Oh Bro ! 2. En nommant Ihsane Haouach, la Belgique met la charia avant la meuf.

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Mise à jour du 21 juin à 13h03, en italique gras.

En Belgique, la nomination d’Ihsane Haouach au poste de commissaire du gouvernement national auprès de l’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes secoue l’opinion et la coalition gouvernementale (socialistes, libéraux, verts et chrétiens-démocrates). Parce qu’Ihsane Haouach porte le voile.

Sa nomination fait couler beaucoup d’encre. Entre ceux qui affirment que le voile est un choix, ou un simple « bout de tissu » et les tenants de la laïcité, qui rappellent que le voile islamique véhicule des valeurs d’inégalité entre les hommes et les femmes, incompatibles avec une telle fonction.

En face des laïcs, le discours est centré sur la discrimination « islamophobe »  et d’autres idées reçues. Pourquoi une femme voilée ne pourrait-elle pas exercer les mandats qu’elle veut ? Le voile n’est-il pas aussi féministe ? Les femmes n’ont-elles pas le droit de s’habiller comme elles l’entendent ? Interdire le voile aux femmes ne relève-t-il pas de la misogynie, du paternalisme et même : du sexisme ?

Ce faisant, les provoiles cèdent à un pack prédigéré de légendes urbaines et à une inversion des réalités distillée patiemment dans la société par la centrale idéologique des Frères musulmans, via une poignée de militantes et militants.

Oh Bro ! est un feuilleton sur la complaisance de plusieurs pouvoirs européens, belges et français envers les Frères musulmans et l’islamisme en général.

Sœurs musulmanes

L’avez-vous remarqué ? En Belgique francophone, toutes les femmes voilées qui se font connaître en politique et dans les médias, affirmant que le port du hijab dans les services publics, les prétoires, la police, l’université est un droit inaliénable des femmes, proviennent d’un seul et même groupe. 

Ces femmes se connaissent très bien et se fréquentent assidûment, se retrouvent dans les mêmes cercles, défendent les mêmes points de vue. Et la plupart — la nouvelle commissaire Ihsane Haouach incluse — ont (eu) un ou plusieurs liens avec les Frères musulmans. 

Soit, via la Ligue des Musulmans de Belgique (branche belge de la confrérie, selon la Sûreté de l’État belge, ce que confirme son financement qatari — voir épisode 1). Ou via la FIOE (Fédération des Organisations Islamiques Européennes), la coupole des Frères musulmans en Europe. Ou encore par sa section jeunesse, Femyso. Ou aussi par sa branche femmes, l’EFOMW (European Forum Of Muslim Women), qui va revenir souvent dans ce papier.

Sa 9e assemblée générale, à Istanbul, fut notamment rehaussée de la présence du président de la FIOE, Dr. Abdallah Ben Mansour*, de Khadija Shaheen, dirigeante des femmes de Milli Görüs (islamistes turcs proches des FM) et de Malika Dif — de l’UOIF (FM français) selon notamment Samir Amghar : « Chez les Frères musulmans, on peut citer […] Malika Dif (UOIF) »). 

Ces liens passent aussi par l’European Muslim Network (EMN — fondée par Tariq Ramadan dont on sait depuis 2019 qu’il recevait 35.000 € par mois de Qataris proches des Frères musulmans, sinon des Frères musulmans eux-mêmes.) 

À ceux-là s’ajoute le CCIB, la version belge du CCIF, partenaire de Femyso (voir aussi l’épisode 1).

11 femmes au rapport

Plusieurs de ces « voilées connues », dont Ihsane Haouach, sont mises à l’honneur dans un document produit par la branche femmes des Frères musulmans en Europe, l’EFOMW et intitulé Travail journalistique : quelle place pour les Femmes musulmanes dans la Société belge ?Il a été réalisé par Halima Benhaddou, journaliste belge qui, outre une protestation contre la dissolution du CCIF et de Barakacity, a repris parmi ses rarissimes tweets une critique du premier ministre turc Davutoglu (AKP) contre la une de Charlie Hebdo parue une semaine après… le massacre de sa rédaction. 

Ihsane Haouach au dîner de l’Assemblée Générale de l’EFOMW, fondée par les Frères musulmans européens (source EFOMW).

Ce rapport officiel de l’EFOMW présente le parcours de onze femmes vivant en Belgique et se focalise sur les obstacles qu’elles ont rencontré en portant le voile islamique. Une première mouture de cet article a même été présentée lors de l’assemblée générale de l’EFOMW de novembre 2019. Et surprise, Ihsane Haouach était présente au dîner de l’association frériste. Pouvait-elle ignorer la nature de l’EFOMW ?

Revenons au rapport. Les questions posées aux interviewées servaient manifestement à montrer que la femme musulmane (voilée en l’occurrence) était discriminée au pays de Manneken Pis — une obsession frériste qu’on retrouve aussi chez Erdogan. Exemple : « Quels sont vos premiers souvenirs de discrimination ? »

À la suite des onze interviews, Halima Benhaddou détaille aussi les « fautes » de la presse belge envers l’islam, en mélangeant des articles véritablement à problèmes et des accusations franchement capillotractées — ce qui rappellera des souvenirs à ceux qui ont lu l’épisode un.

Apostats, mécréants, musulmans progressistes, tous islamophobes…

Mais à la lecture du papier, l’on constate que le journalisme n’est pas la seule cible de cette « étude ». Ainsi, la première « attaque » du rapport vise une opinion de… Fadila Maaroufi, publiée dans La Libre. Belge d’origine marocaine qui cofondra plus tard l’Observatoire des Fondamentalismes, Fadila est une des bêtes noires des islamistes belges et de leurs soutiens (elle est aussi co-autrice du livre « Cachez cet islamisme… » avec notamment votre serviteur).

