourd'hui l'une des forces vives de l'information, raison pour laquelle il est indispensable à tous les blogueurs de prendre conscience de leur responsabilité d'informateurs, de vérifier l'info, de devenir des journalistes en herbe. Et par ailleurs, il est si actif et si alerte qu'un sketch quotidien dont le caractère exceptionnel est forcément passé inaperçu dans les studios (Pirette publie un sketch par jour ; il est pratiquement impossible de l'intérieur d'une organisation de diffusion de percevoir le caractère exceptionnel d'un programme que l'on vient de produire : cela demande une réaction publique). Ce qui fait du web 2.0 un outil de compréhension très intéressant pour les médias, qui en récoltent des informations sur ce qui intéresse plus les gens, et sur la pertinence de ce qu'ils produisent.

 

Il nous reste à souhaiter à Pirette un prompt rétablissement !

Juliette & Victor, l'indispensable !

N'oubliez pas d'acheter votre exemplaire du bimestriel Juliette & Victor, dans lequel Jean Quatremer décrypte la politique belge pour les Français, mais aussi, et c'est ça qui est bien, les Belges, qui ne savent en général pas du tout dans quel pays ils habitent, et se demandent quelquefois pour combien de temps encore. On y parle de Walen buiten et il y a une excellentissime photo de moi (non, vraiment, ce photographe, il est fantastique !) Et comme dit J4M, c'était la rubrique copinage et autopromotion !

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Un VLD qui a des calculs.

N'ayant rien compris, beaucoup de politiciens flamands croient que leur « combat » pour la périphérie se résume à un affrontement entre Néerlandophones et Francophones. Ainsi, Luk Van Biesen, de l'OVLD, s'est cru pouvoir crier victoire en constatant (sur base d'un calcul démographique plutôt comique) que la proportion de non-Belges de Crainhem étant passée de 17,3 à 25,3 %, les Francophones s'y retrouveraient en minorité en… 2020 ! Idem à Wezembeek. Et apparemment, Van Biesen y puiserait une joie profonde, arguant que la majorité francophone aurait disparu, donc, d'ici-là. Il reprend là un refrain d'un certain Bard De Wever (N-VA) qui prétend que Bruxelles est à 50% étrangère pour tenter de minimiser la présence francophone. Or, sachant que de ces 50% d'étrangers, les 9/10 parlent au moins un peu le français, et 1/20e néerlandais (parce qu'ils viennent de Hollande), même si les ni-franco ni-flamands étaient réellement aussi nombreux (ce qui n'est pas le cas : 68% des Bruxellois sont de langue maternelle française et 12% néerlandaise, soit 80%), rien ne dit qu'ils voteraient pour des partis dont ils ne comprennent pas la langue. Autrement dit, même si demain, il y avait 50% d'étrangers à Crainhem, ils pourraient voter pour des candidats francophones, et en tout cas pour le maintien des facilités.

L'erreur fondamentale de Luk Van Biesen, le comique du jour, est de considérer les choses de façon communautaire, les Francophones contre les Flamands et inversément. Mais les choses dans la périphérie bruxelloise ne sont pas de cette nature. Il y a les Bruxellois et les expats qui, tous, travaillent à Bruxelles, et aimeraient habiter dans la région immédiate, à la campagne, sans y être insultés ou rejetés, et sans devoir quotidiennement passer sous un panneau qui prétend que telle ou telle commune « appartient » aux Flamands (Vlamingen). D'ailleurs, à Overijse, les Anglophones sont pourchassés au même titre que les Francophones, dès lors qu'on y interdit les panneaux « for sale » et que la commune a visiblement des relations privilégiées avec les gens du TAK qui vandalisent les magasins où absolument tout n'est pas en néerlandais. Croire qu'en 2020, ces gens-là vont tout à coup devenir pro-flamands parce qu'ils ne sont pas francophones est du plus haut ridicule. Mais en admettant que cela arrive, par exemple, à Dilbeek, je rirais bien à lire les commentaires des internautes flamingants sur l'arrogance et le manque de respect des Anglais, Allemands, Suédois, Italiens, Espagnols, Portugais, qui viennent manger le pain des Flamands sans même parler leur langue ! On rirait bien, sachant que le pain de la périphérie, c'est la présence des instances internationales à Bruxelles qui le paye !

