Le problème avec Greta (et XR). Acte 3 : La science, vraiment ? 

Image parFree-Photos de Pixabay

Articles précédents : 
Acte 1 : La naissance d’un Mythe.
Acte 2 : Un message simpliste, des exigences dangereuses.

Depuis la publication de l’acte 2, où j’ai démontré que les exigences de Greta Thunberg sont irréalisables (et pire encore pour Extinction Rebellion) — sauf à vouloir causer une apocalypse économique, sociale et politique —, ses défenseurs m’ont martelé : « Tout ce qu’elle dit, c’est d’écouter la science ». Autrement dit, le discours de Greta Thunberg, c’est ce qui se trouve dans les rapports du GIEC !

Écouter la science, c’est évidemment ce que tout le monde devrait faire. Et n’importe qui peut se retrouver dans cet appel : scientifiques, entrepreneurs, écologistes, et même — pourquoi pas ? — les climatosceptiques. Mais à bien y réfléchir, nous avons là un bel argument d’autorité. Greta, affirme ainsi être [du côté de] la science. En face, on aurait donc bien la « non-science ». 

Une telle réquisition du savoir impliquerait une rigueur absolue. Ce n’est pas le cas. Je vais même démontrer ci-après que Greta Thunberg elle-même n’écoute pas réellement « la science ». Elle utilise au contraire certaines de ses conclusions pour créer une atmosphère de panique, qu’elle pense apparemment nécessaire pour déclencher une réaction populaire.

Des informations, ou plutôt : désinformation.
Qu’un mouvement militant confonde science et radicalité n’a rien de scandaleux ni de nouveau. Que des élèves s’engagent dans la lutte pour le climat est même réjouissant. Mais ce qui est nouveau, c’est que des politiques, des journalistes, des médias, des influenceurs, des enseignants et même des scientifiques soutiennent cette prétention scientifique, alors même qu’ils savent (ou doivent savoir) que Greta — et Extinction Rebellion encore plus — diffuse une interprétation radicale et donc non scientifique.

Ce faisant, c’est toute une partie de l’élite médiatico-politico-scientifique-enseignante (que reste-t-il d’autre ?) qui approuve un discours fallacieux dont la première audience est pourtant l’adolescent-e, l’étudiant-e, l’élève ! On a en fait rarement vu une campagne aussi colossale de mésinformation. On a rarement justifié un tel affront à l’éducation, à l’enseignement. 

Déjà, si on la prend vraiment au mot, Greta Thunberg ne s’intéresse qu’à un pan bien précis de la science : celui qui a établi le diagnostic du réchauffement et qui l’a attribué à l’activité humaine. Les autres sciences indispensables à la gestion humaine (les sciences politiques, économiques, la sociologie, l’anthropologie, etc.) sont purement et simplement ignorées. Or, elles jouent un rôle crucial dans la mise en place d’une transition énergétique soutenable — j’ai montré dans l’Acte 2 que la transition ultrarapide réclamée par les Thunbergiens menait à rien de moins qu’une apocalypse économique, sociale et politique, justement par manque d’intérêt pour les aspects humains.

GIEC sans provision
Mais même le rapport du GIEC de 2018, qu’elle recommande de lire (et je vous le recommande aussi), n’est pas le fruit d’une science exacte. Il est certes basé sur des constats scientifiquement établis, mais comprend une forte dose d’incertitude. Et parce que le GIEC utilise des projections, et que l’avenir est imprévisible, ce qu’il énonce, est un pourcentage de chances, et non une vérité scientifique.

L’on pourrait ainsi résumer le rapport de 2018 (sur le réchauffement à 1,5°), de la manière suivante : « il y a une confiance moyenne au sein du GIEC que si nous atteignons la neutralité carbone en 2050, nous avons 50 % de chances de limiter le réchauffement à 1,5° ». Nulle part, le rapport ne dit, par exemple : « si nous n’atteignons pas la neutralité carbone en 2050, nous aurons [avec certitude] 2° de réchauffement », comme Greta Thunberg le laisse entendre. Si l’élaboration des conclusions du GIEC correspond bien à l’approche la plus scientifique possible d’une prévision, on ne peut pas considérer l’un de ses chiffres comme une vérité scientifique. Autrement dit, schématiquement, il se peut qu’on n’atteigne jamais les 2°, tout comme il se peut qu’on les atteigne dès 2050, quoiqu’on fasse.

Le rapport du GIEC est un travail prévisionnel d’une minutie extraordinaire. Mais en sélectionnant une des prévisions parmi bien d’autres, Greta Thunberg sort radicalement de cette rigueur scientifique et entre dans l’activisme. Une preuve à mes yeux, c’est que pour diffuser son « appel à la science », elle n’hésite pas à recourir à la manipulation et au sophisme. Comme ce fut le cas lors de son discours à l’Assemblée nationale française.

Repent, repent, repent !
Ce jour-là, Greta Thunberg s’est présentée à un public conquis — les « antis » ayant déclaré forfait —, dont une flopée de journalistes qui tenaient par avance un scoop qu’ils n’allaient pas vérifier. Il faut dire qu’ils faisaient eux-mêmes partie des cibles de l’adolescente. Car comme toujours, Greta allait accuser. Sa stratégie de com est simple, mais diablement efficace. Elle oppose des faits sélectionnés pour leur gravité morbide à l’inertie des élites, qu’elle présente comme étant les journalistes, les politiques et les entrepreneurs.

Face à une telle accusation, l’humain réagit de deux manières opposées : soit, il bat sa coulpe, avoue son péché, se déclare coupable et part écrire un billet enflammé sur cette nouvelle Jeanne d’Arc (ou Martin Luther King, ou Gandhi, ou Mandela…) qui va sauver le monde, et désigne les responsables (dont ils font partie) de l’apocalypse désormais quasi inévitable. C’est l’autoflagellation. Elle permet de s’affranchir de la culpabilité en s’engageant.

Dans l’autre cas, l’accusé se révolte, fonce écrire un billet au picrate contre cette nouvelle Jeanne d’Arc qui se prend pour Gandhi, cette petite conne manipulée par des adultes, qui ne va même pas à l’école, mais prétend tout savoir, et que ses parents feraient mieux de « soigner » plutôt que d’obéir à ses caprices ! C’est l’agression. Là aussi une réaction psychiatriquement logique : elle permet de fuir l’accusation en la retournant contre son autrice.

Finalement, ce que cette bagarre permanente et immature dissimule, c’est que rien n’est plus nocif à la science que le sacré (qui chez Thunberg se traduit par l’enfance, l’autisme, la vie humaine menacée, la planète). Pour permettre une critique normale, on doit donc se débarrasser de ces aspects encombrants et considérer que Greta Thunberg est une personnalité publique comme une autre, que son âge ou son prétendu handicap n’ont aucun intérêt dans l’examen de ses idées, et que la première chose à faire après l’avoir écoutée, c’est de vérifier les faits qu’elle a propagés. Or, qu’a-t-elle dit lors de cette conférence parisienne ?

