Le pouvoir du victimisme. Épisode un : Florence, Denis et les Golden Corbeaux.

Temps de lecture : 15 minutes.

CC0 Pixabay

Twitter. 10 mars 2015. Un compte anonyme qui m’a pris en grippe — on va l’appeler @JohnDoe — me qualifie de « foireux notoire. » Mon clavier lui fait savoir qu’il m’emmerde. Jour normal sur le réseau. Insultes, réponses.

Dans l’après-midi, je reçois un DM (Direct Message, ou message privé) de Florence Hainaut. Je la connais un peu, virtuellement. On a échangé sur les réseaux, papoté en privé. Elle est la fusée montante à la RTBF. Et c’est pour ça que son message m’étonne. 

Ça dit : « Si un jour tu veux te faire @JohnDoe, je crois avoir trouvé qui c’est, en vrai […] 6 mois que je le tiens sous le coude »

Voilà donc une journaliste du service public qui cherche à me pousser au doxing (soit la révélation publique de l’identité réelle d’un internaute dont le profil est anonyme). Elle m’envoie même une copie d’écran de la page Linkedin du propriétaire présumé du compte @JohnDoe. Mais attention, me dit-elle. Il ne faudrait pas que j’aille consulter cette page moi-même, « parce qu’il doit avoir l’option pro “qui a regardé mon profil” ». J’ai l’impression d’avoir été contacté par OSS 117.

Le candidat au doxing qu’elle me livre clavier et souris liés est un ancien collaborateur d’un ministre MR de l’époque. Florence m’explique qu’elle l’a repéré parce qu’il s’est renseigné sur elle auprès d’amis « dans la vraie vie ». Elle ajoute « je savais que qqun avait remonté la piste d’un IP qui pointe au Luxembourg ». Je m’étonne. Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’IP ?

Florence enchaîne : « Si tu dois l’épingler, attends un peu alors […] et ça ne vient pas de moi évidemment. » 
Je réponds : « Non, perso, je laisse les anonymes où ils méritent d’être : dans l’anonymat mouhouhou. »

Et je fais bien : vérification faite par la suite, l’identité qu’elle m’a donnée n’est pas la bonne ! OSS 117 n’était en fait que l’inspecteur Gadget !

Un an plus tard, le 28 mai 2016, Florence Hainaut réapparaît sur ma messagerie Twitter. Je suis plutôt flatté : elle présente désormais Les Décodeurs, sur la Une (RTBF), l’émission qui précède les débats politiques dominicaux. Cette fois, elle m’envoie un tweet d’une collaboratrice du célèbre journaliste Denis Robert, qui a révélé l’affaire Clearstream. Celle-ci vient de doxer un des « harceleurs » de Florence. Denis va embrayer. Florence Hainaut est de la partie. L’affaire va déraper.

Ascenseur pour les chafouins
Je l’ignore encore, mais je viens de mettre le doigt dans un engrenage infernal qui s’appelle le victimisme, et qui trouvera son apogée quatre ans plus tard, dans l’affaire que j’ai intitulée le balek-gate. Ce moment où Florence Hainaut se révèlera avoir un pouvoir suffisamment bluffant pour faire saisir le Conseil de l’Europe contre l’Observatoire des Fondamentalismes. Et cela, pour la même raison que les cas dont j’ai été témoin : parce que Florence Hainaut s’est dite « harcelée ». 

Accessoirement, pour avoir couvert l’affaire du balek-gate en refusant la logique imposée par le mainstream journalistique belge francophone, je finirai moi-même accusé publiquement d’avoir harcelé la journaliste désormais indépendante Florence Hainaut, mais aussi la romancière et chroniqueuse Myriam Leroy (sur Twitter et Wikipedia), ainsi que d’autres « jeunes femmes » (par le député écolo Olivier Biérin).

Je devrai quitter temporairement Twitter, épuisé moralement après des semaines de shitstorms, d’insultes, de manipulations via de faux comptes Twitter, sans compter le doxing d’un de mes enfants avec le soutien de plusieurs personnalités, le dédain de la direction de la RTBF, ainsi que de membres éminents d’Ecolo. À cela se sont ajoutées des menaces de plaintes judiciaires pour harcèlement moral, l’accusation d’entretenir une « meute fasciste » et celle d’utiliser moi-même de faux comptes (accusation exprimée par Jean-Michel Javaux). Le point d’orgue étant une grossière manipulation de plusieurs pages Wikipedia par des proches ou du moins des soutiens très informés de Florence Hainaut et Myriam Leroy, qui transformera celle qui m’est dédiée en véritable outil de dénigrement.

