Le doxing, la plaie Twitter en vogue à droite, inventée par la gauche (MàJ).

Image par StockSnap de Pixabay

Mise à jour du 17 septembre 2023, à 11h30. Les modifications sont en rouge.

C’est De Standaard qui publie l’info, qui lui a été apportée par l’écologiste Pieter Hannes, sous le titre « Des opposants aux plans de circulation divulguent la vie privée de cyclistes en ligne ». L’affaire : trois comptes X (ex-Twitter) ont diffusé l’identité d’un compte pro-vélo anonyme appelé Albert Lechat (@alechat1). C’est ce qu’on appelle un doxing. Pour ces doxeurs, Albert Lechat serait donc un certain Cédric H., cycliste enthousiaste sans être antibagnole, et fonctionnaire wallon, que certains trouvent plutôt écologiste dans ses interventions sur les réseaux sociaux (il ne fait pourtant que défendre une infrastructure correcte pour les vélos notamment). Sauf que voilà, plusieurs témoins ont affirmé au Standaard que ce n’est pas lui. Du tout. Les doxeurs, eux, maintiennent. En fait, si Albert Lechat n’a pas transmis sa véritable identité au journaliste, personne ne sait qui il est réellement. Ou qui il n’est pas.

Identité correcte ou non, le doxing est basé sur une absence de preuves et est allé très loin : dans la foulée de la dénonciation, certains sont allés jusqu’à dénoncer Cédric H. auprès de son ministre, Willy Borsus, pour tenter de lui faire perdre son job. Selon De Standaard, le fonctionnaire était en larmes quand le journaliste flamand l’a appelé. Plus fort encore : dans la foulée du doxing, quelqu’un a créé un faux compte Twitter au nom de la victime. Et un tweet de ce compte imposteur a rapidement fait le buzz : le prétendu fonctionnaire y aurait menacé une piétonne de la foutre à terre. Faux. Et usage de faux.  Moi-même, je m’y suis laissé prendre à première vue, car rien ne permettait de détecter la falsification. Ce n’était pas un compte satirique. C’était juste une usurpation d’identité.

Jusque là, l’histoire est très claire et fait d’ailleurs l’objet d’une plainte en justice. 

Je dispose désormais d’éléments sérieux qui indiquent que ce compte usurpateur serait une initiative d’une personne qui n’a pas été citée par De Standaard et qui est jusqu’ici resté hors des radars de tout ce petit monde. Il y a donc deux affaires. Celle, pénale, d’une usurpation d’identité visant à dénigrer la personne. Et celle, twittoridienne, d’échanges de doxings foireux par les deux bords. C’est cet aspect que je développe ci-dessous.

Analyse, morne plaine

Mais l’analyse du Standaard est biaisée et manque d’étendue. Pour le quotidien flamand, tout cela témoigne d’une offensive anti-Good Move contre les pro-vélos. Et c’est vrai que les trois doxeurs d’opérette détestent les cyclistes militants qui, selon eux, font un peu trop la leçon aux automobilistes. L’un des deux est d’ailleurs le fils d’un militant pro-auto bien connu (il l’a lui-même écrit dans un tweet de 2021).

Mais il est tout aussi vrai que le ton de certains pro-vélos envers les automobilistes n’est pas pour apaiser les tensions. Les gros mots voire les menaces volent souvent bas. Et ça devient vite très personnel. D’où la tentation, pour tout ce petit monde, de savoir qui se cache derrière des déclarations volontiers calomnieuses, injurieuses, mensongères, provenant des anonymes de gauche comme de droite. Et, parfois s’y ajoute cette autre tentation, abusive, de révéler une identité. Dans le meilleur cas, c’est pour avoir la paix. Dans le pire, c’est pour avoir raison, se venger, ou par pure malveillance.

Avoir raison ou se venger ? C’est apparemment le cas pour les trois comptes qui ont (mal) doxé Albert Lechat, et dont le plus actif s’appelle @ruedelaloi. Un compte assez rustre (d’autres diront « cash »), sûr de ses faits,  parfois à tort, à qui je mettrais 7/10 sur l’échelle de Richter de l’agressivité verbale sur X. Un deuxième, assez grossier aussi, est @alxdm. Ce dernier n’a jamais publié l’identité entière de Cédric H., mais a donné son prénom, ainsi que la ville de son domicile, en le qualifiant notamment de « crétin », ou son nom seul, sans son prénom. Mais pas les deux en même temps. Troisième larron, le compte @marquisdesabbat. Celui-là, je lui mettrais 9,5/10 — à égalité avec un rustre d’en face, Bobby B, alias @fredbodarwe, un doxeur sachant doxer et injurier. Et, tiens, ce @fredbodarwe est justement un compte auquel Albert Lechat a répondu quelquefois, et en particulier, le 7 mars 2022.

