La Wallonie française n’est pas une valeur actuelle (lettre à Éric Brunet)

IMG_0221

Dans Valeurs Actuelles, le «journaliste» Éric Brunet commettait vendredi passé une chronique «politique» titrée Vive la Wallonie française ! Un condensé de poncifs qui commençait par «Poutine annexe la Crimée ? Hollande doit s’emparer de la Wallonie […] en franchissant l’Escaut à la tête de nos forces terrestres, le président libérerait nos 4 millions de frères francophones du joug flamand.» Comme je lisais sa bulle dans mon bain, j’ai spontanément réagi en chantant «Putin ! Putin ! On est quand même tous des Européens !»
J’aurais bien commencé mon article par là, mais comment expliquer ce jeu de mots arnosien à notre chroniqueur français de droite décomplexée ? Pourtant, Éric Brunet a clairement besoin d’un bon gros cours de belgitude. Il permettra d’instruire aussi ceux d’entre nos voisins français qui croient que tout être humain qui parle la même langue qu’eux est forcément français quelque part au niveau du vécu. Et ce faisant, je rends aussi service aux Suisses, notre chroniqueur étant encore capable de recommander à Hollande de traverser le lac de Zurich pour aller délivrer les Genevoises du joug alémanique ! Vous allez comprendre

Lettre à Éric Brunet.
Pour commencer, m’sieur Brunet, vous êtes nul en géographie. Car il n’est pas plus nécessaire de «franchir l’Escaut» pour s’emparer de la Wallonie au nez des Flamands qu’il ne le fut de traverser le Rhin pour prendre l’Alsace au nez des casques à pointe. Ensuite, il n’y a pas 4 millions de «frères» francophones en Wallonie. Il y en aurait quelque 3,5 millions. Vous avez dû compter les Bruxellois de langue française dans le lot. Et les Bruxellois ne sont pas wallons. Quant à ces derniers, ils sont éventuellement «vos» frères par la langue (et encore, allez trouver un pistolet à l’américain à Paris !), mais par la citoyenneté, ils sont d’abord frères des Flamands avec qui leurs représentants ont voté, par exemple, une Loi sur l’euthanasie qui, en France, les fait passer pour des sauvages dans certains milieux proches de votre journal.

Oui, des «sauvages», comme vous qualifiez les Flamands qui, selon vous «nous cherchent» — il faudrait préciser qui est ce «nous»… Les Français ? Ceux des Français qui se sentent responsables de tous ceux qui parlent français quelque part dans le monde ? Un peu comme Vladimir avec les Russophones, quoi… Si c’est ça, rassurez-vous, je pense que les Wallons n’ont pas besoin de vous pour se défendre. D’ailleurs, notre premier ministre est wallon et notre roi est francophone. Aucun des deux ne parle vraiment le néerlandais comme un flamand. Pourtant, la plupart des Flamands les trouvent bien sympathiques. Avouez qu’on a vu plus sauvage ! Chez vous, par exemple. Je pense à Patrick Besson ou à François Berléand, qui se sont moqué de l’accent norvégien d’Eva Joly. C’est du propre ! Et pour ne pas vous offenser, je passerai sur la banane de Christiane Taubira et le harcèlement dont elle fut l’objet parce que femme et noire de peau. Enfin, voilà. Côté sauvagerie, les Flamands n’ont rien à envier à la droite décomplexée dont Valeurs Actuelles est l’un des chantres.

Pourtant, vous leur en voulez, aux Flamands. Leur tort, selon vous ? Ils «ont voulu supprimer l’apprentissage du français dans la moitié néerlandophone du pays sous le prétexte qu’il s’agit ‘d’une langue insignifiante qui n’est comprise que par 3 % de la population mondiale’». Là aussi, vous êtes très mal renseigné ! Si un nationaliste flamand (Vic Van Aelst, N-VA, francophobe patenté autant que vous me paraissez flamandophobe patenté — je vois renvoie donc dos à dos) a bien proposé de supprimer l’enseignement du français en Flandre, la plupart des députés du même parti ont trouvé l’idée stupide. Et si l’un ou l’autre Flamand prétend quelquefois que le français est une langue «insignifiante», c’est aussi parce que trop souvent, «on» s’est moqué de la leur, de langue.

