Film : le Tout nouveau Testament sera tendre, poétique et féminin !

Capture d’écran 2015-08-31 à 15.49.03Avant de partir en vacances, j’étais invité à l’avant-avant-avant première du Tout nouveau Testament, de Jaco Van Dormael, écrit avec Thomas Gunzig. Je ne suis pas critique de cinéma mais depuis que Benoît Poelvoorde a envahi notre petit écran pour parler du film — un peu comme si un film ne tournait qu’autour de son acteur le plus connu — j’ai très envie d’en parler. Parce que j’ai vu un film qui sortait de l’ordinaire et que ce n’est pas tout les jours.

On rit beaucoup, mais on ne fait pas que ça, loin de là.

Le pitch est assez simple. Dieu (Benoît Poelvoorde) vit à Bruxelles, qu’il a créée, dans une pièce immense pleine de tiroirs, avec au milieu une bête table, une bête chaise et un bête ordinateur. Même pas un Mac, c’est vous dire ! C’est sur cette bécane que Dieu invente des règles destinées à emmerder le monde. Loi 2287 : la tartine tombe toujours du côté de la confiture (j’invente, mais c’est le style).

Dieu a une femme (Yolande Moreau) qui n’a l’air de rien, ne dit rien, ne fait presque rien, mais vous savez ce qu’on dit des eaux dormantes… Il a aussi deux enfants. L’un d’eux s’appelle Jésus. Yolande Moreau s’obstine à mettre son couvert tous les soirs à table. Poelvoorde lui faisant remarquer, tous les soirs aussi, qu’il ne reviendra pas. Mais Yolande est comme ça, elle met le couvert. On verra.

L’autre enfant s’appelle Ea. C’est l’héroine. Elle est incarnée par Pili Groyne, qui joue la fille de Marion Cotillard dans Deux jours, une nuit. Mais là, c’est son premier premier rôle.  Elle incarne la douce Ea avec beaucoup de finesse (et un rien de maladresse qui n’est pas sans charme). Du coup, certains critiques n’ont vu que la performance de Benoît Poelvoorde qui en fait des tonnes. Des tonnes qui sont à exploser de rire, mais des tonnes quand même. Or, ce film est beaucoup plus que la grasse performance désespérément drôle et un peu brutale de notre innénarable star qui le défend sur vos petits écrans. L’épopée que Jaco Van Dormael nous sert est même tout le contraire : tendre, féminine, peut-être même féministe.

Emmurée depuis sa naissance dans un appartement sans fenêtre, lassée de la brutalité de son père, Dieu (« c’est dégueulasse ce que tu fais aux gens »), Ea décide d’envoyer à la population de la planète sa date de décès. Et paf, chacun apprend par SMS combien de temps il lui reste à vivre. Ça change évidemment tout. Ea parvient à quitter l’appartement paternel, descend sur terre via un salon lavoir, et part à la recherche de 6 apôtres qui bouleverseront, ou pas, la face du monde.

Ce qui nous vaut quelques portraits attachants, brossés par fines touches d’humanité. Avec François Damiens et Catherine Deneuve joliment détournés de leurs rôles habituels, et un Serge Larivière tendre et touchant comme une mousse de gueuze, si une gueuze pouvait toutefois être touchante. Didier De Neck est parfait dans sa fuite apparemment sans but ; Marco Lorenzini, Laura Verlinden, et un tout jeune Romain Gelin prometteur complètement agréablement le casting.

Alors, avant d’aller voir le Tout nouveau Testament, ce que vous ferez absolument, oubliez ce qu’on vous a dit. Ceci n’est pas le dernier film de Benoît Poelvoorde. C’est au contraire le produit d’une sorte de kholkoze. Poelvoorde se prend des tatanes tout le temps et c’est drôle. Mais ça n’a pas plus d’importance que le sourire énigmatique de Yolande Moreau, les questions de Pili aux gens qu’elle croise (ou les larmes qu’elle récolte ; un peu répétitives à mon goût), le désespoir de ceux qui apprennent qu’ils n’ont plus très longtemps à vivre. Et la poésie omniprésente et décalée de Jaco et Thomas, qui lie le tout, en fait un objet étrangement séduisant, entre symbolisme et surréalisme.

Joyeusement blasphématoire sans jamais être indécent, Le Tout nouveau Testament est la revanche de l’Homme sur la misère. Sachant que l’homme le plus nombreux est une femme. Et que la femme est l’avenir de l’Homme. Avec TNT, elle l’explose même carrément !