Ce qui m’est arrivé importe toutefois peu. Je veux dire, il importe peu que ce soit arrivé à moi-même ou à un-e autre. Si j’avais été le seul à subir les foudres de l’intelligentsia néo-féministe, cette série d’articles n’aurait pas d’utilité. Mais plusieurs membres de l’Observatoire des Fondamentalismes ont fait l’objet de campagnes de discrédit, et tous ceux qui ont tenté de présenter les faits différemment ont été insultés, humiliés ou assimilés à un prétendu raid dont j’aurais été l’auteur. Pêle-mêle, un député des plus honorables. Deux présidentes ou ex-présidentes du Conseil des Femmes Francophones. Des scientifiques de renom, des dizaines d’internautes de gauche comme de droite. Tous assimilés à la fachosphère. Et aucune réaction médiatique.

Tout ceci peut s’expliquer par l’effet pervers de la victimisation : il fait à son tour des victimes.

Florence, instrument et victime
J’ai la conviction que rien de tout cela ne serait arrivé si l’auteur-e de la première carte blanche (dans le débat sur le voile islamique) avait été quelqu’un d’autre que Florence Hainaut. N’importe qui d’autre. Parce que même si elle est très peu connue du grand public, elle dispose de l’aura peu ordinaire de la victime permanente, adhère à une doxa qui ravage la gauche surtout écologiste — le néoféminisme intersectionnel — au point d’en être pratiquement l’égérie. Elle est aussi le moteur de méthodes d’exclusion qui conviennent à cette gauche qualifiée parfois d’identitaire, qui use de la victimisation de jeunes femmes de leur « camp », pour désigner des coupables, et notamment… des femmes, jusqu’à leur imposer à leur tour un « cancelling ».

Plusieurs pouvoirs (deux syndicats de journalistes, le parti Ecolo, le ministère de la Culture, etc.) s’articulent à leur tour sur ce statut victimaire pour mener leurs propres combats idéologiques qui ont atteint, cet été, leur paroxysme. De cela, Florence Hainaut et quelques autres sont à la fois le carburant et les victimes. Elles lancent certes leurs anathèmes en toute indépendance, mais s’ils fonctionnent aussi bien, c’est parce qu’ils coïncident avec les intérêts du camp intersectionnel. Et sans de tels appuis, ni Florence, ni les autres « harcelées systématiques » n’auraient le pouvoir qu’elles ont aujourd’hui. Un pouvoir exorbitant dont certaines n’hésiteront pas à user encore. Allant jusqu’à se plaindre de harcèlement au commissariat pour un seul tweet qui leur déplaît.

Il est donc temps d’arrêter la machine à écraser ceux qui s’opposent à ces nouvelles idéologies qui, pour la gauche, sont devenues fratricides. Ou, disons le autrement, il est temps de mettre le hola à la cancel culture en Belgique francophone.

Enquête de faits
L’histoire que je vais vous raconter est basée sur une récolte de faits pointilleuse et colossale. L’examen de milliers de commentaires et d’échanges dont je possède les copies d’écran. Des sources judiciaires. Des témoignages nombreux. Des mois de recherche, des années d’observation.

J’y suis impliqué malgré moi, et le lecteur en tiendra compte. Mais j’ai bien sûr traité le sujet le plus honnêtement et fidèlement possible.

L’affaire — et les affaires dans l’affaire — que je vais détailler en plusieurs papiers n’a rien de banal. Elle montre à quel point le journalisme belge francophone a laissé croître en son sein le venin du corporatisme et de la partisanerie. Elle montre aussi que le parti Ecolo est dans une phase glissante, à la fois de fascisation de la moindre opposition, et de radicalisation. Et elle permet de comprendre pourquoi, à partir d’un débat classique par cartes blanches, on en est arrivé à un niveau d’insultes, d’accusations et de scandale encore jamais atteint sur les réseaux sociaux belges ni dans les médias. Et quand le quatrième pouvoir cesse d’être un barrage contre les jeux politiques, et s’en mêle au contraire, la société vacille.

