L’Europe périt où la démocratie naquit.

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La croissance grecque, celle d’un bon élève jusqu’en 2009… (source Les Échos).

Ça paraissait inimaginable : l’idée qu’un jour un président de la commission européenne annonce qu’il existe un plan d’expulsion de la Grèce de l’Europe et de la zone euro. La violence d’une telle affirmation la rendait plus qu’improbable, indécente serait un meilleur mot. Indécente au vu de la construction européenne, indécente au vu de la réputation de l’Europe à l’étranger. Jean-Claude Juncker n’a pourtant pas hésité à sortir son joker Grexit, l’assortissant d’une véritable horreur : la promesse d’une… aide humanitaire pour les Grecs (combien de milliards ?).

Cet aveu, applaudi par de nombreux Européens qui « ne veulent plus payer pour les autres », c’est celui de la faillite de l’Europe et de l’euro. C’est reconnaître que la monnaie a été si mal pensée que les pays qui en souffrent plutôt que d’en bénéficier (en gros, tout le Sud de l’Europe aujourd’hui, mais ça peut venir dans le Nord aussi) sont juste bons à être mis dehors, expulsés par 27 pays contre un. Et ensuite, assistés humanitairement, comme un pays émergent.

C’est la même violence que celle de 26 pays qui laissent à deux d’entre eux, l’Italie et la Grèce, toute la charge de l’arrivée des réfugiés. Débrouillez-vous, vous n’aviez qu’à pas être situés si près des côtes d’où les masses de Syriens, Erythréens et autres partent pour tenter de trouver une vie décente et un travail en Europe. Car non, ce n’est pas une question de qui paye pour qui. C’est plutôt une question de privilèges, chacun cherchant à garder les siens.

Décroissance au beurre.

Les gouvernements grecs d’autrefois ont fauté. Ils ont amené la Grèce à annoncer, en 2009, une dette de 130 % du PIB. Moins que la dette belge des années 90. Moins que celle de l’Italie aujourd’hui. Mais avec un secteur bancaire laminé par la crise des Subprimes (venue des USA, pas de Grèce…) et un monde financiarisé où les marchés pouvaient se permettre d’appliquer des taux épouvantablement usuriers aux pays moins fiables, dans un monde où quelques banques pouvaient impunément maquiller les comptes, celui des Grecs était bon. Sans la restructuration de la dette de 2012, la leur doublerait certainement le PIB annuel du pays. Pas parce qu’ils l’auraient laissé filer, mais bien parce que leur PIB s’est écroulé sous l’effet combiné d’une austérité infernale qui leur a été imposée, et d’un problème structurel dans un pays qui n’était pas prêt pour l’euro.

Au passage, si les dettes publiques n’étaient pas détenues par les banques, celle de la Grèce aurait beaucoup moins dérapé. Mais bon.

Car avant 2009, la Grèce était un modèle de croissance. Son PIB a explosé de 66 milliards en 1986 à 137 milliards dix ans plus tard, puis à 248 milliards une décennie après pour culminer à 356 milliards de dollars en 2009 ! À cette époque, le pays « qui n’était pas prêt pour l’Europe » était tout aussi clientéliste, ses impôts bien plus mal récoltés (33% bon an mal an), mais — comme c’est bizarre — il fonctionnait. Jusqu’à ce que les banques crient haro sur la Grèce, le pays progressait plus que n’importe quel autre « ancien » pays d’Europe et notoirement plus que l’Allemagne.

Sur les sept premières années de l’euro, il a plus que doublé. Les Grecs ont profité de la monnaie unique, oui, mais est-ce devenu un crime ? Quant aux dépenses publiques, c’est exclusivement sous le gouvernement de droite de Kostas Karamanlis (2004-2009 — affilié au PPE…) qu’elles ont explosé, de 44,6 à 54 % d’un PIB en pleine croissance ! C’est aussi ce gouvernement qui fera plonger le déficit public de -5 à -15 %… Une plongée amorcée toutefois par le PASOK (social-démocrate), responsable des accords secrets avec GoldmanSachs qui ont permis de dissimuler une part (infime : 2%) de la dette, tout en la rendant nettement plus cher à rembourser. C’est la même banque qui a ensuite parié sur la chute de la Grèce via, notamment, les CDS, faisant plonger encore le pays et ses 11 millions d’habitants.

Dominos vobiscum

L’Europe prise dans les dominos de la crise des Subprimes n’a pas vu venir. Elle a mis des mois à réagir. Elle a ensuite forcé la Grèce à s’engager dans une crise plus grave que celle de la Grande Dépression aux USA dans les années 30. Ses complices furent la droite et la gauche grecques traditionnelles, celles-là même qui avaient truqué les comptes et laissé filer le déficit annuel avec une irresponsabilité crasse.

Tout ça est copieusement oublié. Les responsables de la crise grecque qui, en Islande, croupiraient en prison, sont aujourd’hui mis à l’honneur par ceux-là même qui hurlent au Grexit. Hier, Giscard-d’Estaing félicitait le premier ministre de centre-droit, Kostas Karamanlis, celui-là même qui avait achevé d’enfoncer l’État grec dans un marasme dont il ne sortira pas avant des décennies. Tous les chefs d’État européens sont désormais acquis à l’idée que le fauteur de troubles, l’horrible homme qui a causé tout ça, c’est Alexis Tsipras, premier ministre grec depuis… moins de six mois.

La presse s’est largement laissée entrainée dans cette vulgaire simplification des choses, avec des arguments comme Syriza = ANEL (nationaliste) = Aube Dorée = nazi. Des politiciens, des journalistes, ânonnent à l’antenne que le ministre de la défense du gouvernement Tsipras est de l’Aube Dorée. Un peu comme si on confondait en Belgique la N-VA et le Vlaams Belang, ou en France, Sarkozy et Bruno Gollnisch ! Dans le dialogue entre Tsipras et Verhofstadt au Parlement européen, on diffuse largement la réponse cinglante de Verhofstadt (vous savez bien, l’homme qui voulait une Europe unie…), mais la conclusion de Tsipras, où il explique ce que son gouvernement a fait en six mois, a été laissée de côté comme le souligne Bleri Lleshi. Plus cocasse, on reproche à Alexis Tsipras un léger déficit prévisionnel pour… 2015, contre un excédent prévu par et pour le gouvernement Samaras. Alors que celui-ci avait déjà prévu un excédent en 2013, excédent qui s’est transformé en sérieux déficit au cours de l’année. En gros, on va jusqu’à reprocher à Tsipras les prévisions des prévisionnistes. C’est à se demander s’il n’a pas aussi provoqué la canicule en France et la prochaine explosion du Piton de la Fournaise.

Souverains poncifs

La plupart des correspondants européens qui gravitent autour de la commission partagent l’analyse de Verhofstadt et ses poncifs : c’est Tsipras qui n’a pas accepté les plans européens, c’est Tsipras qui a magouillé, c’est Tsipras qui n’était pas au rendez-vous de l’histoire, et pire que tout, c’est cet abominable monstre de Tsipras qui, dos au mur, a organisé un référendum ! Ceux qui se moquaient de l’organisation d’un tel plébiscite en seulement cinq jours (alors qu’il faut des mois en France, n’est-ce pas Jean ?) ont oublié de reconnaître qu’il a bien été organisé rapidement, qu’il n’y a pas eu d’accroc, et que la réponse fut un soutien radical (61%) à la politique d’Alexis Tsipras : non, les propositions pour encore plus d’austérité brandies par les 18 ministres des Finances européens, Allemagne en tête, ne sont pas acceptables par les citoyens grecs de l’Union européenne.

