Retrouvez le lauréat du prix Rossel (et moi) ce jeudi à Paris.

Ce jeudi 14 décembre à 20 h 30, je serai au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris (en face de Beaubourg) pour célébrer la victoire de Laurent Demoulin au prix Rossel. L’occasion de croiser de nombreux auteurs belges, du cru ou de France. Parisien-ne-s, l’entrée est libre, il suffit de vous inscrire ici !

À ce propos, je ressens le besoin irrépressible de publier une lettre ouverte à l’homme qui nous a toutes sprotchées (le féminin majoritaire l’emporte ici) !

Lettre ouverte à Laurent Demoulin, lauréat du Prix Rossel 2017.

Cher Laurent,

Ça commence bien ! Le lauréat du prix Rossel absent de la soirée des finalistes ce mardi à La Licorne ! Tant mieux, figure-toi ! Ça nous permettra de commérer sans risque à ton sujet. Et je vais d’emblée lancer les hostilités et profiter de ton absence des réseaux sociaux pour casser du sirop de Liège sur ton dos — ce qui est salissant et collant — mais les choses salissantes et collantes peuvent être saturées d’amour, tu le sais.

Ainsi, je sais de source sûre que ton absence de mardi à La Licorne (où tu iras le 9 janvier, monsieur sait se faire désirer…) est dûment motivée par d’autres obligations bien réelles. Laurent, je te le dis tout net : ceci porte gravement atteinte aux droits des finalistes non auréolé-e-s de la palme du canard vespéral, de médire en affirmant que tu les snobes. À cela s’ajoute que tu nous as surclassées (H/F) sans vergogne sous prétexte que ton livre est magnifique !

Je te soupçonne donc d’avoir organisé ta popularité.

Déjà, tu parviens à n’être jamais ridicule malgré des choix vestimentaires susceptibles de provoquer chez Karl Lagerfeld un accès létal et terminal de psoriasis bubonique. Peux-tu s’il te plaît t’habiller comme tout le monde et te fondre dans la masse, tu nous malmènes gravement, nous tous qui passons pour des clowns à la moindre rose à la boutonnière, au moindre gilet bariolé.

Ensuite, en Liégeois toujours souriant, tu te permets d’avoir un ego de moine trappiste face à son créateur. La modestie, c’est beau, mais là, je dis : trop facile, Laurent ! Bien sûr, à Liège, on a de longue date remplacé l’ego par les boulets sauce lapin, ce qui fait que le Liégeois a la grosse tête dans l’estomac et non sur les épaules. Mais tu pourrais faire un minimum d’effort ! Après tout, tu es prix Rossel, et c’est bien à Bruxelles que tu fus primé, une ville où l’ego s’impose à tous depuis François Anneessens, ce résistant brusseleir du 17e siècle qui aurait dit « quitte à être décapité, autant que ce soit d’une grosse tête sur un dikkenek ». Ton melon, Laurent, tu es donc prié de le porter comme tout le monde. Y’a pas de raison. Quand on gagne le « Goncourt belge », on fait le fier, on se gonfle d’orgueil, on tyrannise autrui, on regarde les autres de haut.

Au lieu de ça, tu sembles incapable de nous offrir le plus petit embryon d’arrogance, la plus infime parcelle de prétention. C’est facile de te justifier en expliquant que ce n’est pas dans ta nature. On n’y croit pas une seconde : le plus béotien des foutballistes y parvient sans mal ! Il te suffirait donc de travailler ton mental pour offrir au moins ça aux malheureuses finalistes (le nombre féminin l’emportant toujours) qui cherchent en vain depuis jeudi midi une critique à formuler à ton égard ! Voilà bien un manque de solidarité jamais vu en littérature.

Outrecuidant jusqu’au bout de la gentillesse, tu t’es même permis de nous féliciter chaleureusement, allant jusqu’à me prendre dans tes bras en me demandant « ça va ? », non mais quel culot  ! quelle insupportable abnégation  !

Tout cela alors que l’attribution du prix elle-même fut hautement contestable. Je m’explique. Le président du jury, Pierre Mertens, a avoué — et publiquement encore ! — que tu as emporté le Rossel pour avoir écrit un « phénomène ». Rappelons à monsieur Mertens que le Rossel est un prix de littérature, et non un prix du phénomène ! Pour sa peine, l’an prochain, il couronnera un très bon roman ou un excellent recueil de nouvelles, plutôt que ce dépassement de soi qui fait des lettres belges un cénacle inaccessible aux écrivaines et aux auteurs simplement talentueux. Non à l’exclusion ! Halte à la discrimination !

Il serait d’ailleurs temps qu’un livre médiocre — et pourquoi pas un plagiat ? — soit enfin sélectionné, voire couronné. Que le Rossel s’adapte à l’air du temps ! À l’heure où l’on compare un rockeur certes immense à Victor Hugo, prenons acte de l’évolution de la société : le moment est venu de donner leur chance aux écrivain-e-s qui ne gagnent ni ne vendent jamais rien au prétexte fallacieux qu’ils n’ont ni talent, ni goût du travail, ni envie de progresser ! Jurys belges, cessez de péter plus haut que notre cul de petits Ménapiens. Voyez la tragédie qui en découle : à cause de vous, un Marc Levy tirerait dans ce pays à un maigre 200 exemplaires et volerait au pilon après deux mois ! C’est positivement honteux !

Laurent, je te le dis en toute amitié, tu aurais pu te contenter d’écrire un très bon roman, plutôt que nous imposer une œuvre magnifique sur un sujet truffé de pièges, en t’autorisant par-dessus le marché à ne tomber dans aucun d’eux, comme l’a dit le président du jury ! Mais non ! Au lieu de ça, môssieur n’abuse de rien, môssieur respecte le lecteur, môssieur produit ce qu’il est convenu d’appeler un « OVNI » !

Et voilà ! Nous y sommes : un OVNI ! La preuve est là, sous nos yeux, de l’effroyable imposture. Laurent Demoulin, tu es donc bien un extra-terrestre ! Dois-je rappeler que le prix Victor Rossel est réservé aux auteur-e-s belges ? Voilà ! C’est dit ! La magouille est exposée ! E.T. a bien corrompu le jury ! Mais personne ne mouftera. Comme d’habitude. Plus c’est gros, plus ça passe !

Peu importe, ce mardi à la Licorne, j’aurai donc le plaisir d’en médire avec toute oreille attentive à mes griefs. Qui je l’espère viendront nombreuses, et par deux, car l’heure est grave : j’ai renoncé à convaincre mes sœurs auteures et finalistes de fonder un syndicat militant en vue de te fustiger en place publique, car tu as d’emblée abusé de ton humilité naturelle pour obtenir qu’elles n’imaginent même pas la moindre médisance, le plus petit mouvement de mauvaise humeur, et partagent ta joie sans une once d’amertume. C’est épouvantable.

Mais ça devait arriver : depuis que les éditeurs publient des femmes, l’écrivain mâle, égocentrique, malheureux, colérique, amer et rancunier est bel et bien en voie de disparition !

Qu’à cela ne tienne ! je suis bien décidé à perpétuer la tradition !

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