Tocqueville disait : « Ce qui met en danger la société n’est pas la grande corruption de quelques-uns, c’est le relâchement de tous ».

EPISODE UN : Le harceleur était sur RTL. 
L’histoire commence réellement en 2016, soit un an après que Florence Hainaut a tenté de me faire doxer @JohnDoe. Quelques jours auparavant, un compte de droite intitulé @Beluxguy a partagé un tweet de Florence Hainaut (effacé rapidement), en le commentant : « Et elle prétendra être neutre en animant les émissions politiques dominicales sur la télé publique. »

Le 28 mai, 2016, à 9 h 10, une collaboratrice de Denis Robert (journaliste français bien connu pour avoir révélé l’affaire Clearstream), Myriam Tonelotto — dont le blase sur Twitter est @LaVoieduChat — partage ve tweet de @Beluxguy à l’attention de Florence Hainaut, en ajoutant un commentaire qui révèle son identité : 

« @floheyno : Et si je vous disais [que @beluxguy est]… ? » Et elle nomme un cadre supérieur de RTL Belux, joignant même un lien vers une interview du monsieur en question.

À 9 h 30, Hainaut lui répond publiquement, mais prudemment : « @LaVoieDuChat : Ah je serais très très preneuse d’une preuve »

Tonelotto embraye : « @beluxguy : Peut-être RTL serait gênée de vous voir si agressif vis-à-vis de la RTBF ou @FloHeyNo, non ? » Et aussi : « Ils en pensent quoi à RTL du temps que vous passez sur Twitter ? » 

Ensuite, Tonelotto lance un autre doxing, rapidement effacé aussi. Mais Florence Hainaut insiste, toujours en public. À 9 h 40, elle twitte : « je veux d’abord choper [@beluxguy]. Ça fait des mois qu’il est sur mon dos. » 

Tonelotto : « Oui, ça saute aux yeux en lisant ses tweets : vous et [Anne] Lowenthal. Vous avez refusé un poste à RTL ou quoi ? :-)) »

Hainaut : « Même pas. Il est arrivé un jour, comme ça, la bave aux lèvres ».

Dans la matinée du 28 mai, je reçois donc, pour la première fois depuis un an, un nouveau message privé de Florence Hainaut. C’est une copie d’écran du doxing de Tonelotto visant ce cadre supérieur de RTL. Florence me présente @Beluxguy, comme son « harceleur »

@Beluxguy, je le connais bien. Il me tance régulièrement sur Twitter. Il est assez obsédé par le gauchisme dans les chaînes du service public et Florence m’explique qu’il l’embête sans arrêt, avec parfois la RTBF en copie. Il ne manque pas de relever des traces de « gauchisme » chez moi aussi. C’est même un de mes adversaires les plus actifs. Mais pas méchant. D’autres twittos — y compris de gauche — le trouvent même plutôt rigolo dans son style MR décomplexé assumé.

Le grand complot des Golden Corbeaux
Je me rends vite compte que la question « je serais très très preneuse d’une preuve » que Florence a adressée à Myriam Tonelotto en public n’est innocente qu’en apparence. En fait, elles sont de mèche. Florence reste prudemment derrière les rideaux, sans participer directement à ce doxing. Mais Tonelotto et elle n’arrêtent pas de se retweeter mutuellement et de se répondre. Elles sont en contact étroit. Florence sait ce que l’autre prépare. Elle est même à l’origine d’une opération de doxing multiple qui enflammera bientôt la presse française, pour avoir envoyé des copies d’écran de son « harceleur » à Myriam Tonelotto et à Denis Robert !

C’est ce dernier qui le confirmera dans Les Inrocks : « Ce n’était pas mon objectif [de chasser le troll ultra-libéral] au départ. Une amie réalisatrice, Myriam Tonelotto, ma envoyé une série de captures d’écran sur lesquelles une de ses amies qui est journaliste à la RTBF se faisait harceler sur Twitter. » Cette journaliste, c’est Florence Hainaut. 

Le 4 juin, Florence revient en DM pour m’informer que @Beluxguy a fermé son compte Twitter. Intrigué par la dénonciation du cadre de RTL qu’elle reformule, et histoire de vérifier ses accusations, je demande à Florence de voir les copies d’écran qui permettent à ses amis français de juger qu’elle est bien harcelée. Hainaut me met en contact avec Tonelotto, qui m’envoie « tout le dossier » par mail le 8 juin. Je l’examine. Et la seule « preuve » d’un éventuel harcèlement de @Beluxguy envers la journaliste de la RTBF est le commentaire cité plus haut. C’est tout. 