La page 108 glissée en douze.
« [À la page 108], vous trouverez [tout ce que vous appelez nos] ‘opinions’ résumées […] Il est dit que si nous voulons avoir 67 % de chances de limiter l’augmentation des températures à 1,5°, nous avions au premier janvier 2018, 420 GTCO2 restant dans notre budget. […] Au rythme où nous consommons, ce budget sera entièrement épuisé d’ici huit ans et demi. Ces chiffres sont incontestables […] Et pas une seule fois n’ai-je entendu un journaliste, un politique ou un chef d’entreprise mentionner ce chiffre. C’est comme si vous ne saviez même pas que ce chiffre existe ! »

Elle reproche donc à nos élites de ne pas avoir lu, précisément, la page 108 du chapitre II du rapport du GIEC de 2018. C’est un fameux sophisme. Il consiste, à partir d’une page choisie, brandie à l’assemblée, à accuser le monde politique, journalistique et industriel de ne pas avoir pris connaissance du rapport du GIEC. C’est comme demander à un chauffeur routier ce qu’il est écrit à la 82e page, ligne 6, du Code de la route. Et face à sa perplexité, de l’accuser de ne même pas avoir lu le Code et vu son métier, d’avoir failli à son devoir le plus élémentaire !

Le tableau de la page 108. Le chiffre de 420 GtCO2 se trouve sous la bande bleu foncé. Les (nombreuses) incertitudes sont dans les colonnes de droite.

La première chose que les journalistes présents auraient dû faire, c’était d’aller voir cette page 108. Ils auraient alors vu qu’elle ne contient qu’un tableau, qui n’est pas censé donner un chiffre précis. Au contraire, il est titré The assessed remaining carbon budget and its uncertainties. (Le budget carbone restant estimé et ses incertitudes). Et ils auraient découvert de nombreux chiffres, parmi lesquels celui que Greta a sciemment choisi, qui est en fait le plus alarmiste. Ce qui n’est pas, en l’occurrence « la science » !

Un discours à science unique.
Mais ce n’est pas tout. Contrairement à ce qu’affirme Greta Thunberg, de nombreux journalistes ont bien évidemment cité ce chiffre de 420 GtCO2 restants. Dans des revues scientifiques en pagaille (comme ScienceNews). Mais aussi dans de nombreux journaux à travers le monde, comme chez Reuters, dans le Washington Post, sur CNN Philippines, dans Panorama, en Italie, ou encore dans le Sydney Morning Herald (ce ne sont que quelques exemples). 

Mais surtout, il n’est pas nécessaire de publier cette donnée particulière pour alerter la population ! Il suffit de taper « urgence climatique » sur le site du Figaro (non suspect d’être très gretaphile) pour se rendre compte que les journalistes sont ici très injustement accusés de désinformer voire de ne pas informer du tout !

Thunberg accuse aussi les décideurs politiques de ne pas avoir lu le rapport scientifique. C’est pourtant normal : sauf à être des scientifiques, les politiciens ne sont, pour la plupart, pas en mesure de comprendre les énoncés du rapport principal, extrêmement spécialisés. À leur attention, le GIEC a d’ailleurs produit le Résumé destiné aux Décideurs politiques (Summary for Policymakers), qui traduit les accumulations de chiffres et de références en explications compréhensibles et en recommandations intelligibles. Ce qui se trouve à la page 108 sous forme d’un tableau y est résumé en page 12.

De plus, vu la complexité de la décision politique en général, et sur le climat en particulier, ce ne sont pas les députés, mais bien les experts des partis qui se chargent de ces lectures et les traduisent en termes de gestion publique. 

Enfin, il n’est pas sûr du tout que ceux qui ont applaudi Greta après qu’elle les ait baffés ce jour-là aient joint les actes à la parole, en se précipitant pour aller lire « la page 108 » ! Comme Barack Obama, leur but en soutenant Greta Thunberg est généralement d’alimenter leur propre popularité. Ou d’utiliser les arguments thunbergiens qui les intéressent, en laissant le reste du rapport du GIEC de côté, comme le font de trop nombreux écologistes.

La question de savoir si chaque député a bien lu la page 108 d’un rapport qui ne leur est pas destiné n’a donc aucun intérêt. La vraie question est de savoir si tout le monde (politique, journalistique) a bien conscience des résultats résumés par le GIEC et de leurs implications. Une piste : l’Union européenne s’est engagée en novembre 2018 à faire exactement ce que le GIEC recommande, à savoir, parvenir à la neutralité carbone en 2050 ! 

Le Point GMST.
Le chiffre de 420 GtCO2 asséné par Thunberg n’est donc qu’un de ceux présentés par le GIEC ! C’est le chiffre le plus alarmant. En lui réservant ses faveurs, elle a non seulement occulté les autres, elle a aussi dégagé et le contexte et l’incertitude inhérente au rapport lui-même ! Lorsqu’elle martèle : « Ces chiffres sont incontestables », elle sort radicalement de la logique scientifique en énonçant une opinion, contrairement à ce qu’elle affirme.

Car, autant dans le tableau de la page 108 qu’à la page 12 (équivalente) du résumé, « la science » ne tranche pas et fait au contraire état d’énormément d’incertitudes. Voici précisément ce que dit le rapport destiné aux décideurs sur le chiffre que Greta a trouvé en page 108 : 

« En utilisant la température moyenne de l’air en surface selon AR5 […] nous obtenons une estimation du budget [résiduel] carbone de 580 GtCO2 pour une probabilité de 50 % de réduction du réchauffement à 1,5 °C, et de 420 GtCO2 pour une probabilité de 66 % (confiance moyenne). Alternativement, en utilisant les GMST*, les estimations sont de respectivement 770 et 570 GtCO2, pour 50 % et 66 % de probabilités (confiance moyenne). Les incertitudes dans la taille de ces budgets carbone sont substantielles […] celles sur la réponse climatique aux émissions CO2 et non-CO2 contribuent pour ±400 GtCO2 et celles sur le niveau de réchauffement historique, pour ±250 GtCO2 (confiance moyenne). »
* Global mean surface temperature – températures moyennes mondiales de surface 

Autrement dit, les scientifiques rapportent une « confiance moyenne » dans le fait que le budget d’émissions restant pour rester sous 1,5 °C peut aller de (420 – 250 – 400 =) -230 GtCO2 à 66 % de chances (et dans ce cas, il est déjà épuisé depuis cinq ans), à (770 + 250 + 400=) =) +1420 GtCO2 à 50 % de chances (et dans ce cas, il reste… 34 ans d’émissions au rythme actuel !) 

Notez que mes additions et soustractions sont purement théoriques, le rapport du GIEC précise que ces incertitudes ne sont pas nécessairement combinables (le commentateur Antoine Delieu conteste d’ailleurs ma formulation selon la méthode des probabilités sur laquelle j’exprime à mon tour des doutes). Mais même si l’on ne prend que l’incertitude sur la réponse climatique aux GES, on passe bien d’un budget résiduel de 20 GtCO2 à un autre, de 1170 GtCO2. Autrement dit, d’une situation déjà dépassée, à environ 28 ans de marge de manœuvre ! Ce que dit le GIEC, c’est que nous avons 66 % de chances d’arriver trop tard, ET que nous avons 50 % de chances d’avoir largement le temps. Ainsi que tout ce qui se trouve entre ces deux bornes. « Écouter la science », c’est prendre en compte cette incertitude.

