Oh Bro ! 1. La Fédération Européenne des Journalistes (EFJ) se forme chez les Frères musulmans.

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O Bro ! est un feuilleton sur la complaisance de plusieurs pouvoirs européens, belges et français envers les Frères musulmans et l’islamisme en général.

Temps de lecture : 29 minutes
Mise à jour du 7 juin à 11h15 (en rouge dans le texte) : la justice néerlandaise a impliqué Al Aqsa Belgique dans le financement du Hamas / Réaction de Ricardo Gutiérrez sur sa page Facebook.

Préambule 
Ce qui attend la France se passe aujourd’hui en Belgique. Le débat y fait rage depuis des mois entre les partisans du port du voile dans les services publics et ceux qui rejettent les signes convictionnels. Il fait suite à plusieurs décisions de justice contradictoires, dont la dernière impose à la STIB (la RATP bruxelloise) d’autoriser le port du voile dans ses services, parce qu’elle n’interdit pas la… barbe.

Ceci coïncide avec la sortie du livre Cachez cet islamisme… voile et laïcité à l’épreuve de la Cancel Culture, aux éditions La Boîte à Pandore, auquel j’ai contribué, et qui dénonce l’ostracisme dont font l’objet ceux qui, en Belgique, s’inquiètent de la montée de l’influence des Frères musulmans et des fondamentalistes en général, surtout en politique. Cet ostracisme a été soutenu et même alimenté par la Fédération Européenne des Journalistes et en particulier, par son secrétaire général Ricardo Gutiérrez.

Comment est-ce arrivé ? Comment le cœur même du journalisme européen est-il devenu lui-même un censeur des opinions qui ne lui conviennent pas ? C’est le sujet de ce premier article.

NOTE : suite à mon billet de juillet 2020 mettant notamment en cause Ricardo Gutiérrez, j’ai reçu  13 courriers d’avocats en 6 mois, j’ai été acquitté de deux poursuites en correctionnelle, j’ai reçu une demi-douzaine d’autres menaces de procès, toutes liées de près ou de loin au secrétaire général de l’EFJ, ceci, parmi bien d’autres choses. Le mois dernier, le même Ricardo Gutiérrez m’a signalé sur la plateforme pour la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe. Je refuse ces intimidations. Je continue mon travail. Mais bien sûr, j’ai bétonné les sources de cet article. Pour le développement, chacun jugera de mon indépendance.

La Fédération Européenne des Journalistes se forme chez les Frères musulmans.

Le 23 avril 2021, la Fédération européenne des Journalistes, (EFJ-European Federation of Journalists), le plus grand syndicat de journalistes européen, a organisé un webinar sur la façon dont les journalistes devraient parler des musulmans et de l’islam dans les médias.  L’opération était financée par la DG Justice de la Commission européenne. Il s’agissait de contrer « l’islamophobie, les discours haineux et les narratifs anti-musulmans » qui, selon l’EFJ, sont « courants dans les médias ».

L’organisation se proposait donc « d’améliorer la couverture média sur les musulmans par des articles non-biaisés et éthiques. » Le coordinateur de la Commission européenne pour la lutte contre la haine antimusulmans, Tommaso Chiamparino, a personnellement introduit le webinaire. Tout comme le secrétaire général de l’EFJ, Ricardo Gutiérrez.

Le problème, c’est que cette première formation (sur trois) a été donnée par des personnalités dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont proches de l’islam politique — le sens premier de l’islamisme. Et en particulier, des Frères musulmans. Oh Bro !

La porte d’entrisme

La première présentation était assurée par Michaël Privot, directeur du Réseau Européen Contre le Racisme (ENAR — ONG antiraciste européenne très bien reçue à la Commission européenne), et ex-Frère musulman, dont certains pensent qu’il l’est toujours, non sans arguments.

En 2017, Michaël Privot a affirmé qu’il avait quitté les Frères musulmans en 2012. Il a effectivement donné alors des gages de modération et présenté un projet d’islam moderniste. Mais ça ne l’a pas empêché de continuer à fréquenter assidûment les Frères musulmans ni à rester dans les organismes fréristes, où il était précédemment actif en tant que Frère, faut-il le préciser. Au point même de faire entrer des antennes des Frères musulmans reconnues dans l’ENAR.

Avant de disparaître, en 2018, le site web de la Ligue des Musulmans de Belgique affichait ses partenaires, dont toutes les branches importantes des Frères musulmans. On y retrouve notamment Aksahum.

Michaël Privot a commencé à diriger l’organisation en avril 2010. Il était alors un Frère musulman avoué. Il y a emmené Julie Pascoët, une autre convertie, liée à la Ligue des musulmans de Belgique (LMB), une association massivement financée, en 2014 au moins, par Qatar Charity, l’un des bras financiers de la confrérie. Tous les partenaires actuels de la LMB ont par ailleurs été identifiés comme Frères musulmans par des sources notamment officielles, comme la Sûreté de l’État belge, dès 2001. On peut y lire que sa première mouture, la Ligue Islamique Interculturelle de Belgique, chapeautait « plusieurs ASBL qui ne portent pas leur nom [et] ont été fondées par les Frères musulmans ».