Plus loin, une interview de Fadila Maaroufi mais aussi de Jamila Si M’Hammed (Ni Putes, Ni Soumises), subit le même sort critique. 

De même qu’un article sur les souffrances des apostats, où la journaliste Halima Benhaddou s’inquiète que seul les apostats musulmans soient cités. Elle a dû rater l’épisode où le guide spirituel des Frères musulmans pour lesquels elle écrit, Youssef Al-Qaradawi, considère face caméra que les tuer est vital pour l’islam !

À un quatrième papier, il est reproché de présenter l’épouse de l’émir de Dubaï comme le « visage de la femme musulmane moderne ». Et la journaliste de l’EFOMW de s’insurger : « […] le choix de l’exemple de la princesse Haya est nettement un message à l’encontre des femmes musulmanes qui portent le voile pour les écarter symboliquement de la sphère de la modernité. » 

Présenter une musulmane non voilée comme « moderne » nuit en effet au storytelling frériste du voile « moderne et féministe ». Et une fois de plus, ce n’est pas tant le journal qui est visé, mais bien Haya de Dubaï qui, elle-même associe modernité, islam, et cheveux au vent.

Le harcèlement, ce faux problème…

Le cinquième exemple est un article sur le harcèlement vécu par un employé de la STIB après avoir demandé à des collègues de ne pas parler arabe entre eux. Œufs cassés sur son pare-brise, vestiaire retourné, aliments jetés dans ses affaires, l’employé dit vivre un véritable enfer. 

Mais dans son témoignage, la victime affirme : « Je suis moi-même musulman ». Inadmissible pour l’EFOMW ! « Cette petite phrase n’est pas anodine, puisqu’elle jette une nouvelle fois le discrédit sur l’islam… alors qu’ici il s’agit plutôt d’une question liée à la culture maghrébine ». 

Le rapport de l’EFOMW qui prétend lutter contre les discriminations et « l’islamophobie » dans la presse belge, est donc aussi un pamphlet contre les personnes de culture ou de religion musulmane qui ne suivent pas « le bon chemin ».

11 qu’on voile, un tour d’horizon

Vient ensuite le choix des personnes interrogées par Benhaddou pour le rapport de l’EFOMW, révélateur. Parmi les onze femmes qui ont répondu, la moitié est déjà passée au moins une fois à la radio ou à la télé en Belgique. Trois sont reprises dans la base de données d’expertes de l’Association des Journalistes Professionnels (dont Ihsane Haouach). Elles font donc partie d’un « vivier belge » influent. Et ces femmes si gravement discriminées ont pratiquement toutes obtenu des postes enviables. 

En premier, nous trouvons (déjà) Ihsane Haouach, désormais commissaire du gouvernement à l’égalité des sexes. Elle est cofondatrice des « Cannelles », avec Jennifer Nowé, qui a par ailleurs travaillé pour l’EFOMW. Mais la membre fondatrice la plus connue des Cannelles est Mahinur Özdemir qu’on retrouve plus bas.

Auparavant, la même Ihsane avait lancé « Bruxelloises et voilées », une initiative où elle faisait témoigner des musulmanes voilées sur — encore et toujours —  leur discrimination. Parmi ces plaignantes, Malika Hamidi et Seyma Gelen, qui figurent aussi dans le rapport de l’EFOMW, ainsi que deux collaboratrices directes de l’EFOMW, dont Jennifer Nowé.

La neutralité discriminante

Partage d’un appel de l’EFOMW dans lequel celui-ci incite à s’affilier…

Plus préoccupant, via cette première structure, Bruxelloise et Voilée, Ihsane Haouach a aussi diffusé sur Facebook, en septembre 2017, une vidéo de l’EFOMW qui incite à rejoindre l’organisation frériste, en précisant : « L’appel du European Forum Of Muslim Women – EFOMW à l’occasion de la journée d’action européenne contre l’islamophobie »

En mars 2017, suite à la décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne d’autoriser l’interdiction des signes religieux (dont le voile) dans les entreprises appliquant une politique de neutralité, Ihsane Haouach a publié une autre vidéo qui reproche à l’UE de « légaliser une politique de neutralité, qui est excluante ». La vidéo présente des intervenantes de l’ENAR, du CCIB, du CCIF, de FEMYSO et de l’EFOMW (mais aussi du MRAX). Soit une bonne partie du vivier frériste actif sur le sujet.

Bruxelloise et Voilée a également fait la promotion du rapport 2016 sur l’Islamophobie en Europe du SETA, une antenne erdoganiste qui tente par tous les moyens de démontrer que l’Europe est raciste. Le rapport était rédigé par Amina Easat Daas, une ancienne de Femyso, les jeunesses fréristes. Et Bruxelloise et Voilée y était citée en exemple, de même que Nadia Geerts, « une laïciste inébranlable », en contre-exemple islamophobe pour avoir, selon Easat Daas, « comparé le voile à l’étoile jaune ».

Pour l’anecdote, Ihsane Haouach a aussi fait la promotion des voiles de la marque HijabFirst. Confortables, ininflammables, et si jolis, mesdames…

Le deuxième portrait du rapport EFOMW est celui de Seyma Gelen, qui a également fait l’objet d’une capsule Bruxelloise et Voilée. Gelen est professeur de religion islamique et chercheuse à l’Université Libre de Bruxelles. Elle est aussi membre du collectif féministe décolonial Kahina qui, sur les réseaux sociaux, défend Ihsane Haouach, le collectif des 100 diplômées, le CCIB, le CCIF ou encore Malika Hamidi, de l’EMN (voir-dessous). Comme Ishane Haouache, Seyma Gelen est reprise comme experte dans la base de données de l’Association des Journalistes Professionnels. 