On ? Des Wallons, des Bruxellois francophones, des Français, des Germanophones aussi… Pourtant, rien qu’en Europe, le néerlandais est plus parlé que d’autres idiomes dont il ne vous viendrait pas à l’idée de vous moquer : le suédois, le grec moderne, le tchèque, le portugais, le hongrois, le catalan, le slovaque, le croate, etc. Les méchants Francophones du passé sont tous morts, dites-vous ? De fait, le bourgeois oppresseur — qui oppressait aussi les Wallons qui ne le comprenaient pas — a plus ou moins disparu. Mais j’entends encore aujourd’hui des enfants ânonner que le cours de néerlandais est «une punition». Bien sûr, bien des petits Flamands n’aiment pas non plus les cours de français. Mais à ma connaissance, ça n’amène pas les chroniqueurs hollandais à préconiser l’invasion de la Flandre pour protéger leurs «frères» des sauvages francophones. (Vu votre culture défaillante, je me dois de vous préciser qu’un chroniqueur hollandais n’est pas forcément parisien, il y en a aussi au nord de la Flandre, dans un pays appelé Hollande — oui, c’est drôle, comme votre président ! Vous voyez ? On en apprend tous les jours).

Donc, le néerlandais est une petite langue affreuse à vos yeux. Mais c’est toujours comme ça quand deux parlers entrent en concurrence et que l’un a plus de prestige que l’autre. Au Québec, les Anglophones rechignent à apprendre le français, petite langue à l’accent rocailleux. Enfin, du moins, c’est comme ça qu’ils le perçoivent. C’est marrant, hein ? Les réflexes nationalistes sont comme des boomerangs : plus vous les lancez fort, plus fort ils vous reviennent à la face ! Du reste, le français n’est la 5e langue internationale aujourd’hui que parce que, par le passé, la France (comme la Belgique) a colonisé, assassiné, soumis, torturé un peu partout sur la planète. Et obligé des enfants à travers le monde à apprendre comment vivaient leurs soi-disant «ancêtres les Gaulois». En Afrique, aux Antilles, en Orient, nous n’avons pu imposer notre culture que parce que nous avons effacé la leur. Deux ou trois siècles plus tard, ça vous met la francophonie au sommet. 

Même en France, notre langue ne s’est imposée que parce que les Jacobins pensaient que supprimer toutes les autres unifiait les peuples. Pendant des siècles, la France a fait subir à «ses» langues régionales — breton, alsacien, flamand, corse, basque, occitan, picard, niçois, et j’en passe — les outrages de l’oubli. Bon, ça vous regarde. Mais ensuite, sur le même modèle, les grands bourgeois francophones belges ont voulu imposer leur dialecte devenu grand aux Flamands ! Un fils de Français, Henri Conscience, qui vivait à Anvers, a voulu réparer le mépris de ces élites pour la langue du peuple et s’est mis à écrire en néerlandais. Son père, furieux, l’aurait fichu à la porte pour ce crime de lèse-francité. Après, vous vous étonnez qu’un parti nationaliste flamand fasse la même chose avec le français (et avec les dialectes flamands, au passage). Vous vous en offusquez ? Mais quand un mot d’anglais de trop vient à entacher votre superbe francité de sa perfidie albionesque, het kot is te klein (c’est du néerlandais, une très jolie expression figurée que vous comprendrez le jour où vous daignerez apprendre la langue de Vondel).

Le néerlandais est une langue qui, à l’audition, ne doit pas vous plaire, mais en néerlandais le terme — affreux en français — de vocabulaire se dit woordenschat, ce qui signifie «trésor de mots». Voyez-vous, m’sieur Brunet, c’est quand la beauté n’est pas immédiate qu’elle est la plus précieuse. Accessoirement, une langue ne sert pas à être belle. Encore heureux, vu que la langue si mélodieuse que vous défendez est écorchée par les 3/4 de ses locuteurs.

