JoodsActueel défend Van Rompuy, et un poète nazi, pour basher Quatremer.

Un magazine juif défendant bec et ongle le droit pour un président européen de publier sur son blog un poème d’un dignitaire nazi, vous y croyez, vous ? Impossible ? Eh bien non. Pas en Flandre. Et pas quand il s’agit, au fond, de basher un journaliste français. Suite à un article de Jean Quatremer sur la présence problématique d’un poème de Cyriel Verschaeve, nazi condamné à mort, sur le blog personnel d’Herman Van Rompuy, le magazine juif anversois JoodsActueel a demandé et obtenu une réaction du président du Conseil européen. Chose étrange, dès lors que le journaliste de Libération Jean Quatremer, spécialisé en affaires européennes, bien connu de la blogosphère, et dûment accrédité, s’est vu refuser toute réponse de l’intéressé et même de son attaché de presse ! En revanche, une petite revue communautaire anversoise — dont on ne connaît pas le tirage — n’a apparemment aucun problème à obtenir sa réaction. Et quelle réaction !

Confondant à son tour le rôle de président de tous les Européens (donc a fortiori des journalistes accrédités, y compris quand ils sont critiques), Van Rompuy est allé se réfugier à clochemerle, prenant le public flamand à témoin pour mieux basher Jean Quatremer : «Monsieur Quatremer, qui ne comprend pas un mot de néerlandais, a jugé utile d’écrire un article [à propos de la présence d’un poème de Cyriel Verschaeve sur mon site] sur son blog. Comme je connais ce monsieur, je n’ai pas réagi. J’ai déjà eu plusieurs incidents avec lui.» Il faut donc connaître le néerlandais pour avoir le «droit» d’écrire un article critique sur le… président du Conseil européen ! Voilà une nouvelle qui ravira les journalistes espagnols, allemands, anglais ou tchèques. J’ose espérer que ceux qui critiquent Barroso parlent couramment portugais et qu’Herman-du Clocher-de-Flandre aura pris soin de suivre des cours intensifs d’Ukrainien avant de donner son avis sur les manifestations à Kiev !

Enfin, voilà qui est dit, si l’on veut une réaction d’Herman, il faut ne pas (trop) émettre de critiques envers lui et surtout, le laisser publier des textes d’auteurs parfaitement sulführeux. Après, ne vous étonnez pas que l’Europe ne parvienne pas à décoller, ses dirigeants ne sont apparemment pas en état intellectuel de se dégager de leur gangue locale. Van Rompuy est flamand avant d’être européen. Il ne peut pardonner à Jean Quatremer d’avoir mis le doigt sur son flamingantisme, qui apparaît cependant une fois encore : préférer répondre à un journal local néerlandophone qu’à un journaliste européen non-néerlandophone, c’est étrange. D’autant que le correspondant français a bien contacté le service de presse du président pour lui permettre de réagir à un article qui le mettait en cause. On notera d’ailleurs que, contrairement à Jean Quatremer, JoodsActueel n’a pas eu la présence d’esprit d’interroger la cible de son papier assez vachard. Appelé par mes soins, histoire de faire un tout petit peu la balance (et j’assume l’ambivalence du mot «balance»), Jean Quatremer s’étonne que Van Rompuy parle d’incidents : «il n’a apparemment pas supporté un papier que j’ai écrit en 2009, dans lequel j’ai simplement écrit que Van Rompuy était ‘un flamingant à visage humain’. Depuis, je suis boycotté. Son attaché de presse, qui relève tout de même du budget européen, ne répond jamais à mes appels, comme si je n’existais pas ! Pour moi, ce genre de boycott de journalistes pose la question du sens démocrate de Monsieur Van Rompuy.» Refuser de répondre à un journaliste est une chose, régler ses comptes avec lui dans un journal local en est une autre. Pour rappel, Jean Quatremer fait partie des journalistes européens les plus lus et vus en France, quant à son blog, il est régulièrement numéro un dans la catégorie International sur le site ebuzzing.

«Ma belle-mère connaissait ce poème par cœur à 88 ans.» (Herman Van Rompuy)

Comme un bashing par l’europrésident ne semblait pas suffisant à JoodsActueel, le journal en a rajouté une grosse louche sous le sous-titre «Haïsseur de Flamands ?» : «diverses sources que nous avons contactées confirment que le journaliste Jean Quatremer ne parle en effet pas un mot de néerlandais et que l’homme est connu pour être assez antiflamand.» Badaboum ! Ne demandez pas quelles sont les sources, hein… De son côté, Quatremer n’hésite pas à confirmer : «non seulement, je ne parle pas néerlandais, mais en plus, je le revendique ! Je suis correspondant européen, pour rappel…»