Suivent deux personnes moins connues.

Frère Tariq, le retour

La cinquième interviewée est Malika Hamidi, ex-directrice et toujours membre du conseil de direction de l’association European Muslim Network (EMN) fondée par Tariq Ramadan, dont elle se réclame. Bien que ce dernier en soit toujours président selon le Moniteur belge (le journal officiel), le site de l’organisation renseigne désormais à ce poste Ibrahim El-Zayat. Bingo.

On retrouve en effet ce citoyen allemand — qui nie férocement être Frère musulman (ce qui est une constante de la Confrérie) — dans toutes les grandes associations fréristes : ex-président de Femyso, administrateur de la FIOE et de l’Islamic Relief Germany, « Trustee » de l’IESH, l’institut de formation des imams de la confrérie, etc. Il a également représenté l’organisation des jeunes wahabbites en Europe, le WAMY. 

Selon un rapport de la sûreté bavaroise de 2004 corroboré par plusieurs autres, il est non seulement proche des islamistes turcs de Milli Görüs (IGMG en Allemagne), il a aussi littéralement été décrit comme « représentant des Frères musulmans en Allemagne » par islamonline.net, l’outil d’information fondé par Youssef Al-Qaradawi, le leader spirituel des Frères musulmans. En 2019, le Frankfurter Allgemeine indiquait encore sans détour : « Une porte-parole du ministère de l’Intérieur de Nordrhein-Westfalen confirme qu[‘] Ibrahim El-Zayat ‘relève du spectre des Frères musulmans’. »

La sixième interviewée est la sympathique Fatima Zibouh, qui a cofondé EMBEM (Empowering Belgian Muslims) avec, entre autres, l’(ex?-)Frère musulman Michaël Privot (voir épisode précédent) et Mahinur Özdemir que revoici… Zibouh est aussi responsable du Service Anti-Discrimination chez Actiris, le Pôle Emploi bruxellois où, suite à une décision de justice de 2015, le port du voile a été autorisé. Actiris n’avait pas fait appel à l’époque. Tout le ban frériste s’était réjoui.

Islamisme milli-métré

En septième position, (re)voici Mahinur Özdemir. Elle fut la première députée belge voilée (au Parlement bruxellois) et a ouvert la route à d’autres. Son arrivée au parlement a provoqué de nombreuses réactions négatives, toutes renvoyées aux expéditeurs au prétexte de racisme (certaines l’étant bien entendu). Sauf qu’avec le recul, le moins qu’on puisse dire est qu’elle était bel et bien proche des Frères musulmans ou autres islamistes. 

Ainsi, selon Milligazette, le journal de Milli Görüs (islamistes turcs très proches des Frères musulmans) qui la met régulièrement à l’honneur, Mahinur est l’épouse du secrétaire d’une députée de l’AKP, qui sera plus tard vice-présidente du parti. Özdemir est même si proche d’Erdogan (dont le parti est associé aux Frères musulmans — ici selon Gregor Mathias, CNRS), qu’il était présent à son mariage. En 2013, elle a été exclue de son parti, le cdH (centriste), pour négationnisme du génocide des Arméniens. Et en 2019, elle a été nommée ambassadrice de Turquie en Algérie par Recep Tayyip Erdogan. Un honneur qui requiert certainement une adhésion à une certaine dose d’islamisme.

Mais on aurait pu déduire bien plus tôt qu’elle était proche de ce vivier. Ainsi En 2011, Milligazette se réjouissait de voir une députée belge voilée faire un discours d’encouragement aux jeunes cadres de l’organisation islamiste Milli Görüs en Allemagne (IGMG), à Essen, devant 2000 participantes, dont les dirigeantes de l’organisation jeunesse venues de tous les pays d’Europe. Mahinur était l’invitée spéciale, dont le discours a été remarqué : « L’oratrice invitée du jour, Mahinur Özdemir, députée du parlement régional belge […] a félicité les organisateurs de l’événement et a encouragé les jeunes à franchir les obstacles qui leur sont imposés dans la vie professionnelle et étudiante, et de ne jamais renoncer. »

Et quand Mahinur a été évincée du cdH, elle a prétendu qu’elle ne l’avait pas réellement été à cause de son négationnisme, mais bien uniquement parce qu’elle portait le voile. Milligazette a  bien entendu publié un article sur ce ton victimaire. Et elle a été notoirement soutenue en Belgique par Farida Tahar — qui deviendra plus tard la deuxième députée et première sénatrice voilée de Belgique, qui en profita pour évoquer « tous les génocides », dont le « génocide palestinien »…

Les Frères féministes

Le neuvième portrait est celui de Layla Azzouzi. Elle travaille au CCIB (le CCIF belge). C’est elle qui a animé le séminaire sur la couverture de l’islam dans le journalisme dont je vous parlais dans l’épisode 1. Elle est aussi passée par le CECIV (Complexe communautaire islamique verviétois, frériste), et a notamment organisé une conférence importante en partenariat avec l’EMN de Tariq Ramadan. C’est là qu’elle a rencontré Malika Hamidi qui l’a fortement impressionnée, dit-elle.

La dixième est — quasi last, mais pas du tout least —, Ghaliya Djelloul. Chercheuse à l’UCL, mais aussi secrétaire générale de BePax, la section belge de Pax Christi. C’est une sociologue qui a notamment travaillé sur le genre et le féminisme dans l’islam. C’est la seule qui ne porte pas le hijab. Mais elle en défend le port. Et Bruxelloise et Voilée a fait la promotion d’un de ses travaux. En tant qu’éditrice responsable du journal de BePax, elle a également publié un papier qui présente l’EFOMW comme une antenne féministe (sic et resic) — négligeant son lien organique avec les Frères musulmans. 