L’arrivée de Privot dans l’ENAR coïncidait aussi avec celle d’une administratrice envoyée par FEMYSO, la section jeunesse de la FIOE, coupole des Frères musulmans en Europe. Avant 2010, on ne trouvait sur le site de l’ENAR pratiquement aucune trace d’une organisation majeure soupçonnée de liens avec le frérisme. Il y pullulait au contraire des organisations antiracistes bien connues, comme la LICRA, le MRAP ou le MRAX (équivalent belge du MRAP). Ils ne figurent plus aujourd’hui dans la liste des membres.

En revanche, depuis l’arrivée de Michaël Privot, toutes les organisations musulmanes transnationales qui sont entrées dans l’ENAR relèvent de la sphère des Frères musulmans ! FEMYSO fut la première. Michaël Privot en avait du reste lui-même été administrateur jusqu’en 2007 (donc, à nouveau, à l’époque où il était Frère musulman). Et en 2010-2011, alors qu’elle était déjà active chez ENAR, l’adjointe de Privot, Julie Pascoët, participait à l’élaboration d’un rapport sur l’Islamophobie de la même FEMYSO pour le compte du Conseil de l’Europe, au titre de membre belge et de coordinatrice.

Frère parfois, islamologue surtout

Signe peut-être de la docilité belge, ou de son aveuglement, le 22 mars 2012, la chaîne publique francophone belge, la RTBF, invitait Michael Privot à débattre des assassinats de Mohamed Merah en tant que Frère musulman. Dans le corps du texte, il était décrit comme « islamologue ».

En 2014, le site de l’ENAR renseignait deux nouveaux membres islamiques européens. Tous deux étaient associés directement aux Frères musulmans : EFOMW (European Forum of Muslim Women), la section femmes, et l’European Muslim Union, également financée par le Qatar et notamment considérée comme islamiste par la Sûreté allemande. Le 21 avril 2021, la députée européenne libérale-démocrate Nicola Beer posa à la Commission une question parlementaire sur le financement de cette organisation par la Direction Générale des Migrations et des Affaires Intérieures.

Extrait : « le co-fondateur et président Andreas Abu Bakr Rieger, a dans le passé attiré l’attention par des messages de haine antisémites et présente toujours des photos de lui-même en compagnie de personnes liées à l’antisémitisme, les Frères musulmans et le Hamas. » On attend la réponse…

L’ENAR n’est toutefois plus concernée : l’European Muslim Union a depuis disparu de la liste. Mais une autre association, ENORB, y est apparue à la place. Cofondée directement par la FIOE (Federation of Islamic Organisations in Europe — la coupole européenne des Frères musulmans), ENORB compte parmi ses administrateurs Karim Chemlal, le vice-président de la Ligue des musulmans de Belgique, frériste aussi.

Alors qu’au pays de Magritte, rares sont les médias qui ont osé connecter ces organisations au mouvement d’Hassan El-Banna, en Allemagne, la très officielle Centrale Fédérale pour la Formation Civique ne prend aucune pincette et écrit à l’attention des citoyens : « L’organisation-coupole des institutions liées aux Frères musulmans est la FIOE, crée en 1989. Depuis 1996, elle dispose avec Europe Trust d’une fondation financière pour l’administration des dons […] en 1996, est fondée son organisation de jeunesse, FEMYSO. En 2006, l’organisation des femmes, EFOMW […] »

La France frériste à l’œuvre

Côté membres français de l’ENAR, Michaël Privot a obtenu l’entrée de l’EMF (Étudiants musulmans de France, frériste, notamment selon l’ex-Frère musulman Mohamed Louizi et des sources sécuritaires), ainsi que du CCIF, désormais dissous.

Simultanément apparaissait le pendant belge de ce dernier, le CCIB (Collectif contre l’Islamophobie en Belgique) ainsi que son grand frère, le MRB (Muslims Rights Belgium).

À la décharge de Privot, ENAR a également, dans d’autres pays, des membres musulmans neutres ou d’autres qui se déclarent même anti-islamistes. Mais si Privot a bien « claqué la porte » du frérisme en 2012, comme il l’évoque, pourquoi faire entrer des antennes fréristes dans son organisation plusieurs années plus tard ?

En Belgique même, Michaël Privot a beau être « l’apostat » le plus connu de la confrérie, il a continué paisiblement à travailler avec ses membres présumés ou reconnus. Ainsi, jusqu’au 4 janvier 2015, il co-administrait la mosquée Assahaba de Verviers (dans l’est du pays, près de Liège), le cœur religieux d’un complexe dédié à l’étude de l’islam appelé CECIV (pour Complexe éducatif et Culturel Islamique de Verviers). Celui-ci est également partenaire de la… Ligue des Musulmans de Belgique.

Une grande fratrie

Vous me direz que cette dernière a peut-être beaucoup de partenaires. Mais elle n’en affiche qu’une petite dizaine, la plupart ayant été fondés par des Frères musulmans ou étant reconnues telles, jusqu’au Conseil européen de la Fatwa, dont on va reparler. 

Le CECIV, Privot y est entré juste après sa fondation, en 2004, comme administrateur et trésorier. Il en devint vice-secrétaire en 2007. À ce moment-là, il venait de démissionner de son poste d’administrateur de FEMYSO. En 2014, Julie Pascoët, son bras droit à l’ENAR, entrait à son tour dans le conseil d’administration du CECIV. Privot cessa donc d’être frère musulman en 2012. Mais il ne démissionna officiellement du CECIV que trois ans plus tard… au moment où Pascoët en devint la secrétaire.