Pourtant, dans une réponse à Francesco Giavazzi, Karl Whelan (université de Dublin) (1) démonte les reproches faits par le professeur italien aux Grecs et montre que les efforts n’ont pas seulement été faits, ils ont de plus été impressionnants. Une réduction de 25% du nombre de fonctionnaires, ce qui transforme la Grèce en modèle. Moins de fonctionnaires qu’en France ou qu’en Allemagne, eh oui. Un déficit public inférieur à celui de l’Autriche qui hurle au grexit. Eh oui. Et tout ça dans un contexte, comme le montre L’Expansion, où toute nouvelle mesure a des conséquences infernales. Baisser encore les retraites (aussi élevées qu’en Allemagne en moyenne, mais nettement plus basses qu’en France) entraînerait des conséquences fatales pour la consommation. Les technocrates européens s’en foutent : ils exigent des mesures qu’ils n’oseraient pas proposer dans leur propre pays, sans jamais se soucier des conséquences en termes de PIB notamment : le FMI savait dès 2010 que les recettes appliquées à la Grèce allaient plomber le pays. Autrement dit, l’irresponsabilité des anciens dirigeants grecs est apparemment devenu le modus vivendi de l’ensemble des ministres européens !

On compare la Grèce aux autres pays qui ont « bien fait des efforts » alors que la Grèce n’aurait pas suivi, jusqu’ici, les recommandations de la Troïka, nous explique-t-on. Et on le fait sans citer de chiffres. Tout est envoyé en l’air sans argument, mais il faut tout prendre pour vérité, celle de l’eurogroupe.

Un chiffre (Eurostat – en SPA – chiffres provisionnels) résume pourtant la situation des Grecs et des autres aujourd’hui : le revenu disponible des Grecs était de 17.336 € en 2006, il n’était plus que de 14.797 en 2013, soit une chute de 15 %. Au Portugal, en Espagne, en Irlande, rien de comparable : ce revenu (moyen) a augmenté au Portugal, légèrement augmenté en Espagne, et il est quasi stable en Irlande ! En fait, il a lourdement chuté en Grèce, et nulle part ailleurs ! Sur le même temps, ce revenu a cru de 40 % en Slovaquie qui a rejoint, ben oui, celui de la Grèce en 2013 ! Les ministres des finances ont beau ânonner que les autres pays en ont marre de payer pour la Grèce, force est de constater qu’aucun citoyen européen n’a subi ce que les Hellènes se prennent en pleine face, et que la plupart de ceux qui se plaignent de ces Grecs qui leur piquent leur pognon ont bel et bien vu leur revenu disponible moyen… augmenter !

Créateur de créances depuis 2009

Alors, évidemment, la Grèce doit 317 milliards environ à ses créanciers. Et ça, c’est nous. Ce chiffre est devenu le seul que l’on entend encore chez certains. Il est assorti d’une véritable attaque xénophobe envers les Grecs qui cumuleraient les défauts des Wallons (paresseux, socialistes), des Allemands de l’Est (coûteux), des Italiens du Sud (dispendieux et paresseux). Les Belges de langue française ont longtemps entendu ce genre de litanie de la part des nationalistes flamands : s’ils ne trouvent pas de travail, c’est de leur faute, et si ce n’est pas la leur, c’est celle des socialistes clientélistes qu’ils ont élus. Bizarre que les mêmes socialistes, quand ils sont à la tête du pays, réussissent à équilibrer les comptes de la Belgique, non ? Ben oui, c’est bizarre quand même que les pays économiquement forts ont moins de mal à maintenir de bons chiffres. Il faut dire qu’ils n’ont pas besoin, pour le faire, de liquider un quart de leurs fonctionnaires. Du haut de sa richesse toujours en progression, l’Allemagne est donc à l’aise pour fustiger la Grèce. Mais au fait, comment un pays qui ne représente même pas 2% de l’économie européenne peut-il s’avérer si nocif pour le citoyen allemand ? Ah oui, la dette…

Et comment l’Allemagne se maintient aussi haut ? Ben, ce sont ses clients étrangers, dont la Grèce…

La dette ? Selon Eurostat, la dette publique grecque aurait baissé, en valeur absolue, du 3e trimestre 2013 au même en 2014 ! Elle atteignait 315 milliards contre 317. Soit 2 milliards de baisse. Mais ça, on n’en parle pas des masses. Le seul chiffre qui compte est le fait qu’en points de PIB, cette légère baisse fait tout de même monter la dette de… 5 % ! Et ça, ce n’est pas sous Tsipras, mais sous Samaras. Ce jeu n’est pas tenable. Aucun pays n’est capable de réduire sa dette publique quand une baisse de près d’un pour-cent en valeur absolue lui coûte 5 ou 6 points de PIB ! C’est le serpent monétaire qui se mord la queue. Ou le constat tout simple que les recettes imposées par la Troïka ne fonctionnent pas. N’ont jamais fonctionné.

Euro pointé.

Tant que c’étaient les partis frères de ceux qui sont au pouvoir dans la majorité des pays de l’Euro (Nouvelle Démocratie et Pasok socialiste), on râlait, mais on n’écrasait pas. Aujourd’hui, un parti de gauche a été élu pour trouver d’autres voies et le jeu de massacre de la réputation de Syriza et de Tsipras a pris une ampleur hallucinante. Le très équilibré François Beaudonnet s’étonnait sur Twitter de l’agressivité des négociateurs européens envers le nouveau premier ministre grec. Mais n’est-ce pas simplement l’Europe conservatrice, SPD allemand inclus, qui refuse de laisser la moindre chance à une Europe plus jeune, moins obtuse, et forcément moins sûre d’elle ?

Pourquoi s’acharne-t-on à hurler que Tsipras est d’extrême gauche ? Il brandit le Che comme modèle ou quoi ? Il a suggéré la création de Sovkhozes en Attique ? C’est Action directe exposant Bande à Baader ? Non, rien de tel, pourtant. Au mieux, on décrit Syriza comme étant « de gauche radicale ». Pourtant, quand on écoute cette gauche-là, on a tout simplement l’impression d’entendre les socialistes des années quatre-vingt. Ceux qui craignaient l’excès de privatisations, par exemple. Ou de mondialisation. Ou le trop de pouvoir donné aux banques. Ceux qui hésitaient devant ces géniales réformes qui allaient nous envoyer dans l’eldorado capitaliste et qui ont, après la crise des Subprimes, noyé la classe moyenne, et le capitalisme traditionnel pour y mettre à la place un hyperfinanciarisme devenu incontrôlable.

Alors, on tire à boulets rouges en usant de comparaisons délirantes, comme cette députée chrétienne-démocrate belge (affiliée au Parti Populaire Européen, comme la Nouvelle Démocratie qui a mené la Grèce au chaos) qui n’hésite pas à associer Tsipras à Marine Le Pen. Ben oui, il n’y a absolument plus aucune limite. Pourquoi pas Staline ou Hitler, tant qu’on y est ? Quand on en arrive à de telles extrémités, on doit se dire qu’on ne veut plus raisonner, que les dés sont pipés, que les jeux sont faits. Ce sera le Grexit, et tant pis si toute l’Europe le payera très, très cher. Chacun se convainc publiquement que c’est la seule solution. Auparavant, il y a eu des décisions comme ça qui plongent un continent dans l’horreur. Elles aussi avaient été prises par des conservateurs. Ceux qui étaient contre étaient balayés d’un geste du bras. Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Haussetérité

Car, si la Grèce est si nulle en austérité, la rigueur des autres pays, les donneurs de leçons, et les maîtres du Diktat, est tout simplement… foireuse. Car sur la même année (du 3e trimestre 2013 au même de 2014), la dette publique de la zone euro-18 augmentait de la bagatelle de… 242 milliards ! (De 8 991 Mia à 9 233 Mia). Soit 2,6% de croissance en valeur absolue. Alors que la dette grecque officielle a baissé de 2 milliards, celle de l’ensemble de la zone euro a, elle, augmenté de l’équivalent de 70% de la dette grecque ! Et Eurostat triomphe en expliquant qu’elle est… en baisse (se basant uniquement sur la comparaison d’un trimestre à l’autre). Quant à la dette publique absolue de l’ensemble des pays européens, elle a crû de près de 500 milliards, soit plus que la dette grecque, même en ne tenant pas compte de sa restructuration ! Ça représente 1,3% de hausse en ratio dette/PIB pour l’Union européenne. Autrement dit, ce ne sont pas, aujourd’hui, les Grecs qui font croître la dette des autres pays européens, ils font ça tout seuls !