Pour autant, elle est aussi, par exemple, co-autrice d’un papier universitaire nettement plus nuancé, avec Felice Dasseto, spécialiste reconnu du sujet.

Enfin, la dernière interviewée est Hanane Hamouchi, membre du CCIB. 

Sororité active

On a là quelque chose comme la moitié des « voilées » médiatisées en Belgique francophone qui défendent le port du voile dans les services publics. Plusieurs sont parvenues à occuper des postes influents. La plupart sont universitaires. Elles sont néanmoins toutes victimes de discrimination.

Parmi d’autres membres de ce cercle qu’on voit souvent dans leur entourage, citons Julie Pascoët (CECIV, ENAR), Farida Tahar (CCIB, passée par l’école très conservatrice Alkhayria — financée notamment par les pays du golfe selon Felice Dasseto, et première sénatrice voilée), ou encore Hafida Hammouti, la directrice de la Coordination des Enseignants de Religion Islamique belges francophone, Hafida Hammouti — l’une des femmes à l’origine du Balek-Gate, régulièrement invitée dans les médias.

Cette dernière nie tout lien avec les Frères musulmans. Pourtant, Hafida Hammouti a signé, en 2013, une pétition de l’EMN de Tariq Ramadan en tant que représentante de l’EFOMW frériste, à côté du (seul) gratin des Frères musulmans de Belgique et d’Europe. C’est aussi à elle que revint l’honneur de lire la déclaration commune de la Ligue des Musulmans de Belgique (frériste) en 2012, lors de la première Foire musulmane.

Trois petits tours et puis on revient

Toutes ces femmes constituent un cercle très actif, multipliant les associations, les services, les organisations. Et se retrouvent pour militer ou informer. On retrouve ainsi leurs noms dans le « counter-islamophobia kit » de l’Université de Leeds publié en 2018 : Ihsane Haouach, Malika Hamidi (EMN), Ghaliya Djelloul, Farida Tahar (CCIB), Julie Pascoët (ENAR), Layla Azzouzi (CCIB), Mahinur Özdemir… Elles y figurent aux côtés de Marwan Muhammad, ex-président du CCIF, ainsi que de personnalités issues de toutes les antennes fréristes européennes, mais aussi d’Unia (le Centre pour l’Égalité des Chances belge, très officiel), de membres du Parti Socialiste belge, du cdH (démocrates humanistes — ex-parti de Mahinur Özdemir), d’Ecolo, du MRAX, et des universités Libre de Bruxelles (ULB), Catholique de Louvain-la-Neuve (UCL) et de Liège.

Sans oublier le principal syndicat de journalistes européen, EFJ Europe.

On en retrouve aussi plusieurs en 2015, comme signataires d’une déclaration de l’EMN de Tariq Ramadan, intitulée Convergences musulmanes de Belgique contre la radicalisation et pour la citoyenneté. Outre le gratin des frères musulmans belges et européens et une flopée d’égarés, on note, à nouveau, la signature d’Ihsane Haouach, Seyma Gelen, Malika Hamidi, Leyla Azzouzi, Farida Tahar, Fatima Zibouh, Hafida Hammouti ou encore, Julie Pascoët… 

De même, parmi les signataires d’une carte blanche du collectif féministe décolonial Kahina de Seyma Gelen et Malika Hamidi, il y a Ihsane Haouach, Mahinur Özdemir, Layla Azzouzi et Farida Tahar.

Ou encore : en novembre 2014, le collectif Tayush (dont la politologue de l’ULB Corinne Torrekens, grande spécialiste de l’islam… faisait partie) publiait un article contre un projet de loi interdisant les signes religieux pour les fonctionnaires en contact avec le public. Parmi les membres du collectif signataires, on revoit Seyma Gelen, Malika Hamidi, Fatima Zibouh, Leyla Azzouzi, Farida Tahar et deux de ses cofondateurs du CCIB, Hajib El Hajjaji et Mustapha Chairi.

Toutes ces femmes ont réussi à se placer de façon intéressante dans la perspective de l’imposition du « voile partout ». Zibouh chez Actiris (Pôle Emploi) dans la non-discrimination. Tahar dans trois parlements (bruxellois, bruxellois francophone et Sénat). Elle siège dans la commission de l’Égalité des chances et des femmes au Sénat, et dans celle de la Famille au parlement francophone bruxellois, où elle est cheffe de groupe Ecolo.

Ihsane Haouach est désormais commissaire du gouvernement à l’égalité femmes-hommes, Julie Pascoët est chez ENAR, qui parvient à pousser son influence à la Commission européenne. Quant à Hafida Hammouti, elle se veut l’experte islamique à interroger impérativement quand on parle du voile (à la RTBF, par exemple), ou alors, c’est Seyma Gelen. Au choix.

Féminisme masculin

On retrouve aussi régulièrement quelques hommes — toujours les mêmes — dans le giron de ces femmes. L’un d’eux, Mustapha Chairi, directeur du CCIB, figure même comme spécialiste « femmes » dans la liste d’experts de l’Association des Journalistes Professionnels.

Cette présence masculine, dès la fondation de l’EFOMW, est logique. C’est un mâle — et non des moindres — qui serait à l’origine du féminisme islamique (islamiste, plutôt ?) en Belgique et en France : ainsi l’ex-directrice de l’European Muslim Network, Malika Hamadi, attribue pratiquement à Tariq Ramadan « l’invention » du féminisme musulman. Entendez bien sûr : du féminisme musulman voilé.

Et ça tombe bien qu’on parle des hommes. Parce qu’ils sont à l’origine de la supercherie qui aveugle bien trop de progressistes depuis bien trop longtemps : le voile islamique comme choix féminin. 

