Exclu : au sud de Bruxelles, le stationnement en rue réservé aux fidèles de la mosquée.

Partagez cet article

À une quarantaine de kilomètres de Bruxelles, dans la province du Brabant-Wallon, Court-Saint-Étienne est un bourg tranquille, avec un centre hésitant entouré de jolis hameaux qui avouent sans pâlir leur passé rural cossu. Limauges, Beaurieux, Tangissart, Suzeril ou encore Sart-Messire-Guillaume. Ici, il y a plus de champs et de bois que de maisons. Mais il y a aussi une mosquée. Et trop peu de places de parking.

Entre le centre et le hameau de Mérivaux, la rue du Pont de Pierres tournicote parallèlement à la nationale. La voie est étroite. Les pâtés de maisons sont épars. À hauteur du numéro 16, il y a la mosquée Assalam (La Paix), qui entretient manifestement de bonnes relations avec la commune et pratique une politique d’ouverture : chaque année, elle organise un iftar (repas de rupture du jeûne) pour les riverains, histoire d’entretenir de bonnes relations de voisinage. Peut-être aussi de convertir l’une ou l’autre âme, me direz-vous, mais soyons de bon compte : toutes les religions font ça. 

Court-Saint-Étienne est dirigée par une équipe de centre-droit et le bourgmestre lui-même, Steve De Wevere, est membre du MR — le parti libéral de l’ex-président du Conseil européen, Charles Michel. Un parti qui est de plus en plus souvent accusé de dérives droitières, si pas fascistes, par ses opposants, notamment parce qu’il défend une neutralité stricte ; le concept de neutralité correspond plus ou moins à celui de la laïcité en France, avec des nuances complexes. 

Mais sur ce terrain local, la neutralité semble plus complexe à appliquer. Car à l’occasion du ramadan, la mosquée Assalam n’a pas assez de son parking pour accueillir ses ouailles. Pour l’y aider, la commune a donc réservé quelque 350 mètres de rue aux fidèles de la mosquée et ce, tous les jours du mois de ramadan, de 18 à 23 h, ainsi que les vendredis de 11h à 15h. La mosquée ne s’en cache pas du tout, puisqu’elle écrit sur Facebook : « Comme annoncé, nous disposons d’espaces supplémentaires en rue qui nous sont exclusivement réservés en soirée pour la prière d’At-tarawih (de 18h00 à 23h00) et lors de la prière de Jumu3ah (de 11h00 à 15h00). »

La politique dans le panneau

Elle précise même « Des panneaux interdisant le stationnement y ont été apposés pour les autres usagers mais l’autorisant pour les fidèles de la mosquée. » Étrange conception du droit que celui-là… En réalité, la commune a posé des panneaux d’interdiction de stationnement, sans en préciser l’objectif ni les modalités, ce qui signifie en principe que personne n’a le droit de se garer là. Et la mosquée Assalam reconnaît « Nous y avons ajoutés (sic) un message insistant sur le fait que ces espaces sont autorisés au stationnement pour les fidèles aux heures indiquées ». Passons sur le résultat qui donne « autorisé aux fidèles de la mosquées » qui empêcherait un prof de français de dormir.

Bien sûr, la commune est pleinement « complice » de cette pratique étonnante. Elle fait partie de ces arrangements qui font tout le charme de la politique locale, jamais avare de compromis bizarres. Mais l’administration peinera à la justifier légalement ; la commune n’a d’ailleurs pas répondu à mes demandes de commentaire. Car, outre le fait que l’apposition d’un ajout par la mosquée n’a aucune valeur légale, comment distinguer le véhicule d’un musulman pratiquant venu pour la prière de celui du beau-frère d’un résident du cru venu fêter l’anniversaire de son beauf ? 

De fait, des riverains sont scandalisés. La rue étant étroite, les jours d’affluence « on se demande comment un camion de pompier ou une ambulance pourrait passer. » Ils se sentent lésés. « Chaque année, c’est la même chose pendant le ramadan. Interdiction de se garer pour les riverains car nous devons laisser la place aux religieux. Le bourgmestre prétend que nous n’aurons pas d’amende si on se gare dans notre quartier mais refuse d’admettre la réalité : c’est une discrimination. Et c’est un bourgmestre MR ! » Et d’ajouter que si les locaux veulent organiser une fête avec des amis ou de la famille, ceux-ci doivent se garer à plusieurs pâtés de maison. 