On continue : «La conclusion de l’article de Quatremer ‘le Mouvement flamand n’a pas traité son passé’ va d’ailleurs dans cette direction [antiflamande]». Eh non, ce n’est pas la «conclusion» de l’article, mais une phrase extraite du corps du papier, et de son contexte : elle expliquait en partie l’attitude d’Herman en précisant «au fond, [il] est au diapason de sa région». Il est de surcroît difficile de nier que le Mouvement flamand a un problème avec son passé, même le frère de Bart De Wever le dit ! La vraie conclusion de l’article de Jean Quatremer n’avait pour sa part rien d’antiflamand (autosic) : «Reste que Van Rompuy n’est pas qu’un simple politicien flamand : il est censé incarner l’Europe. Est-il dès lors acceptable qu’il se livre à une telle réhabilitation d’un poète nazi, fût-il Flamand ? L’Union a-t-elle encore une quelconque légitimité à condamner le premier ministre hongrois Viktor Orban lorsque celui-ci se livre au même exercice avec l’écrivain nazi Jozsef Nyiro ?» À moins bien sûr qu’il soit «antiflamand» de rappeler un politicien flamand à ses devoirs… D’ailleurs, quelque part, Van Rompuy donne raison à Quatremer. Voilà une dimension européenne que le chrétien-démocrate n’a une fois de plus pas pu envisager, privilégiant les petits magazines de son fief à une vision plus large, lamentablement accroché à ses petites rancunes francophobes, incapables de dépasser les querelles communautaires belges. C’est dommage, d’ailleurs, et pour l’image de la Flandre, et pour celle de la Belgique. Qu’on soit flamand ou pas.

La suite est si ahurissante qu’on se demande si une sorte de soumission à un «protoflamingantisme obligatoire» n’a pas influé sur l’analyse du magazine. JoodsActueel reconnaît en effet que Cyriel Verschaeve a bien été condamné à mort pour «sa collaboration intense avec le régime nazi». Le journal ajoute qu’il s’est rendu coupable de collaboration «tant politique que militaire et culturelle. […] Il était indécrottable et n’a jamais montré le moindre signe de reconversion […] dans un de ses épanchements, il décrit le caractère aimable de Himmler qu’il a personnellement rencontré». On note que, dans la plupart des régions d’Europe, devant un tel pedigree, un homme politique aussi haut placé qu’un premier ministre, a fortiori lorsqu’il devient ensuite président européen, s’interdirait de publier sur son site personnel (lié ici au site de la présidence européenne, excusez du peu) le moindre écrit d’un aussi fieffé nazi, fut-il un grand poète. Oui, un homme politique français qui mettrait du Céline sur sa page, ou un Allemand qui oserait un texte d’Albert Speer aurait des problèmes avec la presse.

Il est ahurissant qu’un journal de la communauté juive nie cette évidence. Il est abrutissant qu’il ne relève même pas la présence d’une rue Cyriel Verschaeve à quelques pas du camp de Breendonk, que Quatremer rappelle dans son article. Une rue Louis-Ferdinand Céline (qui n’a pas collaboré politiquement) près du camp de Drancy ferait l’objet d’une levée de boucliers immédiate. À l’inverse, JoodsActueel semble ne pas vouloir faire trop de bruit — il faut dire que le magazine a plusieurs fois fait l’objet de critiques acerbes pour avoir «trop» (selon certains) défendu la communauté juive contre l’humour saumâtre de quelques comiques flamands ou suite à l’idée atterrante de proposer, dans une émission de cuisine de la chaîne publique flamande, le «plat préféré d’Adolf Hitler». Étrangement, à cette époque, le journaliste français «qui ne parle pas néerlandais» défendait avec acharnement les mêmes principes que JoodsActueel.

Il avait aussi réagi avec sévérité quand Bart De Wever avait qualifié de «gratuites» les excuses du bourgmestre d’Anvers pour la participation de l’administration de la ville aux rafles de juifs en vue de leur déportation et de leur assassinat industriel. Mais quand il proteste de la publication d’un texte d’un nazi patenté et «incorrigible» sur le blog du président européen, le magazine ne se contente pas de prendre ses distances, il choisit la voie extrême, casse le «francophone», et conclut en affirmant que tout va bien dans le meilleur des mondes : «Le poème est repris régulièrement. Ainsi, l’auteur Bart Plouvier a repris ‘La Mouette’, le poème en question, dans une de ses anthologies. [Le journal flamand] Gazet Van Antwerpen écrivit à propos de cette anthologie contenant cent poèmes sur la mer : «Marsman et Tom Lanoye y figurent fraternellement à côté d’Hugo Verriest [un grand militant de la cause flamande], Cyriel Verschaeve, Anton van Wilderode et Albert Verwey». Tom Lanoye doit être ravi de cette «fraternité» particulière. Où l’on se demande presque quand FlamingantActueel… euh, pardon… JoodsActueel trouvera normal qu’on expose les aquarelles d’Hitler, après tout, comme peintre, il n’était pas plus mauvais bougre que Verschaeven comme poète.