Bien sûr, les réalités sont diverses. Il y a des femmes qui se voilent « par choix », par souci identitaire, pour suivre la mode, et certaines combinent même le turban « islamiquoïde » avec un jeans ou un décolleté pigeonnant. Mais s’il s’agit d’un choix délibéré aussi indépendant de la religion, refuser d’ôter le « foulard » au risque de mettre en péril sa carrière ou ses études reflèterait une opiniâtreté vestimentaire bien excessive. La plupart l’ôtent d’ailleurs sans problèmes pour étudier ou travailler.

Mais celles qui reviennent tout le temps, dans tous les dossiers, sont ces femmes qui lient le voile à la religion, celles dont on parle inlassablement dans les médias, et que je viens de vous citer. Celles-là portent le hijab pour cette seule raison religieuse. 

Elles prétendent, répètent et assènent qu’en leur imposant de l’ôter dans certaines circonstances, la Belgique et la France les discrimine, et les prive de travail et d’études. Elles aussi évoquent leur choix, la mode, et comparent lestement le voile à une minijupe ou, comme Hafida Hammouti, au foulard que portent les femmes… malades du cancer ! Tout passe…

Mais cette présentation est juste absolument fallacieuse.

Vous ne porterez plus jamais le voile par Azhar

En réalité, le hijab n’est ni un symbole, ni un bout de tissu, ni un choix. C’est un prescrit religieux, une obligation liée à la pratique d’un islam conservateur. Et ce sont les « phares » de l’islam, tous de sexe masculin, qui l’affirment ! 

Dar Al Ifta al-Misriyyah (littéralement : Maison de l’émission des fatwas en Égypte) est une institution égyptienne qui conseille le gouvernement sur la loi islamique, et émet des fatwas (litt. des éclairages). Les juristes de Dar Al-Ifta (les muftis, litt. ceux qui émettent des fatwas) sont nommés par le conseil de la prestigieuse université d’Al-Azhar. Ils sont considérés comme conservateurs.

Une fatwa n’est pas — comme on le croit souvent — une condamnation, mais bien une réponse à une question jurisprudentielle. L’une d’elles nous intéresse particulièrement. Une professeure d’université qui « travaille dans un État non-musulman » se plaignait que ses étudiants chahutaient pour l’empêcher de donner cours à cause de son hijab. Elle demandait donc aux muftis de Dar Al-Ifta si elle avait le droit, dans ces circonstances, de le retirer. 

Ils lui répondirent que : « le hijab est un devoir individuel pour les femmes musulmanes adultes ». Le conseil de Dar Al Ifta, ajoutait qu’il lui était « interdit » de le retirer « s’il ne s’agit que de quelques perturbations par vos étudiants que vous pouvez maîtriser avec tact, courtoisie et un traitement adapté à la situation. » 

Mais l’islam, même conservateur, fait aussi preuve de souplesse : dans le cas contraire, dirent les muftis, « si les choses s’enveniment avec des agressions qui ne peuvent pas être évitées, ou si vous risquez de perdre votre travail alors que vous ne pouvez pas trouver d’autre source de revenu, il est autorisé de retirer votre hijab. » Le droit islamique cède en effet le pas en cas de nécessité, qui sont au nombre de cinq : préserver la religion, la vie, la progéniture, la propriété et l’intellect.

Le macho n’est pas celui qu’on croit

Les hommes de sexe masculin du prestigieux conseil de Dar Al-Ifta précisent toutefois que le retrait du voile doit se faire « de la manière la plus restrictive possible, et pour un temps minimum, tout en couvrant le plus possible [le reste de] votre corps. » 

C’est donc bien la religion, interprétée ici par un patriarcat inamovible, qui impose le hijab aux femmes, de même que le reste de leur tenue. Et contrairement à ce qu’affirment ces quelques égéries voilées qui prétendent ne pas pouvoir travailler ni étudier quand on leur interdit de garder le « foulard », la femme est bel et bien autorisée à le retirer en cas de nécessité. Problème réglé : il n’y a pas de problème !

On notera au passage que les conditions établies par ces mâles juristes à ce retrait feraient pâlir de jalousie le célèbre macho sicilien. 

Ainsi, le choix d’une femme de garder son job — et donc sa jouissance d’une fonction désirée — n’entre pas en ligne de compte dans son droit à ôter le hijab. Seule compte ici l’impossibilité de trouver un autre job… Dans une autre fatwa, il est d’ailleurs précisé qu’un mari, un père ou un tuteur est tenu d’imposer le hijab à sa femme, sa fille ou ses pupilles ! Il en va bien entendu de même pour les mères, les sœurs, les amies. 

Pour ce courant important de l’islam, le hijab n’est donc pas un choix. Ici, non seulement il y a contrainte religieuse, mais l’islam conservateur prévoit aussi la pression de l’entourage et la pression sociale. Le seul véritable choix qui soit laissé à la femme qui adhère à cet islam conservateur est celui de ne pas porter le hijab.

Mais alors, si le voile peut être retiré, pourquoi les femmes comme Ihsane Haouach ou des candidates de la STIB refusent-elles de le faire, même pour progresser ? Pour étudier ? Pour travailler ? Allant de ce fait à l’encontre du prescrit islamique reconnu par Dar Al-Ifta et Al Azhar, qui recommande le travail et l’étude pour les femmes ?

Le voile inamovible

La réponse est simple : Ihsane Haouach et ses alliées personnalisent une version invasive et politique de l’islam. On l’a vu, toutes sont proches de, ou adhèrent à, la mouvance des Frères musulmans. Derrière leur sourire, leur action sociale, leur bonhommie et — il faut bien le préciser — leur compétence et leur talent, se niche un courant fondamentaliste, non seulement religieux, mais aussi politique qui prétend s’immiscer dans les démocraties européennes et leur faire la leçon !