Un service public un peu privé

Certes, en Belgique, l’exercice du culte est un service public, ce qui signifie que « les autorités publiques compétentes doivent […] prévoir les mesures et les moyens nécessaires afin de permettre cet exercice. » Cela va-t-il jusqu’à réserver le parking en rue aux fidèles d’un culte (ou d’un autre) pour qu’ils puissent s’y rendre ? Bonne question !

Au passage, l’islam est une religion reconnue en Belgique et la liberté religieuse est inscrite dans la fière Constitution de 1830, qui a fait de la Belgique un des pionniers en la matière. La lutte légitime contre l’islamisme implique aussi de respecter et de rassurer les citoyens musulmans dans leur culte tranquille. Faute de quoi, on ne fait qu’opposer un extrémisme à un autre. Mais en créant une discrimination au parking sur la voie publique, on provoque aussi des mécontentements et on alimente des fantasmes.

Il reste qu’au vu du succès de la mosquée Assalam — qui est plutôt décentrée, on peut se demander quelle serait la solution apaisante à ce casse-tête annuel. Le lieu ne bougera pas et le ramadan continuera à avoir lieu chaque année. Peut-être qu’une vraie concertation avec les habitants et les responsables du culte pourraient arrondir certains angles… Manifestement, un iftar des voisins ne suffit pas.

Tant que vous êtes là…


Cet article est le fruit d’un travail. Vous pouvez me soutenir en faisant un don. Notez qu’en dessous de 2€, les frais sont prohibitifs.

Facebook
X
LinkedIn
Pinterest
WhatsApp
Reddit
Telegram
Threads
Courriel
Imprimer

6 réponses

  1. Ici dans mon village du Condroz, on fait égal quand on veut éviter du chaos de parking pour une raison locale quelconque. Une bonne partie des Belges est musulman (de toute couleur de peau et origine ethnique et nationale), beaucoup d’entre eux observent le mois sacré de Ramadan. Beaucoup d’entre eux vont à la mosquée pour prier à l’heure de rompre le jeun, ce qui peut causer des embouteillages. Logiquement…. Quel est votre éternel problème? Quel est ce désir d’inciter de la discrimination partout? De supposer que les gens du coin voient ce parking temporairement réservé d’un mauvais œil? Pourquoi créer des conflits, d’un billet à l’autre? Je vous ai une fois fait une petite donation pour la simple raison que je suis pour la liberté de la parole. Mais vous êtes un très triste sieur…

    1. Je n’incite pas à la discrimination. Je constate une pratique qui ne pacifie rien, au contraire. (et il n’y a pas eu censure, je n’avais pas vu passer le commentaire, c’est tout.

  2. Ces ajouts privés sur un panneau officiel sont non seulement illégaux mais eux-mêmes constitutifs d’une infraction ! En cas de souci de circulation dans cette rue, fidèles ou pas fidèles, la police sera obligée de verbaliser et, le cas échéant, de faire évacuer les véhicules qui obstruent la voie. Il suffit d’un seul gros véhicule qui s’engage dans cette rue et est bloqué par une voiture garée en violation de l’interdiction imposée par le panneau et dont le conducteur appelle la police, pour que cette rue soit dégagée, peu importe la religion des propriétaires de ces véhicules.

  3. À Bxl y a partout des types qui écrivent devant leur +\- garages leur numéro de plaque « réservé » … les musulmans ont compris le truc, où est le problème ?

  4. « Exclu : au sud de Bruxelles, »
    Perso je vous remercie de votre réponse dans le post précédent en espérant pour vous que le lectorat silencieux de votre blog au moins existe! bien sûr si vous censurez tout le monde, mon merci est encore plus fier op.
    Ps(wallon) aub Marcel vous parlez du sud de la rbc-bhg pas du sud de Bruxelles, votre manque de précision n’est pas juste islamophobe j’espère !

Répondre à Uit'tZuiltjeAnnuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Marcel Sel est auteur, romancier, journaliste, chroniqueur et satiriste. 

 

 

Belge une fois, mais pas deux.

suivez-MOI SUR…

Si la lecture vous a plu…

Commandez mes romans…

Écoutez Votez Pour Moi tous les matins à 8h15.

Une émission satirique avec André Lamy et Olivier Leborgne, coécrite par Michaël Albas et Marcel Sel.

Vous aimez mon style ?

ENGAGEZ-MOI !

Pour écrire, réécrire, améliorer, scénariser. Avec ou sans pointe de sel.

SUR LE MÊME THème