Dans le même temps, la dette absolue de l’Espagne a augmenté de près de 60 milliards. Mais ce sont de bons élèves. Celle de l’Italie, pareil. Bons élèves. Celle du Portugal a pris 20 milliards. On en parle ? L’endettement par rapport au PIB a pris 5% en Espagne, 3,6 % au Portugal, et 4 % en Italie. En un an. La dette française a pris plus de 80 milliards dans la tronche, elle a augmenté de plus de 2 milliards de forints en Hongrie (soit 10 %), de près de 10 milliards d’euros (9-10 %) en Finlande et de la bagatelle de 92 milliards de livres au Royaume-Uni…

Mais Tsipras, vous comprenez, c’est une horreur ambulante !

L’euro zone.

Alors qu’en cinq ans, aucun plan européen n’est parvenu ne fût-ce qu’à limiter la casse en Grèce (hormis dans les prévisions, qui ne se sont jamais réalisées), les 18 autres États de l’eurozone exigent de Tsipras qu’en cinq jours, il présente un plan qui non seulement garantisse le miracle, mais permette à son gouvernement de se maintenir, et satisfasse les exigences draconiennes des autres pays, des exigences qu’aucun d’entre eux ne parviendrait à imposer à sa propre population.

Des partis de droite exigent qu’on taxe enfin les armateurs (qui en principe, devraient déjà l’être depuis l’époque Samaras). Mais ce sont les mêmes qui, dans leurs pays respectifs, offrent de belles ristournes fiscales aux grandes entreprises susceptibles d’aller se faire taxer ailleurs, emportant avec elles tout le tissu économique qui va avec. Ce sont les mêmes qui, en Belgique, ont taxé les diamantaires à 5% de leur chiffre d’affaires pour qu’ils restent. Ce sont les mêmes qui, au Luxembourg, attirent des entreprises étrangères (et leurs impôts) en les favorisant par le biais de ruling scandaleux mais surtout secrets.

Les armateurs, ces salauds, doivent être taxés, hurlent les… libéraux européens. Les armateurs grecs, eux, rappellent que les transporteurs en France sont bien moins taxés qu’eux, et qu’en Allemagne, ils bénéficient de subsides. Cet armateur explique qu’il faut une demi-décennie pour changer les statuts des armateurs grecs inscrits dans la Constitution. Et que lui, qui est financé par… une grande banque française (!), se verra dans ce cas prié par son financier de s’exiler alors aux Kerguelen où le statut fiscal est nettement plus avantageux que ce que l’Europe voudrait imposer à la Grèce. Bien sûr, il défend son bifteck, mais une chose est sûre : les armateurs, comme toute grande entreprise, peuvent voguer vers d’autres eaux si la Grèce devient moins intéressante. Taxer les armateurs, bon sang, mais c’est bien sûr…

Baisser encore les retraites. Bon, allez. Qu’on s’y mette en France, en Belgique, en Suède ! Qu’est-ce qu’on attend, si c’est si bon pour l’économie ? Ah oui, j’oubliais, ce serait envoyer les électeurs dans les bras de Marine Le Pen ou pire. Mais c’est différent en Grèce. Ah bon ?

Taxer l’église, bien sûr. Il faut le faire. Sans oublier qu’elle redistribue tout de même aussi. Mais il est marrant que les Belges le recommandent, eux qui paient cher l’entretien des églises et le paiement des clergés divers et variés, au frais du contribuable. Nul n’a jamais pensé, à l’époque où nous dépassions les 140% de dette, qu’une cure (!) s’imposait à cette catégorie-là de citoyens ! On s’en est sortis autrement.

Mieux récolter l’impôt (aujourd’hui 37% du PIB, contre 33% avant la crise — dites, ça ne ressemble pas au paradis des libéraux, ce chiffre ?) Oui, évidemment. Avec 25% de fonctionnaires en moins ? Oups… Qui va contrôler les entreprises ?

Voilà, on peut tirer ça à l’infini. La situation grecque est horriblement complexe. La résumer à quelques diktats d’une arrogance souvent assez extraordinaire est la démonstration qu’il n’y a pas vraiment de plan de rétablissement pour le pays. Il y a surtout une énorme lâcheté de la part de politiciens bien en place dans leurs pays qui n’osent plus avouer à leur population qu’il va falloir patienter, investir probablement à fonds perdus, et laisser une chance peut-être coûteuse à cette nouvelle gauche qui ne rejette pas forcément l’économie de marché, mais bien les délires d’une caste au service du très grand capital, celui qui vivrait bien isolé dans ses forteresses. Celui qui a réussi à s’enrichir d’une crise épouvantable pour beaucoup.

Il faudrait une solidarité européenne. Un esprit citoyen européen. Les New-yorkais ne se demandent pas une seconde si les habitants du Mississippi dépensent correctement les excédents qu’ils leur envoient tous les ans, depuis plus de deux-cents années.

Solo-darité

En fait, la solidarité européenne existe bel et bien, et on dépense en fait énormément en solidarité transrégionale. Mais uniquement à l’intérieur des États. Paris paye pour le Languedoc. La Bavière paye pour l’Allemagne de l’Est (même si ça l’énerve). Londres paye pour l’Ulster. Bruxelles et/ou la Flandre paye pour la Wallonie. C’est un peu normal, ces régions pauvres sont aussi des clientes des régions riches. Le miséreux de demain sera peut-être le riche d’aujourd’hui. Question d’opportunité géographique. Mais personne n’est en mesure de payer ou ne veut payer pour la Grèce parce que le système est toujours basé sur les nations et qu’aucune n’est aujourd’hui capable de penser une solidarité internationale, européenne.

L’Europe d’avant l’Europe unie reste le modus vivendi de cette soi-disant union. Quand un pays pose trop de problèmes, on ne cherche pas à les régler (comment améliorer la chasse à la fraude fiscale en réduisant le personnel de l’État ?), on exige seulement qu’il rembourse quoi qu’il en coûte, et comme c’est trop cher et qu’il ne pourra jamais rembourser avant de se redresser, on le prie gentiment d’aller jouer ailleurs. Il faut que les pays riches continuent à être encore plus riches et ça ne peux rien coûter.

Donc, Syriza delenda est.

La description que Jean Quatremer fait du Grexit est pourtant épouvantable. L’idée que certains ministres de pays « riches » le souhaitent depuis des années donne des frissons dans le dos. Car la logique du Grexit amène celle du dépouillement total de la Grèce. Saisir tous ses biens, plonger sa population dans une misère digne d’un pays d’Afrique équatoriale, voir sa population s’exiler et ses élites prendre le large, lui enfoncer la tête sous l’eau parce qu’elle n’a pas été obéissante. Et jamais, jamais se souvenir de cette époque où l’on accueillait la Grèce dans l’Europe et dans l’euro en se glorifiant d’y avoir fait entrer la mère de la Démocratie (ou du moins la porteuse de son premier embryon). Guy Verhofstadt fustige Tsipras ? C’est Verhofstadt qui était premier ministre belge quand la Grèce a été acceptée par tous les autres membres de la zone. Mais lui n’est pas responsable ?