Allez Luk, encore une blague. Avec vous, on rit bien !

Voile : le Conseil d'État donne raison à Marcel Sel

Dans mon article La Quadrature du Voile, d'il y a six mois (je suis devin ! je suis devin ! ) je fustigeais la trop rapide décision du Conseil de l'enseignement communautaire flamand d'interdire le voile dans toutes les écoles d'Anvers. Je suivais en cela, notamment, l'opinion de Jan de Groof, juriste scolaire, qui se posait notamment la question de la légalité de cette interdiction. Et je rappelais pour ma part qu'une telle décision supposait un débat démocratique, que la Communauté flamande empêchait de facto. Or, c'est exactement ce que le Conseil d'État reproche à la décision de ce Conseil éducatif, en annulant sa décision d'interdire le voile à l'école. Au même moment (septembre 2009), les Francophones avaient saisi la balle au bond pour entamer une discussion générale sur le voile à l'école et dans l'administration, poussés sans doute par le repli identitaire en France, et la politique un peu brutale de certaines institutions au Nord. Il se fait donc que le Conseil d'État me donne aujourd'hui raison sur ce point précis. Je précise que je ne me suis jamais prononcé pour ou contre le voile : je rappelle simplement qu'une décision aussi importante et aussi solennelle (qui revient à interdire à certaines la pratique assidue de leur religion) ne peut se faire que dans la sérénité (toute relative) de sénacles démocratiques par excellence que sont la Chambre et le Sénat, et ce, après avoir pris les informations indispensables à la bonne compréhension des enjeux.

(A Wanda : oui, je suis en accord total avec la décision du Conseil d'État. Cela ne signifie pas qu'il ne se trompe jamais, et encore moins qu'il n'a pas un a priori négatif vis-à-vis des Francophones).

mercredi, 17 mars 2010

BHV : La conjuration des imbéciles.

Il y a une chose fondamentale dans le fonctionnement des médias : la confiance. Dans le monde internetisé où une erreur sur un site web peut avoir des conséquences foudroyantes (comme l’annonce d’un grave accident de TGV sur le site de la SNCF) en se propageant comme une traînée de poudre, chaque journaliste doit pouvoir faire confiance aux dires de celui dont il s’inspire. Or, ce matin, la Gazet van Antwerpen prétendait, sur base d’une décision de la Cour européenne de Justice, qu’il ne pourrait y avoir d’autres élections sans la scission de BHV. Car la cour exige un contrôle indépendant des résultats des élections (alors qu’en Belgique, chaque chambre s’autovalide) et que dans ce cas, selon GvA, l’inconstitutionnalité de BHV obligerait l’organe de contrôle à refuser toute nouvelle constituante. Et quelques journaux online reprenaient en chœur l’information. Or, non seulement elle était fausse, mais de surcroît, elle était imbécile.

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La conversation téléphonique qui tue le gouvernement flamand.

Merci à François Pirette et à FrancophonedeBruxelles.

 

jeudi, 11 mars 2010

FNAC : Déjà finie la promo !

