Nordpresse : un complotiste chez Ecolo et dans l’école de vos enfants (MàJ).

Mise à jour du 26 juillet 2018, après la réaction de Benoît Hellings, Ecolo (tout en bas, en gras). 3 corrections du 27 août 2018 (en gras souligné). 

Le complotisme est la fabrication de complots imaginaires sur base de fausses informations, de faits hors contexte, ou dont le sens est tronqué, et de suggestions tendancieuses. Le tout visant à  rendre ces constructions fabuleuses crédibles. Le complotiste crée ainsi un univers de « vérité » qui mélange la paranoïa, le mensonge délibéré et utilise souvent la peur du pouvoir pour s’imposer en contre-pouvoir. 

Nordpresse, de Vincent Flibustier est objectivement un site complotiste depuis deux jours. Et ça pose deux énormes problèmes. Le premier, c’est qu’il donne des cours d’anti-fake-news à nos pauvres enfants de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sous l’égide d’enseignons.be et avec la participation d’une prof de l’IHECS, me précisait Enseignons l’an dernier. (pu-rée !) Mais déjà là, il semble désormais que l’« info » d’une participation de l’IHECS soit exagérée : quelques jours seulement après cette affirmation, Vincent Flibustier s’est en effet plaint sur Facebook que, selon lui, « l’IHECS refuse que ses étudiants fassent des mémoires ou stages liés de près ou de loin à Nordpresse ». Cela permet au minimum de douter de la participation de l’IHECS…

Le second problème, c’est qu’il se trouve sur la liste bruxelloise d’Ecolo pour les communales, et que le parti ne trouve jusqu’ici rien à redire aux pratiques du pirate buzzant. Selon Ecolo, il est tout à fait conforme aux valeurs du parti. Ce qui rapprocherait Ecolo de formations comme le mouvement Cinq étoiles italien. (Note que suite à cet article, Vincent Flibustier a été forcé de renoncer à se présenter sur les listes Ecolo).

Ce qui rend le complotisme particulièrement pervers, c’est que pour démonter ses fabrications, il faut — en bon journaliste — revérifier chaque fait de chaque article, confronter chaque affirmation aux faits, et l’article de désintoxication que cela produit est forcément ardu, sans compter le temps qu’il prend à pondre. Depuis quelques temps, plusieurs journaux ont lancé des équipes de décodage (Les Décodeurs du Monde, Libé Désintox) dont le rôle est notamment de rendre ces déconstructions plus rapides à lire, et d’y intéresser le public. 

Mais en réponse, il suffit que le complotiste écrive « ils mentent » et invente une raison « crédible » (généralement liée au financement des journaux) pour que le travail de ces décodeurs s’effondre littéralement en deux mots. La plupart des complotistes affirment ainsi que ces équipes de décodage sont au service du pouvoir. On trouve ce type d’affirmation dans la galaxie de Michel Collon comme à l’extrême droite. On la trouve désormais aussi chez Vincent Flibustier qui accuse les deux grands décodeurs (Le Monde et Libé) d’être au service du pouvoir, et s’est fendu d’un billet « le fact-checking, c’est de la merde ».

Démonter le conspirationnisme est d’autant plus ardu si l’on ne dispose pas de preuves accablantes. Dans ce cas, le complotiste propose à ses lecteurs une explication imaginaire dont il fonde la preuve sur… l’absence de preuve. Exemple classique (non tiré de Nordpresse) : « puisque qu’il n’y a aucune image de l’arrivée d’un avion de ligne sur la façade du Pentagone le 11 septembre 2001, c’est bien qu’il n’y a pas eu d’avion qui s’est écrasé sur le Pentagone ». Ce faisant, le complotiste instille le doute y compris sur des événements incontestables et faciles à démontrer. Son pouvoir sur les événements moins « marquants » est d’autant plus grand.

Si Facebook parle d’un bug, c’est aussi forcément qu’il cache quelque chose… Non ? Ah ben, si, hein ! Puisque Flibustier le dit !