Bref, l’internationalité du français, il n’y a pas lieu d’en être fier. Quant à son ampleur en tant que langue maternelle, elle est risible. Votre idiome si brillant est en fait ridiculement peu parlé dans le monde. D’après Wikipedia, la langue de Molière n’arriverait qu’après — tenez-vous bien — le chinois, l’espagnol, l’anglais, l’hindi, l’arabe, le portugais, le bengali, le russe, le japonais, le javanais (non, ce n’est pas un dessert), l’allemand, le pendjabi, le télougou, le marathi et le tamoul. Eh ouais. En seizième position. Donc, si les Flamands décidaient d’apprendre l’allemand ou le portugais avant le français, ce serait plutôt logique. Du reste, l’apprentissage du néerlandais n’est pas obligatoire en Wallonie ! Probablement parce que c’est une langue parlée par seulement 5 % des Européens. C’est pourtant la langue de la majorité des Belges… Si je suis votre raisonnement, les vrais méchants seraient donc les Wallons, c’est ça ? À moins bien sûr que le Français et «ses frères» soient si supérieurs que les Flamands se doivent de faire toujours mieux ?

Je précise que de mon point de vue, chaque personne devrait être libre d’apprendre la langue du voisin ou non. Et ça vaut autant pour les Flamands.

Vous nous apprenez aussi que «Comme les Tatars ukrainiens, nos frères wallons subissent le diktat d’une majorité hostile : 6 millions de Flamands séparatistes qui se vengent chaque matin de la domination révolue de la bourgeoisie francophone.» Mon dieu, que vous êtes bête ! S’il y a en effet des mesures scandaleuses prises par le gouvernement de la région flamande («la Flandre») envers les Francophones qui y habitent (et non pas envers des Wallons), ces derniers ne courent absolument pas le même risque que les Tatars ukrainiens. Du reste, les mesures en question, comme le Wooncode, finissent par être annulées suite à l’intervention, par exemple, de la Cour européenne de Justice. 

Mais comprenez-vous que le long de la frontière linguistique, certains villages ont changé de langue plutôt récemment ? Certains Francophones s’installent dans ces villages autrefois tout à fait néerlandophones, et s’attendent à ce que chacun leur réponde en français. Oh, ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté : dans certains de ces patelins, le français est plus parlé que le néerlandais. Et il y a bien des Flamands qui se sont installés en Espagne et qui, trente ans plus tard, ne parlent toujours pas castillan. Mais voilà, ça donne l’impression aux Flamands que leur langue est menacée. Notez que ce n’est pas le cas, contrairement au breton, à l’alsacien ou au catalan de France (ceci est une pique). Mais le Mouvement flamand originel, qui a lutté pour le droit d’enseigner en néerlandais à l’école secondaire et à l’université, y est pour quelque chose. Après 180 ans de lutte, certains n’ont pas compris qu’il était temps de baisser la garde. Alors, je peux comprendre que certains néerlandophones soutiennent des mesures excessives. La peur a cet effet. Mais de là à penser que «le Flamand» opprimerait «le Wallon», c’est aussi stupide que de croire que le Wallon du XIXe siècle, du fond de sa mine de charbon, entre misérables, avait le pouvoir d’opprimer le Flamand !

Je suis le premier à critiquer les mesures iniques du gouvernement flamand. La condition que je m’impose est le respect absolu pour les droits des néerlandophones et pour leur langue. Mais vous, qui êtes-vous donc pour leur jeter la première pierre et prétendre libérer les Wallons de leur «sauvagerie», vous, Français, qui avez depuis la Révolution, tout fait pour limiter les droits de vos citoyens qui parlaient une autre langue ? Vous qui avez interdit le breton dans les cours de récréation ? Et vos élus de droite qui ont, aujourd’hui encore, bien du mal à reconnaître aux langues régionales le droit de renaître, sinon de simplement survivre ? Comment osezvous ? Sans compter que la langue wallonne, qui était celle des Wallons (et non pas le français), périt aussi du fait de votre impérialisme linguistique. À propos d’impérialisme, vous êtes marrant, hein : comme Poutine, vous justifiez dans votre article, a posteriori, les interventions militaires françaises en Belgique qui nous ont coûté plusieurs bâtiments de la Grand-Place, l’une des plus belles du monde dit-on, en prétendant qu’à chaque fois, les Belges vous auraient demandé de venir ! En Bruxellois, on répond à ce genre de prétention par : «kus ma klûete». Je vous épargne la traduction.

