Didier Reynders dérape sur Twitter, mais c’est tout le monde politique qui pédale dans la semoule.

Capture d’écran 2014-03-01 à 16.19.47Le groupe socialiste européen au Parlement européen a élu Martin Schulz comme candidat à la présidence de la Commission européenne. Elio Di Rupo, président empêché du PS belge, a donc immédiatement déclaré soutenir cette candidature «en tant que socialiste», selon L’Avenir. On peut difficilement le lui reprocher, le PS belge faisant évidemment partie du groupe socialiste au Parlement européen. Pourtant, Didier Reynders a immédiatement réagi par un twit étrange (au sens européen du terme) : «Dommage alors qu’un Belge est candidat !» Qu’est-ce que le fait que Guy Verhofstadt soit belge vient faire dans une élection européenne sachant, de surcroît, que c’est justement la vision européenne, et non belgo-belge, qui fait de Guy Verhofstadt un candidat exceptionnel ? 

Le principal but du twit de Didier Reynders était-il de tacler Elio Di Rupo à tout prix ? Ou est-il réellement incapable de «penser Europe» ? N’empêche, la suite fut un dialogue surréaliste entre leministre des Affaires étranges (j’insiste) Reynders — ou son community manager — et moi (voir au bas de l’article ou je vouslaisse savourer la «descente» où je finis par me voir reprocher…mon «manque» de belgitude !) Avec le bouquet final, où j’aurais,selon l’ex-président du MR, du mal à reconnaître la qualité libérale de Verhofstadt. Drôle !

Mais soyons justes…

on est en campagne. Et comme on s’approche de la «mère des élections» (régionale, communautaire, fédérale, européenne), femmes et hommes politiques se croient obligés de mener la «mère des campagnes». Laurette Onkelinx envoie du «Kärcher social» à son monstre imaginaire, le duo MR/N-VA. Parenthèse communautaire : apparemment obsédée par les indices éventuels de méchante diabolisation de la gentille N-VA, Isabel Albers, rédac-chef du Tijd, en a conclu qu’en utilisant «Kärcher», Laurette rangeait la N-VA à l’extrême droite (et pas le MR ? Bizarre, non ?) Un bel exemple du fait que ce n’est pas ce que les Francophones disent qui alimente la N-VA, mais bien la façon — tordue ou non — de journalistes flamands d’interpréter ces déclarations et de le répercuter ou non.

Dans le même ordre d’idées absurde, le PS, effaré par la très prévisible montée du PTB, prétend dans un web-tract que voter PTB revient à voter MR ! Dans La Libre, le très anachronique José Happart qualifie les écolos de «totalitaristes intégristes». De la part d’un monsieur qui a voulu être bourgmestre d’une commune bilingue sans accepter de parler la langue de la majorité des habitants pas intégrisme walloniste, c’est au ras des boterbloemmekes ! Au centre, on délire aussi. Benoît Lutgen, patron officiel du CDH (Milquet en étant toujours la mère supérieure officieuse), n’hésite pas à scander que «le MR nous mène à la banqueroute». On peut reprocher beaucoup de choses à la gestion financière de Didier Reynders, mais à ma connaissance, la Belgique n’est pas en banqueroute. Bref, on tape dans tous les sens, on tire sur tout ce qui bouge sauf soi-même, on ratisse, on nainsassine, on explose façon puzzle, on ventile. Et, bien sûr, on envoie l’électeur se faire voir ailleurs. Genre au PTB, au PP, chez Vega, à La Droite et à l’extrême droite francophone, car sachez-le, Wallonie D’abord, qui pointe son nez dans les sondages, c’est le Eigen Volk Eerst du VB version sudiste.

Brefdans ces grands partis traditionnels, le programme, on ne le vend plus, on ne le détaille plus, on ne l’explique plus. Oh, on se jette bien des chiffres à la tête, plus farfelus les uns que les autres ! On vous promet 40.000 emplois ici, 120.000 là, 10 % d’impôts en moins ici, 25 % là, et vogue la galère. La campagne est devenue un marché où l’on jette les nombres à la tête du client en criant plus fort que le voisin et surtout, en le traitant d’escroc. Au final, quand, dans le fond, un petit malin fait «dites, ne les écoutez pas, c’est moi qui détiens la vérité», les gens écoutent, ne fût-ce que parce qu’ils en ont marre d’entendre hurler. Et tout le temps passé à tirer à vue sur l’opposant politique est gâché, perdu. Du coup, quand l’animal politique — je parle ici en particulier de mon échange avec Didier Reynders, mais il serait injuste de ne cibler que lui qui, au moins, a répondu — est pris en défaut, plutôt que d’humblement reconnaître qu’il a fait fausse route, il continue invariablement sur sa lancée, il s’enfonce, quitte à apparaître totalement erratique dans son raisonnement. Dommage, l’erreur est humaine et la reconnaître grandit l’homme.