Aujourd’hui, elle y siège toujours. Aux côtés d’Abdeljallil El-Hajjaji, son président, qui n’est autre qu’un des administrateurs de la Ligue des Musulmans de Belgique, ainsi que d’un troisième converti, Franck Hensch, ancien administrateur de l’association Al-Aqsa Humanitaire, dont les sœurs siamoises néerlandaise et allemande, de même que la coupole internationale, ont été mises par le Conseil européen sur la liste des organisations finançant le terrorisme. On y revient…

Hitler, le bras armé d’Allah

Site web du CECIV en octobre 2013, les liens amis affichent la LIIB frériste, les Frères français de l’UOIF, la FIOE, coupole européenne et le Conseil de la Fatwa dirigé par l’antisémite virulent Youssef Al-Qaradawi.

Si l’institution verviétoise est toujours rattachée à la Ligue des Musulmans de Belgique aujourd’hui, et donc à la nébuleuse des Frères musulmans, les versions successives du site web du CECIV ont progressivement « gommé » les liens manifestes.

Mais jusqu’en 2015, la mosquée dont Michaël Privot fut trésorier dès sa fondation, puis vice-secrétaire, référait au Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, l’organe juridique et législatif des Frères musulmans en Europe, dirigé par le sulfureux Youssef Al-Qaradawi, l’homme qui a prôné le meurtre des apostats. 

Ou encore, celui qui a déclaré en 2009, selon MEMRI : « À travers l’histoire, Allah a envoyé sur les Juifs des gens qui les ont punis pour leur corruption (sic). La dernière punition fut donnée par Hitler (sic). Par toutes les choses qu’il leur a faites — même s’ils ont exagéré les faits (sic)—, il a réussi à les remettre à leur place (sic) […] Ceci fut leur punition divine (sic). Si Allah le veut, la prochaine fois, elle leur sera infligée par la main des croyants (des musulmans NDLA) (sic). »

Prétendument réformiste, le conseil de la Fatwa prône en réalité la polygamie, soumet les femmes à l’autorité de leur mari, leur impose le voile en toutes circonstances — hormis en famille —, et recommande aux parents de faire un testament pour déposséder les filles des deux tiers de leur héritage légitime, conformément à la charia. 

Enfin, jusqu’en juillet 2016, le site web du CECIV se revendiquait de la charte des musulmans d’Europe, rédigée par la FIOE, véritable encouragement à s’engager en politique pour défendre, notamment, le vêtement islamique.

En 2016, le CECIV réfère encore à la Ligue des Musulmans de Belgique et diffuse la Charte des Musulmans d’Europe de la FIOE, coupole des Frères musulmans.

Les couvertures qui font date

Pour démontrer aux journalistes présents au webinaire de l’EFJ qu’il règne une islamophobie galopante dans les médias, Privot a présenté une série de tabloïds anglais dont chacun sait qu’il ne faut attendre que le pire. À côté de ceux-ci, une curieuse association de couvertures de Valeurs Actuelles et d’autres, du Point, de L’Express, ou encore, de l’Obs, prétendant révéler les amalgames de tous ces périodiques.

Présentation de Michael Privot, à côté des tabloïd anglais, une copie d’écran du site d’Acrimed.

Mais il ne les a pas cherchées loin : ces couvertures sont une capture d’écran d’un article d’Acrimed du 6 novembre 2012, et datent de 2008 à 2012 (elles ont donc entre 9 et 13 ans), qui mélangeait alors allègrement des unes réellement problématiques et des traitements tout à fait classiques de l’actualité.

Il en va ainsi d’une couverture du Point, suite aux assassinats monstrueux de Mohamed Merah, titrée « Histoire d’un fou d’Allah français. » Islamophobe ! Ah ? Aurait-on dû titrer « Histoire d’un Français issu de la diversité, fanatisé par un Dieu qu’on ne peut nommer parce que ce serait un amalgame islamophobe » ? 

Une autre couv’, de l’Obs, titre « Le nouveau défi islamiste » et montre une femme voilée. Aurait-on dû cacher que les islamistes imposent le voile, et que celui-ci est même une de leurs obsessions ? 

Une troisième, de L’Express dit simplement « L’occident face à l’Islam », montre un minaret et une église, et donne le ton des articles : « Le retour de la menace terroriste » (c’était bien le cas et le paroxysme fut atteint trois ans plus tard) ; « La poussée des fondamentalismes » (c’était le cas aussi, et elle n’a fait qu’augmenter) ; « L’échec de l’intégration » (c’était une analyse faite par plusieurs politiques et experts sérieux) ; « Les forces politiques qui en profitent » (saine réflexion dirais-je, dès lors que l’extrême droite tire grand bénéfice de la situation).

Parler de la Burqa sans niqab

De même, une couv’ du Point « Burqa, ce qu’on ne dit pas » montrait une femme en… burqa (en réalité, en niqab) et annonçait l’interview de six d’entre elles. Fallait-il ne pas aborder le sujet ? Montrer une femme en bikini ? Ou une photo d’E.T. ? Je sèche.