Enfin, si comme vous l’indiquez avec fierté dans votre chronique, un sondage a bien montré, en 2008, que 49 % des Wallons ne seraient pas opposés à un rattachement en cas de scission de la Belgique (et non «séduits» par avance, comme vous l’insinuez), en 2010, à la même question, seuls 13% des Wallons se déclaraient «tout à fait favorables» au rattachement tandis que 26% se disaient «favorables» sans plus. Soit 39% en tout. Mais ça, je le répète, c’est en cas de séparation, souhaitée par à peine un quart des Wallons. Votre quasi-majorité fond donc comme neige au soleil à la première analyse. Les Bruxellois, que vous mêlez aux Wallons dans votre pamphlet, n’y sont pour leur part pas favorables du tout. Dans un sondage de décembre 2006, ils n’étaient que 7% à accepter un rattachement à la France… Quand Poutine a pu se targuer de 94% de «oui», vous nous envahiriez donc pour satisfaire une minorité. Mais avant que vous n’arriviez à l’Escaut, vous seriez arrêtés à la Senne (cherchez dans Wikipedia, ça vous aidera à la situer). À moins qu’à peine la frontière dépassée, les plus sympathiques de vos soldats ne désertent pour profiter de nos bonnes bières, de nos frites, de notre chocolat, ou de notre caractère débonnaire… 

Nous les accueillerions à bras ouverts : ils remplaceront avantageusement les réfugiés fiscaux que vous nous envoyez par cars entiers, qui accaparent les communes du Sud de Bruxelles avec l’arrogance des conquistadors, et accessoirement, ne tiennent absolument pas à ce que la France, trop égalitaire, n’assimile la Belgique qui, c’est là son moindre défaut, préfère taxer le pauvre et le travail — une chose que vos amis de la droite française décomplexée doivent trouver merveilleuse. À ce propos, je vous rappelle que vous avez vous-même écrit un livre dans lequel vous avez recommandé aux riches Français de venir profiter de notre paradis fiscal. Si c’est pour franciser notre pays ensuite, ce n’était pas la peine ! Ironie du sort, vous devriez plutôt insister pour que ce soit nous qui vous envahissions. Imaginez : plus d’ISF, plus d’impôts sur les plus-values, pratiquement pas d’impôt foncier ! Paradise on earth ! (Pardon pour ces trois mots d’anglais).

Alors, voilà. On a des conflits linguistiques, mais ça n’a jamais tué personne. On a des problèmes financiers, mais notre pays va mieux que le vôtre. On a une classe politique constituée à 63,67 % de grosses taches (estimation personnelle), mais la vôtre est devenue trop sauvage pour nous et au final, à Bruxelles, on n’a pas vu des barjottes frigider dans la rue par centaines de milliers quand on a voté le mariage gay. Bien sûr, on a des nationalistes flamands. Mais on a aussi des millions de Flamands qui exècrent l’égoïsme linguistique, qu’il soit néerlandophone, francophone, italophone, anglophone ou Deutsche Grammofon. Et au final, les Flamands et les Wallons sont plus proches les uns des autres — hormis pour la langue — que les premiers ne le sont des Hollandais et les seconds des Français. Ils aiment tous les voitures grises, la bière plus que le vin, les soirées qui se prolongent, les endroits improbables, une petite frite à la baraque, et une vie sans trop de chichis dans une maison toutefois cossue. Quant aux problèmes entre «Wallons et Flamands», l’homme de la rue à Namur ou à Gand vous dira la même chose «tout ça, c’est juste de la politique.» S’il est vrai que Francophones et Néerlandophones se rencontrent moins souvent aujourd’hui, rien ne dit qu’ils ne se retrouveront pas demain, plus respectueux l’un de l’autre. Car si les crises peuvent signer la fin d’un pays, elles peuvent aussi, après l’orage, en dessiner l’avenir.