Reductio ad Hitlerum ? Jugez-en : Cyriel Verschaeve a participé au gouvernement flamand nazi en exil en Allemagne, sous la direction de Jef Van De Wiele, l’un des pires antisémites flamands qui écrivait dans son pamphlet titré de façon horriblement sarcastique Les Juifs sont aussi des gens : «Les mouches et les hannetons, les rats et la vermine […], on les vainc en les éliminant. Il faut éliminer du corps populaire ceux qui parasitent le peuple. Si par compassion pour les petites feuilles des mauvaises herbes, vous les laissez proliférer dans votre jardin, vous ne devez pas vous plaindre qu’il n’y pousse plus ni fleurs ni légumes. [… Il faut] s’épanouir ou disparaître, — éliminer et expulser […] et ne pas attendre demain !» (repris de Lieven Saerens) Cyriel Verschaeve savait pertinemment qui était ce Van De Wiele et ce qu’il avait écrit. Son confrère au gouvernement nazi, et ami, August Borms, avait, en 1943, visité les installations d’Auschwitz Birkenau avec sa fille, qui avait ensuite publié quelques papiers enthousiastes dans un torchon féminin collaborationniste. Aucun de ceux-là ne pouvait ignorer ce qui s’y passait. En 1944, Cyriel Verschaeve écrivait du reste à Himmler qu’il croyait toujours à la victoire finale. Et à la solution finale, indubitablement. L’attitude de JoodsActueel est donc proprement incompréhensible, d’autant que le journaliste a trouvé chic de publier lui-même le poème de Verschaeve sur le site !

Quant à la défense d’Herman Van Rompuy à laquelle JoodsActueel semble adhérer sans réserve, elle puise dans l’émotion familiale et mélange les pinceaux. Il avoue ainsi avoir publié le blog de sa propre initiative, mais avoue autant que le site serait maintenu par… «des fonctionnaires» (oups) : «Ma belle-mère connaissait ce poème par cœur à 88 ans. Je ne l’avais pour ma part jamais entendu. Un ami m’a fourni le texte et il apparut qu’il était du poète (sic) Cyriel Verschaeve. La poésie était écrite dans un néerlandais fortement vieilli et datait de 1909 ! Mon épouse et moi étions heureux de recevoir le texte d’un poème — que sa mère aimait tant — notamment parce qu’elle montrait les premiers signes de démence (gâtisme). Pour montrer que nous étions heureux de ce poème, nous l’avons mis intégralement sur mon site. En 2007. Ça n’a attiré l’attention de personne.» Un pieux mensonge dès lors que le premier commentaire sous le texte (en 2009 toutefois) est au contraire explicite : «Cyriel Verschaeve était et est un adepte du fascisme, ce qui discréditait et discrédite la Flandre». Le commentaire n’est pas d’un fieffé antiflamand, mais d’un certain «Geert» !

Enfin, Herman termine par un aveu étrange : «[Mon] site est géré depuis des années par des fonctionnaires [!], je ne me souvenais même plus qu’il existait ! Ma belle-mère est décédée en 2011.»

Voilà qui est bien triste pour son épouse. Quant aux victimes de Cyriel Verschaeve, dont de nombreux jeunes Flamands qui se sont engagés dans la SS flamande à son appel, sans comprendre ce que cet engagement signifiait réellement, certains sont morts entre 1941 et 1945 à l’âge de dix-sept ou dix-huit ans ! Et non, je n’ai pas pris l’exemple des Juifs déportés avec le soutien de Cyriel Verschaeve et sous la surveillance des troupes du Vlag, dirigé par le susnommé Jef Van De Wiele. Apparemment, ils n’intéressent même plus JoodsActueel. Un beau poème flamand sur le site d’un grand homme de Flandre, c’est si beau que parfois, ça en devient même aveuglant !

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0 Comments

  1. Capucine
    mai 24, 22:34 Reply
    ils ont osé tuer un samedi ils ont osé déstabiliser un quartier si chaleureux Ils ont osé semer la tristesse Ils ont osé et badaboum pourquoi tant de haine?
    • uit 't zuiltje
      mai 25, 01:13 Reply
      vous avez osez "un quartier si chaleureux" vous parlez bien du sablon n'est-ce pas c'est un truc dégueux criminel, je viens juste de l'apprendre, demain le monde sera aussi insécure qu'israël

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