Florence me dit qu’il y en a des dizaines d’autres, que « samedi dernier, ça a duré des heures » mais ne me produit aucune autre copie d’écran. Tonelotto me dit que c’est tout ce qu’elle a. Autrement dit, Denis Robert a été convaincu que Florence Hainaut était bien harcelée, par un seul tweet !

Amusant : dans le dossier qui m’est envoyé par Tonelotto, la moitié des tweets de @Beluxguy bashent un certain… Marcel Sel. Pourtant, je ne me suis jamais senti harcelé par le personnage. Je l’ai juste trouvé casse-bonbon, et je l’ai mis en sourdine (Twitter permet de ne pas voir les comptes qu’on décide de muter).

Je constate entretemps que Myriam Tonelotto a effacé le tweet dans lequel elle accusait ce directeur de RTL, tweet que Florence m’avait envoyé en copie d’écran. Denis Robert et elle ne sont pas prêts. Florence m’explique : « ils sont sûrs à 95 % […] je veux qu’ils le débusquent. Ce type m’a harcelée pendant des mois, c’est hallucinant ». Elle me reparle aussi de @JohnDoe (qu’elle m’avait incité à doxer l’année précédente), en me conseillant d’utiliser son prénom présumé quand il m’agresse. Elle l’a fait. Elle me dit que ça marche.

Sur le départ de @beluxguy de Twitter, elle me confie encore : « Mais ils veillent et m’ont promis. Les prochains comptes qui viendront me pourrir seront scannés […] c’était le prochain sur la liste ».

La liste Robert
Quelle liste ? Celle que Denis Robert a commencé à publier, et dont la RTBF elle-même va parler quelques jours plus tard. Le héros de l’affaire Clearstream a en effet cru détecter un véritable complot de riches anonymes liés entre eux qui s’activeraient sur Twitter pour venir à bout, entre autres, de la CGT, des pauvres, du prolétariat. 

Il a publié cette liste une première fois le 28 mai 2017 dans un long statut Facebook rageur où il dénonçait un dirigeant de Danone Chili (très vulgaire et sexiste, mais il a nié être lié à ce compte Twitter). Y sont passés aussi le banquier @jabial, qui tweete comme un ours mal léché parfois rugueux, sans plus, et qui reconnaît en grommelant. Et le trader indépendant @zebodag, de son vrai nom Ali Bodaghi, un libéral pur et dur qui ne mâche pas son libéralisme. Son sort — en plus d’être brocardé publiquement, il recevra des centaines d’insultes et menaces, y compris celle d’être immolé à l’essence — lancera la mode des « Ze » sur Twitter. 

Il faut dire que l’article Facebook de Denis Robert est violent. Il dénonce des comptes qui « jouent de leur anonymat pour propager des idées nauséabondes en termes d’ultralibéralisme, antisyndicalisme, et pour certains racisme et sexisme ». Il les accuse d’antisémitisme, d’homophobie, et parle même de « nazisme ». 

Dès la journée du 28 mai, le statut est partagé 2 600 fois, avant d’être retiré du réseau social, apparemment pour cause d’images sexys. Et comme Denis Robert crie à la censure, ses informations sont rapidement reprises par toute la presse française, Libé en tête. Ainsi que les noms des doxés.

The sky is the limit of the conspiracy
Mais c’est surtout la dénonciation de la quatrième et principale cible qui nous intéresse. C’est un jeune financier suisse, qu’on va appeler François Perrin, qui vit à Londres et que nos pieds nickelés du journalisme accusent nommément d’être caché derrière le compte @skythelimit, alias Gordon Gekko. C’est un compte parodique à la Hara kiri de droite pour les uns (qui parodie le personnage principal du film Wall Street), un horrible fasciste ultranéolibéral pour les autres. Mais le doxing se base sur un raisonnement fumeux qui ne tient pas deux minutes à l’examen. Denis Robert a de surcroît lâché l’adresse Linkedin de l’accusé, dont il a fait le portrait délirant d’un type en Lamborghini aux accointances fascistes. Ballot : François Perrin roule à vélo.

