Quand Kubla et De Decker tournent kazakh (MàJ).

Le bourgmestre d'Uccle nous prendrait-il pour des pigeons.

Le bourgmestre d’Uccle nous prendrait-il pour des pigeons ? (école de St Job).

Mise à jour du 27 février 2015 à 13h12 – en gras

Armand De Decker est mis en cause dans une sordide affaire. Son commanditaire s’est fait payer via des comptes offshore… On ne sait pas d’où vient l’argent qu’il a touché lui-même, et il y a toujours présomption d’innocence bien entendu, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que la défense de notre ancien président du Sénat est faiblarde. Retour sur une affaire qui pue et revue de détail de la défense Armand, qui ne risque pas d’entrer dans l’histoire du barreau.

L’affaire commence dans les années 90 avec le versement par Tractebel de « frais de consultance » à trois influenceurs kazakhs bientôt connus sous le vocable « le Trio ». Ils  sont du reste toujours partenaires : Alijan Ibragimov, Alexander Mashkevitch  et le plus célèbre, Patokh Chodiev. Ibragimov est le seul kazakh, les deux autres sont nés ouzbeks. Tractebel avait dû passer par eux pour permettre l’achat de concessions dans le domaine de l’énergie, sur des centrales électriques alimentant Almaty, la capitale du Kazakhstan, et un pipeline de gaz naturel. En février 2002, Walter De Bock et Walter Pauli, du Morgen, ont rédigé une série d’articles sur l’affaire — probablement la série la plus complète. On y apprend que le Trio n’a pas perçu 55 millions d’euros (de l’époque), mais bien 145 millions, via des sociétés offshore de Tractebel — pour assurer l’achat par la société belge de sociétés pour une valeur de 200 millions seulement… Le problème, c’est que la rentabilité des achats n’a jamais été au rendez-vous.

Le Trio aurait empoché 145 millions…

Deuxième hic, un juge d’instruction suisse, connu pour son efficacité, se met à examiner les transactions de Tractebel. Et tombe sur le Trio, qui l’intéresse rapidement plus que de raison au goût du dictateur kazakh Nazerbaiev. Détail piquant, c’est apparemment le premier ministre kazakh lui-même qui a amené le juge suisse Daniel Devaux sur sa propre piste, en voulant incriminer son prédécesseur. Très vite, Devaux menace de tout faire péter, à Bruxelles comme à Almaty. Sans compter la justice belge, qui se met en branle (le fisc exigera 6 milliards de francs de redressement à Tractebel). Et le « kop » ultrafeutré de l’entreprise, qui chapeaute notamment Électrabel (Étienne Davignon, Yves Boël, Philippe Bodson, Thierry De Rudder — le bras droit Albert Frère…) tourne casaque à son tour, se mettant à nettoyer furieusement en interne, faisant sauter un premier fusible, Nicolas Atherinos, le responsable des opérations en Asie centrale et particulièrement au Kazakhstan. Avant ça, ils avaient déjà demandé à Pierre Bocquet de déminer la situation.

Quand la Belgique se décide à poursuivre officiellement le Trio pour faux, usage de faux, blanchiment et association de malfaiteurs, le Kazakhstan rompt ses relations avec Tractebel qui réservera jusqu’à 350 millions d’euros (14 milliards de francs) pour compenser les pertes que l’un de ses dirigeants attribuera au Kazakhgate. Et voilà que Tractebel se porte aussi partie civile, contre le fusible Atherinos. Et que Bocquet annonce des poursuites contre Tractebel. Bref, un peu tout le monde attaque un peu tout le monde.   Ça se passe comme ça quand on est dans le caca.

Davignon, Albert frère, Yves Boël parviennent à garder la tête hors de l’eau.