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0 Comments

  1. So_cat
    août 31, 17:10 Reply
    Commentaires très intéressants. J'ai hâte de voir le film :D
  2. Juliette
    août 31, 17:54 Reply
    Ah! J'avais déjà envie... Là, je deviens impatiente! ;-) Merci pour cette mise ne bouche savoureuse!
  3. Poupou
    août 31, 18:43 Reply
    J'avais déjà très envie de le voir (j'aime Jaco et le pitch est alléchant), mais après votre commentaire, Marcel, je vais m'y précipiter
  4. Capucine
    août 31, 18:47 Reply
    j apprécie Yolande Moureau depuis ses débuts dans les des chiens ,Damien dans ses caméras cachées quant à Poelvoorde ,j adore son belgicisme comique et à la fois très émouvant. Vive le cinéma Belge !Merci à monsieur Van Dormael !?
  5. Capucine
    août 31, 21:28 Reply
    Thomas GUNZIG écrit sans fautes d affection! C est rare.
  6. Franck Pastor
    septembre 01, 10:58 Reply
    Moi qui n'aime pas particulièrement Poelvoorde (l'acteur s'entend, l'homme je ne le connais pas), votre article me donne quand même envie de voir ce film !
      • Marcel Sel
        septembre 11, 19:32 Reply
        J'aime Poelvoorde comme acteur, ce n'est pas la question.
        • u'tz
          septembre 15, 21:36 Reply
          svp envoyez-moi un mail lorsque dieu s'éveillera... des fois que je penserais qu'il est mort depuis longtemps
          • Marcel Sel
            septembre 16, 00:40
            Non, rassurez-vous, ça va. Juste un peu débordé :-)
        • u'tz
          septembre 17, 00:03 Reply
          diable! "un peu débordé" vous verrez dieu se reconnaîtra lorsqu'il sera complètement débordé
  7. Sokolov
    septembre 06, 16:09 Reply
    J'irai voir le film car beaucoup de talents. Et pourquoi nos élites artistes n'ont pas les coucougnettes pour réaliser un deuxième opus "Le tout nouveau Coran"? Sujet d'actualité. Peur d'être taxé d'islamophobie? Peur quand tu nous tiens...
  8. Niacolin
    octobre 31, 21:04 Reply
    Le titre est là pour un titre, mais si vous vous ouvrez aux religions, à la spiritualité, vous pouvez découvrir que ce film peut se représenter dans plusieurs contexte. J'ai débattu ce film avec mes élèves musulmans, nous avons trouvé aussi un lien avec le Coran. Dieu de ce film serait le petit dieu sur le vaisseaux appelé la terre. Après avoir défié Dieu, il fut invité à "gouverner" sur terre pour pervertir les humains et prouver qu'il est meilleur que Dieu. Dans le film il leur envoi des "emmerdements universels" pour que les humains se détournent du droit chemin en râlant, en se mettant en colère. On peut se rendre compte qu'il n'a aucun pouvoir à part son PC. Dans la religion : Satan n'est pas mieux non plus, il est infiniment plus faible que Dieu et au fond il le craint. Dans le film: La femme de Dieu, Jésus et sa fille en revanche ont des pouvoirs. Sa femme ne dit rien tant qu'il gouverne dans son appartement. Dans la religion : Dieu laisse Satan "gouverner" sans intervenir. Il observe de là où il est pour voir si les humains adorent Dieu ou des autres idolâtries (Satan). Dans le film, lorsque Dieu descend, sa femme sait quelque part qu'il ne reviendra jamais. Elle commence à nettoyer ses crasses et va enfin dans son bureau. Elle redémarre sa machine et transforme le monde en monde de paix et paradisiaque. Dans les textes religieux cela peut ressembler à la victoire de Dieu sur Satan. Ce dernier recevant toutes les "emmerdements" qu'il a créé. Ce n'est que mon observation et celle de mes élèves. Je n'impose aucune affirmation et invite celui qui me lis à ne pas me croire et à vérifier s'il le désire mes idées en lisant.
    • Marcel Sel
      novembre 02, 13:39 Reply
      c'est intéressant. Et donc, ça confirme mon analyse : Dieu est une femme :-)
  9. Mélanippe
    janvier 10, 11:29 Reply
    Etonnant que la presse de gauche pro-mariage homo ait descendu le film (excepté Marianne). Quant à Gunzig, nous avons une relation commune, mais je n'en dirai pas plus sur le site;
  10. Mélanippe
    janvier 10, 11:52 Reply
    Le monde est vraiment très très petit. Le film Toto le héros a été tourné en partie dans la maison d'enfance de mon ex né le même jour que celui de la mort de Hitler.

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