Pendant une semaine, le jeune homme reçoit des dizaines d’insultes et de menaces, sans comprendre pourquoi, et voit son premier vrai job mis en péril par cette délation massive à laquelle l’ensemble ou presque de la presse française participe, jusqu’à France info ! Le twibunal (tribunal de Twitter — une nouvelle forme de tribunal révolutionnaire sur les réseaux sociaux) a pour sa part tranché : ils sont coupables. Point. François Perrin met son compte Linkedin en privé. Denis Robert croit qu’il l’a effacé. Il tient la preuve ultime. La crie à hue et à dia que le coupable est en aveux. L’inspecteur Gadget bis rêve déjà du Pullitzer !

La corporation ne vérifie rien et soutient Denis Robert jusqu’à plus soif, mais avec quelques journalistes (dont un de la RTBF), on a senti le coup fourré : ce que Florence m’explique des méthodes de Denis Robert semble foireux. Je décide d’enquêter, juste pour voir. Via Florence Hainaut, j’entre en contact avec Myriam Tonelotto en DM. Prudente, celle-ci préfère me répondre par téléphone, et je découvre très vite que j’ai affaire à une bande de bras cassés qui farfouillent dans les tweets des « golden corbeaux » pour chercher des traces de leur réelle identité. Sans rien recouper.

C’est ainsi que je découvre comment ils ont identifié @beluxguy comme étant un cadre de RTL Belux : il y a Belux dans le nom du twittos, tout comme dans RTL Belux. Bon sang, mais c’est bien sûr ! D’ailleurs, le « harceleur » d’une journaliste de la RTBF, service public, est forcément un ponte de chez RTL, chaîne indépendante. Non ? Un coup de fil me suffira pour constater que l’accusé en question ne sait même pas vraiment ce qu’est Twitter ! 

L’obsession de Florence pour le harcèlement et le doxing a donc déjà fait au moins trois victimes innocentes, sous mes yeux : @Johndoe @Beluxguy, @Skythelimit. Et peut-être quatre, si l’on croit les dénégations du directeur de Danone présumément caché derrière @FXlacruz. Le 16 juin, Denis Robert affirmera d’ailleurs lui-même que « rien n’est venu démentir » son identité. Autrement dit, il n’a toujours pas de preuve de ce qu’il avance, et il n’a pas recoupé !

Arrêt sur images
Dans un très long billet de blog (on ne se refait pas), je parviens à démontrer que François Perrin ne peut pas être @skythelimit. Je publie, je suis confronté à Denis Robert dans une émission d’Arrêt sur Image. Malgré les preuves incontestables, il met une semaine à reconnaître son erreur. Et la met alors sur le dos d’un grand complot qui l’aurait visé. End of story. Du moins, je le pensais.

Car, par la suite, mes relations avec Florence vont se détériorer progressivement. Pourtant, pour ne pas nuire à sa carrière d’animatrice des débats dominicaux, j’ai soigneusement tu son nom dans mon article. J’imagine que ses méthodes pourraient ne pas être appréciées par son employeur. Mais je ne sais pas encore que cette façon d’agir par message privé sans jamais s’exposer directement est sa marque de fabrique — comme vous le verrez dans le prochain épisode. 

Ce dont je ne me rends pas encore compte non plus, c’est que j’ai désormais une information sur elle qui est susceptible de la déranger. Je n’ai aucune intention de la publier, considérant qu’elle n’est pas suffisamment connue ni « puissante » pour intéresser le public. Mais il lui deviendra probablement utile de me discréditer.

Une semaine plus tard, Florence Hainaut annonce son départ de la RTBF. Elle aurait perdu le feu sacré. J’imagine que c’est suite à cette affaire, mais sa direction ne semble pas au courant. Non, c’est elle seule qui a décidé de partir, m’explique-t-on.

