La ministre écologiste belge de l’Énergie importe du gaz de schiste, sans même le savoir !

« Teapots », CC0 Pixabay.com

C’est du lourd. Il s’agit de compétence, de réalisme, et même de l’engagement écologiste de la ministre fédérale de l’Énergie. Ce qui, à mon avis, devrait un peu faire la une quand même : elle a ordonné l’importation de gaz de schiste extrêmement nocif pour l’environnement, sans même savoir ce qu’elle importait ! Autrement dit : elle ne s’est pas posé la question.

L’info qui venait du froid

L’info est d’abord parue dans le magazine néerlandophone Humo, mais pour abonnés exclusivement. Elle y a été déterrée par le journal nationaliste-identitaire flamand « de droite conservatrice » ’t Pallieterke. Et publiée sur le web PALNWS, la branche en ligne du même magazine.

C’est cette version — la seule publique — qui a été disséminée par les partisans d’une prolongation du nucléaire en Belgique. Dont Damien Ernst. 

Immédiatement ou presque, le journaliste militant Michel Henrion l’a accusé de promouvoir un magazine « proche du Vlaams Belang ». Même si t’Pallieterke se réclame plutôt proche des nationalistes flamands en général (Belang, mais aussi N-VA). Et même s’il fait tout de même partie des magazines proposés à la lecture par Belga.press.


En gros, on peut vendre ‘t Pallieterke partout, mais on ne peut pas le partager une info de ce site sans faire l’objet d’une sévère assignation à l’extrême droite par le tribunal des réseaux, présidé ce jour par le Juge Suprême Michel Henrion. L’objectif était manifestement de prétendre, insinuer ou instiller l’idée que Ernst serait en train de virer extrême-droite, tout comme le MR. Tout comme moi, tant qu’à faire. Tout comme ma blanchisseuse, les pandas de Pairi-Daiza ou la choucroute à l’alsacienne.

Du coup, la question du jour, elle, valsait dans l’égout avec les couleurs (jaunes et noires en l’occurrence). Cachez ce schiste que nous ne saurions voir !

Colonne de Vanden Burre

Pas étonnant donc, que parmi les premiers à partager le tweet d’Henrion, il y avait Gilles Vanden Burre, chef du groupe Ecolo à la Chambre, qu’on a connu plus nuancé. Vanden Burre est pour moi le canari dans la mine écologiste. Une personnalité plutôt de raison et ouverte. Si celui-là se met à user de techniques de propagande manipulatoires, c’est très mauvais signe pour le parti. 

Et c’est bien ça que ces sempiternelles attaques ad hominem venues de la forêt émeraude cachent : ce n’est pas Damien Ernst (ou qui sais-je encore) qui est en train de virer extrême droite, c’est plutôt l’écologie politique et ses soutiens qui est en train de virer extrême-propagandiste.

Et ce n’est pas beau à voir, de nos jours, parce que qui d’autre a pris cette détestable habitude de coller l’étiquette néo-nazi à ceux qu’il veut détruire ? Mmmm ? Son nom commence par « P ». Voilou.

La Fake News était presque parfaite

Mais soit. Il n’est pas agréable de devoir retweeter PALNWS parce qu’aucun journal démocrate n’a été foutu de reprendre une information aussi épaisse. Je me porte donc volontaire pour vous la faire partager. Voici.

La semaine dernière, Humo a interviewé Luc Pauwels, journaliste de la VRT, qui vient de publier un ouvrage sur les Fake News. Et celui-ci reconnaît notamment avoir été lui-même sous influence des antinucléaires, partageant longtemps l’idée que l’atome était l’énergie la moins fiable et la plus souvent en drapeau. Jusqu’au jour où un tableau résumant l’intermittence électrique par type de carburant lui a appris que le nucléaire ne s’interrompait de façon imprévue que 4% du temps. Et faisait ainsi deux fois mieux que le deuxième, soit le gaz… 

Interpelé de voir une info contredire tout ce qu’il avait pu concevoir auparavant, il a fait ce que d’autres ont fait, et votre serviteur notamment : revoir l’ensemble de la problématique sous un angle neutre. 

Luc Pauwels n’hésite d’ailleurs pas à affirmer que c’était sa plus grosse faute : « Je me suis laissé entraîné dans un compte-rendu négatif sur nos centrales nucléaires », dit-il. Son média, la VRT a informé systématiquement chaque fois qu’un problème apparaissait dans une centrale (les « soi-disant fissures », une fuite, des problèmes de béton dans des bâtiments de secours, le sabotage de Doel 4). « Et de là est née l’impression que les centrales nucléaires étaient une source d’énergie très peu fiable ».