La perspective du Grexit décrit par Quatremer — avec des mesures qui circulent certainement dans les milieux eurocrates — est une épouvante économique qui ne peut mener qu’à une épouvante politique. On aura à notre porte un terreau propice à un nouveau totalitarisme. Ou alors un pays qui ne pourrait se redresser qu’en offrant aux entreprises européennes un système de taxation très, très avantageux. Genre un énorme paradis fiscal qui pompera nos impôts, et qui aura de bonnes raisons de le faire sans complexe — le Luxembourg ne se gêne pas et l’argent n’a pas d’odeur.

Dégoût et des couleuvres

Ce sera aussi un pays dégoûté pour toujours de cette « union » européenne qui a de si beaux principes, et une si méprisable lâcheté quand il s’agit de les appliquer à onze millions d’êtres. Un pays sûrement devenu radicalement populiste, mais en réponse aux 18 populismes qui l’auront éjectés de l’euro, et de l’Europe. Un pays qui sera le témoin vivant du manque de valeurs de cette première puissance mondiale qui se targe d’être moralement au top, et qui ne fonctionne que comme une calculette malade, incapable de rapprocher les États, mais très forte dans le tous contre un (tous contre l’Italie quand il s’agit de se répartir des réfugiés ; tous contre la Grèce quand il s’agit d’imposer des mesures qui ont montré leur inefficacité voire leur nocivité).

Le pire, peut-être, sera cette image ravagée de l’Allemagne, maîtresse du jeu, dont le ministre des Finances Wolfgang Schäuble aura fini par avoir gain de cause. Il voulait faire payer les Grecs, rappelez-vous. Qu’il ait raison ou non n’importe même pas, la germanophobie prend déjà des proportions folles, elle augmentera. Il suffira d’un coup ou deux de plus envers un des autres pays en détresse pour qu’à nouveau, l’Allemagne fasse peur de par sa toute-puissance économique, politique, stratégique. D’autres pays, d’autres populations se demanderont s’ils ne sont pas, finalement, que des satellites du centre du pouvoir européen, celui sans qui rien ne peut se décider, celui qui décide de qui joue avec ou pas, celui qui a le pouvoir de plonger un pays dans la misère la plus affreuse parce qu’il n’a pas respecté les règles du jeu de l’euro, ce super Deutsch Mark qui appartient à l’Allemagne d’abord, aux autres États ensuite — et de préférence ceux qui pensent comme elle.

Les Allemands, ce beau peuple qui était prêt, naguère, à aider les autres, conscient que son propre enrichissement dépendait de la bonne santé de ses frères membres de l’Europe. Que restera-t-il de sa réputation après le Grexit ?

L’Allemagne pour qui l’euro a été pensé, et qui a longtemps maintenu notre monnaie commune beaucoup trop haut parce que ça l’arrangeait, peu importât que d’autres pays de l’Europe en souffrent. On ne pourra considérer l’euro comme une monnaie européenne que lorsque ses dirigeants seront totalement indépendant de tout pouvoir national. Est-ce que cela arrivera un jour (à supposer que ce soit possible) ? Les dernières semaines nous ont murmurées que non.

Le Grexit permettra aussi à beaucoup de populistes de « démontrer » à leurs ouailles que la monnaie unique est une erreur et qu’il faut en revenir aux anciennes monnaies. Quoiqu’il nous en coûte, à tous.

Le Grexit, c’est le début de la fin du rêve européen. La consécration d’une Europe des nations, même pas union, mais tout au plus communauté. Un machin dont le citoyen est de plus en plus éloigné

Oui, les pays qui font « des efforts » râlent. C’est normal. Mais il serait bon de leur rappeler que ce n’est pas la Grèce qui les freine, mais le manque de cohésion politique d’une zone euro mal pensée, un manque que les pays du Sud paient cash depuis sept ans déjà, et pour combien de temps encore ? Et dont l’Allemagne récolte, finalement, les profits. Car quoi qu’elle dise, son PIB, lui, est toujours en hausse, danke schön !

Au final, l’euro, c’est un peu comme au foot : c’est un jeu qui se joue à 19 et à la fin, l’Allemagne gagne. Mais à force de trop gagner, on finit, un jour, par tout perdre.

(1) J’avais d’abord par erreur attribué la défense des mesures grecques à Francesco Giavazzi, mea culpa. Merci au lecteur attentif.