Mais vous pleurez, Mylord ? 

Allons, ne désespérez pas, m’sieur Brunet : il n’est pas exclu qu’un jour, une majorité de Wallons décident de rejoindre la France. Seulement, pour l’instant, le RWF a récolté 1,24% des voix aux dernières élections européennes et son président, que vous citez comme s’il représentait la population wallonne, a fait le score impressionnant de… euh… 894 voix à Namur aux dernières élections régionales. 

Vous écrivez : «Ce n’est pas tous les jours qu’un peuple rêve de France» ? Eh non, ce n’est pas tous les jours ! Et ce n’est même pas aujourd’hui !

Previous Pour dé-discriminer la mère, la Belgique donne le pouvoir au… père !
Next Le bon air de la campagne

You might also like

0 Comments

  1. Bastien
    avril 13, 21:45 Reply
    Vous répondez à un article excessif par un article tout aussi excessif (c'était peut-être le but, mais c'est quand même agaçant de lire certaines contre vérités). Vous vous basez sur un article de Wikipedia pour dire que la langue française n'est que la 16è langue la plus parlée dans le monde, qui lui-même se fonde sur les chiffres des locuteurs langue maternelle de la base de donnée Ethnologue, bien connue pour être très fantaisiste, et surtout très très tatillonne quand il s'agit de compter les locuteurs de français (Ethonologue est édité par une organisation évangéliste américaine, mais seul un esprit mal intentionné pourrait voir là un possible biais contre ces maudits froggies laïcards bien sûr). Ethnologue dit qu'il n'y a que 68,5 millions de locuteurs de français langue maternelle dans le monde, dont 53,5 millions en France. (voir ici : http://www.ethnologue.com/country/FR/languages ) 53,5 millions dans un pays de 65 millions d'habitants... Donc si je comprends bien, la mamie du sud de la France à qui on a parlé occitan il y a très longtemps dans son enfance mais qui ne parle plus aujourd'hui que le français dans sa vie de tous les jours n'est pas incluse dans ce chiffre. Idem pour mon grand-père, à qui sa mère parlait exclusivement l'espagnol dans son enfance (son père, naturalisé français à 21 ans, était mort pour la France en 14-18), mais qui ne parle plus aujourd'hui que le français dans 99% des cas, n'est donc pas non plus inclus dans ce chiffre. Si on utilise une définition aussi étriquée, alors on ne devrait trouver à tout casser qu'une quarantaine de millions de locuteurs d'allemand langue maternelle en Allemagne, les 40 autres millions d'habitants de ce pays étant soit des immigrés, soit des dialectophones natifs. Or, surprise, surprise, ethnologue compte 75,3 millions de locuteurs d'allemand natifs en Allemagne. Voir : http://www.ethnologue.com/country/DE/languages Idem pour le Japon. Savez-vous que de très nombreux Japonais parlent des dialectes et pas le japonais standard ? Le japonais qu'on parle à Kyushu est à peu près aussi différent du japonais standard de Tokyo que la langue wallonne est différente du français de Paris. Pourtant, ethnologue compte 121 millions de locuteurs de japonais natifs au Japon, soit quasiment toute la population du pays. Voir : http://www.ethnologue.com/country/JP/languages Et je ne vais même pas commencer à parler du télougou ou du marathi, qui sont des mots étiquettes qui recouvrent des dizaines de dialectes aussi différents entre eux que peuvent l'être le wallon, le français de Paris et le poitevin. Bref, apples and oranges, si je peux moi aussi me permettre 3 mots d'anglais. Le biais contre la langue française me paraît assez évident chez Ethnologue, et ne m'étonne pas vraiment venant de nos "amis" anglo-saxons. Quant à vos propos sur la méchante France qui a éradiqué ses langues régionales, encore une fois, je comprends bien que vous répondez à l'excès par l'excès, mais tout de même. Si les langues régionales ont fini par (presque complètement) disparaître, c'est pour bien d'autres causes