 

Arroseur arrosé

Ce jour-là — il y a un an et demi, donc —, @fredbodarwe balançait publiquement l’identité de @ruedelaloi, sa fonction, le parti dont il fut un notable dans une commune bruxelloise, et sa photo, en assortissant ce doxing de mots doux, le qualifiant par exemple de « vraie fosse à purin ». Classe. 

En réponse, le compte d’un certain Pierre Lenoir (@ZwartePiet_be) publiait une autre photo du coupable désigné, et en grand. Et c’est là qu’Albert Lechat répondit : « Le mec était tête de liste dans sa commune en 2018 et ils ont eu… 0 sièges. En fait, c’est un gros frustré qui va reporter la frustration de son échec sur les autres ». 

En d’autres termes, le compte que De Standaard présente aujourd’hui en victime numéro deux, Albert Lechat, approuvait alors le doxing qui venait d’avoir lieu ! D’autres comptes en rajoutèrent. Rue de la Loi fut qualifié de « salopard », « ordure », « alcooli[que] notoire », « pré-ado décérébré », quelqu’un espèrait aussi que la députée Ecolo Margaux De Ré aille lui « régler son compte » (juridiquement ou sur les réseaux de ce que j’en comprends).

C’est ce qu’on appelle une shitstorm (littéralement « tempête de merde », soit une volée d’injures provenant d’un groupe quelconque) qui visa alors @ruedelaloi. Y participaient notamment un mandataire Ecolo local et un membre du… Conseil de Déontologie Journalistique. Mais ce fut @fredbodarwe qui porta l’estocade finale : « Le foutre est quelque chose de trop noble pour être souillé par ce genre de personnes ». Grande classe.

La cause de ce doxing et de la bordée d’injures ? Apparemment une critique acerbe par @ruedelaloi d’une photo publiée sur le compte Instagram de la députée Margaux De Ré, sur laquelle la coprésidente Rajae Maouane… tire la langue. Le commentaire de @ruedelaloi ne faisait pas non plus dans la dentelle : « Le summum de la connerie: et il faudrait leur faire confiance ? Elles s’exposent d’elles mêmes donc elles doivent assumer – quand c’est pas la galoche en l’air c’est la langue qu’elle tire ! Lamentable » En même temps, on peut se poser des questions sur une telle attitude chez une coprésidente de parti.

Arrosé arroseur

Mais si @fredbodarwe se fendit effectivement en premier d’un doxing détaillé et précis visant @ruedelaloi, un mois plus tôt, le 6 février, le compère de ce dernier, @marquisdesabbat avait déjà appelé Albert Lechat « Cédric ». Le 24 février, @ruedelaloi avait fait de même. Et encore le 6 mars. Le même jour, il évoque les « voisins [d’Albert Lechat] à Rixensart ».

Tiens, ne serait-ce pas plutôt pour ça que le 7, @fredbodarwe balance l’identité de @ruedelaloi ou du moins que Lechat s’en félicite ?

Ah oui mais voilà, deux mois plus tôt, soit le 19 janvier de la même année, Albert Lechat avait demandé à @ruedelaloi s’il était toujours membre du parti dont il serait effectivement un notable. Serait-ce lui alors qui a commencé la valse des doxings ? Voire. En novembre 2021, c’était @ruedelaloi qui qualifiait Albert Lechat de « cabinettard Ecolo », ce que Cédric H. n’est pas. Et en même temps qu’il l’appelait parfois Cédric, pendant les six premiers mois de 2022, il l’a aussi appelé Joël, prénom d’un membre d’un cabinet écologiste. C’est une façon de tenter de partir à la pêche de l’identité réelle d’un compte qu’on suppose tenu par une (petite) personnalité. Spoiler : ça ne marche jamais.

Plutôt qu’une offensive des antivélos comme le pense De Standaard, on serait donc là dans une histoire de doxeurs contre doxeurs puérile autant que méchante, venus de petits zizis de la politique. Automobilistes de droite contre Vélopédistes de gauche. Et d’une part, des pieds nickelés qui confondent indices et preuves, d’autre part, des provélos qui ont l’identité de Rue de La Loi et brûlent de la révéler.