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0 Comments

  1. francolatre
    juillet 09, 18:13 Reply
    Est-il normal que les Grecs résidant en Belgique soient à nouveau allés voter en Grèce dimanche dernier, avec des billets d'avion payés par leur Etat en faillite, alors que dans tous les pays au monde, plus ou moins bien gérés, les ressortissants à l'étranger votent auprès de leur ambassade ou de leur consulat dans le pays où ils résident? Bel exemple de gaspillge de deniers publics.
      • francolatre
        juillet 10, 12:45 Reply
        N'importe quel Grec vivant en Belgique pourra le confirmer. Et ça dure depuis des années. Y compris pour les élections locales.
      • ibnkafka
        juillet 12, 21:28 Reply
        Les Grecs à l'étranger que je connais personnellement n'ont pu voter car pour voter il fallait justement se déplacer en Grèce, et à ses frais...
    • u'tz
      juillet 10, 13:46 Reply
      ah bon ? christos doulkeridis à passé le weekend à mykonos... :^)
    • un grec
      juillet 12, 18:17 Reply
      Les grecs qui retournent au pays pour voter payent de leur poche. La loi ne prévoit pas d'organisation de vote à l'étranger (p.e. aux consulats) sauf pour les européennes.
      • Marcel Sel
        juillet 13, 18:24 Reply
        Francolâtre parle peut-être des fonctionnaires à l'étranger ? Cette histoire mérite un examen approfondi, j'ai en tout cas un ami journaliste grec qui m'a infirmé que les électeurs voyaient leur voyage payé…
        • u'tz
          juillet 13, 23:53 Reply
          c'est une légende urbaine qui date du temps où les prolo italiens qu'ont construit la wallonie (pendant que tous ces fainéant de wallons d'origine flamande votaient socialisse) retournaient voter à l'oeil au vatican quand l'sncb était encore capable d'arriver à l'heure jusqu'à ventimille, c'est donc ya long temps
    • Anthony G.
      juillet 13, 11:01 Reply
      Pourrait-on savoir d'où vous sortez ce genre de connerie ? Et d'où des grecs auraient eu accès à ce genre de chose ?
  2. Marie Pobemer
    juillet 09, 20:01 Reply
    Excellente analyse et conclusion, auxquelles je souscris totalement. Bonnes vacances !
  3. Hansen
    juillet 09, 21:16 Reply
    L' Europe des marchands a échoué. Il faut tout recommencer.
    • u'tz
      juillet 13, 23:58 Reply
      préférons-nous l'europe des vendus à l'europe des vendeurs ?
  4. Nyssen, Vivianne
    juillet 10, 01:46 Reply
    En plein dans le mille, encore une fois, Marcel ! Et ça fait VRAIMENT froid dans le dos ! Suicide de lemmings en vue... Plus de "common decency" nulle part ? Vous avez raison aussi sur ce point : à ce niveau, ça devient vraiment de la xénophobie (mot placé...;-)
  5. Hansen
    juillet 10, 07:27 Reply
    Que l'on commence parc rendre aux grecs la frise dunparthenon. Quelle prétention de la part de Mr Verhoofstadt, l'européen, pourquoi a-t-il accepté que la Grèce entre dans l'euro? Le resultat c'est la division entre les pays du Nord et du Sud comme à l'intérieur de la Belgique elle-même avec le meme impérialisme de la part du Nord. La différence c'est la Belgique est encore une nation et l'Europe ne l'est pas encore. Mr Verhooofstadt est trop américanisé à mon goût. Qu'il relise le discours visionnaire de SOLJENITSINE à l'ONU. Napoléon a perdu la bataille de Waterloo. Ainsi finissent tous les dictateurs, après avoir fait beuacouo de dégâts malheureusement. Sarkozy a eu la tentation de l'extrême droite et Bayrou a poussé Hollande, mais cela n'a rien résolu. C'est un peu comme cela chez nous. Il a fallu deux ans pour aboutir a la dictature de la droite. Après on devra réparer les dégâts une fois de plus. Le gouvernement de coalition di Rupo fonctionnait trop bien. On ne l'a pas laissé continué. C'est comme en Grèce. Quand ils commençaient à remonter la pente, on a tout cassé. N'est-ce pas grâce à Monti que les italiens ont redressé la barre? Mais il n'est plus là non plus celui-là. Laissons nos "élus" non-représentatifs continuer à nous voler le peu qui nous reste, quand le citron sera entièrement pressé, ils s'en iront d'eux-memes et les pépins referont des citronniers plus résistants.
  6. Francoise Smet
    juillet 10, 10:30 Reply
    Encore un excellent article. Merci! Une seule observation, qui n'est pas de moi, mais que j'ai relevée dans mes lectures sur internet, c'est le concept du "rêve européen" qui est une notion apparemment fausse. Si vous avez le temps, écoutez la très intéressante conférence de l'historienne, Annie Lacroix, professeur à l'Université Paris VII qui se trouve sur le lien suivant : http://www.zintv.org/Conference-d-Annie-Lacroix-Riz-les
    • u'tz
      juillet 14, 00:38 Reply
      merci pour le lien certains communistes sont tellement réjouissants chez les sauvages
  7. Luc Vincent
    juillet 10, 13:05 Reply
    MERCI / encore et toujours MERCI pour cette INTELLIGENCE à tous niveaux.....
  8. guypimi
    juillet 10, 14:29 Reply
    Les reproches pleuvent sur ces "salauds de communistes" et autres approximations. Pourtant je n'ai pas entendu que tsipiras veule une économie dirigiste alors que ce sont les droites néo-libérales qui veulent "diriger" la politique Grecque TOP DOWN et surtout pas BOTTOM UP démocratiquement! Cette droite qui a plaqué ses politiques d'austérité qui sont la cause essentielle de la situation actuelle et qui ne comprends toujours pas les limites, les dérives, les excès et donc les dégâts de ce que Hayek théoricien de la politique néo-libérale estimait en 1949 être une utopie. D'autres utopies sont possibles et souhaitables par exemple allez-voir http://humanologie.eu/ C'est au moment où il faudrait PLUS d'Europe que ceux qui ont été désignés - PAS ELUS- pour la diriger font des plans pour la détruire. Mais bon il est vrai qu'en Belgique ont donne le pouvoir à ceux qui ont dans leur statut comme article 1 quelque chose qu'ils proclament - " que la Belgique crève !
  9. Olieve
    juillet 10, 15:37 Reply
    "l’idée qu’un jour un président de la commission européenne annonce qu’il existe un plan d’expulsion de la Grèce de l’Europe et de la zone euro." Gouverner c'est prévoir. Il aurait été très irresponsable qu'un tel plan n'existe pas. Au cas où. Il faut arrêter un peu d'analyser cette crise de manière aussi idéologique. Ce n'est qu'une grande "Comedia dell'arte" où chaque partie essaie de ne pas perdre trop de milliards. Et de ne pas perdre la face devant son opinion publique.
  10. lievenm
    juillet 10, 21:34 Reply
    Je hebt het origineel gemist. http://deredactie.be/cm/vrtnieuws/opinieblog/blog/louisvandievel/1.2387797
  11. Rivière
    juillet 11, 10:35 Reply
    Tout ça me rappelle ce que mon grand-père m'avait dit lors du début de l'euro : "Et dans 10 ans, on se bat pour en sortir !" Il voyait ca plus rapide mais, dans le fond, c'était prémonitoire...
    • u'tz
      juillet 14, 00:45 Reply
      perso mon grand-père qu'a fait 14-18 contre des types qui parlaient la même langue que lui, j'suis content qu'il ait pas connu l'euromark
  12. u'tz
    juillet 11, 15:13 Reply
    bonjour Marcel bonnes vacances j'imagine je vous proposerais volontiers une lecture de vacance... Demoule (J.-P.) 2014 – Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d’origine de l’Occident. Seuil. Librairie du XXI siècle. passionnant de lire ce relevé exhaustif (si c'était possible!) des délires racistes heureupéens en cours chez ces sémites aryanisés de grecs et mieux ainsi apprécier les complexes nazis qui suintent des discours n-va du 11 juillet et ce premier mr du gvt fédéral n-va quel inculte génie brachycéphale FR soumis devant les bons aryens blondolicocéphaloyeuxbleux (du xixe à travers les âges emmuré)
  13. Eridan
    juillet 11, 16:20 Reply