que l'oppression ou la volonté étatique. Aucune oppression, aucune politique étatique n'a jamais réussi à faire disparaître des langues. Les Hongrois ont essayé avec le slovaque, ils ont échoué. Les Espagnols ont essayé avec le catalan, ils ont échoué. Les Russes ont essayé pendant tout le 19è siècle avec le polonais, ils ont échoué. S'il n'y avait eu que la volonté de l'Etat français et la simple coercition, il n'y a guère de doutes que ça aurait échoué en France aussi, et qu'aujourd'hui des millions de gens parleraient encore occitan, breton, etc. La disparition des langues régionales en France résulte d'un phénomène bien bien plus complexe et multifactoriel (bouleversements économiques dus à la révolution industrielle, attrait des grandes villes dont les élites étaient depuis longtemps francisées, très fort attrait culturel de la langue française, guerre de 14-18 qui a mélangé des hommes venus de toutes les zones linguistiques françaises, volonté d'ascension sociale pour ses enfants, etc.). Au fond c'est assez similaire à la façon dont les Wallons ont abandonné le wallon et ont adopté le français, pas par coercition ou parce que l'Etat les y aurait forcé. PS : Je précise que je ne fais pas partie de Valeurs Actuelles, et n'aime d'ailleurs pas spécialement ce magazine. Mais y en a marre d'attaquer et dénigrer toujours la langue française qui n'a rien demandé à personne. Je ne parle pas de vous en particulier, mais de ce French language-bashing généralisé qu'on peut lire partout de nos jours (le Land de Sarre a récemment décidé de faire du français la 2è langue officielle de cet état ; il fallait voir les commentaires francophobes des lecteurs dans les journaux allemands suite à cette annonce, j'étais assez sidéré...).
    • Marcel Sel
      avril 13, 21:56 Reply
      Précision, je suis de langue maternelle française et j'adore le français. Sinon, je ne me serais jamais permis.
    • uit 't zuiltje
      avril 14, 23:51 Reply
      de tout façon l'intérêt d'une langue ne dépend pas du nombre de locuteurs, perso mon FR n'a plus trop à voir avec celui de ma mère, quant à mes grand-mère elle ne parlaient pas le FR avec tout le monde... elles connaissaient les langues des gens. quantité, qualité, eternité... euwige vla anderen,
  2. uit 't zuiltje
    avril 14, 23:33 Reply
    @Marcel perso je trouve pas mal que vous repreniez des articles de votre oldblog, afin de ne pas recommettre des commentaires qui y figuraient déjà, ne serait-il pas interessant que vous mettiez en lien l'article original avec ses x commentaires (112 tout de même pour çui-la) est-ce techniquement problématique, ou un choix de votre part? http://oldblog.marcelsel.com/marcelsel/la-wallonie-francaise-n-est-pas-une-valeur-actuelle-lettre-a-2999526.html
    • Marcel Sel
      avril 15, 12:18 Reply
      C'est une bonne idée, je n'y ai pas pensé, et j'avoue ne pas avoir vraiment eu le temps d'y penser pour tous les anciens articles…
  3. Capucine
    février 05, 13:13 Reply
    Je suis belge francophone et j aime la langue française mais j aime surtout mon pays pour sa diversité . Les Français de France oublient souvent de mettre un manteau d humilité sur leur grande fierté parfois humiliante ,cela leur permettrait de regarder un pont plus loin . L apprentissage des langues nous permet de mieux s aimer et de se respecter,le nationalisme arrogant emprisonne le peuple face à un club vaniteux et égoïste . Quel dommage pour cette belle France que j aime tendrement! potvermille!On devrait faire la promo pour le dictionnaire Bruxellois ,Marollien ,Français!
    • alex
      février 17, 10:12 Reply
