Exclu : la DH, nouvelle agence de com de la police de Bruxelles !

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Note : vu le succès de ce billet, auquel je ne m’attendais pas du tout, je précise que Stéphanie Ovart a expliqué sur Facebook qu’elle a par le passé déjà publié des billets très critiques envers la police. 

On résout la crise de la presse comme on peut. Alors, à la DH, on s’est dit : «pourquoi ne pas devenir l’organe officiel de la police de Bruxelles» ? Pour allécher les services de nos garde-villes, le journal a donc décidé de lancer un ballon d’essai. Le titre est bien ronflant. Racoleur, diront les mauvaises langues : «Les “bobos” empêchent l’arrestation d’un vandale». L’article est bien rédigé, du moins pour une agence de com au service de la police. Tout y est : une version unilatérale obtenue auprès des courageux policiers présents qui ont dû affronter une foule hystérique, un «vandale» qui aurait tagué une voiture de police, mais que les condés n’ont pas réussi à attraper à cause de perturbateurs qui les auraient freinés dans leur course, et enfin le désordre dû aux bobos, complices du vandale.

Pour faire plus vrai, le style se rapproche même du rapport de mission : «Il est environ une heure ce samedi [dimanche ?] quand une patrouille de police de la zone Midi se (sic) stationne au niveau du Parvis de Saint-Gilles [, chef !] Les terrasses des cafés sont bondées et les policiers veulent s’assurer que tout se déroule dans le calme et la bonne humeur[, chef]. Une conversation débute même entre des fêtards et les deux policiers[, chef]. C’est alors qu’un petit plaisantin commence à taguer le véhicule de service dans lequel se trouvent encore les 2 inspecteurs. Remarquant l’artiste [mais non, c’est un vandale… rhooo] en plein travail, les policiers sortent de leur véhicule et tente (sic) de l’intercepter. L’auteur des faits prend la fuite en fendant la foule avec un policier à ses trousses. Le collègue resté seul à côté du véhicule est alors encerclé, insulté et bousculé par les (sic) “bobos” de la place.»

On notera le zèle de la DH qui écrit bien «le collègue» et non «un collègue», pour qu’on ait plus l’impression d’être véritablement au cœur de l’appareil policier ! Dans la suite de l’article, on apprend aussi, au sujet du petit-plaisantin-artiste-vandale qu’il «pourrait également être l’auteur de plusieurs dégradations constatées sur des véhicules stationnés dans le quartier[, chef].» Ce qui aggrave évidemment son cas, mais bon, on est au conditionnel, là. Il pourrait aussi avoir insulté des policiers, un matin de septembre, à Zottegem, refusé de se lever dans le tram 92 pour une dame enceinte et volé les courses de Muriel Van Den Plottegemsebreu à la sortie de l’Aldi le 12 février 1987, le signalement correspondant : «C’était un vandale, m’sieur l’agent» avait dit Muriel à Hazeweey, l’inspecteur laekenois qui l’interrogeait. L’enquête suit son cours. 

Tout cela alors que, bien sûr, les agents n’étaient sur place que pour distribuer des sourires et rassurer les jeunes fêtards qui se trouvaient, ce samedi (dimanche?), au Parvis de Saint-Gilles. Euh… pardon, non, en fait, ce n’étaient pas des jeunes fêtards, c’étaient, nous précise la journaliste : «des bobos», ou «bourgeois-bohèmes». Car de toute évidence, un scan rapide a permis à Stéphanie Ovart, qui signe l’article, de repérer qu’il s’agissait bien (pour chacun de ces jeunes) de fils à papa ou maman ou de développeurs de haut vol très doués, et déjà riches puisque Wiki nous rappelle que les bobos sont «des personnes relativement aisées», mais de gauche. Ah ! les cons !

À moins, bien sûr que Stéphanie n’ait ramené de sa précédente expérience professionnelle une foison de termes policiers au sens plus général. Car jusqu’au début de cette année, elle travaillait comme inspecteur à la Police de Bruxelles, si l’on en croit son profil Linkedin. Et à voir la vidéo qui illustre l’article, elle a gardé de son expérience décennale à la police la définition polbrusienne du «bobo» : un individu d’âge varié, vêtu d’une chemise et d’un pantalon, qui proteste quand il voit des agents arrêter un individu vêtu d’une chemise et d’un pantalon ! La réaction recommandée à nos poulets dans ces cas-là est 1. bousculer l’individu de type «bobo» qui, si ça se trouve, ne vote même pas pour Alain Destexhe ; 2. lui envoyer du Pepper Spray s’il ose, en plus, parler fort alors qu’on lui a bien dit de fermer sa gueule. 3. Se retirer en bon ordre et faire un rapport bien dramatique à la DH pour promouvoir le courage d’un policier qui a subi sans la moindre égratignure d’avoir été «encerclé» et «bousculé» par les bobos de la place, qui étaient tout de même une bonne centaine ! 