Et dans aucun de ces cas, la planète ou l’humanité ne sont réellement perdues. Parce que la technologie continue à progresser rapidement (une équipe vient encore de développer une méthode de capture de CO2 très prometteuse), et qu’il reste d’énormes marges d’adaptation locale.

Donc, lorsque Greta Thunberg accuse ses opposants de parler de ses « prétendues opinions », elle les trompe : c’est eux qui ont raison. Lorsqu’elle dit que « ces chiffres sont incontestables », c’est faux. Et lorsqu’elle dit qu’elle n’a jamais entendu un journaliste, un politique ou un chef d’entreprise mentionner ce chiffre, c’est encore faux (ces chiffres ont bien déjà été mentionnés), mais c’est surtout fallacieux, puisqu’il n’est pas en soi une vérité scientifique !

Enfin, lorsqu’elle dit que nous n’avons que 8,5 années de budget CO2 restants, ce n’est pas la science qui parle, mais (au choix) la propagande, l’émotion, la volonté de marquer les esprits. Greta Thunberg, ce n’est donc pas « la science », c’est de la communication militante.

Et GIEC et mat
Redescendons sur terre. Regardons les conclusions du GIEC.

Elles sont certes alarmantes, mais pas dans la mesure où Greta les a reformulées. Les observations de températures reprises dans le rapport 2018 donneraient même un budget carbone légèrement plus ample que les prévisions des rapports précédents. Mais la concentration de CO2 (sans parler des autres gaz à effets de serre) et la température grimpent effectivement, et inexorablement. Les causes : l’accroissement de la population et la croissance nécessaire de la nourriture qui y est associée, la croissance économique et la croissance de la consommation énergétique basée sur des carburants fossiles à fortes émissions de GES (gaz à effets de serre). Il faut effectivement en sortir, mais progressivement. 

Car le GIEC souligne aussi le fait que les conséquences d’un accroissement de la température de 2° seraient sensiblement plus graves que celles qui seraient associées à une augmentation de 1,5°.

La question n’est donc pas du tout de savoir si l’humanité va disparaître, mais combien d’humains vont souffrir de chaleurs insupportables ponctuelles, d’inondations ou de pluies torrentielles (épisodes catastrophiques plus nombreux à l’avenir). Ou combien vont devoir quitter leur lieu traditionnel de vie, et là, on parle en dizaines de millions. Ceux qui pensent que « nous » serons épargnés feraient bien de se rappeler que notre économie est désormais mondialisée et que plus rien de ce qui se passe loin de chez nous ne nous épargne. 

Concrètement, limiter le réchauffement à 1,5° permettrait, selon le GIEC de réduire les risques d’effets graves dans la région arctique, sur les écosystèmes terrestres, en matière d’inondations côtières et fluviales, et, de façon plus moyenne, sur la morbidité due à la chaleur. Derrière ces chiffres un peu abstraits, à nouveau, des dizaines voire des centaines de millions de vies peuvent être bouleversées. 

Les impacts d’une augmentation à 1,5°C (depuis la période 1850-1900) ou à 2°C sur divers systèmes. Source : rapport du GIEC 2018 pour décideurs.

Pour éviter cette évolution indésirable, et tout en gardant à l’esprit l’éradication de la pauvreté, qui est pour la première fois au cœur du document, le GIEC propose quatre « chemins » (pathways) de réduction des émissions de GES. Le plus « hard » requiert une baisse de 58 % d’émissions de CO2 entre 2010 et 2030. Les intermédiaires tablent sur -47 et -43 %. Le quatrième, très technologique, admet même une hausse de 4 % d’ici 2030, mais repose sur des technologies de capture de carbone dont nous ne disposons pas encore. Dans tous les cas, d’ici 2050, nos émissions doivent avoir baissé de 91 à 97 %. C’est aussi ce que prévoit la stratégie européenne dévoilée l’an dernier.

Les pro-Greta à nu… cléaire
Et pour rester « scientifique », alors que les défenseurs de Greta Thunberg sont pratiquement tous des antinucléaires acharnés (certains sont même anti-fusion nucléaire, une technologie pourtant géniale, pratiquement sans nocivité et sans déchets), le GIEC prévoit, selon les scénarios, une croissance minimale de 98 % de l’énergie issue du nucléaire, et maximale de… 501 %. Avis à ceux qui, plus encore que Thunberg, sélectionnent ce qui les arrange dans « la science » !

Enfin, pour se donner un maximum de chances de rester sous 1,5 °C, nous devons lancer une série de réformes rapides — une rapidité qui n’est pas exceptionnelle, nous dit le GIEC — mais à une échelle encore jamais vue jusqu’ici. Une telle échelle requiert bien sûr une volonté politique inédite, mais aussi le recours à la science, à la technologie et au progrès. Et c’est cela qu’il faut soutenir. C’est pour ça qu’il faut se battre. C’est à ce tournant-là que, jour après jour, nous devons attendre les élites. En pointant leurs incohérences. En exigeant qu’ils tiennent leurs promesses. Avec pragmatisme et sans idéologie. 

Et à ce propos, ce que je tire personnellement comme enseignement de ces documents, ce n’est justement pas « la décroissance » ni un « changement de paradigme », encore moins la sortie du capitalisme ou le renversement des gouvernements (revendiqué par Extinction Rebellion), qui créeraient une instabilité mortellement défavorable à un effort public aussi colossal ! Ce n’est pas la panique ni la morosité du désespoir, mais bien l’engagement, l’optimisme et la volonté de progrès. 

Quant au citoyen, totalement laissé de côté par les campagnes en cours aujourd’hui qui — comme toute campagne rouge foncé vise bêtement le pouvoir, l’entreprise ou le capitalisme — il a un rôle fondamental à jouer dans cette évolution. Un effort sur ses consommations personnelles, qui implique un changement de vision et de priorités qui n’a rien de collapsologique. Sauf pour les acharnés de la vitesse et de la taille du capot qu’ils prennent pour leur zob. Il faut changer les mentalités. Le tribunal des bonnes consciences n’est pas la solution.

Engadouement
L’action de Greta Thunberg a certes eu le mérite de réveiller les consciences. Mais elle a aussi semé la zizanie parmi les citoyens, les politiques, les journalistes. Elle a créé une ambiance morbide, tragique, et elle a — culot suprême — désinformé les jeunes. Une partie de la population la trouve d’ailleurs à ce point décourageante qu’elle s’en détourne jusqu’à la défier : les avions sont de plus en plus pleins, les SUV ont la mégacote. 

Chez ceux qui boivent ses paroles, elle entraîne d’innombrables dérives catastrophistes ou collapsologiques. Il faut dire que certains scientifiques militants laissent sans la moindre résistance courir l’idée saugrenue autant que dangereuse que nous avons 10 ans pour tout changer, faute de quoi, l’humanité aura disparu en 2050 ! Sans compter la propension de certains médias à diffuser régulièrement des études catastrophistes en confondant, par exemple (pour la dernière en date), un risque accru d’inondations locales et une submersion totale de toute une région !