Cette accumulation met donc sur le même pied prétendument « islamophobe » une couverture de L’Express titrée « Le choc Jésus-Mahomet », qui représente les deux personnages de façon égale, et une autre, de Valeurs Actuelles « L’islamisme va-t-il gagner ? », qui induit une inquiétude irraisonnée à destination d’un public qui pense réellement que l’islamisme fera un jour la loi en France.

Détail important : ces couvertures représentaient à peine trois pour cent des couv’ de l’ensemble des magazines sur la période considérée ! Acrimed parle pourtant d’une « obsession ».

Bien sûr, il est nécessaire de ne pas stigmatiser inutilement des minorités, d’éviter les amalgames faciles, et d’en parler. Mais à lire le résumé de ce webinaire, l’on se demande si l’on peut encore écrire quoi que ce soit de critique sur l’islam ou l’islamisme, ou s’il faut faire comme si le terrorisme, le jihadisme, ou les tentatives d’entrisme politique des Frères musulmans n’existaient pas. 

Et se poser la question : à qui profiterait, alors, la dénonciation d’un tel « crime » de la presse ? Car tout ceci nous rappelle qu’il y a une constante chez les Frères musulmans : accuser l’occident d’islamophobie.

Reste l’inconnue : Michael Privot est-il encore frère musulman ? Ou sympathisant ? Lui seul le sait. Mais même s’il se présente sous une étiquette moderniste et rénovatrice, ses actes permettent pour le moins de douter qu’il ait réellement « claqué la porte ».

Par contre, Ricardo Gutiérrez, lui, a bel et bien invité le directeur d’un réseau où les Frères musulmans sont surreprésentés. Consciemment ? Ou non ? Seule excuse visible, mais de taille : ils sont également accueillis à bras ouverts par la Commission européenne !

Le CCIF belge comme expert numéro deux

La seconde formation était proposée par Leila Azzouzi, du Collectif contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB) qui n’est autre que le petit frère belge du CCIF — récemment appelé à être dissous par le gouvernement français.

Les deux collectifs ont la même dénomination et le même logo, (à une lettre près), la même propension à voir de l’islamophobie dans des lois ou des règlements, le même recours systématique au voile dans leur communication et leur action — pour ensuite reprocher à la presse d’en parler « tout le temps » —, et la même haine de la « laïcité dévoyée ». 

La vision de la lutte contre les discriminations de Muslim Rights Belgium (ancêtre du CCIB). Emisco, Iman, le CCIF et MRB sont toutes liées aux Frères musulmans (directement ou en partenariat). Enar figure en coupole.

Le CCIB et le CCIF ont collaboré, notamment au sein de FEMYSO, dont le CCIB est partenaire affiché. Mais à nouveau, cela n’a été publié que par Le Vif/L’Express, et pour cause, la proximité de FEMYSO et des Frères musulmans est une information pratiquement taboue au sommet du journalisme européen et belge, comme à la Commission européenne, qui lui a complaisamment ouvert la porte et l’accès aux subsides sous Manuel Barroso, comme l’explique Sergio Castaño Riaño, de l’Université de Valladolid.

Par la suite, chaque fois que la question a été posée au Parlement européen ou en commission du crédit moral et financier accordé à des organisations soupçonnées de frérisme — presque toujours, misère ! par l’extrême droite à qui on a piteusement laissé l’exclusivité de la question (comme ici, par Dominique Bilde, RN) —, la réponse de la Commission a été que ces associations suivaient les règles européennes. Circulez, y’a rien à voir.

Riaño, comme d’autres, constate au contraire qu’elles tiennent un double langage et les classe sans ambages dans le mouvement islamiste « modéré » (par opposition aux islamistes violents.) Et la République fédérale allemande, comme on l’a vu plus haut, les situe clairement dans l’organisation des Frères musulmans.

Aujourd’hui encore, la commission soutient d’ailleurs que l’invitation du CCIB et de Michaël Privot à « former » les journalistes ne pose aucun problème. À Jean Quatremer, qui lui a posé la question, un porte-parole a répondu que le webinaire visait à « favoriser la sensibilisation et [à] encourager les discussions visant à lutter contre le racisme persistant dans la société. » Il affirmait également que « Les autorités belges ont assuré que l’organisation belge Collectif contre l’islamophobie en Belgique n’a aucun lien avec l’extrémisme », évoquant « les observations publiques du ministre belge de la Justice à cet égard. »

Un ministre qui s’emmêle les pinceaux

Sauf que ces « observations publiques » n’assuraient en fait strictement rien. À la Chambre (équivalent de l’Assemblée nationale), lorsqu’il a été interrogé par Koen Metsu (N-VA, nationalistes flamands) en commission justice du 21 avril 2021, sur la proximité du CCIB et des Frères musulmans, le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne s’est en fait emmêlé les pinceaux.

Il a d’abord déclaré qu’il ne pouvait pas dévoiler les travaux et conclusions de la Sûreté de l’État (sur le CCIB). Et ensuite, il a affirmé que les services belges n’avait pas encore vu d’activité dans le chef du… CCIE, soit la nouvelle version du CCIF, inaugurée à Bruxelles !