En 2004, suite à la première loi française sur le port du hijab dans l’enseignement, les Frères musulmans du Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche (ECFR – ci-après nommé Conseil de la Fatwa), fondé à Dublin, et dirigé jusqu’en 2019 par Youssef El-Qaradawi, leader spirituel de la confrérie, a ainsi protesté avec virulence contre l’interdiction du hijab à l’école : 

« Le port du hijab est un devoir dévotionnel et religieux […] les enseignements de l’islam, de par leur nature, ne connaissent pas la contradiction […] le port du voile est une obligation légale, et non pas un symbole religieux. […] il n’est pas permis d’imposer à une femme musulmane d’enlever son voile au prix de son éducation ou de l’utilisation légitime des installations de l’État. » Et de prévenir qu’Allah est dans le cœur de chacun et chacune, et voir donc tout. Mesdames, vous voilà prévenues !

Cette déclaration prétend donc non seulement imposer à la France les principes islamiques (ou islamistes), mais considère qu’une loi française contraire à ceux-ci est « non permise ».

Et la charia style Brotherhood prend le pas sur la loi séculaire : « Forcer une femme musulmane à ôter son voile qui exprime sa conscience religieuse et son libre choix (sic) est l’un des types d’oppression les plus sévères envers les femmes, incompatible avec les valeurs françaises qui réfèrent au respect de la dignité des femmes et à leur liberté personnelle, humaine et religieuse. » 

Cette inversion des responsabilités est la source de la confusion : « l’oppression la plus sévère », selon les Frères musulmans, n’est donc pas d’imposer un voile aux femmes — quitte à leur faire perdre toute possibilité d’études, de travail ou d’avenir. C’est de vouloir maintenir la neutralité de l’État et donner une chance aux femmes de faire un choix que l’islam rigoriste leur refuse.

Où y’a de la gêne…

Pourtant, c’est du cœur de l’Institut Européen des Sciences Humaines, le propre séminaire des imams des Frères musulmans à Château-Chinon, qu’un théologien de la ligne d’information frériste explique à une musulmane « qui s’interroge pour savoir si elle peut […] travailler […] en retirant son voile », qu’elle a en effet ce droit : « Oui, si vous êtes dans le besoin de le faire, c’est-à-dire si cela est une condition pour vivre sans être gênée. […] »

Sur ce point, les Frères musulmans ne disent donc pas autre chose que Dar Al-Ifta. Ce qui diffère, c’est l’ingérence politique. Par contraste, la seule réaction non-islamiste que j’aie trouvé sur la loi française de 2004, provenant en l’occurrence d’une personnalité d’Al-Azhar, affirmait qu’il est légitime pour un pays non-musulman d’interdire le port du hijab — réaction qui fut suivie d’une virulente polémique sur place.

C’est là que le frérisme (ou l’islamisme) se distingue de l’islam conservateur. Dès lors que la religion impose le voile aux femmes, les Frères musulmans exigent du séculaire qu’il n’interfère pas dans cette loi religieuse, et considèrent que la loi d’Allah doit être respectée par les gouvernements européens et les démocraties  — qu’ils haïssent !

Charia for Belgium

Ceci explique d’ailleurs les cris de joie poussés par les antennes fréristes après le jugement ahurissant du Tribunal du travail statuant** en première Instance de Bruxelles qui imposerait — dans la pratique — à la STIB (la RATP bruxelloise) de renoncer à sa politique de neutralité, faute de quoi elle serait tenue d’engager toute femme voilée au détriment même, selon l’expertise du constitutionnaliste Marc Uyttendaele, de personnes plus compétentes : « tout candidat dont les aptitudes seraient considérées comme supérieures à une candidate se prévalant d’une discrimination religieuse verrait son recrutement considéré comme irrégulier au seul motif de la discrimination religieuse ainsi invoquée. » 

Explication : le tribunal a considéré que le soupçon de discrimination suffisait pour faire condamner la STIB. Ceci implique que même si une candidate n’arrive pas en première position en matière de compétences, il suffit qu’elle porte plainte et fasse état d’un soupçon de discrimination religieuse pour faire condamner l’entreprise ! Ce qui reviendrait dans les faits à inciter la société à toujours préférer une… candidate voilée !

Mais le plus grave, c’est que suite à la pression de socialistes et d’écologistes bruxellois, et à une décision du gouvernement bruxellois, l’entreprise n’a pas pu faire appel de cette décision, entérinant une jurisprudence catastrophique

Les cris de joie des islamistes qui ont suivi correspondant à l’introduction d’un élément de la charia dans le service public : le port obligatoire du voile !

Ce qu’on nous présente comme « le droit de s’habiller comme on veut », une idée probablement née dans les fabriques conceptuelles islamistes, n’est donc que le miroir aux alouettes occidental de la volonté d’imposer la loi islamique aux femmes musulmanes. Et dans une version radicale !

Garçon, une pression !

Car dès lors que le port du voile est une obligation islamique, tout comme l’est le fait de l’imposer aux autres femmes, la multiplication des dames le portant au travail est, pour celles qui ne le portent pas, un rappel à l’ordre permanent. Et plus il y aura de femmes voilées, plus il sera difficile pour celles qui ne souhaitent pas le porter de « résister ». L’ambition frériste, désormais soutenue par les pouvoirs publics, est de leur imposer la pression du nombre. 

La plupart des femmes qui se voilent, par habitude, par choix ou par effet de mode identitaire, ne sont pas conscientes de cet aspect. Mais les égéries de la diffusion du voile, celles qui le portent pour faire de la politique, par exemple, sont les instruments conscients de l’une des obsessions des islamistes : généraliser le hijab. Une vidéo de Nasser datant des années cinquante nous la rappelle. 