Si les adultes ne sont pas en mesure de modérer de tels discours, si les idéologues ne parviennent pas à s’intéresser aux faits plutôt qu’à leur grand soir, si les médias ne sont pas capables de faire la part des choses, comment pouvons-nous espérer que les enfants et les adolescents n’entrent pas dans une spirale catastrophiste, avec tout ce que cela peut impliquer de problèmes psychologiques, de dépression et d’abandon ? Ou de radicalisation : les jeunes manifestants du climat, qui ont repris leurs marches en Belgique en octobre, constataient une baisse de la mobilisation, au profit d’actions plus radicales, comme celles des extrémistes d’Extinction Rebellion. Dont l’un des fondateurs prépare ses troupes en affirmant qu’il y aura « des morts » dans l’action. Ce qui ne l’empêche pas d’inciter les jeunes à s’y engager. De mémoire de vieux mâle blanc de plus de cinquante ans, l’irresponsabilité n’a jamais atteint de tels sommets ! 

Et là, on n’est plus dans la science. Du tout. On est dans l’inquisition.

 


Cet article en cinq actes a fait l’objet de deux semaines de recherche. S’il vous a intéressé, n’hésitez pas à contribuer à mon travail à raison de minimum 2 € (en-dessous, la perception PayPal est prohibitive).

(Note : je n’accepte pas plus de 50€ par trimestre des mandataires politiques, quel que soit leur bord.)

 

©Marcel Sel 2019. Distribution libre à la condition expresse de citer l’auteur (Marcel Sel) et d’établir un lien avec cette page. 
Previous Elise, 2e semaine. Agenda et recensions : « un livre magnifique qui prend aux tripes ».
Next Elise : Rencontrez-moi (et 4 autres autrices) ce samedi 23 novembre 2019 à Bruxelles