Bac à sable ? Oui. Mais le problème, comme le soulève De Standaard, c’est que ça peut finir par avoir des conséquences dans la vraie vie. Sauf que c’est très loin d’être la première fois, et que c’est tout aussi loin d’être dans un sens.

Car les petits zizis influent sur des personnalités. Sept mois plus tard (il y a donc un peu moins d’un an), un journaliste bien connu doxait à son tour @ruedelaloi, et taguait son parti, pour l’intimider, après que celui-ci s’était permis de se foutre de sa gueule à propos d’une chronique.

Et là, je ne vous ai pas tout dit. Parce qu’en réalité l’histoire ne commence pas en 2022, mais bien en 2018. Et ceux qui ont ouvert la voie du doxing sont rien de moins que deux mandataires… Ecolo !

 

Ecolodoxing foireux

Ainsi, dès avril 2018, la députée Ecolo Céline Delforge et son homologue Benoît Hellings (aujourd’hui premier échevin à Bruxelles) répondaient à une critique acerbe, sans plus, de Rue de la Loi et lui servaient le menu. Ou plutôt, le « Manu ». Dans des termes limite vulgaires.

« Manu », c’est ainsi que le député Hellings appelait @ruedelaloi ce jour-là. Une drôle de pratique pour un député : sur Twitter, balancer le vrai prénom d’un compte anonyme signifie : « on sait qui tu es, fais gaffe à ce que tu écris ». Dans cette même conversation, Céline Delforge ne le (pré)nommait pas directement, mais intervenait pour l’accuser, notamment, de trop boire. Tout comme Bodarwe le fera quatre ans plus tard. Sauf que là aussi, les deux enquêteurs  parlementaires rataient leur doxing, le prénom de @ruedelaloi n’étant pas du tout « Manu » !

Six mois plus tard, le 2 septembre 2018, la même députée Ecolo Céline Delforge menaçait elle-même de révéler l’anonymat (« bien précaire ») de Rue de la Loi, et d’en toucher un mot à son parti. Revenge ! Dans un autre tweet, elle l’accusait d’homophobie et de misogynie. 

 

 

Entre nous, je ne suis pas étonné de tomber sur ces deux député(e)s-là : les mêmes ont justifié, en juillet de cette même année 2018, que le « formateur en médias » Vincent Flibustier me doxe à son tour (une plainte étant examinée en ce moment à son sujet, je m’en tiendrai là). J’ai aussi été doxé à deux reprises par un troisième député Ecolo de la même veine, Olivier Biérin. C’est dire si le doxing est devenu une pratique courante et admise dans ce parti qui allait « faire de la politique autrement ». Je dirais qu’il démontre surtout un « autrement pire ».

Pendant ce temps, Rajae Maouane propose aux autres partis de lancer une campagne contre la violence sur les réseaux sociaux. Accusant au passage Georges-Louis Bouchez d’en être un des acteurs principaux. Disons qu’elle a le sens pratique.

Panier de crabes au carré

L’absence de ce contexte, où il apparaît qu’Ecolo n’est pas en reste et même pionnier dans le domaine du doxing, permet de s’interroger sur la neutralité des témoins du Standaard et leurs motivations.

Ainsi, Pieter Fannes, l’homme qui a dénoncé le faux doxing de @ruedelaloi au Standaard, mais aussi à la VRT et à BRUZZ, fait partie des membres fondateurs de l’ASBL écologiste Heroes for Zero, aux côtés de Litte Frooninckx, porte-parole du ministre fédéral de la mobilité, l’Ecolo Georges Gilkinet. Et en 2021 (j’avais d’abord écrit 2022 erronément), un autre Ecolo, Arne Smeets a rejoint l’association Heroes for Zéro en tant qu’administrateur. Or, Arne Smeets est aujourd’hui collaborateur au cabinet de la ministre bruxelloise de la mobilité Elke Van Den Brandt (Ecolo-Groen), après avoir démissionné de Heroes for Zéro et figurera même parmi les tireurs de la liste qu’elle poussera aux élections communales de 2023, à Ganshoren.

Et enfin, Albert Lechat participe très souvent à des conversations avec le compte Twitter de HfZ, et partage aussi très régulièrement leurs informations, qu’il complète parfois. 