En cédant à ces extrémismes religieux, les néoféministes renoncent à les freiner et se rendent complice d’une stratégie de propagation née en Égypte, qui revient aussi à propager le patriarcat le plus acéré dans notre société, en vue de l’établissement d’un système islamiste totalitaire.

Voilement d’un système totalitaire

C’est ce qu’énonce clairement la Sûreté bavaroise, qui écrit que la coupole des organisations de la mouvance Frères musulmans en Allemagne, la DMG « tente d’atteindre les objectifs découlant de l’idéologie des FM par l’engagement politique en Allemagne. Les adeptes de la DMG ne révèlent pas leurs liens avec le frérisme publiquement. Ils visent à abattre l’ordre fondamental démocratique libre de la République fédérale d’Allemagne. »

La Sûreté bavaroise est tout aussi claire sur le système politique des Frères musulmans, qui « présente clairement les caractéristiques d’un système totalitaire qui ne garantit pas la souveraineté du peuple ni les principes de liberté et d’égalité des hommes [et des femmes]. Son idéologie prévoit l’établissement d’un gouvernement islamique basé sur le Coran et la Sunna. »

La même Sûreté bavaroise attribue à peu près les mêmes « vertus » à la branche allemande de Milli Görüs, IGMG, qualifiée d’islamiste.

La charia avant la meuf

La fin des droits des femmes ? Assurément ! Les Frères musulmans font une lecture fondamentaliste et littérale du Coran qui a des aspects extrêmement violents. Ainsi, pour leur guide spirituel, Youssef Al-Qaradawi, l’apostasie doit être punie de mort. J’ai parlé dans l’épisode 1 de son espoir que les musulmans pourraient terminer le travail d’Hitler…

En Europe, ces excès sont soigneusement gommés. Mais l’approche radicale et misogyne de la loi islamique transparaît, par exemple, dans l’énoncé des devoirs des musulmans du Centre Islamique de Munich, qui relève aussi des Frères musulmans. Il impose le voile à toutes les femmes en âge d’être attirantes, et interdit par exemple aux jeunes filles de pratiquer la gymnastique, la natation, ou tout autre sport en mixité.

Les Frères musulmans clament néanmoins que l’islam consacre l’égalité de l’homme et de la femme, mais les modalités de celle-ci la ramènent à une inégalité flagrante voire moyenâgeuse. 

Selon le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche de Youssef El-Qaradawi, cité par le Centre International pour l’Étude du Radicalisme du King’s College de Londres, l’homme est ainsi assigné au travail « à l’extérieur », alors qu’une femme « doit travailler à l’intérieur de la maison pour s’occuper de la famille ». Et au cas où elle travaillerait quand même à l’extérieur, elle ne pourrait consacrer plus d’un tiers aux dépenses du ménage, car les deux tiers sont à charge du mari. Les Frères n’aiment pas « qu’un homme vive aux dépens de sa femme ». 

La femme assignée à l’émotion

Une des décisions du Conseil de la Fatwa des Frères musulmans rappelle d’ailleurs que « l’homme est préféré à certains égards, et la femme à d’autres, comme l’aspect émotionnel, mais c’est l’homme qui paie les deux tiers. » Rangez votre macho sicilien, il ne joue décidément pas dans la même ligue. Car c’est ce principe de l’homme payeur, qui permet de justifier que la part des femmes dans l’héritage soit moitié moindre que celles des mâles. 

De même, le témoignage d’un homme vaut celui de deux ispices de counnasses.

C’est aussi l’homme qui a la haute-main lorsqu’un couple ne parvient pas à se mettre d’accord. Et qui décide in fine de la tenue de son épouse. Ainsi, une fatwa sur la coiffure affirme que la femme ne peut en changer radicalement sans autorisation du mari qui, pauvre petit fragile, pourrait ne pas reconnaître la belle qu’il a épousée !

Au sujet de l’héritage, les Frères recommandent littéralement aux musulmans de tirer profiter des lois qui permettent, en Europe, de moduler les héritages en rédigeant un testament, afin de respecter « le prescrit islamique ». Autrement dit, afin de dépouiller les filles d’un tiers de leurs droits, pour les transmettre aux garçons ! 

Les droits voilés

Malgré tout ça, ces grandes âmes juridiques estiment que les femmes musulmanes peuvent s’engager dans le combat féministe, mais islamique alors ! Soit au bénéfice de l’établissement de la Charia. Mais même dans ce cas : « [l’] activité féministe islamique n’est pas autorisée à se dérouler si elle se fait aux dépens du mari et des enfants ». En gros, le féminisme islamique existe, il est magnifique, progressiste, époustouflant. Mais pensez quand même d’abord à votre mari et à vos enfants, mesdames !

Il en va de même pour l’activité politique, autorisée voire encouragée, mais à condition, à nouveau, que cela ne perturbe pas la famille, et que la femme « agisse dans l’intérêt de la communauté et conformément à la charia ». 

Le communautarisme n’est ici pas une chimère, mais une obligation.

Le Conseil interdit évidemment l’avortement — mais ne prévoit pas de punition s’il a lieu dans les 120 jours de la conception. La contraception permanente est interdite également. 

Dans une des fatwas où un mari soupçonne une liaison entre sa femme et un des collègues de celui-ci, le Conseil recommande à l’époux de croire sa femme si elle nie, mais aussi qu’elle change de travail pour ne plus être en contact avec l’homme soupçonné de la séduire. Tant qu’à faire.

Une autre fatwa rappelle qu’il est interdit d’épouser une femme adultère. L’on ne peut pas non plus épouser une femme musulmane sans l’accord de son tuteur, et conformément à la charia, une musulmane n’a pas le droit d’épouser un non-musulman, alors qu’un musulman a le droit d’épouser une femme du « peuple du Livre », mais ni une athée, ni une apostate.