You might also like

40 Comments

  1. Eric
    octobre 31, 21:18 Reply
    Sous l'apparente objectivité de l'analyse - et je ne doute pas qu'elle le soit- je me demande quelle est l'objectif sous-jacent de cette série d'article. S'agit-il de mettre en doute le réchauffement ? Se montrer spépieux quant aux arguments avancés ? De trouver une faille dans la communication de Greta et ou du GIEC ? N'y aurait donc-il ire aveugle que celui qui ne veut pas voir ? Qu'on l'aime ou pas, la pugnacité de cette jeune fille à simplement vouloir faire agir le monde politique, nous faire agir est plus qu'exemplaire Vu l'aveuglement général et l'incapacité de notre société de consommation à se remettre en question, une réaction massive (forcément tardive) ne pourra venir que d'un choc majeur, appelez cela effondrement si cela vous convient mieux. Je ne m'en réjouis absolument pas, bien au contaire, c'est juste un triste constat (subjectif, il est vrai)
    • marcel
      novembre 01, 00:20 Reply
      Tout d'abord, la raison pour laquelle je m'intéresse au sujet, c'est que j'estime qu'il est mal traité par ailleurs. Greta en soi n'est pas un problème en ce qui me concerne, ni même les manifestations de jeunes (en soi). Cela le devient en revanche quand des personnes d'autorité les récupèrent. Pour les jeunes, c'est arrivé dès la deuxième manif à Bruxelles (par le PTB en l'occurrence), pour Greta, c'est même arrivé dès la première photo d'elle qui a circulé (ce que j'explique dans l'Acte 1). Ensuite, tout le monde s'est engouffré dans la brèche, mais pas réellement pour diffuser son message, mais pour en tirer ce que chacun avait intérêt à en tirer. Les écologistes y ont trouvé un moyen de grimper dans les sondages, Barack Obama, une façon de se faire valoir (je n'ai rien contre lui, au demeurant, mais c'est un fait), etc. Pire à mes yeux, beaucoup de médias ont perdu toute objectivité en saluant un phénomène qu'ils n'ont pas pris le temps de comprendre. La pugnacité de Greta Thunberg est impressionnante, mais pas « exemplaire » parce qu'elle incite les jeunes à toute une série de trajets qui de mon point de vue sont nocifs et pour le moins inefficaces. Voyez la manif Extinction Rebellion, la seule chose qu'elle ait récolté, c'est de scinder la société et d'alimenter la haine envers le pouvoir et la police, ce qui était leur objectif dès le départ. Extinction Rebellion est un mouvement antisystème, et le plus gros problème, c'est qu'il est soutenu par Greta Thunberg, elle même soutenue par un peu tout le monde à gauche, y compris par ceux qui sont anti-Extinction Rebellion. Il y a deux aveuglements opposés dans la société et c'est là le problème. Il y a les anticonsommation qui consomment néanmoins (mais espèrent consommer mieux, ce que je les mets au défi de faire — et ce que je tente de faire moi-même, sachant que c'est pratiquement voué à l'échec, mais ce n'est pas une raison) et les proconsommation qui ne veulent rien changer à leurs habitudes. Plutôt que de rapprocher les deux, tout ce mouvement contribue au contraire à les éloigner, ce qui rendra tout progrès impossible. Or, il est possible d'avancer le plus possible vers une solution à long terme (2050), mais ça suppose non pas une déchirure mais la cohésion. Et c'est justement le caractère multisacré de Greta Thunberg qui l'empêche. Voilà.
      • Letellier
        novembre 01, 15:53 Reply
        Monsieur, la science pourrait-elle prouver que vous êtes sain d'esprit ? Pourrait-elle prouver que vos intentions sont claires et dénuées de tout esprit partisan ? Je ne le crois pas. Pourtant s'en prendre à une ado est d'une facilité peu glorieuse et plus aisée que de s'attaquer à des scientifiques à même de vous répondre et démontrer, peut être, l'inanité de certains de vos propos ou de vos allégations. Que vous ne soyez pas convainque par les recherches et énoncés du GIEC, c'est votre droit, mais de là à critiquer et surtout tenter de décrédibiliser tous ce qui manifeste, même si parfois cela manque de justesse mais pas d'espoir, ne vous grandit pas et ressort de méthodes hélas trop habituelles. Mais peu dignes de ce que vous semblez être! Vous étiez supérieur à cette jeune personne quand vous aviez son âge ? Vous avez toujours parlé d'une façon sensée et étayée à ce même âge ? Quelle conscience aviez vous de ce qui pouvait advenir de notre société ? Vous ne subissiez aucune influence, quelqu'en soit le domaine ? Votre pensée était elle une pure structuration de votre part sans aucune influence ? L'âge et vos connaissances devraient vous avoir appris à plus de modération et de largesse d'esprit! Bien ou un peu mal, au moins ils agissent et tentent réfléchir et agir. Ce n'est déjà pas si mal parce que nous, qu'avons nous fait de leur avenir ?
        • Achille Aristide
          novembre 03, 10:31 Reply
          Votre commentaire me désole car d'après ce que j'ai compris à la lecture de ces articles, Marcel Sel ne critique pas Greta Thunberg en elle même mais plutôt son discours radical et l'idolâtrie dont elle fait l'objet dans la presse et chez certains politiciens intéressés. Autrement dit de la créature médiatique qu'elle représente et qu'on récupère. J'ai personnellement beaucoup d'admiration pour cette jeune fille qui semble très intelligente et est capable à 16 ans de faire un discours cohérent et parfaitement articulé dans une langue qui n'est pas sa langue maternelle, devant des instances internationales, même si je ne suis pas d'accord avec ses positions radicales. Mais Il est manifeste que, dès qu'on essaie de tenir un discours rationnel et argumenté sur cette jeune fille on se fait descendre en flammes par certains à la gâchette littéraire très prompte. Cela ressemble bien à un comportement fanatique et religieux. On dirait qu'on s'attaque à du sacré et qu'on encoure les foudres d'une inquisition impitoyable. L'étude de Marcel Sel me semble très bien faite (tiens, je vais lui verser ses 20 euros tant que j'y pense!). Elle ne nie aucunement les conclusions du GIEC, au contraire elle les cite. Les partisans de Greta Thunberg affirment que les politiques ne font rien, Marcel démontre que ce n'est pas vrai, les objectifs de l'union européenne étant complètement conformes aux recommandations du GIEC. Etc. Ceux qui voient la transition énergétique comme une pure révolution qui doit tout transformer du jour au lendemain sont de dangereux et irresponsables. Ils proposent des solutions complètement inefficaces qui ne peuvent qu'aboutir soit à du totalitarisme, soit à leur rejet. J'ai été scandalisé cette semaine d'entendre une membre de la famille royale recommander la désobéissance civile, donc la désobéissance aux lois du peuple belge que cette famille est sensée défendre. Cela montre le délire qui est en train de se propager. Pour accomplir cette transition, il faut de grand moyens industriels, coordonnés par des politiques qui tiennent compte de l'économie et des exigences de la démocratie. Le plus difficile sera d'ailleurs de convaincre la Chine et les Etats Unis. En ce sens on peut espérer que l'action de Greta Thunberg ait un effet positif. Marcel, continuez comme ça.
          • marcel
            novembre 03, 10:38
            Merci Achille ! Parfois, je me demande si les gens lisent vraiment, vous me rassurez !
        • marcel
          novembre 03, 11:32 Reply
          Il faudrait savoir : soit Greta Thunberg est une personne mûre, extrêmement vive et consciente, et dans ce cas, je ne fais pas de différence entre elle et moi sur le plan du débat. Comme tout phénomène médiatique en particulier clivant, elle DOIT pouvoir être critiquée de façon respectueuse, et c'est ce que je fais, du reste, je lui reconnais plusieurs qualités. La question de l'adolescence ne se pose que pour ceux qui la fragilisent, tout comme ceux qui me reprochent de m'en prendre à une personne de sexe féminin, c'est du plus vil patriarcat parce que ça part du principe que les femmes auraient, plus que les hommes, besoin d'être protégées dans un débat. Autrement dit, qu'elle constitueraient le sexe faible. Je m'enorgueillis au contraire de considérer qu'il faut débattre d'égal à égal avec les personnes d'âges et de genre divers, pourvu bien sûr qu'elles aient démontré auparavant qu'elles avaient la culture et les capacités nécessaires pour que ce débat soit égal. Et dans le cas de Greta Thunberg, je pense que c'est bien le cas. Ce sont au contraire ceux qui la présentent comme une faible enfant incapable de se défendre toute seule qui tombent dans les vieux panneaux paternalistes et jeunistes. C'est d'ailleurs le sujet de mon prochain billet.