Il n’a donc pas parlé du CCIB du tout. Sauf au sujet des subsides que ce dernier perçoit, et là, il a renvoyé le député nationaliste à la Secrétaire d’État à l’Égalité des chances, Sarah Schlitz, du parti Ecolo (EELV belge) — parti où se nichent d’ailleurs plusieurs des membres fondateurs du même CCIB…

Cette proximité explique peut-être que la secrétaire d’État ait répondu le 7 janvier 2021 à Dries Van Langenhoven (Vlaams Belang, extrême droite) à la Chambre :  « J’ai rencontré des membres du CCIB voici quelques jours encore en vue d’une coopération constructive. Le contexte français n’est pas d’application en Belgique. Je n’ai aucunement l’intention de considérer toute organisation islamiste comme une menace potentielle pour la sécurité. »

Vous avez bien lu qu’une membre du gouvernement fédéral (national, donc) belge sous-entend que le CCIB serait bien une organisation islamiste, mais qu’elle… s’en fout ! Aucun·e journaliste n’a relevé cette incroyable déclaration…

Incroyable, car, une source sécuritaire a en revanche déclaré à Marie-Cécile Royen, la journaliste du Vif/L’Express spécialisée en la matière : « le CCIB est connu pour ses liens étroits avec les Frères musulmans […] certains administrateurs du CCIB sont actifs dans les organisations belges des FM. Idéologiquement, les discours du CCIB reprennent à leur compte les thématiques rhétoriques des FM ainsi que leurs chevaux de bataille traditionnels, par exemple, la pénalisation de l’islamophobie et la lutte contre l’interdiction du foulard dans les écoles et au travail. Dans ce cadre, le CCIB coopère régulièrement avec des organisations affiliées à la structure belge et européenne de la Confrérie». 

Marie-Cécile Royen cite alors en exemple FEMYSO, et ça tombe bien : moi aussi.

Blasphème et FEMYSO à tous les étages.

Car la deuxième formatrice de la Fédération des Journalistes Européens, Leila Azzouzi, a elle-même  aussi travaillé comme volontaire chez FEMYSO. Et l’organisation qu’elle représente, le CCIB, est désormais hébergée à la même adresse que cette dernière, une maison de maître cossue du quartier européen, où l’on se croise facilement.

Sur son compte Twitter, Leila Azzouzi partage donc logiquement les tweets de la section jeunesse des Frères musulmans, tout comme ceux du Forum européen des Femmes musulmanes (EFOMW), section féminine de la confrérie en Europe, selon la sûreté allemande.

Elle diffuse aussi les rapports propagandistes sur l’islamophobie en Europe produits par le SETA, une officine erdoganiste et frériste qu’on va retrouver dans un épisode suivant. Mais notons déjà la volonté de ce SETA de démontrer par tous les moyens que l’Occident est raciste et islamophobe, qui suit d’ailleurs la logique fondamentale des Frères musulmans, fondée sur la révérence de la charia et la détestation de l’Occident, hostile et mécréant. 

La présentation de Leila Azouzi n’avait rien à envier à celle de Privot. À peine son séminaire avait-il commencé que EFJ Europe twittait : 

« #journalismeethique @LaylaAzzouzi fait une présentation sur l’état de l’Islamophobie dans les médias, parlant des plaintes envoyées au CCIB à propos de dessins blasphématoires, de doubles standards et de la manière dont les femmes musulmanes sont présentées dans les médias. » 

La fédération européenne des journalistes associe donc « l’islamophobie » à des « dessins blasphématoires ». Or, cette tentative d’imposer aux États européens l’interdiction du blasphème est aussi une constante chez les Frères Musulmans, et l’une des menaces qui pèse sur notre conception laïque de la liberté d’expression.

Si cela reste une manœuvre pacifique dans le chef des Frères, c’est aussi sur cette base qu’ont été lancées les premières offensives violentes contre les dessins du Jyllands Posten, et ce fut la justification des assassinats terroristes de Charlie Hebdo et du meurtre de Samuel Paty.

Samuel Paty en CAGE.

Le nouveau membre frériste d’ENAR, l’ENORB (European Network on Religion and Belief) donne d’ailleurs un exemple concret de cette volonté d’abolir le droit au « blasphème » en Europe en utilisant l’accusation de racisme.

En mars de cette année, l’organisation a cosigné une lettre initiée par CAGE — une association que Damon L. Perry, chercheur associé au King’s College de Londres a clairement rattachée aux Frères musulmans, dans un document publié par la Commission contre l’Extrémisme du Parlement britannique. 

La lettre a été envoyée à la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen pour lui demander d’ouvrir « une procédure formelle d’infraction contre la France devant la Cour de Justice européenne ». En cause, « l’islamophobie » d’Emmanuel Macron et de son gouvernement. 

Parmi les accusations, celle d’avoir « exploité le meurtre de Samuel Paty pour son propre agenda raciste, discriminatoire et islamophobe ». Un trio accusatoire qu’on utilise aussi régulièrement chez Erdogan, en plaçant souvent le mot « raciste » en premier.

Mais alors qu’on trouve dans la lettre de nombreuses plaintes outrées sur le sort des musulmans en Europe, Samuel Paty y est surtout cité comme cause de « 51 raids violents (en fait, des perquisitions NDLA) sur des logements » qui n’auraient, selon CAGE et les signataires, rien à voir avec « le meurtre » [the killing] du professeur.