      "Les Français de France oublient souvent de mettre un manteau d humilité sur leur grande fierté parfois humiliante ,cela leur permettrait de regarder un pont plus loin" Grotesque, parfait exemple des préjugés belgo belges au sujet de la France. Belge habitant et travaillant en France depuis près de 10 ans, j'ai trouvé dans ce pays plus d'ouverture qu'au cours des longues années que j'ai passées en bellchique, ou le seul ressort d'un francophone même largement diplômé est de devenir le larbin de flamands qui ont colonisés tous les leviers de la vie économique et fédérale de ce pays. Des flamands qui considereront nécessairement que votre néerlandais n'est jamais suffisament bon mais qui n'exigeront pas la connaissance de cette langue de la part d'expats français, US ou autres à qui ils lècheront activement les bottes. Des flamands qui vous considereront comme "unilingue" francophone même si votre anglais est meilleur que le leur, que vous parlez espagnol, italien ou une quelconque autre langue en sus. Et la fausse humilité des "p'tits belchs". Elle est nettement plus arrogante que la prétendue arrogance française. Cette manière de se considérer et de se présenter comme l'underdog. Quelle prétention cachée sous des dehors de simplicité. Aux belges le monopole de l'ouverture d'esprit? What a fucking joke. Le seul domaine dans lequel le belge se distingue, c'est celui de l'apathie: tant que ça ne me touche pas, ça ne me regarde pas. Quelle vision, quelles convictions, quelle idée de soi et de son destin: le degré zéro de la réflexion, l'individualisme poussé à son comble. Dire qu'on essaye de faire passer cela pour de la tolérance, quelle blague: l'apathie est l'exact contraire de la tolérance. La France vous dérange? C'est parce qu'elle bouge, qu'elle réfléchit, qu'elle vit. Tout le contraire de la petite bellchique tellement tolérante qu'elle "tolère" qu'un parti francophone s'allie à des fachos flamingants. Ce pseudo pays et son pseudo multiculturalisme, en échec là comme partout dans le monde occidental... La France est bien la meilleure option de ses citoyens francophones...
  4. Phillipe de l'Hiver
    février 16, 15:11 Reply
    Les propos de Brunet sont imagés, pas de quoi en faire un plat. Nous ne sommes pas à l'est, et les mentalités ont bien assez évolués en 70 ans. la guerre au voisin, laissez-moi rire... Ceci écrit, si la situations communautaires devaient continuer à s'aggraver (ce sera le cas, assurément...) ma préférence ira vers une wallonie et peut-être Bruxelles intégrés ou associés à l'hexagone. L'idée d'appartenir à une micro-nation croupion crypto-communiste wallone me déplairait au plus haut point. Je suis du reste belgicain, mais si l'état de mon pays devient incurable, je serai favorable à son euthanasie...Certes, nous n'avons pas les mêmes expériences mentalités, repères historiques et tant d'autres choses que nos voisins français, je ne suis pas un rattachiste considérant indûmment la France comme notre "mère-patrie", mais je serai favorable à ce que nous intégrions (d'une manière ou d'une autre, cela sera peut-être relatif) le pays qui sur bien des plans nous est quand même le plus proche entre autres culturellement, si pour autant celui-ci accepte, cela va de soi. J'attends pour la Belgique une solution confédérale qui "tienne debout", simplifie de manière significative la situation communautaire ubuesque qu'est devenue le fédéralisme des cons. Enfin, permettez-moi de vous dire, Monsieur Sel, que je doute fort que le Général de Gaulle, auquel vous vouez une certaine admiration, eut apprécié votre propos viscéralement anti-français et plus généralement anti-patriote. Qu'auraient-ils penser de vos trémolos de repentance historique...
    • Marcel Sel
      février 16, 19:02 Reply
      Je suis persuadé que le Général n'aurait pas du tout apprécié vos Fautes de frappe :-)
      • Phillipe de l'Hiver
        février 17, 14:29 Reply
        Ni la vôtre (cf Fautes.) Des arguments à m'opposer?Non? au revoir, tout petit monsieur...

Leave a Reply

Attention, les commentaires n'apparaîtront qu'après modération.