    La Grèce a commis deux fautes impardonnables (au moins) : a) dans une Europe dominée par la droite néo-libérale, elle a mis au pouvoir un ensemble politique essentiellement marqué à gauche ; elle ne pouvait dès lors que s'attirer les foudres du PPE et de l'ADLE, comme l'ont démontré très clairement les interventions de G. Verhostadt et C. Michel, par exemple ; une telle faute mérite de lourdes sanctions, que ce soit dans ou hors de la zone Euro. b) Pire : parallèlement, elle a osé tenir tête à l'hégémonie allemande, donc, indirectement aussi, à l'hégémonie américaine (comme l'explique Anne Lacroix-Riz – Merci à Françoise Smet d'avoir fourni cette référence, évidemment lourdement critiquée par les parangons de l'ultralibéralisme du genre d'Alain Soral). La Grèce va s'écraser sous le poids de la riposte violente et, avec elle, le projet européen qui, au vu des dernières évolutions, apparaît définitivement comme une énorme fumisterie ayant consisté à déguiser en projet démocratique et humaniste une sinistre prise de pouvoir par un capitalisme de plus en plus concentré, de plus en plus monopolistique, de plus en plus sous domination anglo-saxonne, comme le démontre le projet très avancé de traité transatlantique. Voir par exemple http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/WALLACH/49803 Piketty a beau se répandre en voeux pieux http://www.liberation.fr/economie/2014/12/29/2015-quels-chocs-pour-faire-bouger-l-europe_1171435 la gauche française, la seule qui serait plus ou moins capable d'infléchir encore un peu les choses, se laisse intimider et ne semble dès lors pas du tout décidée à réagir avant qu'il soit trop tard. Face à la défection de la gauche vis-à-vis de ses idéaux, la porte est logiquement grande ouverte à tous les populismes ; et ils ne vont pas s'en priver : s'ils savent un peu y faire, les dernières péripéties européennes sont sont pour eux une manne d'inspiration inespérée. Mais, comme l'a abondamment démontré la période de 1870 à 1950, et, plus particulièrement, celle de 1918 à 1945 (cf. A. Lacroix-Riz), ce n'est pas cela qui va contrarier le grand capitalisme, bien au contraire... Je suis donc tenté, Monsieur Sel, de penser que votre titre aurait dû indiquer que ce n'est pas l'Europe qui est en train de périr, mais bien la démocratie européenne. Car si l'Europe a créé la liberté pour les capitaux, elle est devenue un carcan pour le citoyen. Conformément à l'analyse populiste, la démocratie a été neutralisée dans un énorme machin dont la fonction -si pas la finalité- est de la rendre inopérante.
    • Francoise Smet
      juillet 14, 00:40 Reply
      Je suis bien d'accord avec vous et les liens que vous proposez sont excellents. On murmure dans certains milieux que toute l'attention portée sur le Grèce en ce moment, pourrait plutôt servir d'autres intérêts dont justement le ficelage et le vote des TAFTA/TTIP/CETA sa s que les citoyens européens ne s'en aperçoivent. (Votre référence dans le lien du Monde diplomatique). Pour ceux qui n'ont pas le temps de lire tout l'article mentionné, il existe sur youtube nombre de très courtes vidéos qui expliquent la teneur de ces traités (notez que j'ai du mal á faire la différence). Il suffit de taper TTIP et s'intéresser à la teneur de ces traités pour confirmer en effet, que non seulement l'Europe est en train de périr mais surtout que "c'est la démocratie en Europe qui va disparaître" comme vous le dites si bien. Les gouvernements (quels qu'ils soient) ne pourront plus rien faire (ils seront remplacés par les multinationales toutes puissantes) et les populations n'auront plus aucun droit, ni "acquis sociaux", ni...rien! Sinon une dictature. La comedia dell' arte de Olieve n'est en réalité que la stratégie utilisée par bien des gouvernements: utiliser la Grèce et ses "problèmes" pour faire diversion et voter pendant ce temps-lá, en toute impunité et discrétion, des mesures totalitaires sans que personne ne rechigne. Personnellement, je n'ai pas peur de le dire, si j'étais à la place de M. Tsipras, je m'empresserais de sortir de l'Europe et d'entrainer un maximum de pays dans le même sillon, afin de ne pas partager ce cauchemar que l'on veut nous imposer et de rester...libres. Cela entraînerait quelques souffrances au départ, mais au moins, ces pays-là pourraient encore repartir sur des bases démocratiques.
  14. Eridan
    juillet 11, 16:58 Reply
    @ Marcel sel : « On ne pourra considérer l’euro comme une monnaie européenne que lorsque ses dirigeants seront totalement indépendant de tout pouvoir national ». Et ils seront (les « dirigeants ») dépendants de quoi, alors ? Ce seront des eurocrates « au sens noble » ? Cela n'existera jamais, comme vous le sous-entendez. Les populistes ont raison : l'Euro était une erreur en tant que monnaie unique, car elle rendait impossible toute politique adaptée aux spécificités nationales ; on aurait dû la confiner dans un rôle de monnaie commune (ce qui, il est vrai, lui aurait conféré beaucoup moins de prestige) ...que nous avions déjà avec l'ECU. Les populistes ont tort : revenir aux anciennes monnaies, ce serait désormais amplifier considérablement les dégâts déjà énormes de la dette accumulée en Euros et à cause de l'Euro. Tsipras l'a bien compris. Nous sommes piégés ; nous nous sommes bien fait avoir, comme s'en rendent compte les Grecs aujourd'hui... Et c'est là le danger, car on ne sait pas sur quoi peut déboucher cette prise de conscience. En tout cas, le moins que l'on puisse dire, c'est que les récentes péripéties n'aboutissent pas à la création d'un grand courant de sympathie trans-nationale... !
  15. MartineV
    juillet 11, 18:45 Reply
    Bravo, une belle analyse de plus à votre crédit. On l'a assez dit, on a introduit la monnaie commune avant de faire une Europe politique, sociale, fiscale. C'était boiteux, cela devient calamiteux. Et comme vous dites, il ne faut pas se faire trop d'illusions, la crise grecque ne va pas impacter que la Grèce!
  16. Shanan Khairi
    juillet 11, 22:48 Reply
    La crise grecque n'est que l'expression la plus poussée des maux communs à l'ensemble des pays européens. Désolidarisation fiscale des classes supérieures. Ploutocratisation des politiques. Autonomisation du secteur financier. Dévalorisation des revenus du travail. Privatisation des bénéfices et nationalisation des pertes. Il n'est pas tant question de "soutenir" la Grèce que de remettre en question le modèle socio-économique de la zone Euro.
  17. Zébulon
    juillet 12, 08:02 Reply
    La crise grecque vue par un économiste grec: http://www.greekdefaultwatch.com/2012/09/what-austerity.html ainsi que: http://www.greekdefaultwatch.com/2015/07/dont-blame-debt-for-austerity-in-greece.html assez différent de ce que vous tartinez ici.
    • Marcel Sel
      juillet 13, 18:17 Reply
      J'espère bien qu'il y a des opinions et traitements différents de l'info :-)
    • Marcel Sel
      juillet 13, 18:22 Reply
      J'ai lu le premier. Le problème est qu'il rapporte les revenus de l'État au PIB. En réalité, 47% de 75 représente moins que 40% de 100. Faites le calcul : le revenu en euros courants de l'État a bien baissé. Le nombre de Grecs et les prix courants à l'étrangers (la Grèce importe énormément) ont soit pas bougé, soit augmenté. Donc, non, il n'est pas possible de faire autant avec 35 qu'avec 40. Désolé pour votre économiste.
  18. Zébulon
    juillet 12, 08:05 Reply
    http://www.lepoint.fr/invites-du-point/charles-consigny/consigny-la-grece-paie-son-socialisme-06-07-2015-1942813_1449.php#xtor=CS2-238
  19. moinsqueparfait'
    juillet 12, 10:16 Reply