Comprenez : l’assassinat de Samuel Paty n’est apparemment pas le vrai, ou le pire problème. C’est son comportement blasphématoire ! Un système de victimisation qui révèle le non-dit derrière ces protestations islamistes.

Fossoyeurs de la République

Car la lettre de CAGE affirme aussi que des « dessins qui calomnient le Prophète (la paix soit sur lui) violent la loi des Nations Unies sur les insultes envers les religions et les menaces envers l’intégrité et la paix religieuses. » Ce qui revient à exiger l’interdiction du blasphème. Et à incriminer, au passage, Samuel Paty et Charlie Hebdo !

Un pays qui refuserait de punir le blasphème serait non seulement dans l’illégalité, mais de surcroît, raciste, discriminatoire et islamophobe !

Dans son très récent ouvrage, Les Fossoyeurs de la République, Mohammed Sifaoui notait  : « En Belgique aussi, les islamistes instrumentalisent les nobles combats antiracistes pour atrophier le débat, interdire le ‘blasphème’, la critique de l’islam politique et même parfois du terrorisme islamiste. »

Bref, si le 4e pouvoir présente comme experts des gens qui mettent ce droit fondamental en doute, nous entrons dans une zone dangereuse. Si en plus, la corporation elle-même insinue que le « blasphème » serait un problème, le journalisme est contaminé en son sommet !

Et il l’est. Car la crédulité ou la complaisance envers l’islamisme du secrétaire général d’EFJ Europe, Ricardo Gutiérrez, ne date pas d’hier. Revenons 13 ans en arrière, à l’époque où il était journaliste au Soir, et spécialiste de l’islam. 

Les fonds s’Hamassent

En 2008, un analyste spécialisé dans la fratrie musulmane, Steven Merley, publiait sur le site NEFA un article fouillé sur les Frères musulmans en Europe et particulièrement sur ses antennes belges. Seule Marie-Cécile Royen, du Vif/L’Express prit le dossier au sérieux, vérifia les informations données par Merley, et les reprit dans un article. Elle écrivit notamment que l’ex-vice-président du CCIB Hajib El-Hajjaji (aujourd’hui Ecolo) était le neveu du dirigeant d’une association verviétoise appelée Aksahum — Mohammed El-Hajjaji, aujourd’hui décédé. Les deux étaient par ailleurs liés par l’adhésion d’Hajib El-Hajjaji à la LMB frériste, dont Aksahum est l’un des partenaires. 

Michaël Privot fut le premier à « réfuter énergiquement » les affirmations de Merley. Dans Le Jour, il affirma « Ce rapport, fondé sur des a priori, n’a pour seul objectif que d’établir un continuum entre l’appartenance à un groupe (les Frères musulmans) et le terrorisme. Sous prétexte que certains Frères ont tenu des discours antioccidentaux ou sous prétexte que défendre le port du voile est antioccidental. »  Seulement voilà, ce ne sont pas « certains frères » qui ont tenu des discours antioccidentaux, mais bien les fondateurs et ensuite tous les notables du mouvement. Et notamment Youssef Al-Qaradawi, le leader spirituel actuel.

Al-Aqsa

Steven Merley dévoilait, à raison, qu’avant de changer de nom, l’association Aksahum avait été cofondée et dirigée par un Jordanien résidant en Allemagne, Mahmoud Amr, sous le nom d’Al-Aqsa Humanitaire (Belgique). Et cette fondation coïncidait avec celle d’Al-Aqsa Nederland (Pays-Bas), par le même Mahmoud Amr, qui dirigeait également le siège européen, Al-Aqsa e.V, à Aix-La-Chapelle (Allemagne). Le tout, sous la coupole de l’organisation Al-Aqsa International, considérée déjà à l’époque comme finançant le terroriste, par les États-Unis. 

Jusqu’au début des années 2000, il s’agissait donc clairement d’un réseau coordonné, dont l’antenne belge, la future Aksahum, faisait tout aussi clairement partie. Mais en 2001, la justice allemande a découvert que Mahmoud Amr avait des contacts réguliers avec le Hamas. L’année suivante, un rapport sécuritaire de l’État de Thuringe lia l’organisation et Mahmoud Amr au Hamas et aux Frères musulmans, notamment de par les éléments trouvés lors d’une perquisition au siège de l’organisation.

Il apparut aussi que ce réseau Al-Aqsa collaborait avec l’Union of Good, organisation frériste placée sous la direction du leader spirituel des Frères musulmans, Yussef Al-Qaradawi lui-même (oui, oui, l’antisémite furibard).  En 2002, les avoirs de l’organisation aachenoise furent gelés par la justice allemande. La raison : « L’association est essentiellement accusée de soutenir l’organisation palestinienne HAMAS et ses actions violentes, et en particulier de contribuer à la violence entre Palestiniens et Israéliens en assurant la sécurité financière des familles de kamikazes ».

Et les 300.000 euros de fonds dont elle disposait furent saisis. 

« Les Juifs doivent partir ou mourir »

En 2012, un tribunal fédéral allemand statuant en appel a confirmé que la confiscation était légale, eu égard, notamment, au fait que l’association avait publié dans son magazine Explizit des articles appelant à « l’abolition violente de l’État d’Israël et l’anéantissement physique du peuple juif en tant que détenteur ethnique et religieux de l’État d’Israël. » Le titre ci-dessus se trouve dans l’une des publications.