Voilà comment vont les choses. Hier, sur le site de la FNAC, on annonçait une ristourne de 10% en néerlandais et de 5% en français. N'écoutant que ma propension à voir le mal partout, j'écrivis une bafouille avec un peu d'humour piquant, sachant quand même que les livres promus sur un site (NL) et sur l'autre (FR) n'étaient pas les mêmes. Néanmoins, la méthode était étonnante. Un internaute conscient de ses droits, écrivit donc à la FNAC. Elle aurait pu répondre : « Nous comprenons que cette différence semble discriminatoire, mais comprenez que les marges ne sont pas du tout les mêmes sur les livres néerlandophones et les livres francophones ». Reconnaissons que la culture dans ce pays étant totalement communautarisée, la FNAC a le mérite d'être une des rares librairies où l'on trouve des ouvrages dans les deux langues, et que dès lors, l'entreprise doit concurrencer des marchés totalement différent en français et en néerlandais.

Mais non. La réponse fut moins explicative. Il s'agit évidemment d'une erreur :

« Là où vous voyez une discrimination linguistique il n’y a, en fait, qu’une erreur d’encodage qui a été rectifiée quelques instants après qu’elle fut publiée. Nous sommes certains que votre indignation sera apaisée par notre mea-culpa pour cette faute de frappe totalement non intentionnelle. »

Et comme toujours, les explications trop simples posent des tas de problèmes. Si l'erreur d'encodage a été rectifiée « quelques instants après qu'elle fut publiée », pourquoi est-elle restée en ligne au moins toute l'après-midi d'hier (je l'ai montrée à plusieurs personnes sur plusieurs ordinateurs) ? Et si elle a été rectifiée, on peut supposer que les deux promotions se seront égalisées ? Tous à 5% ou tous à 10% ? Mais non ! Désormais, c'est fini. Plus de pourcentage. Le vide sidéral. Plus de promo. Nada. Nothing. Rien. Comme on peut le voir désormais : Image 58.pngImage 59.png au-dessus la promo d'hier. En-dessous, la non-promo d'aujourd'hui.

Du coup on commence à se poser des questions qu'on ne se posait pas : y aurait-il véritablement eu un caractère discriminatoire dans la promo ? La FNAC a-t-elle trouvé compliqué d'expliquer une situation différenciée sur le marché entre Nord et Sud, et préféré prétendre à une soi-disant faute de frappe ? Ou encore, a-t-elle compris que l'impression donnée par deux chiffres différents était assez mauvaise ? Ou a-t-on réellement fait une faute de frappe ? C'est vrai que le chiffre 5, sur le clavier, est juste à-côté du chiffre 10 ! Si, si ! Je vous jure ! Sur les claviers QWAZERTY.

 

mercredi, 10 mars 2010

Walen Buiten vient de sortir !

Ce mercredi 3 mars 2010, mon livre Walen Buiten commence à arriver dans les bonnes librairiesCouverture.jpg. C'est un essai romancé : d'une part, c'est une enquête scrupuleuse, aux traductions précises, richement documentée, menée, d'autre part, par deux personnages fictifs qui plongent le lecteur, belge ou non, dans une Belgique vécue. C'est un récit vivant, en partie autobiographique, la façon la plus agréable de comprendre enfin pourquoi la Belgique pourrait disparaître. Ce n'est pas un roman, mais ça se lit comme un roman, et c'est à la portée de tous ! Le livre explique très clairement pourquoi le pays hoquette, se délite, quelles idéologies sont au pouvoir dans cette guerre des nerfs, et comment les partis traditionnels flamands se sont laissés happer par un nationalisme qui puise ses sources et ses forces les plus vives dans un passé inquiétant. Il rappelle que les partis flamands ont pris le risque de plonger la Nation dans une crise politique aux conséquences imprévisibles, pour obtenir une réforme de l'État, qui revenait à accorder à la Flandre son indépendance, tout en retirant son autonomie à Bruxelles, et en sonnant le glas de la solidarité sociale nationale.