  2. Lecomte Serge
    novembre 01, 10:34 Reply
    La Terre va-t-elle cesser de tourner? L'homme est en train de massacrer la biosphère, cette mince couche d'air d'eau et de terre qui a permis et qui permet la vie. Lorsque l'homme aura détruit la vie, la Terre, imperturbable, continuera de tourner. Comme cela arrive souvent dans les affaires de société, deux attitudes extrêmes s'affrontent. • Pour les uns, industrie et société de consommation condamnent l'humanité à une disparition imminente où, au mieux, à une survie misérable. • Pour les autres, le commerce et les affaires marchant de plaisante façon, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les uns et les autres s'appuient sur des affirmations fausses. Fausses parfois par insuffisance d'information, parfois par manque d'honnêteté. Les extrémismes sont si éloignés de la réalité que jamais ils n'ont conduit à de politiques, à des décisions, à des actions bénéfiques, ni pour l'individu, ni pour la société. Il n'y a pas de réponse simple aux multiples questions posées par les modifications de la nature que les grands ouvrages entraînent et par les diverses pollutions qu'engendre la civilisation industrielle. Mais il y a des réponses honnêtes et il y en a qui ne le sont pas. Il faut veiller à ce que ce ne soient pas ces dernières qui l'emportent: la survie de la biosphère en dépend. (Extraits de «La Terre va-t-elle cesser de tourner», Haroun Tazieff 1989)
  3. Pynnaert
    novembre 01, 10:42 Reply
    Merci Marcel. Un peu de bon sens dans ce monde de croyances apocalyptiques, malheureusement relayées sans pré lecture par toute la presse . J'admire votre sens de l'équilibre, de réflexion saine et de bon sens. Mais attention de nombreux scientifiques se sont fait exclure pour ce genre de démarche. Encore merci Signé : Pierre,
  4. patrick dehout
    novembre 01, 11:54 Reply
    Bel article. J'ai particulièrement apprécié l'analyse factuelle du rapport GIEC où il est criant que le modèle comme tout modèle mathématiques s'appuie sur des hypothèses et, même si les estimations vont toutes dans le sens d'un réchauffement, donne des estimations avec une marge d'erreur. Hé oui, surprise surprise, le nucléaire fait partie des 4 scenarii retenus. Le débat ne doit pas être entre les climato-sceptiques d'un côté et les pro-Greta de l'autre (les premiers ne sont juste pas pertinents) mais bien repositionné entre les pro-Greta, anticapitalistes partisans de la décroissance et ceux qui estiment que le problème doit être pris à bras le corps en utilisant un mix raisonné de technologies et de meilleures attitudes.
  5. Yves Beguin
    novembre 01, 15:21 Reply
    Bravo, Marcel. Félicitations. Envers et contre tout (ou presque), vous essayey de désamorcer une polémique morbide avec des réflexions et arguments pragmatiques, tangibles et positifs. Par exemple en justifiant le moindre mal nécessaire du nucléaire (pour encore plusieurs années), en modérant la chasse aux sorcières du capitalisme (ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain), et en essayant (dur, dur) de convaincre que le NIMBY est une tare que nous devons courageusement, honnêtement, réduire (euphémisme).
  6. Salade
    novembre 02, 10:54 Reply
    Vous écrivez: "Et à ce propos, ce que je tire personnellement comme enseignement de ces documents, ce n’est justement pas « la décroissance » ni un « changement de paradigme », encore moins la sortie du capitalisme". Réflexion politique simplement! Le gaspillage, la consommation effrenée, l'exploitation sans mesure des ressources, les accumulations gigantesques de fortunes sont pourtant la cause première des problèmes épinglés par la science, mais qu'elle crée aussi. Cependant, croire (et il s'agit bien de croyance) que le "progrès" va les diminuer est la pire des idéologies scientiste dans une "civilisation" négentropique forcément temporaire (mais vous avez raison sur un point : y a pas urgence car c'est la condition humaine figurez-vous)
    • marcel
      novembre 03, 11:26 Reply
      Faux. Le PIB peut parfaitement croître par une évolution technologique décarbonée.
  7. Salade
    novembre 02, 11:19 Reply
    Reste la question de la surpopulation. Ca y est, on est traité de malthusien! Franchement être hypernombreux maintenant ou très peu nombreux dans le futur, qu'est-ce que ça change? La téléologie de la survie infinie de l'humanité ne sauve pas mon idéal de la Vie. C'est bon pour les croyants! Comme on ne recycle jamais tout, ça finira mal. Mais le capitalisme a besoin de plus en plus de consommateurs, la surpopulation ne le dérange pas. Les migrations, si : propriété privée oblige.
    • marcel
      novembre 03, 11:25 Reply
      Donc, le capitalisme est antimalthusianiste. Bon, sérieux, la limitation des naissances ne devrait pas être un tabou.
      • Salade
        novembre 03, 15:48 Reply
        Je suis censuré (sur la critique du progrès universel notamment et du gaspillage -et donc de la pollution -dans une économie capitaliste aussi ). Car il ne s'agit donc pas ici de racisme ou d'atteinte aux droits de l'homme. On est plutôt dans le "tous les moyens sont bons" du Prince pour défendre une idéologie à tout prix.
  8. Admirateur nuancé
    novembre 02, 11:23 Reply
    J'ai lu attentivement votre article, comme les précédents, ainsi que les commentaires. Globalement je suis en phase avec vous mais j'ai quand même des commentaires. Le point principal, très intéressant et que je partage, est que insistez sur la contradiction entre fait que le Greta Thunberg débite des CERTITUDES, en principes basées sur le GIEC et qui pourtant publie des résultats comprenant des INCERTITUDES très grandes. Rien à redire à cela. Par contre, dans "GIEC sans provisions" vous énoncez que l'avenir est imprévisible et qu'une vérité scientifique ne peut pas comporter d'incertitude. J'observe que les notions d'incertitudes, et de probabilités, sont souvent mal perçues. Or elles font parties intégrante d'une démarche scientifique. Un résultat d'analyse comprenant des incertitudes peut représenter une vérité scientifique. Je dirais même plus : un résultat scientifique qui n'indique aucune incertitude, est sujet à méfiance. Quand votre machine à laver indique laver votre linge à 30°C, la température réelle qui règne à l'intérieur est de 30 + ou - 2°C. D'autre part, sur la prévisibilité de l'avenir : c'est un point fondamental. Distinction importante à faire entre des phénomènes DETERMINISTES et des phénomènes CHAOTIQUES, on parle ici de la nature intrinsèque même de ces phénomènes, pas de la démarche d'analyse. Pour prédire l'avenir, il faut premièrement connaître les conditions de départ (appelées conditions initiales) et ensuite les équations constitutives de l'évolution. Gravité = physique déterministe. La rotation de la terre autour du soleil, est déterministe (on peut discuter mais en gros c'est ça) : ça signifie qu'on peut prédire où la terre sera dans 256987 jours, avec certitude (disons avec une petite incertitude). Dans de tels systèmes, une petite imprécision sur la connaissance de l'état initial se transmet linéairement. Pour le climat, ce n'est pas le cas, on est face à un phénomène chaotique. Une petite incertitude sur l'état initial, entraine de grandes incertitudes sur la connaissance de l'état dans l'avenir. Cela étant dit, un tel résultat doit être compris comme tel, ni plus ni moins. Et c'est ce que vous faites dans le chapitre "Le point GMST". Pour moi, le point clé dans ce débat n'est pas Greta Thunberg, que je vois comme une messagère courageuse mais maladroite. Les 2 points clés c'est premièrement notre dépendance aux énergies fossiles, plus grande que jamais aujourd'hui sur le plan mondial, et notre incapacité à nous en défaire vu leur remarquable efficacité (facilité d'extraction, de transformation, de transport, grande densité énergétique). Le problème est à échelle mondiale, et lié au comportement de 7 milliard d'individus (et pas seulement 10 millions de Belges). Or, cette période va prendre fin à cause de la raréfaction des sources, et il n'existe aucune alternative. La période industrielle a marqué la fin des énergies renouvelables, et suite à cela notre confort de vie a immensément augmenté. S'en priver, ou les payer beaucoup plus cher (à cause de leur raréfaction) aura des fortes conséquences. Deuxièmement, l'effet que cet usage a sur le climat, et sur la pollution en général. Les émissions de CO2 relatives à cette utilisation n'ont jamais été aussi grandes, et toujours en croissance : 40 millards de tonnes par an en ce moment. Même avec grandes incertitudes, le GIEC nous dit que le climat en est significativement affecté. Voilà pour mes commentaires, merci.