Émettre 70 fois plus de GeS pour sauver la planète

Ce travail de révision sérieux, Ecolo-Groen, qui préside à l’avenir de notre énergie électrique, a sciemment refusé de le faire. Or, chaque rapport du GIEC nous rappelle qu’il y a une urgence croissante à produire moins de gaz à effets de serre (GeS). Chacun de ces rapports est pourtant brandi par toute la cressonnette partisane avec force cris d’alarmes. Il restait douze ans, puis huit, puis trois, « badaboum, la catastrophe est là, votez pour nous ! » Rappelez-vous, le député vert européen Philippe Lamberts, a promis, lors des dernières élections, qu’Ecolo-Groen allait « sauver la planète ». Mmm. 

Mais pendant ce temps, les mêmes faisaient tout pour pousser le gaz, soit des centrales qui, pour une puissance effective égale, émettent, selon l’ADEME (France), 70 fois plus de GeS que l’atome ! Vous avez bien lu : septante fois. Ou soixante-dix fois, selon la langue. Bon. C’est 41 fois « seulement » selon le GIEC, pour l’ensemble des producteurs nucléaires de la planète. Mais dame. Pour vous dire, même le solaire émet huit à dix fois plus de GeS que ce satané nucléaire.

Mais on aurait donc dû arrêter le nucléaire et le remplacer par du gaz, pile au moment où il fallait impérativement émettre moins de GeS. C’est presque aussi gros que si on recommandait de rouler au gazogène de charbon plutôt qu’à l’énergie électrique pour réduire la pollution automobile en ville.

L’écologie de la propagande

Pour couvrir ce qui, pour un mathématicien, un climatologue, ou un ingénieur en électricité un peu sérieux s’apparente à du pur délire dans une dynamique d’urgence absolue, Ecolo-Groen n’a pas hésité à utiliser des arguments fallacieux, en expliquant d’abord que ces émissions allaient être compensées par les baisses d’émissions dans d’autre pays européens grâce au système  — tatadaaaam — d’échange de carbone !

Aille, moi Belgique devoir émettre plus. Mais si toi, Pologne, émettre moins, moi donner toi un peu d’argent, deal ? 

C’est du grand guignol pour un parti qui assène chaque jour qu’il faut faire payer le méchant pollueur ! Ben dans ce cas, le méchant pollueur, c’est nous ! Et le parti qui fait de nous un méchant pollueur, c’est… les verts ! Parenthèse : le MR milite contre le gaz aujourd’hui, mais il a aussi ses responsabilités dans la situation actuelle. Toujours est-il que c’est bien Ecolo-Groen qui insiste.

C’est au demeurant la magnifique face pile d’un autre discours écologiste, qui veut que ce n’est pas parce que le reste du monde ne diminue pas ses GeS suffisamment vite que nous avons le droit de traîner : nous devons donner l’exemple, podverdekke ! 

Autrement dit, les verts sont devenus experts dans le « tout et son contraire ». Ou encore, le « nous, on peut ». 

La ministre progaz antinuke au pays des réalités

La ministre — dont l’ex-cabinet d’avocats Blixt a défendu une filiale de Gazprom ainsi que les 80 communes allemandes qui protestaient contre la centrale de Tihange ; belle neutralité — a également prétendu au moment de l’entrée en guerre de la Russie poutinesque, que la Belgique était « très peu dépendante » du gaz russe — de l’ordre de quelques minuscules pour-cents, souvent brandis par la ministre en interview (j’ai lu 4% et 6%, de mémoire). 

Un peu gros pour passer ? Eh ben, c’est passé. Il a fallu attendre la réponse de la très officielle CREG  (Commission de Régulation de l’Électricité et du Gaz) pour découvrir qu’elle avait minimisé cette dépendance d’un facteur 10. En réalité, « La Belgique dépend à 40% du gaz russe », comme le reste de l’Europe. Car oui, si celui-ci venait à manquer, tout le monde se ruerait sur les autres sources, qui nous seraient de ce fait moins accessibles. Et oui, quand les prix montent, c’est tout le marché qui monte ! 

L’info n’a eu aucun effet, les écologistes politiques ont continué à marteler que c’était 10 fois moins. Les médias francophones ont un peu regimbé, mais surtout, ils ont fait le gros dos.