Mais Walen Buiten est aussi une promenade dans Bruxelles, en Flandre, en Wallonie, chez les gens, dans les relations humaines, dans un calme peut-être précaire, mais réel, comme s'il y avait deux pays  celui qui se bat, et celui qui s'en fout ! Les lecteurs belges sont invités à réfléchir à notre avenir commun. Les lecteurs français, les expats, les Suisses et les Canadiens, découvriront un pays bien plus profond et bien plus déchiré qu'on ne le croit généralement, où le français est interdit dans l'administration et jusqu'aux prêches de certaines églises. Il ne s'agit pas d'un pamphlet, mais d'une base pour une prise de conscience de la situation tragique dans laquelle ce pays de cocagne est en train de s'enfoncer.

Walen Buiten est en vente dans toutes les bonnes librairies (au besoin, vous pouvez le commander à votre libraire en précisant qu'il est distribué par Jourdan Distribution) au prix de 19,90 € en Belgique (je ne connais pas le prix français).

Pour en savoir plus, regardez le petit reportage à la lisière de Bruxelles


ou écoutez quelques extraits de mon interview de ce 3 mars sur Bel-RTL.


podcast

Je dédicacerai mon livre ce vendredi 5 mars de 16h à 17h à la Foire du Livre de Bruxelles, chez Jourdan Editions (stand 228).

FNAC : Et pour les Flamands pas la même chose…

FNAC.BE, où l'on peut trouver mon livre à condition de taper « walenbuiten » en un mot (sinon, impossible ! ) annonce à l'entrée de son site offrir 10% de ristourne en néerlandias et seulement 5% en français. Et entre les livres sur la Turquie et ceux sur le Kurdistan, il y a une différence aussi ?

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lundi, 08 mars 2010

Freya ou le social-flamingantisme.

La jolie Freya Van Den Bossche est la ministre flamande de l'Habitat (entre autres). Elle est socialiste. A Vilvoorde, on vendait une douzaine de maisons sociales (à bas prix). L'une des conditions pour y avoir droit était de réussir un examen de néerlandais, que le conjoint éventuel devait réussir aussi (ach! on ne fa guand même bas ze mélancher afek tes édranchers* !) Un Flamand épousant une jeune Italienne, une Anglaise ou une Belge francophone n'y aurait pas eu droit. L'inspection du logement flamand a donc réagi, au bout de plusieurs années, en qualifiant le règlement de discriminatoire et demandant sa suppression, montrant ainsi qu'il y a encore des fonctionnaires courageux et respectables en Flandre. La commune a protesté auprès de la ministre : « on nous empêche de discriminer, godverdomme », a dit le bourgmestre, successeur de M. De Haene. Freya Van Den Bossche, qui est socialiste, a tranché : la commune ne peut pas exiger un examen. Ouf ! Freya serait-elle sincèrement socialiste ? Voire : au lieu de l'examen, elle impose 240 heures de cours de néerlandais à tout non-néerlandophone qui souhaiterait acheter l'une de ces maisons. C'est du reste déjà la même obligation imposée par le Wooncode (voté notamment par les socialistes flamands) dans toute la Flandre sans facilités. Discrimination oblige. Ah oui. Je crois avoir oublié de préciser que Freya Van Den Bossche était socialiste !

En réalité, Vilvoorde s'apprête à vendre l'an prochain plus de 200 (deux cents, twee honderd) maisons à un prix très bas de préférence sur base d'un examen linguistique, et au mieux en imposant deux ans de cours hebdomadaires aux candidats et/ou à leur conjoint, pour s'assurer que celles-ci aillent, selon le bourgmestre, à des gens « de la région ». Ceci implique que pour Vilvoorde, les très nombreux Francophones qui y habitent depuis parfois plus de 60 ans, ne sont pas « de la région ». L'ampleur des ventes de l'an prochain (plus de 200 maisons) montre qu'il ne s'agit pas de logements sociaux, mais bien de maisons offertes par la commune à prix avantageux, à condition de parler, ou d'apprendre activement le néerlandais. Un Francophone ou un expat est de moins en mois égal à un Néerlandophone en périphérie bruxelloise. Et c'est cette fois grâce à une dites-le avec moi : socialiste !