Dans le cas de Didier, au passage, Elio a bien déclaré qu’«En tant que Belge, je soutiendrai aussi Verhofstadt s’il y a une possibilité qu’il obtienne une fonction importante.» Pas très enthousiaste, il est vrai, et bêtement «patriote», mais une preuve de plus que Didier Reynders aurait mieux fait de lire la presse avant de twitter. D’autant que ce twit allait, je le répète, à l’encontre de la vision de Verhofstadt lui-même. Car, si je reprends la logique de Reynders, un démocrate de l’Alabama devrait donc soutenir un candidat président républicain, sous prétexte qu’il viendrait de son état ! Petit pays, petit esprit ! De fait, si l’on pense l’Europe de demain comme une simple adjonction d’États et de nationalités, on la replonge dans les erreurs qui ont mené notre continent à plusieurs apocalypses et à des siècles de conflits. La seule vision cohérente est de penser l’Européen comme un Européen d’abord. Guy Verhofstadt, en tant que candidat à la présidence de la Commission, est donc européen et libéral, point. Lui plus que tout autre !

Bien sûr, Didier Reynders est très loin d’avoir le monopole de ce patriotisme poussiéreux, d’autres sont carrément régionalistes, comme José Happart ou Kris Peeters qui a pour sa part considéré qu’être premier ministre belge était une quasi-déchéance quand on a eu l’honneur cosmique d’être ministre-président flamand ! Dois-je aussi rappeler comment Herman Van Rompuy s’est stupidement raccroché à son droit très flamand de publier sur son blog un poème d’un fieffé nazi, sans envisager que son statut de président européen en fît un précédent inacceptable ? Herman Van Rompuy n’a jamais décollé de sa terre, quand il est en Belgique, il réserve la plupart de ses interventions… à la télévision flamande ! Personnellement, je place ce patriotisme flamand au même niveau que le patriotisme belge : dans le passé de l’Europe.

J’en déduis aussi que Guy Verhofstadt est décidément une brillante exception dans ce petit monde recroquevillé sur son pseudo-anti-chauvinisme qui n’est qu’une posture : le Belge, le Flamand, le Wallon est si chauvin qu’il se vante même de son… manque de chauvinisme ! Ça fait partie du Patriot-package ! Didier Reynders vient de nous le rappeler. 

Mais il y a l’autre aspect, celui de l’égratignure. Reynders s’est précipité sur le premier argument venu pour tacler Di Rupo. Preuve que, dans la campagne régionale, fédérale ou européenne en Belgique, on attend toujours l’homo politicus capable de parler de son programme sans caricaturer celui du voisin, sans tirer à la sulfateuse sur l’autre à la moindre occasion. Mais c’est probablement trop en demander. Avec des têtes de liste indéboulonnables qui n’ont plus que le pouvoir en tête, avec des bêtes de scène dont le manque de courage réel ne se compte pas en minutes, mais en mois, avec une stratégie électorale qui s’inspire plus du Tour de France (tireur et pousseur de liste, sprinteur, voiture relais…) que du débat public, le politicien traditionnel belge doit se préparer à se ramasser en beauté aux prochaines élections, au profit des plus populistes qui, eux, n’ont pas besoin de messages respectables pour séduire le petit tiers d’électeurs qui suivraient n’importe quel leader pourvu qu’il leur promette la lune. De tout temps, le lit du populisme fut préparé par les politiciens traditionnels, qu’ils fussent corrompus par l’argent ou par la soif de diriger à n’importe quel prix. La crise, bien plus réelle que les chiffres ne le font penser, ne fera qu’amplifier la catastrophe annoncée. Et si la Belgique peut être sauvée en mai 2014, au même prix funeste (une politique plus N-VA que celle de la N-VA…) qu’elle le fut en 2011, les partis traditionnels, déjà ratiboisés en Flandre, n’auront plus que leurs yeux pour pleurer la désaffection de l’électorat qu’ils trahissent au jour le jour, en lui parlant de leur concurrent au lieu de lui parler de ses problèmes. Tout bon représentant sait que quand on vend des fers à repasser en porte-à-porte, dénigrer le concurrent n’est pas le bon moyen. Mais il y a belle lurette que nos partis traditionnels ne sont plus vraiment des représentants. Ni de nous, ni même de leur programme ! Il leur reste trois mois pour se rappeler de qui il est question dans une élection. Non pas d’euxMais de nous !

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