    Quand je lis la prose de la racaille brusselo-flamande qui déverse la bile des éternels German bootlickers sur le forum de La Libre, je comprends qu'une troisième grande guerre n'est pas exclue en Europe. La seule chose qui rassure, c'est qu'à l'heure actuelle, une coalition réunissant l'armée française et l'armée grecque écraserait toute la germanie en 3 semaines. PS: chez nos merveilleux voisins grands, forts, travailleurs, intelligents, etc. bref: à l'image de Dieu comme le croit le bon Belch de base, tout va bien sauf... Bien sûr, l'Allemagne, c'est les champions du monde du foot, les philosophes, les écrivains, les électroménagers, les bagnoles (bien qu'en auto-moto, l'expérimentation pure et les avancées réelles soient surtout d'origine italienne et japonaise, etc.), etc., etc. Mais c'est aussi: l'armée en charpie (même pour du "militaire light", humanitaire, etc. on ne peut compter sur eux pour rien, même l'armée belch a une capacité de mobilisation supérieure, c'est tout dire...) l'aéroport de Berlin (bonne tranche de rigolade, il est temps qu'un consortium grécquo-italien ou wallon par ex. reprenne le chantier, ça finira peut-être par avancer... ah ah ah) les autoroutes, les ponts la production d'énergie électrique (petit détail sans importance) l'emploi des femmes (eh oui...) la démographie la "Banque de Commerce" et la "Banque Allemande" (corruption, créances et placements pourris, "bons placements" de bon fainéant retraité bavarois qui maudit les Grecs garanti 4%/an mais potentiellement à -100% en 3 jours en cas de bon petit tumulte à a Bourse, etc.) racisme diffus et déclaré, esprit de supériorité racialiste (comme au belgium) je vous passe la bouffe, c'est vrai que c'est moins grave qu'en Angleterre. Etc., etc. (comme dirait l'autre, tout va bien mais on s'y emm... tellement que même les immigrés veulent pas rester ;) Tout le monde savait que les crises d'hybris allaient recommencer après la chute du Mur. Le rôle de la France et de l'Angleterre était de tenir l'Allemagne en laisse. Les autres comptent pour du beurre, surtout les belchs. Mais ça ne s'est pas pas passé comme prévu. C'est en grande partie à cause de la politique américaine et on peut ajouter à ça que nos voisins russes ne se sont pas autant effondrés qu'on ne l'espérait... N'en déplaise à beaucoup de bons belchs bouffis de la certitude du bootlicker raciste, la plus grosse faiblesse de l'Allemagne, ce sont les Allemands. La meilleure chose qui puisse leur arriver, c'est une arrivée massive d'immigrés pour faire évoluer cette société qui est probablement parmi celles en Europe qui a le plus de problèmes à comprendre que les voisins, "l'autre", ne sont pas nécessairement "comme nous", que c'est parfaitement normal car c'est comme ça pour tous les voisins dans le monde entier et que qu'en aucun cas Dieu ne nous a chargés de rectifier cette "anomalie" de gré ou de force...
    • denis DINSART
      juillet 17, 16:05 Reply
      Le problème c'est que les allemand sont convaincus que c'est par le leur seule volonté qu'ils ont pu se relever de leur anéantissement des suites de la seconde guerre. Or: - sans le plan marshall; - sans les accord de Londres de 1953 réduisant sa dette de 30.0000.0000.0000 de Marks à 14.000.000.000 de Marks (50% de ristourne), ce qui ne représentait que 5% de ses exportations; - sans la ceca, cee, ue, .... POINT de miracle allemand. Par ailleurs ils sont également convaincu que la Grèce s'est mise dans cette situation catastrophique par sa seule faute et que cette faute elle doit l'expier. Pourtant la faute grèque est autrement moins abominable que celle commise par les allemand pendant la guerre. Comparaison n'est par forcémment raison, mais ...
  20. Salade
    juillet 12, 10:30 Reply
    L'Europe n'a jamais existé La Belgique non plus.
    • u'tz
      juillet 14, 01:01 Reply
      "L’Europe n’a jamais existé" = négationnisme les génocidaires états-unisiens sont-ils d'origine européenne? le commerce triangulaire a-t-il existé? les colonialismes européens ont-ils existés? la Shoah a-t-elle existé? "La Belgique non plus." si! un territoire plein d'enfoirés correspondant à la belgique a existé et survit moins que plus, par contre la flandre en principe franque est une construction nationaliste germanomane et revancharde contre la francité qui démontre sans son incapacité à s'émanciper de sa médiocrité
      • u'tz
        juillet 14, 01:03 Reply
        qui démontre sans faiblir son incapacité à s’émanciper de sa médiocrité
      • Salade
        juillet 15, 10:53 Reply
        vous ne comprenez absolument rien Il s'agit d'une boutade qui met en évidence qu'il n'y a pas de volonté de solidarité.
        • u'tz
          juillet 16, 14:56 Reply
          associer europe et solaridité est une boutade absolue... associer europe et belgique est plus solide... (quel confort d'être fort con par volonté de comprendre sans prendre pour des cons...)
  21. Mélanippe
    juillet 12, 12:08 Reply
    Ce qui se passe actuellement à l'échelle européenne est un décalque de ce qui s'est passé en Belgique. Hollande (peut-être, voir article de Todd dans le Soir) et charles Michel sont nos Pétains.
  22. Pfff
    juillet 12, 16:57 Reply
    L'Europe est plus ancienne que les nations. Aucun peuple n'a le droit de remettre en cause son unité. La beauté sauvera le monde ; la culture sauvera l'Europe.
    • u'tz
      juillet 14, 00:07 Reply
      "L’Europe est plus ancienne que les nations." l'europe des nations ou son socle synclinal? "Aucun peuple n’a le droit de remettre en cause son unité." l'inquisition au secours de l'appartenance... "La beauté sauvera le monde", juste question de critère "la culture sauvera l’Europe." et l'agriculture la nourrira
  23. Xavier
    juillet 12, 20:03 Reply
    "La presse s’est largement laissée entrainER dans cette vulgaire simplification"
  24. Tournaisien
    juillet 13, 08:51 Reply
    Elias Lönrott la met bien profond à Schliemann !
    • u'tz
      juillet 14, 00:13 Reply
      devant la bite de cheval du 3... Tourn' c'est quoi ça!
  25. serge
    juillet 13, 10:54 Reply
    Je suis perplexe. Il y a deux réalités et je ne sais pas laquelle choisir. La première est celle d'un pays profondément corrompu et désorganisé. Ce pays est clientéliste et fonctionne aux privileges. Il a vécu à credit, développant une croissance factice, basée sur une consommation intérieure financée par l'explosion du credit. Cette explosion fut cachée aux créanciers. Ce pays doit accepter la baisse inéluctable de son PNB vers des niveaux plus naturels compte tenu de l'économie locale. Dans cette réalité, les dysfonctionnement grecs seraient tels (mensonges, agendas non respectés, administration incompétente et corrompue, techniques de négociation très dures - dettes de guerre -...,...) que le citoyen européen pourrait considérer que les exigences des créanciers durs sont l'expression d'une forme de bonne gestion, évitant de prolonger une situation intenable pour tous et de forcer le changement. L'autre réalité est celle de votre article Marcel. Celle des souffrances du peuple grec, de l'absence désolante de solidarité, du déclin de l'idéal européen. Mais aussi celle d'une politique d'austérité contre-poductive, d'un fonctionnement inefficace de l'Europe,... Il ya des aspects moins clairs, de nature géopolitique: l'implication de la Russie et donc celle des Etats-Unis. Ma perplexité est le symptome d'un déficit démographique. Nos politiciens ne nius en disent pas assez. Qu'ils nous expliquent leur point de vue de négociateurs, qu'ils nous exposent leurs arguments. Ils sont comptables de notre argent, pas du leur. Les citoyens ne devraient pas être à ce point déconnectés de négociations aux ramifications aussi importantes.
    • Marcel Sel
      juillet 13, 18:25 Reply
      Tous les pays vivent à crédit, les Allemands et les Américains sont même parmi les champions. Le crédit, aujourd'hui, c'est la monnaie.
      • Tournaisien
        juillet 13, 23:30 Reply
        Un peu court comme explication ... Le crédit, de fait, est "monnaie courante" si j'ose le jeu de mots, encore faut-il que les échéances de remboursement soient tenues. Si elles ne le sont pas, les agences de cotation se réservent le droit de vous rappeler à vos engagements en élevant la cote de votre état, et plus la cote monte, plus les intérêts sur la dette sont importants. La Grèce en a fait l'expérience à ses dépens. Par ailleurs, pour citer Jacques Attali, il y a de la bonne dette et de la mauvaise dette. Si une dette est pour l'essentiel contractée pour alimenter de l'investissement, elle est considérée comme bonne dès lors qu'elle est supposée, à terme, générer de l'activité économique et donc du profit. Si en revanche elle ne sert qu'à combler du coût social, alors elle est considérée comme négative, car ne participant d'aucune dynamique économique particulière (sauf à considérer le coût social est de l'investissement ... ce qu'il est certes, mais dans une mesure plus limitée).
        • Marcel Sel
          juillet 14, 15:04 Reply
          Je disais simplement que le crédit était un vecteur de création monétaire, probablement même le plus important aujourd'hui. On a cru au miracle du crédit, remplaçant de la fameuse planche à billets. Le problème est que la monnaie se volatilise brusquement quand le crédit n'est pas honoré… Tous comme les partisans des subprimes ont cru à une croissance éternelle, l'Europe a cru au crédit bienfaiteur. Après, les pays qui avaient connu une croissance formidable (et applaudie) grâce à lui sont aussi ceux qui se sont rétamés ensuite. Ah, quand l'Irlande était citée en exemple de grande réussite libérale…