Mais la tête feutrée de l’entreprise, elle, parvient à rester hors du micmac. Pourtant, il est difficile d’imaginer qu’elle ait laissé à un seul homme, Nicolas Atherinos, le pouvoir d’attribuer une somme de plus de 100 millions d’euros à quelques magnats hautement suspect de pratiques mafieuses par ailleurs. Car la fortune de Chodiev et ses amis proviendrait entre autres de fraudes massives datant de la chute du mur : on ne passe pas de citoyen soviétique à magnat multimilliardaire en 10 ans juste parce qu’on est un entrepreneur génial. Mais l’argent n’a pas d’odeur dans l’industrie. Détail sexy, l’un des deux amis de Chodiev, Alexander Mashkevitch, sera arrêté quelques  années plus tard par la police turque sur un yacht peuplé de jeunes ukrainiennes, dont quelques mineures, auxquelles toutefois le milliardaire jure ne pas avoir touché. Elles n’étaient là que pour faire joli. Le Trio, qui contrôlerait d’après certains un tiers de l’économie kazakhe, serait aussi lié à la mafia locale. Un câble de la diplomatie américaine révélé par wikileaks relève la présence de Patokh Chodiev (dont je n’ose même pas dire ce que les diplomates US pensent de lui) avec le patron de la mafia kazakhe et quelques dames de la haute société du cru.

Je corrige ma phrase ci-dessus : l’argent du crime n’a pas d’odeur non plus chez certains politiciens. Car c’est Serge Kubla (tiens, tiens), bourgmestre de Waterloo, qui obtint la nationalité belge à Patokh Chodiev, au nez et à la barbe de la Sûreté de l’État qui avait déjà quelques soupçons sur ce milliardaire express, et malgré sa méconnaissance totale du français, et le fait qu’il ne résidait dans le pays que depuis 5 ans. Pour Serge Kubla, Chodiev est d’ailleurs un type — oups, pardon — un voisin direct charmant. Mais d’après la DH, le même Chodiev a été attiré en Belgique par un « mafieux russe d’Anvers ».

Patokh Chodiev, ex-agent du KGB, maffieux notoire, aurait obtenu sa nationalité par un faux en écriture chez Kubla.

C’est d’ailleurs la version de la police au moment d’établir un premier rapport dans le cadre de l’accession de Patokh à la nationalité belge. Le document demande aux autorités de tenir compte des « renseignements fournis par la Sûreté de l’État » concernant les relations probables de l’intéressé avec le « milieu russe » et de ralentir la procédure afin que l’enquête puisse se poursuivre. Quelques semaines plus tard, Serge Kubla « envoie » son commissaire Michel Vandewalle pour une seconde évaluation, très différente : le rapport établit que Chodiev s’exprime parfaitement en français (le français d’Almaty suppose-t-on parce que personne ne l’a jamais entendu parler français de Belgique ou de France), qu’il n’est pas connu des services de police (du kazakhstan, imagine-t-on, parce que la Sûreté a déjà relevé qu’il était l’associé d’un criminel lituanien), que son entourage direct l’apprécie beaucoup (il est voisin du bourgmestre…). C’était le 8 janvier 1997. En juillet, paf, Chodiev est belge. Juste trop tôt pour la sûreté de l’État qui note, début 1999, d’après De Morgen, que Chodiev est l’ex-associé de Boris Birshtein, un criminel lituanien. Le même document décrit Patokh lui-même comme étant probablement le chef du crime organisé russo-kazakh en Belgique… Et précise que le milliardaire ouzbeko-kazakho-belge ferait l’objet de menaces de mort — ça se passe comme ça dans la mafia.

Birshtein, lui, s’était notamment rendu célèbre pour avoir exporté 1,6 tonnes d’or de Kyrgizie vers Zurich à bord de ses jets privés qui avaient beaucoup impressionné le nouveau gouvernement du pays fraîchement désovietisé. Une partie de la contre-valeur disparut, selon le Financial Times, dans les poches de certains officiels. Genre 4 millions de dollars.

Étonnamment, ni le bourgmestre de Waterloo, ni son commissaire, ne furent poursuivis pour faux et usage de faux. Mais bon, ils avaient tout de même naturalisé une fortune à peine inférieure à celle d’Albert Frère, ça compte aussi, hein. Des milliards qui, comme souvent, ne profitèrent pas à la Belgique, mais ça fait chic