La secte Moonpresse
Le complotiste crée aussi progressivement un cercle de croyants, s’imposant comme l’outil de la seule vérité, au détriment des médias généralistes, qu’il présente systématiquement comme manipulateurs. Ce public est rendu sectaire par la croyance que le complotiste qui le contrôle détient la vérité (le gourou), et que tous les autres sont des menteurs animés, généralement, par l’argent. Il peut aussi prétendre être haï (c’est ce que Flibustier a trouvé en ce qui me concerne — alors que je ne le connais même pas !), ou pourchassé par une horde d’horribles journalistes qui lui veulent du mal parce que, justement, il dit la vérité qu’ils veulent dissimuler ! 

Il crée ainsi un univers paranoïaque et invite les lecteurs à s’y réfugier avec lui contre un monde très méchant. Il prétend par ailleurs bien évidemment servir la démocratie et la défendre contre ses ennemis (les élites, les journalistes, le gouvernement en place, toute personne qui le contredit, etc.)

Dans une vidéo présentant son activité dans les écoles, Flibustier expliquait par exemple vouloir susciter « l’éveil du fait que les journalistes, même s’ils s’en défendent, ne sont pas parfaits du tout, et font partie souvent d’un système qui est régi par beaucoup d’intérêts financiers et qui du coup, y’a des choses à critiquer là-dedans (sic) (sic) (sic) ». Première manipulation : aucun journaliste n’a jamais affirmé être parfait ! Seconde manipulation : mêler les intérêts financiers à la question du journalisme est une manière commode de jeter le discrédit sur l’ensemble de la profession.

Typiquement, ce sont les extrêmes gauche et droite qui ont le plus naturellement recours au complotisme. Il en va ainsi aujourd’hui du Peuple de Modrikamen (qui affirme détenir la vérité jusque dans son slogan) comme d’Investig’action de Michel Collon (qui prétend corriger les « médiamensonges » de tous les autres médias, vendus pour la plupart à… Israël lorsqu’ils sont français), comme d’une flopée d’autres médias tendancieux. Tous ont en commun la haine des journalistes « mainstream ».

Depuis 48 heures, Nordpresse de Vincent Flibustier fait donc objectivement partie de cette galaxie. 

À partir de l’impossibilité de partager ses contenus de fake-news humoristiques sur Facebook par un certain nombre de ses abonnés, il a crié à la censure et a imaginé un complot ourdi contre lui par… l’Élysée (rien que ça !) Pour démontrer ce point, il a d’abord prétendu que seuls les articles concernant l’affaire Benalla par le président français Emmanuel Macron faisaient l’objet d’une telle « censure » (ce qui était faux selon plusieurs médias et non des moindres). Notez la subtilité : puisqu’il s’agit de l’affaire Benalla, c’est forcément un ordre de Macron. 

Démontage facile : 1. il ne s’agit pas uniquement de l’affaire Benalla (les autres articles de Nordpresse avaient aussi des problèmes de partage), 2. Macron ne connaît probablement pas Nordpresse, 3. aucun autre média n’a fait l’objet d’une « censure » similaire. 

La probabilité que l’Élysée ait ordonné une telle limitation du partage des imbécillités facétieuses de Nordpresse est donc proche du zéro absolu. Qu’importe. Flibustier a alors affirmé que la Ligue des Droits de l’Homme avait eu le même problème. Badaboum ! 

Eh non, celle-ci a répondu qu’elle avait juste eu un problème lié à un raccourcisseur d’URL. Peu importe, l’info est lancée, elle continuera à être présentée comme argument à qui veut y croire. La LDH, rendez-vous compte ! 

Libé, Facebook, Macron, tous pourris !
Et lorsqu’une demi-douzaine de journaux français ont finalement démonté le complot, se basant notamment (mais pas uniquement) sur la réponse de Facebook (« c’est un bug »), Flibustier a cherché des preuves de la collusion entre Facebook et l’un de ces médias et a publié un article titré « Réponse à Libération qui raconte n’importe quoi pour protéger son client Facebook ». Rien que le titre vaut son pesant de complotisme ! 

Extraits de cet article « Il y a actuellement un Check-News de Libération qui essaye de faire croire qu’on a essayé de mener en bateau les gens, qu’on a crié sans raison à une action humaine pour nous virer. Check-News de Libération est rémunéré par Facebook en tant que média vérific