Mais les bobos étant des gauchos, ils n’ont pas la carrure, et un seul policier contre 125 bobos est déjà largement supérieur en nombre !

Au final, la police a donc arrêté de manière assez musclée quelqu’un qui apparemment n’est pas un vandale (le tagueur présumé a disparu entre d’autres vandales potentiels), mais simplement bobo, ce qui, reconnaissons-le, est déjà suffisamment grave dans notre société déjà terriblement gauchisante. Ah ! ça ne se passait pas comme ça du temps du Général ! 

Non, pas De Gaulle, crétin : Massu !

La suite est étrange. Alors qu’il serait parfaitement légitime de reconnaître l’excellent travail de promotion de la police par la DH, un commentateur «bobo» a fait remarquer sur le forum du journal que la rédactrice de l’article venait elle-même de la police — ce qui à ses yeux permettait d’expliquer qu’elle s’était contentée de donner la version du commissariat, omettant de chercher à obtenir des témoignages de l’un des très nombreux «bobos» présents. Ce plaisantin-là osait l’inimaginable : suggérer que, tout comme les journaux russes, la DH avait une propension à prendre le point de vue des autorités pour justifier une certaine robustesse de ses réactions. Et alors qu’on lui doit tout de même un nouveau style journalistique entre le rapport policier et la dépêche Belga du vendredi soir (avec sa faute d’orthographe obligatoire), Stéphanie Ovart a rapidement réagi aux honteuses insinuations du bobo commentateur, et s’est empressée de changer sa page LinkedIn, en la mettant à jour, effaçant fissa son expérience policière pour qu’on n’y trouve plus que son activité actuelle : journaliste à la DH. Comme s’il était déshonorant d’avoir été condé dans le passé…

Ou peut-être a-t-elle pensé que son billet n’était pas exempt d’un a priori un tantinet antibobo et propoulet ? Elle nous le dira peut-être, mon blog étant ouvert aux droits de réponse.

Enfin, voilà. Grâce à lanouvelle orientation de la Dernière Heure, nous savons désormais, nous, les parents, qu’il faut bien surveiller nos enfants. En leur interdisant, par exemple, de sortir le samedi soir à la Maison du Peuple, au Verschueren ou dans d’autres lieux de perdition où leur seule présence les transformerait en «bobos», bousculables et sprayables pour peu qu’ils protestent contre l’arrestation d’un non-vandale (à supposer que des bobos non-vandales, ça existe, bien évidemment). Ils auraient toutefois l’honneur de figurer dans la nouvelle gazette officielle de Polbru, j’ai cité la DH !

Bon. Stéphanie Orvart vient de commencer. Après 10 ans dans la police, il lui faut une période d’adaptation. Et elle a droit à l’erreur, nous en commettons tou-te-s. Que ce petit billet un tantinet orienté et unilatéral lui serve, au fond, de leçon. Au prochain article, elle se posera, j’en suis sûr, la question : «et si le gars qui se fait bousculer par mes anciens collègues était mon fils, mon frère, mon cousin, aurais-je béatement avalé la version du commissariat sans chercher à avoir un autre écho ?» Et peut-être, se demander aussi si cette police qu’elle a connue de l’intérieur — une expérience qu’elle pourrait mettre à profit en enrichissant ce journal populaire d’analyses plus approfondies — ne dérape pas un peu trop souvent ces temps-ci.

Courage, Stéphanie, dans ce monde de gauche-boboïsante qu’est le journalisme, oui, vous avez votre place, mais cela va demander un tout petit peu plus d’objectivité. Et un dernier conseil : ne cherchez pas à cacher vos activités précédentes, d’abord parce qu’Internet a une mémoire d’éléphant, ensuite, parce qu’elles sont tout à fait honorables. Attachez-vous plutôt à écrire des billets que vous pouvez assumer, ex-flic ou pas. Et pas des attaques qui visent des jeunes gens de toutes origines, de tout métier, qui boivent un verre dans un café réputé «de gauche».

À part ça, j’ai croisé un policier ce matin, et il m’a gentiment dit bonjour. Alors, soit, il y en a encore des courtois et on doit les encourager en leur rendant leur bonjour, soit je ne suis pas un bobo ! Vu l’état de mes finances, je penche avec plaisir pour la première solution !

 

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Avant…

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…après.