 

Accessoirement, Elke Van De Brandt a porté plainte pour menaces de mort contre le père de @marquisdesabbat (l’autre doxeur de Cédric H., pour rappel) pour menaces de mort, faisant grand bruit dans la presse, sauf que cette plainte a rapidement été classée.

Alors, certes, il y aurait eu un doxing raté (au conditionnel parce que Lechat n’a pas répondu à ma demande de prouver que son identité n’était pas celle de Cédric H., y compris sans dévoiler la sienne), mais au fond, il y a surtout une action très politique et  Pieter Fannes avait un intérêt à discréditer ces trois twittos infractionnels plutôt que ceux de son bord, qui ne sont pas pour autant plus brillants. Et bien sûr, Pieter est pro-Good Move.

Histoire de se marrer un peu plus, toutes ces infos sur l’ASBL Heroes for Zero ont notamment été publiées sur Twitter par le compte « Lavinia Biciu », qui reproche à tout ce petit monde un conflit d’intérêt, Heroes for Zéro ayant reçu un subside de Bruxelles-mobilité, dont la ministre de tutelle a dans son cabinet au moins un ex-administrateur de l’ASBL. Et à nouveau, c’est politique : Lavinia fut elle-même candidate sur la liste MR de Molenbeek aux élections de 2018, ce qui montre en fait que personne n’est parfait. Certains étant toutefois moins imparfaits que d’autres — Lavinia n’étant dans aucun cabinet.

 

Déni, Denis. 

Mais selon mon expérience — qui n’est pas une expertise —, ce serait la gauche qui se serait autorisée la première à doxer très publiquement des personnes dont elle avait préalablement jugé qu’elles n’avaient aucun droit citoyen, dès lors qu’elles étaient « réac », « facho » ou au moins « de droite extrême ». Un peu sur le mode des tribunaux révolutionnaires de 1789 ou de 1917, uniquement à charge, et pour crime politique de mauvaise pensée. 

C’est ainsi qu’en mai 2016, le journaliste français Denis Robert (célèbre pour avoir révélé l’affaire Clearstream) a dénoncé un jeune Suisse comme étant l’animateur d’un compte « facho », et l’agonit d’injures dans un papier publié sur Facebook. Sauf que là non plus, le jeune homme n’avait strictement rien à voir avec ledit compte. Fraîchement diplômé, il venait de démarrer sa carrière dans une entreprise financière à Londres, et découvrait tout à coup que toute la presse française avait balancé son identité, à tort, sur la foi des affirmations péremptoires de Denis Robert. 

À l’époque, j’étais parmi ceux qui avaient démontré la forfaiture de Denis Robert, qui fit l’objet d’une couverture maigrissime en France, et nulle en Belgique. Denis Robert est de gauche. Il a ensuite poursuivi une carrière sans ombre, malgré des poursuites correctionnelles qui ne figurent même pas sur sa page Wikipedia.

Mais bon, ça se passe en France… Quoique. Selon le journaliste français, l’alerte qui avait mené à ce doxing minable autant que faux avait été lancée par une « journaliste de la RTBF ». Précisément la journaliste qui m’avait, la même année, révélé la prétendue identité de deux comptes « de droite » en m’incitant à la révéler. Sauf que là encore, aucune des deux n’était correcte ! La presse n’a pas été intéressée par ces informations.

Et partant, un groupe Twitter où pullulait des écologistes ou proto-écolos très prompts à juger de qui avait le droit à l’anonymat (soit eux-mêmes) et qui pas (soit tout qui n’était pas de gauche et twittait un peu librement) s’est senti libéré et a ensuite pris l’habitude de « balancer » des identités sous des prétextes divers, y compris en interpelant l’employeur, mais en se trompant assez souvent. Parmi les délateurs qui sont allés jusqu’à interpeller des employeurs, on trouve un prof d’université et un député Ecolo, des journalistes… Rien que ça.

 

Me, myself and I

J’avoue que je suis un peu jaloux de la couverture média consacrée à cette histoire. Mon expérience personnelle — dont je ne suis toujours pas revenu (c’est très émotionnel) — ne fait que confirmer ces méthodes bizarres et ces erreurs récurrentes, jusqu’au sommet du parti vert et — probablement plus grave encore — du journalisme belge. Ainsi, l’actuelle ministre du climat, Zakia Khattabi, m’a un jour accusé publiquement d’être l’animateur du compte Twitter @belette_rouge, prêtant foi à une légende urbaine qui circulait beaucoup en message privé chez ces gens. Faxe doxing, again.