    • marcel
      novembre 03, 11:23 Reply
      Bonjour, Il est vrai que je ne suis pas le plus rigoureux en matière d'énoncés, que je tente de vulgariser. Lorsque je dis qu'on ne peut produire une vérité scientifique sur l'avenir, c'est bien entendu dans le cadre d'un système chaotique, et j'entends bien entendu que l'on peut estimer une évolution future de manière scientifique, dans les conditions que vous énoncez, mais que cette évolution estimée ne peut être présentée comme une « vérité scientifique » ce qui ici signifie en réalité une « certitude scientifique ». Je réponds en cela à la déclaration de GT « ces chiffres sont incontestables ». D'autant que (là aussi, le GIEC le reconnaît lui-même), d'autres facteurs peuvent entrer en compte, comme la fonte du pergélisol non reprise dans le rapport (non sans estimer qu'elle pourrait représenter 100 GtCO2, de mémoire) ou des éruptions volcaniques qui auraient au contraire un effet refroidissant. Quant à votre remarque sur le vrai problème, mon rôle (tel que je le perçois) n'est pas d'analyser des problèmes scientifiques, mais bien des problèmes de communication et la prise de décision politique. Or, ici, plutôt que de travailler à une sortie des fossiles (dont le pic a été annoncé déjà tant de fois qu'on peut s'interroger sur sa réalité à chaque annonce : l'industrie a en effet intérêt à sous-évaluer le stock disponible), on crée une opposition radicale qui, justement, fige les positions et transforme le débat sur les moyens de limiter le réchauffement en bagarre politique sur la qualité morale des uns et des autres.
  9. Yves Beguin
    novembre 02, 18:03 Reply
    Voici un commentaire très indirectement lie a la polémique des idéologies et autres paradigmes mondiaux, histoire de faire un peu de remue meninges (pas du troll, ou bien alors du troll positif pcq ça existe) : Dans des périodes très troublées de l'histoire politico-socio-economique humaine, il y a eu des «  révolutions sociales, politiques, économiques » très grosses et célèbres. Par exemple, la révolution protestante, la révolution française, la révolution marxiste. Je viens de lire un ouvrage sur la soi-disant seule vraie philosophie ou idéologie marxiste : Principes elementaires de philosophie, G. Politzer, Editions sociales, 1966! Cet auteur et ses éditeurs posthumes martèlent que le marxisme authentique, le seul vrai, est une philosophie dite « matérialisme dialectique » qui a hélas été sabotée, recuperee, galvaudée, etc...Bref. On peut aussi se demander si les échecs cuisants du marxisme et ou du communisme ne sont pas dus aussi a la nature « egoiste » de « l'homo sapiens ». Et c'est la raison pour laquelle je parle de ce sujet qui n'a pas directement a voir avec celui de la polémique « la planète est en danger écologique ». Perso, je suis hélas pessimiste que les gens veuillent SPONTANEMENT arrêter leur NIMBY, leur confort bourgeois, leur hyperconsommation. Si on (les?politiques?) ne les « forcent pas « un peu », je crois que les gens ne feront rien, ou presque rien. Parce je crois que les gens ( disons 90%) sont hélas ataviquement egoistes, capitalistes, etc...Peut-être un peu involontairement par éducation, morale, religieuse ou autre. Mais ça, ça ne se change pas en 10 ans, ni même 50 ans....On en revient aux vieux (mais pas faux) cliches de la carotte et du bâton. Et donc, pour moi, la situation est très, très, très mal partie. Il faudrait ? un consensus de toutes les classes de la société (gouvernements, politiciens, intellectuels, prolétaires, jeunes, vieux, riches, pauvres, etc...), avec une répartition des efforts la plus équitable possible (utopique?), une refonte intégrale de tous les systèmes sociaux, économiques, monétaires, etc... Utopique !? Ou alors, hélas, laisser venir quelques grosses, énormes catastrophes mondiales (déluges, inondations, guerres, révolutions...), pour faire « tabula rasa ». Je sais, c'est style catastrophisme, donc j’espère que je me trompe...
  10. Dominique Banneux
    novembre 02, 20:28 Reply
    Et ceux-ci qui ont signé cette lettre (plus de 1000 de différentes universités)... ce sont aussi des fans de Greta ? Des sans cervelle, pas scientifiques manipulés ? https://www.timeshighereducation.com/opinion/universities-must-act-swiftly-and-independently-climate-change
    • marcel
      novembre 03, 10:45 Reply
      C'est un appel aux universités par des universitaires de le cadre de la transition rapide. C'est bien d'appeler le monde académique à agir, non ? Certes, ce papier est critiquable (par exemple en ceci qu'il prend des exemples locaux comme l'Arctique ou l'Himalaya alors que quand les opposants prennent le cas particulier du Groenland moyenâgeux en exemple, les mêmes hurlent à juste raison contre le fait qu'un épiphénomène n'est pas le phénomène…), mais ça me paraît illustratif, et le réchauffement de l'arctique ou la fonte des glaciers himalayens me semblent bien reliables au réchauffement anthropique avec quelques précautions d'usage. Donc, je ne vois pas où ils écrivent qu'il faut arriver à la neutralité carbone plus vite que les recommandations du GIEC… 
  11. Evgeni
    novembre 03, 14:03 Reply
    Article plein de bon sens, complété superbement par votre réponse à Eric. Nous sommes arrivé à un stade où émettre la moindre critique sur le dérèglement climatique ou sur cette brave Greta est considéré comme un crime de lèse Majesté. Pourtant d'autres avis existent et exprimés par des scientifiques reconnus et qui ont des arguments tout aussi valables. Les rapports du GIEC ne sont pas paroles d'Evangile et surtout ils n'apportent aucune solution crédible. Comme vous l'avez si bien démontré, le Co2 ne fera qu'augmenter année après année et l'Inde, la Chine et les pays africains continueront à prospérer grâce aux énergies fossiles. Quand au réchauffement tant redouté, il est tout aussi possible qu'il apporte du bien être comme dans certaines périodes de l'existence terrestre. Un climat cyclique c'est très possible aussi.
    • marcel
      novembre 04, 09:11 Reply
      Là, je ne suis pas d'accord : les rapports du GIEC apportent bien des solutions crédibles. Même la Chine a pris des engagements à cet égard. Le problème est qu'elle ne les respecte apparemment pas (mais c'est à double tranchant, d'un côté, elle fait des progrès colossaux dans les énergies vertes, d'un autre, elle continue à pousser l'exploitation du charbon. Cela dit, on ne pourra pas dire qu'on n'aura pas été avertis…
  12. antoine dellieu
    novembre 03, 19:31 Reply
    Bonjour, J'écris ici en tant que licencié en sciences physiques, je pense que c'est utile de le signaler, afin d'appuyer mon propos. Tout d'abord je voudrais faire une remarque sur la manière dont sont traitées les incertitudes dans cet article : de manière totalement erronée. Les seuils de certitude seraient, d'après mes calculs, plutot de 11% de quand même passer la barre des 1,5°C si 230 Gt sont enlevés de l'atmosphère et de 89% d'effectivment passer cette barre si 1450 GT sont émis. (Voir https://twitter.com/2lieues/status/1190445220233654272 pour les détails, et une courbe plus plausible des probabilités pour ce chiffre). Les conclusions qui en découlent sont donc également erronées. Je vous laisse vous faire votre jugement à cette lumière quant à la petite leçon de morale sur l'usage de la science. "Ce que dit le GIEC, c’est que nous avons 66 % de chances d’arriver trop tard, ET que nous avons 50 % de chances d’avoir largement le temps." Comme soit il est trop tard, soit nous avons le temps, ces deux propositions s'excluent l'une l'autre. Comment donc obtenez vous une probabilité de 116% ? Comment prétendre que le GIEC tient de tels propos ? Merci donc avant de vous dresser en paragon de la science, à une époque où l'appel à la rationnalité masque souvent des intérêts bien plus terre-à-terre, de vérifier d'en maîtriser les fondamentaux. Je pense qu'une correction de l'article s'impose, mais je vous en laisse juge. Cordialement, A. Dellieu