Deux journalistes en correctionnelle
Un an passe. Une action civile en justice d’Ali Bodaghi contre Denis Robert aboutit à un non-lieu. Le secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, Ricardo Guttiérez — le même qui saisira quatre ans plus tard le Conseil de l’Europe au service de Florence Hainaut — twitte sa satisfaction et qualitie d’abject le fait de « réclamer 28 000 euros à un journaliste pour atteinte à la vie privée. Honteuse intimidation ». En réalité, Bodaghi réclamait 18 000 euros à Denis Robert. C’est ce dernier qui en réclamait, en retour, 28 000 au trader. Tous deux ont été déboutés. En appel, Bodaghi ne réclamait plus qu’un euro symbolique. Denis Robert, lui, voulait toujours ses 28 000 euros…

En revanche, dans un volet pénal, le 28 janvier 2019, Denis Robert et Myriam Tonelotto étaient bel et bien renvoyés devant le tribunal correctionnel pour injures envers Ali Bodaghi. Il leur est notamment reproché d’avoir accusé publiquement le « golden corbeau » de racisme, antisémitisme, homophobie, et même… d’apologie du nazisme (!), parmi une trentaine d’autres insultes ou calomnies. Florence, elle, est passée entre les gouttes.

Le 6 juin 2017, un internaute proche de la journaliste adepte du doxing s’étonnait du départ de @Beluxguy « Je l’aimais bien. Caricatural, mais sympatoche ». Elle intervint rapidement pour faire valoir que « c’était du harcèlement ». L’internaute changea immédiatement d’avis, et acquiesça, ajoutant que @Beluxguy « harcelait » aussi… la RTBF !

Florence Hainaut répondit alors par un ultime baroud : « On le soupçonnait de travailler chez… RTL. C’eût été moche ».

***


Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à contribuer à mon travail à raison de minimum 2 € (en-dessous, la perception PayPal est prohibitive).

(Note : je n’accepte pas plus de 50€ par trimestre des mandataires politiques, quel que soit leur bord.)
©Marcel Sel 2019. Distribution libre à la condition expresse de citer l’auteur (Marcel Sel) et d’établir un lien avec cette page. 

Previous Journalisme. Pour m’atteindre, on balance mes enfants. Roman d’une ignominie.
Next Le pouvoir du victimisme. Episode 2 : comment devenir un harceleur, en un tweet.

You might also like

10 Comments

  1. Salade
    septembre 11, 17:41 Reply
    https://jeanclaudeloge.com/2017/08/29/petit-pays-petites-gens-petits-esprits-28-12-2015-facebook/
  2. Achille Aristide
    septembre 11, 21:30 Reply
    Oufti! Quand je lis tout cela je me dis que tout ce beau monde a de la chance de vivre au XXIème siècle et pas au XIXème...
  3. Salade
    septembre 12, 09:20 Reply
    https://www.lalibre.be/debats/opinions/la-cancel-culture-de-la-carence-ideologique-a-la-derive-anti-democratique-5f5a4fba9978e2322fbb00cb il s'adresse aux enragés du clavier. Comme nous tous
  4. Tommy
    septembre 12, 09:37 Reply
    Monsieur SEL, je me fous de Florence Hainaut (et je ne dois pas être le seul). Et il y a trop de choses passionnantes à lire toutes les heures pour s'arrêter à ces petites querelles francophones belges. Si je comprends néanmoins votre exaspération et votre indignation, toutes deux légitimes, je préfère vous lire dans ce que vous faites de mieux à savoir le journalisme d'investigation (et si possible, de manière un peu plus synthétique). Avec toute ma sympathie.
    • marcel
      septembre 12, 17:50 Reply
      Cher Tommy, moi aussi, en principe, je m'en fous de Florence Hainaut. Seulement voilà, son attitude et surtout son influence dans les médias font des dégâts. Les victimes de ces dégâts n'ont de plus aucun moyen de se défendre. Et j'estime que c'est un sujet, de surcroit peu banal. Mais bien entendu, rien ne vous en impose la lecture. En attendant que je termine cette saga, offrez-vous un de mes romans :-)
  5. u'tz
    septembre 12, 17:08 Reply
    perso touitteur sam donne pas chaque fois moins envie même si c'est vos céréales à vous... si ses pipelettes par leur manigabelganz vous berüfverboden d'une manière ou d'une autre, vous pourriez vous reconvertir (entre 2 romans) dans l'organisation de l'attribution des corbeaux d'or, d'agent et de chocolat distinguant les meilleurs petites victimes, les plus gros délateurs et les harceleurs les plus créatifs...
  6. Tournaisien
    septembre 14, 15:02 Reply
    Marcel, je suppose que vous connaissez ceci (ça vient de sortir) : https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2020/09/12/le-media-veut-demettre-denis-robert-de-ses-fonctions-de-directeur-de-la-redaction_6051963_3236.html

Leave a Reply

Attention, les commentaires n'apparaîtront qu'après modération.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.