Accessoirement, en 2020, plusieurs mandataires Ecolo, ainsi que le secrétaire général de la Fédération Européenne des Journalistes, ont aussi « liké » le doxing de ma progéniture. Celui-ci, lancé par un journaliste de la RTBF, a été de facto approuvé par sa hiérarchie et la Fédération européenne des Journalistes, malgré les conséquences graves qui feront bientôt l’objet d’un examen judiciaire. J’allais oublier : ce doxing a aussi été approuvé par un certain Albert Lechat.

Même quand on a propagé mon adresse privée, qu’on m’a menacé de home jacking, qu’un de mes enfants (jeune adulte) s’est fait agresser verbalement dans un café uniquement parce qu’il était mon enfant, ni ces journalistes, ni ces députés, ni ces responsables n’ont moufté. Et ça dure depuis 2016, avec des incitations au suicide et des menaces diverses (mort, homejacking, etc.) Et dans le rang des doxeurs figure surtout du beau monde, tous plus ou moins membres de « l’écolosphère », quand ils ne sont pas carrément mandataires !

 

No country for Good Move 

Et donc, non, Good Move n’est pas en soi la « raison » de l’usage de plus en plus fréquent de cette saloperie de doxing, qui sera d’ailleurs bientôt inscrite dans le nouveau Code Pénal. J’en sais quelque chose : j’ai été doxé une première fois en 2016 pour avoir critiqué la position de Paul Magnette sur le CETA. Avec des conséquences pas piquées des vers.

Non, la vraie raison, c’est la furibarderie qu’est devenue la politique en Belgique (tout comme en France du reste), et la propension à décréter que telle ou telle personne n’a pas droit à la tranquillité.

Le doxing fait en réalité partie des phénomènes toxiques qui n’ont cessé de s’amplifier sur X, pour des raisons personnelles (vengeance, inimitié, « jugements ») et politiques. Le premier vecteur est l’effet de groupes qui s’érigent en juges. Là-dessus se greffent des militants politiques organisés ou isolés, pas forcément malveillants au départ, mais qui répondent à n’importe quel stimulus accompagné d’une accusation donnée. Ça peut être « provélo », ou « raciste », ou « écolo », ou « anticapitaliste », ou « capitaliste », etc. Dans bien des cas, des mandataires des partis dont ces groupes sont une sorte de branche militante informelle, les suivent sans intervenir. Parfois, ils vont jusqu’à justifier et participer.

Et certains de ces partis laissent ces groupes aller de plus en plus loin tout simplement parce que la presse les laisse faire jusqu’à l’absurde et que, partant, ils n’ont aucune raison de siffler la fin de la récré. Ils ont cyniquement raison : autant l’agressivité sert les réseaux sociaux en les alimentant en réactions, autant elle sert les partis retranchés en camps idéologiques dogmatiques devenus hystériques à la moindre critique, fût-elle fondée.

Ces groupes profitent aussi du fait qu’il y a sur X des gens qui ne sont là que pour exprimer leurs frustrations. Ils rendent certains — Ecolo, le PS, le MR, etc. – coupables de tous les maux et de tout ce qu’ils subissent ou subiront, sans discernement. Ce n’est plus de la critique, c’est une forme d’obsession à la fois haineuse et déraisonnable.

Mais ce que me dicte mon expérience autant que mes observations, c’est que la gauche surtout écologiste en a été la première utilisatrice, sous des prétextes dogmatiques et souvent victimaires, et qu’à aucun moment, personne n’a freiné. Ça va donc continuer.

C’est aussi ça que De Standaard aurait dû écrire. En allant un peu plus loin qu’un article un peu dirigé, sur une querelle de clocher qui en soi ne valait en fait pas une telle attention. Une querelle dont on parviendra difficilement à présenter la première pierre et qui, en contexte, révèle bien d’autres turpitudes.

Et ça ne risque pas de s’arrêter là. Depuis quelques jours sont apparus plusieurs nouveaux faux comptes, comme un « Albert Fannes » qui assimile la victime pas si victime et le lanceur d’alerte pas si indépendant. Un autre, visant Lavinia Biciu existe aussi, mais n’a pas encore twitté. Sur X, les pratiques purulentes continuent de part et d’autre. Et l’écrasante majorité des twittos qui viennent y papoter gentiment n’ont plus qu’une conclusion à tirer : monde de brutes !

 


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© Marcel Sel, 2023. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

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