Misogyne sur toute la (poly)gamme

Il y a aussi dans ce fatras de fatwas ce jugement qui assigne le mari au tutorat de sa femme : « Il est permis à un mari d’empêcher sa femme de rendre visite à une autre femme — musulmane ou non — s’il craint que cela nuise à sa femme, à ses enfants ou à sa vie conjugale. » Car « L’homme est le gardien de la famille et le gardien de la femme, et il doit la protéger de tout ce qui la met en péril ».

Et s’il fallait encore un détail pour convaincre les néoféministes qu’elles soutiennent en réalité le pire paternalisme, notons que ce conseil si « européen » de la fatwa juge que la polygamie est autorisée, et même souhaitable dans certaines circonstances !

Bref, ce n’est pas, pour les femmes concernées, un retour de cinquante ou cent ans en arrière. Mais bien d’un demi-millénaire. 

Le vélo, hymen pas loin

Toute cette idéologie, tous ces principes sont véhiculés en filigranes par le voile islamique. Il n’en est pas le symbole, il en est le vecteur. Et la question qui se pose à nos décideurs est de savoir s’ils veulent continuer à être les complices d’un système religieux, ultrarétrograde, mais aussi totalitaire et antidémocratique.

Enfin, pour clore ce chapitre sur un rire glacial, ces poussah qui peuvent se permettre de tout dicter aux femmes sans jamais que les néoféministes ne les accusent de « mansplaining », ont décrété que la pratique du vélo serait interdite aux femmes s’il était démontré qu’elle peut provoquer la… perte de l’hymen !

La femme est l’avenir de l’homme pourvu que le voile ne soit pas l’avenir de la femme

Soutenir de tels principes plutôt qu’un islam réellement progressiste reviendrait à exclure les musulmanes qui n’ont aucun désir de se laisser voiler, des droits que les féministes ont patiemment, péniblement obtenus, parfois au péril de leur vie, avec l’ambition d’émanciper les femmes. 

Celles-ci n’étaient alors pas demandeuses pour autant. La culture, la famille, les pressions sociales ont de tout temps été un obstacle aux droits égaux. Il en va de même aujourd’hui. Les femmes de culture musulmane doivent avoir les mêmes droits que toutes les autres, et le premier de ces droits est celui de l’émancipation. Et ici, la plus fragile des minorités n’est pas celle qui prône le voile, mais bien celle qui n’en veut pas !

D’autant que la victimisation de celles qui portent ce voile inamovible va de pair avec un prosélytisme qui dicte aux jeunes musulmanes que le porter, c’est mieux, et de surtout ne jamais le retirer ! Plutôt que de les aider à se donner toutes les chances, quitte à étudier ou travailler sans, elles les incitent à refuser tout compromis et à se battre pour l’introduire dans les écoles, les entreprises, les services publics, les parlements et désormais, dans l’entourage du gouvernement.

Pire encore : en Belgique, les pouvoirs publics financent des campagnes qui confortent les musulmanes dans l’idée que le hijab est non seulement légitime en tout lieu, mais carrément émancipateur ! 

Ce faisant, les pouvoirs publics, et pratiquement tous les partis, livrent les musulmanes pieds et poings liés aux fondamentalistes. Or, le port du voile n’est pas un vecteur d’émancipation, il ne l’a jamais été. Il est un vecteur d’asservissement, de patriarcat et de soumission de la femme aux règles dictées par de vieux croûtons pudibonds.

Il reste à espérer que les journalistes et les politiques — premières cibles de l’œuvre de séduction des islamistes — reverront leur copie, plutôt que de lancer des accusations de complotisme ou de se livrer à la cancel culture avec une violence féroce contre ceux qui alertent.

La Belgique, succursale des imams du bled

Il y a quelques semaines, une musulmane non-voilée harcelée dans son travail pour qu’elle le porte, me disait « on n’a pas fui les imams du bled pour se faire voiler à Bruxelles ». Elle enchaînait en me demandant pourquoi les politiques belges soutenaient les « voileuses ». Je n’ai pas su lui répondre.

Elle terminait en me disant simplement « il faut que vous nous aidiez ». Cet article est ma façon de tenir la promesse que je lui ai faite, de la soutenir, elle, et toutes les femmes opprimées par le summum actuel du masculinisme, soit l’islamisme. Cet allié objectif des masculinistes d’extrême droite. Et au fond, cette autre extrême droite, totalitaire, patriarcale, misogyne.

Les militantes du voile citées dans cet article ont le mérite de se battre pour ce en quoi elles croient. Je n’ai aucune animosité à leur égard. Ce ne sont pas elles qui doivent être combattues pied à pied mais l’idéologie qu’elles défendent et servent. 

Et leurs premières cibles sont les femmes de culture musulmane. Nous n’avons pas le droit de les abandonner comme le font aujourd’hui quelques prétendu(e)s féministes, la plupart des partis politiques, trop de journalistes, qui n’auront jamais, elles et eux, à le porter, et font donc leurs choux gras de l’oppression d’autrui.

MàJ du 21/6 :
* j’avais précédemment écrit Ahmad Ben Mansour, au lieu de Abdallah.
** j’avais précédemment écrit Tribunal de première instance au lieu de Tribunal du Travail statuant en première instance. 

 


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©Marcel Sel 2021. Distribution libre à la condition expresse de citer l’auteur (Marcel Sel) et d’établir un lien avec cette page. 
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2 Comments

  1. Louise Cifre
    juin 21, 16:38 Reply
    Excellent article. Il faut dénoncer les totalitarismes cachés dans un voile.

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