Atome bégayant

Presque simultanément, il y a aussi eu l’annonce attendue (et tellement prévisible que Damien Ernst l’annonçait depuis des mois, mais soit) qu’on ne parviendrait pas à compenser la fin du nucléaire avec du gaz — sans même compter le coût en GeS de ce dernier. Et voilà les verts acculés. 

Mais comme ils sont devenus experts en manipulation des masses — dame, ils ont un joker contre tout critique — la ministre présente alors la prolongation de deux réacteurs comme une victoire ! Et les autres ministres écolos et Groen de féliciter Tinne Van Der Straeten d’avoir obtenu en échange 1,5 milliards d’investissement dans les énergies renouvelables alors qu’elle en exigeait… huit ! Et c’est passé comme une couque, comme on dit à Uc’ !

Comme si ce n’était pas suffisant, voilà que les ministres de l’Énergie européens, Tinne incluse, décident notamment de se fournir aux Amériques. C’est là que Luc Pauwels intervient.

Bullschiste

Quand il a lu que, « pour être moins dépendants de Poutine, nous allons à nouveau nous fournir en gaz liquide au Canada et aux USA », il a appelé le porte-parole de Tinne Van der Straeten. Et il lui a demandé si « une ministre de l’Énergie verte avait réellement planifié d’importer du gaz de schiste. » Et c’est là qu’il a constaté que le porte-parole de notre ministre « ne savait apparemment pas que 80% du gaz américain était du gaz de schiste. » Pauwels a alors expliqué à la radio (VRT) que ce procédé d’extraction était extrêmement nocif pour l’environnement. C’est un fait difficilement discutable.

« Une heure plus tard », continue-t-il, « la ministre était dans nos studios ». Et assénait : « Nous n’importerons pas de gaz de schiste. » Avant de se ruer, fâchée, sur le journaliste en lui demandant comment il en était arrivé à parler de gaz de schiste : « nous ne faisons venir que du gaz liquide LNG des États-Unis », clama-t-elle. À quoi Luc Pauwels répondit en lui donnant plus de détails pour démontrer son fait.

Tinne Van der Straeten a alors pâli et a rétropédalé, lâchant « Nous… euh… gardons toutes les pistes ouvertes ». 

C’est un peu ce qu’on lui a proposé de faire depuis deux ans. Garder toutes les pistes ouvertes, parce que dans la réalité, les slogans ne permettent pas de « sauver la planète ». Pour ça, il faut d’abord des énergies qui n’envoient pas plus de gaz à effet de serre pile au moment où il faut, d’urgence, dans les trois ans paraît-il, en émettre beaucoup, beaucoup moins !

Et pour ça, il faut un Michel Henrion qui ne tente pas de dissimuler les faits en ayant, un peu comme — mutatis mutandis — la propagande soviét… euh… russe associe « néonazi »  à l’Ukraine pour qu’on ne parle pas, à Moscou, de ses crimes de guerre. Allons Michel, ressaisis-toi. Tu vaux mieux que ça, mon gaillard.


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©Marcel Sel 2022. Distribution libre à la condition de ne reprendre que les 3 premiers paragraphes, de citer l’auteur (Marcel Sel) et d’établir un lien avec cette page. 
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3 Comments

  1. Eric HAUWAERT
    avril 07, 13:52 Reply
    Dans la DH du 07-04-2022 article de Damien Ernst : A lire d'urgence !
  2. Jimmy
    avril 08, 14:51 Reply
    Très lourd et très long : le dernier paragraphe suffit. Il manque au moins une info : les USA sont les premiers producteurs mondiaux de gaz, mais tout leur gaz ne provient pas de la fracturation hydraulique. Il n'y a que 65% du gaz US qui en vient https://www.eia.gov/tools/faqs/faq.php?id=847&t=6 Si la ministre groen se débrouille pour chercher le gaz belge ailleurs que dans ces 65%, le Sel pourra rabattre son caquet. Mais c'est peu probable (le tight oil comme le caquet).
  3. uit 't zuitje
    mai 07, 22:55 Reply
    "plutôt proche des nationalistes flamands EN GENERAL (Belang, MAIS AUSSI n-va)"...hé hé et le reste! salut Marcel l'amour du peuple flamand fait oublier l’ampleur de leur nationalisme... le gaz de schiste que l'uncle Jo veut nous refiler c'est la faute des communicateurs victimaires oekraïniens pas d'une flamande prévisible

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