En 2003, un tribunal néerlandais autorisait lui aussi le gel des fonds de l’association Al-Aqsa Nederland. Dans sa justification, il incriminait également Al-Aqsa Belgique :

« La fondation Al Aqsa entretient ou a entretenu des contacts avec des institutions de collectes de fonds pour le Hamas. [notamment] avec Al Aqsa en Allemagne (interdite mi-2020), Al Aqsa Danemark (fonds bloqués fin 2002) et Al Aqsa en Belgique ainsi que des institution de financement du Hamas au Royaume-Uni, en Italie, en Suisse, en Suède et en France. » Ces institutions ont participé à « une action commune de collecte de fond […] au profit du Hamas sous le nom « Union of the Good » [dont] le dirigeant résident au Qatar [a] précédement autorisé des attentats kamikaze sur bases religieuses. »

 

Trois des quatre associations du holding, Al-Aqsa International, Al-Aqsa e.V (Allemagne) et Al-Aqsa Nederland furent alors placées sur la liste des organisations terroristes du Conseil européen, sur base des décisions de justice néerlandaise et allemande.

Ce fut le 27 juin 2003 pour Al-Aqsa Nederland. Étonamment fortunée, elle batailla ensuite jusqu’à la Cour de Justice de l’Union européenne, où elle assigna le Conseil de l’Europe et le Royaume des Pays-Bas, pour obtenir son retrait de la liste.

Mais l’Europe et la Hollande finirent par obtenir gain de cause le 15 novembre 2012, la CJUE validant la décision du tribunal néerlandais, datant de 2003, et notamment que « les fonds collectés par la requérante aux Pays-Bas avaient bénéficié à des organisations liées au mouvement islamiste palestinien Hamas ».

Il validait également « la conclusion [du tribunal néerlandais] selon laquelle plusieurs de ces organisations liées au Hamas mettaient à disposition des fonds qui permettaient de commettre ou de faciliter les actes terroristes du Hamas ». Le Conseil européen put maintenir Al-Aqsa Nederland dans la liste des organisations terroristes, à titre de financier.

Alors qu’elle était dirigée par le même personnage, avec les mêmes objectifs, et pratiquement les mêmes administrateurs, l’enquête visant Al-Aqsa Belgium n’aboutit pas, et cette dernière finit par changer son nom en Aksahum, pour éviter toute confusion avec les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, selon Mohammed El-Hajjaji, son cofondateur.  Un nettoyage qui permettait au passage aussi de faire oublier ses liens originels avec Mahmoud Amr, le financier avéré du terrorisme !

NEFA ou néfaste ?

Lorsque Le Vif a publié ces informations, l’actuel secrétaire général de l’EFJ, Ricardo Guttiérez en a fait du petit bois dans Le Soir, dans un billet d’une virulence rarissime en Belgique, visant sa consœur à boulets rouges, et titré « Sous délire paranoïaque (sic), Verviers est un bastion du Hamas ».

Il y raillait de « vagues soupçons » visant Al-Aqsa Humanitaire (Belgique), reprocha à la fondation NEFA qui avait publié le rapport de Steve Merley d’être néoconservatrice (ce que Marie-Cécile Royen avait du reste reconnu dans son article). Et il conclut sa diatribe par une rodomontade :

« Et qu’en pensent le Washington Post, le New York Times ou le Boston Globe ? Rien. Ils n’ont jamais accordé la moindre ligne à cette NEFA, qu’ils jugent peut-être un brin ‘orientée’, la fondation comptant parmi ses contributeurs un des responsables de l’antiterrorisme au département américain de la Justice, et un ancien collaborateur du FBI et du département américain de la Défense. » 

On note au passage que, pour Ricardo Gutiérrez, les officiels de l’antiterrorisme américain sont des gens suspects. 

Le diable est dans la vérification

Mais en fait, cette fin d’article démontre qu’avant d’accuser sa consœur, Gutiérrez, n’a même pas visité le site de la fondation NEFA, ou alors très distraitement, parce que celle-ci avait l’habitude, à cette époque, de lister en marge de ses articles toutes les attentions que la « grande presse » lui accordait.

Et dans la réalité niée par Gutiérrez, la NEFA est bien apparue à titre de source à la une du Washington Post (bingo 1)! Et plusieurs fois à l’intérieur du journal. 

Ainsi, le 19 novembre 2008, le Washington Post citait l’un des auteurs principaux de NEFA, Evan Kohlmann, qu’il décrivait comme « un expert en terrorisme et enquêteur senior pour la Foundation Nine/Eleven Finding Answers ». En fait, rien que cette année-là, les rédacteurs du site ont été cités — ou leurs travaux ont été repris — par le Wall Street Journal, MSNBC, Wired, Los Angeles Times, Fox News, NBC, ABC, CBC, l’Agence France Presse, Associated Press, Der Spiegel, ou encore, le blog du… New York Times (bingo 2).

Last but not least, le 28 mars 2008, Kohlmann était interviewé par… le Boston Globe (bingo 3) !

Trois erreurs factuelles majeures en une seule phrase revancharde, pour « casser » une consœur et défendre une association liée au financement du terrorisme… Comment dire ?  Mais ce n’est pas tout !