    • marcel
      novembre 04, 10:27 Reply
      Merci pour le trio argument d'autorité, argument de suspicion (« masque souvent des intérêts bien plus terre à terre…»), et argument du détail (prendre un détail dans une démonstration pour prétendre qu'elle serait entièrement fausse). Pour le premier, j'ai travaillé avec une personne plus spécialisée que vous, de même niveau universitaire. Pour le second, je vous renvoie à vos propres intérêts idéologiques, peut-être, et réaffirme ma totale indépendance de tout intérêt. Pour le troisième, je renvoie à un constat incontestable : Extinction Rebellion exige (ou considère nécessaire) la neutralité pour 2025, Greta Thunberg pour 2028, le GIEC pour 2050. Ça fait tout de même une grosse différence pour trois affirmations « basées sur la science ». Quant au chiffre de 420 GtCO2, prétendument « incontestable » chez GT, il ne l'est pas, c'est juste une conclusion possible parmi d'autres, et c'est ce que je tente d'expliquer. Je tiens par ailleurs évidemment compte de votre remarque et je vais réfléchir à une formulation qui garde le niveau de vulgarisation de celle que vous contestez, tout en tenant compte de — héhé — l'incertitude comprise dans votre démonstration. Car si nous parlions de marges d'erreurs pures (« scientifiquement » estimées), vous auriez raison. Mais ici, les incertitudes sont pour le moins mixtes. Pour rappel, le GIEC ne mène pas d'études lui-même mais considère les études existantes. L'incertitude relève donc [principalement?] des différents résultats obtenus par ces études et par les datasets considérés. De plus, l'indice de confiance donne uniquement la confiance générale dans une affirmation. Ainsi, un chiffre très bas ou très élevé peut avoir une confiance très basse et être néanmoins plus proche de la réalité, dès lors qu'on ne sait pas sur quoi porte le consensus. Enfin, le niveau de consensus (confiance) n'est pas une donnée scientifique en soi. Ainsi, le tableau 1.1. <a href="https://www.ipcc.ch/sr15/chapter/chapter-1/" rel="nofollow">du rapport 2018</a> donne la liste des datasets considérés pour la mesure du réchauffement, avec des résultats (1850-1900 => 2006-2015) allant de 0,84°C à 0,99°C. La cinquième colonne (1850-1900 => 1998-2007) donne des résultats moyens par dataset allant de 0,75°C à 0,97 selon l'étude menée. Plusieurs études donnent des marges « d'erreur », en plus. De même, pour le forçage radiatif, l'incertitude est bien notamment constituée par l'intervalle entre les différents jeu de données (datasets) ou entre les résultats des différentes études, <a href="https://archive.ipcc.ch/publications_and_data/ar4/wg1/en/ch2s2-9-1.html" rel="nofollow"> comme le montre le tableau expliquant les incertitudes du 4e rapport (2007)</a> Les différences peuvent donc découler de la méthodologie, des données observées, des méthodes de récolte de ces données, d'hypothèses utilisées, etc. Dans aucun de ces deux cas, il ne s'agit purement de marge d'erreur mais au moins autant (sinon beaucoup plus) d'écarts entre études, bases de données, modélisations, etc. Ce que vous me demandez donc de faire, c'est au moins partiellement de considérer que les études qui donneraient des résultats extrêmes ont moins de chances d'être plus proches de la réalité que celles qui donneraient des résultats moyens par rapport aux autres. Ce qui revient à porter un jugement quantitatif et qualitatif sur la correspondance entre recherche et résultat, en fonction du résultat lui-même ! Vous comprendrez que ne vais pas me plier sans plus de consultations à une telle démarche !
      • antoine dellieu
        novembre 04, 11:35 Reply
        Les études donnant des résultats extrêmes sont moins nombreuses (c'est le sens des résultats donnés sous forme de percentile), et mon explication reste donc tout à fait valable dans ce contexte. Vous remarquerez que je ne fait pas référence dans thread au degré de confiance (confidence), mais au degré d'accord (likelyhood), qui lui correspond bien à des données quantitatives, voir le tableau dans le thread. La plupart des sources d'incertitude sont données avec un accord moyen ce qui correspond à un écart type. C'est la valeur utilisée pour mes calculs. Enfin, vous ne me répondez pas à propos de la phrase indiquant des probabilités totales supérieures à 1.
        • marcel
          novembre 06, 14:59 Reply
          Parce que les deux ne sont pas cumulables. Le GIEC dit aussi bien une chose que l’autre. Je parle rhetoriquement (et théoriquement), mais pas mathématiquement.
      • antoine dellieu
        novembre 04, 11:39 Reply
        Je note que vous avez ajouté un mot concernant ma remarque dans votre texte et vous en remercie.
        • marcel
          novembre 06, 15:01 Reply
          C’est tout naturel. Je propose un point de vue, quand on m’oppose un argument qui me paraît nécessaire, je l’ajoute. (mais je sais que certains s’échinent à tel point à faire croire que je veux imposer “ma” vérité que ça finit pas passer pour vrai :-)
      • antoine dellieu
        novembre 04, 12:15 Reply
        Un dernier commentaire, puis je vous fiche la paix sur le sujet : Si vous regardez les notes sous le tableau de la page 108 , celui qui est dans l'article, vous y retrouverez les mots "distribution normale" et " déviation standard" (= écart type). Une des sources d'erreur est d'ailleurs le fait d'utiliser une distribution lognormale plutot que normale. Cela devrait être de nature à apporter encore peu d'eau à mon moulin. Bonne journée à vous.
  13. Salade
    novembre 03, 23:15 Reply
    Un des problèmes (notamment écologique) du capitalisme est la démesure. https://www.lesoir.be/258050/article/2019-11-03/un-navire-avec-une-capacite-de-23756-conteneurs-est-arrive-dans-le-port-danvers Un tel navire qui coule...et on pleure. Si geta thundberg dénonçait ça, ce serait du concret. Mais sus au réchauffement, et oublions le reste! Voila le danger.
    • marcel
      novembre 04, 09:06 Reply
      Soit, mais ne pas oublier les économies d'échelle. Transportez la même quantité de conteneur sur 200 bateaux plus petits n'est pas nécessairement meilleur pour la planète. Sinon, depuis qu'on a développé de nouvelles voiles rotatives pour les grands cargos, on devrait interdire la construction de tout bateau qui n'en possède pas en Europe. Voilà voilà.
      • Salade
        novembre 04, 17:14 Reply
        Small is beautiful. Je ne sais pas moi , demandez aux plages brésiliennes
  14. mbo
    novembre 04, 20:27 Reply
    Juste une petite question. Vous parlez de son 'prétendu handicap'. Qu'entendez vous par prétendu, et par handicap ?
    • marcel
      novembre 06, 17:35 Reply
      Alors, d'abord, j'aime bien appeler les choses par leur nom en principe. Mais voilà, certains termes sont systématiquement connotés par certaines personnes. Par ailleurs, certains handicapés utilisent volontiers le mot, d'autres préfèrent qu'on ne les qualifie pas (ni de la sorte, ni autrement). De plus, pour moi, nous sommes tous handicapés de quelque chose et un handicap est souvent compensé par une autre faculté qu'on développe plus (ce que j'ai pu constater quand j'ai pratiquement été aveugle deux semaines durant, entre deux opérations). Ensuite, certains considèrent l'autisme Asperger comme un handicap, alors que Greta nous permet de constater que si c'en est un, il est pour le moins fortement compensé par des facultés mentales extraordinaires. C'est une simple différence neurologique à mes yeux qui a certes des conséquences handicapantes. Quand j'écris « prétendu handicap », je vise aussi ceux qui s'acharnent à la présenter comme plus faible ou plus manipulable parce qu'elle aurait une sorte de déficience mentale, alors qu'elle a amplement démontré que ce n'était pas le cas. Je considère aussi qu'il faut parler d'elle comme de n'importe quelle personne publique, indépendamment de son âge ou de son autisme Asperger. C'est un minimum de respect.

Leave a Reply

Attention, les commentaires n'apparaîtront qu'après modération.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.