En bon père de famille

Le même Ricardo Gutiérrez publia, quelques jours plus tard, une interview extrêmement complaisante de Mohammed El-Hajjaji, l’homme qui a lancé l’association Al-Aqsa Humanitaire avec l’ami du Hamas, Mahmoud Amr, et qui avait ensuite collaboré pendant 10 ans avec lui, dans une antenne qui avait pratiquement les mêmes administrateurs que sa consœur néerlandaise, listée comme complice du terrorisme !

Gutiérrez ne lui posa que les questions qui permettaient à El-Hajjaji de se défendre. Et celui-ci ne voyait pas l’ombre d’un Frère musulman à Verviers. Il n’en était pas un lui-même, juste un bon père de famille.

Selon lui, si on ciblait sa ville, c’était — victimisation habituelle — parce que « Verviers est le siège de la plus grande mosquée reconnue du pays, avec 1.500 fidèles […] Verviers compte aussi un centre culturel islamique qui, sous l’impulsion de Michael Privot, œuvre d’une manière remarquable à la citoyenneté active ».  Oh, tiens ! Encore Michael Privot… 

Cet éloge du CECIV si intégrateur — qui prétendait alors n’imposer aucun changement vestimentaire aux convertis qu’il forme — omettait que le CECIV référait aussi officiellement au Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, le cœur juridique des FM en Europe, qui impose aux musulmanes de se voiler, et « interdit » aux États de les prier d’ôter le hijab !

Mohammed El-Hajjaji reconnut tout de même benoitement que les 500.000 à 600.000 € qu’Al Aqsa Humanitaire envoyait chaque année en Palestine allaient bien à des organisations approuvées par le Hamas, mais c’était parce que le Hamas dirigeait Gaza. L’investigation du journaliste s’arrêta là.

La chronologie, c’est chronophage

La reconduction, le 24 septembre 2002 de M. Mahmoud Amr à la direction d’Al-Aqsa Belgique, renommée « Al Aqsa Humanitaire ».

Mais  pouvait-il prêter foi à l’idée que Mohammed El-Hajjaji n’avait rien à voir dans les démêlées des deux autres antennes d’Al-Aqsa, alors que le 24 septembre 2002, tandis que le scandale avait éclaté aux Pays-Bas et en Allemagne, le conseil d’administration d’Al-Aqsa humanitaire dont El-Hajjaji était l’un des deux pontes, reconduisait paisiblement le financier du Hamas Mahmoud Amr aux fonctions de directeur exécutif, et Mohammed El-Hajjaji lui-même, à la collecte des fonds !

Complaisance ? Naïveté ? Amateurisme ? Biais cognitif ? Peur d’alimenter le racisme ? En tout cas, cet événement n’est pas un cas unique. Ricardo Gutiérrez a servi la même virulence à d’autres personnes qui ont présenté par la suite des faits concrets liés à l’islamisme ou au frérisme.

C’est notamment le cas de l’Observatoire des Fondamentalismes, du député CDH Georges Dallemagne, et de moi-même.

Reconnaissons qu’il y a tout de même une circonstance atténuante à la distraction du patron du plus grand syndicat du journalisme : d’autres se sont laissés tout autant abuser, comme la Commission européenne, l’Association des Journalistes Professionnels en Belgique, des gouvernements régionaux ou le gouvernement fédéral belge, des partis, etc.

Mais bien sûr, quand tous les pouvoirs ont capitulé, le quatrième pouvoir est censé être le dernier barrage. Celui qui épluche, confronte, dénonce. Et quand c’est celui-là justement qui se met à censurer, eh bien, il n’y a plus personne. Plus de garde-fou. Tout devient possible

Conclusion

Il faut évidemment interroger le rapport entre les journalistes et les minorités, quelles qu’elles soient. Dont l’islam et les musulmans. Mais il y a des dizaines d’experts indépendants, notamment musulmans, capables d’informer objectivement les journalistes européens. En finesse, avec nuance,  et sans abuser de termes convenus et de concepts créés au cœur d’une organisation islamiste.

Le fait d’avoir choisi des personnalités issues de tels milieux pose une question fondamentale sur leur influence en politique et dans le journalisme. Et sur la crédibilité de ceux qui les invitent. J’espère qu’on se les posera. 

Réaction de Ricardo Gutiérrez sur sa page Facebook (à un internaute qui l’interpelait sous un hommage à Michael Privot) : « C’est grotesque et délirant. Je ne perds pas mon temps à contredire ces délires et celles et ceux qui pensent que l’organisation représentative des journalistes en Europe ‘se forme chez les Frères musulmans’. On a publié trois articles sur notre site sur cette formation. Il y a les faits. Et il il y a les fantasmes délirants. »

Je recommande donc aux lecteurs de relire cet article pour y pointer ce qui pourrait relever de « fantasmes délirants ». Et je note l’absence, une fois encore, d’arguments objectifs.

 


Cet article ainsi que ceux qui vont suivre ont requis plusieurs semaines de recherche et de travail. S’il vous a intéressé, n’hésitez pas à contribuer à mon travail à raison de minimum 2 € (en-dessous, la perception PayPal est prohibitive). Ceci contribuera notamment à payer mes frais de justice à venir.

 

Vos contributions permettront peut-être de m’éviter un nouveau crowdfunding. 

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