      • serge
        juillet 14, 14:59 Reply
        Evidemment. Mais, ainsi que le mot l'indique, on ne fait credit qu'à ceux dont la faculté de remboursement inspire la confiance. A linverse des Américains ou des Allemands, la Grèce n'inspire plus aucune confiance. Lui faire credit est impossible. Si ce n'est en lui imposant une effroyable série d'obligations et de mises en gage. Et encore, ce credit s'apparente à une donation partielle car chacun sent bien qu'on ne reverra pas tout l'argent octroyé.
        • Shakuhachi
          juillet 14, 15:28 Reply
          Serge, ce que vous dites a l'air d'une évidence et pourtant, je serais tenté de renvoyer à un « billet invité » sur le site de Paul Jorion (http://www.pauljorion.com/blog/2015/07/11/grece-un-detective-pose-quelques-questions-troublantes-par-roberto-boulant/) Extrait :  – Vous M. Strauss-Kahn, vous étiez directeur du FMI lorsque vous avez, avec les États de la zone euro, prêté 110 milliards à la Grèce, pendant que la BCE se mettait à racheter des titres de cette même dette pour éviter que leur prix ne s’effondre. Vous avez donc fait passer la dette grecque, des comptes des banques françaises et allemandes à… ceux des États. Cela en accordant un prêt à un pays en cessation de paiement, ce qui est rigoureusement interdit par le règlement du FMI. C’est bien ça, M’sieur ?
      • MUC
        juillet 14, 17:22 Reply
        En effet, les Allemands vivent à credit. Mais il y a deux différences avec la Grèce . 1. La population Allemande fournit les credits. 2. L'étât Allemand sait payer ses dettes.
        • u'tz
          juillet 15, 16:01 Reply
          2. il faut bien dire que quand l'État allemand ne savait pas les payer... on a vu le résultÂt, reste plus aux Grecs qu'à envahir la pologne
  26. Tournaisien
    juillet 13, 18:08 Reply
    L'"agreement" auquel sont arrivés les partenaires européens n'est absolument pas une solution ; nombreux sont les analystes qui prévoient d'autres crises au moins aussi graves que celle que nous venons de traverser, et il arrivera un temps où le Grexit sera selon toute vraisemblance inévitable. Eu égard à sa capacité économique et à la nature de sa dette (une dette extérieure), l'endettement de l'état grec (180 % de son PIB et 322 milliards d'euros) ne pourra au mieux être résorbé qu'à l'horizon des 75 ans à venir, soit vers 2090 au plus tôt. Une période d'austérité très sévère pour les trois générations à venir. Politiquement intenable ! Il aurait mieux valu pour les Grecs un renon sur l'ensemble de la dette avec une traversée du désert d'une dizaine d'années (le laps de temps que l'on estime nécessaire pour rebâtir une économie après avoir cassé la vaisselle - lire à ce propos Jacques Attali). Au moins, la Grèce aurait pu booster sa compétitivité dans certains secteurs très porteurs pour elle, en particulier le tourisme (surtout dans le contexte de défiance vis-à-vis des pays musulmans) et son agriculture (vins, olives, agrumes, etc.). La vie aurait certes été difficile (importations hors de prix), mais l'économie à partir des points forts évoqués ci-dessus aurait pu, au terme de ces dix ans, se reconstruire, avec à cette échéance de dix ans la possibilité à nouveau d'emprunter sur les marchés financiers. On a fait le procès à l'Allemagne et à Merkel qu'ils voulaient punir la Grèce. À vrai dire, il n'en est rien. L'Allemagne, très pragmatique comme toujours, a compris déjà depuis pas mal de temps que cette situation n'est plus viable pour la Grèce et était favorable à une sortie provisoire (cinq ans annoncés, peut-être une dizaine au final). Au lieu de cela, la Grèce va continuer à s'assécher car il n'est plus possible pour l'Europe de délier les cordons de la bourse sans avoir le moindre contrôle sur l'évolution de la situation grecque, pire, elle va être mise en vente "à la coupe" (Le Soir de cet après-midi) et va donc perdre le contrôle sur les derniers secteurs publics encore rentables. Les conséquences financières, et à terme politiques, seront lourdes pour tout le monde. La crise grecque est loin d'être finie, sans compter le risque, énorme, que l'extrême droite grecque (Aube dorée) ne récolte les fruits pourris laissés au lendemain de ce psychodrame par Syriza.
    • Francoise Smet
      juillet 14, 00:57 Reply
      "Il aurait mieux valu pour les Grecs un renon sur l’ensemble de la dette avec une traversée du désert d’une dizaine d’années (le laps de temps que l’on estime nécessaire pour rebâtir une économie après avoir cassé la vaisselle – lire à ce propos Jacques Attali). Au moins, la Grèce aurait pu booster sa compétitivité dans certains secteurs très porteurs pour elle, en particulier le tourisme (surtout dans le contexte de défiance vis-à-vis des pays musulmans) et son agriculture (vins, olives, agrumes, etc.). La vie aurait certes été difficile (importations hors de prix), mais l’économie à partir des points forts évoqués ci-dessus aurait pu, au terme de ces dix ans, se reconstruire, avec à cette échéance de dix ans la possibilité à nouveau d’emprunter sur les marchés financiers." Tout à fait d'accord. Et si cela avait été le cas, c'est là que j'aurais été m'installer...
  27. Salade
    juillet 13, 19:28 Reply
    Il devient nécessaire de démanteler l'eurozone avant qu'elle ne nous mette tous sous tutelle. Car la situation d'endettement de la Belgique n'est pas brillante non plus. Si diriger se résume à chercher du fric, alors des comptables flamands suffisent, et à la poubelle les politiciens surtout francophones. Il n'est pas normal que la souveraineté des états disparaisse COMPLETEMENT (le fonds de garantie qu'on vient de créer pour la Grèce détruit l'existence même de cet état, le tout caché sous une menace allemande factice de grexit) dans un magma non démocratique dirigé par une sorte de Matthieu usurier imperator.franco-allemand.à la solde unique des marchés financiers et des lobbies de trusts càd du privé en général, le tout sans âme territoriale ET SANS AUCUN PROJET POUR NOS ENFANTS. Si l'état, dans un futur de plus en plus proche, ne fournit plus de services aux citoyens, alors ne payons plus d'impôts étatiques non plus. Tout cela va foirer très bientôt. Vous connaissez le mot remembrement? Il ne vous choque pas? Pour la terre du Paraguay ça ne choque globalement pas. Alors annulation de dettes insolvables ne devrait pas choquer non plus.
  28. Salade
    juillet 13, 20:18 Reply
    Si l'Allemagne estime ne plus avoir confiance dans la Grèce, Avoir confiance en l'Allemagne reste bien difficile pour une large majorité d'européens. Schläube estime qu'il faut respecter les règles dans tous les cas. (from wikipedia) Les Origines du totalitarisme (titre original : The Origins of Totalitarianism) est un ouvrage d’Hannah Arendt dont la première édition fut publiée en 1951. Il se compose de trois tomes : Antisemitism (L’Antisémitisme), publié en français en 1973 sous le titre Sur l’antisémitisme ; Imperialism (L’Impérialisme), publié en français en 1982 ; Totalitarianism (Le Totalitarisme), publié en français en 1972 sous le titre Le Système totalitaire. Extrait de ce dernier : <>
    • Salade
      juillet 13, 20:19 Reply
      extrait de ce dernier: le totalitarisme est avant tout un mouvement, une dynamique de destruction de la réalité et des structures sociales, plus qu’un régime fixe. Un mouvement totalitaire est « international dans son organisation, universel dans sa visée idéologique, planétaire dans ses aspirations politiques »
      • Francoise Smet
        juillet 14, 01:18 Reply
        TTIP ! Je confirme la définition d'Hannah Arendt. Tant de commentaires sur votre article, Monsieur Sel, qui nous permettent de mettre ensemble les pièces du puzzle... Merci encore...à vous et à tous (ou presque)...
  29. Tournaisien
    juillet 14, 08:59 Reply
    Il arrivera un jour où il faudra bien que l'on parle du coût des Jeux Olympiques d'Athènes, évalué par les économistes les plus sérieux à quelque 13 milliards d'euros à l'époque (2004), soit avec les intérêts cumulés de la dette à plus de 30 milliards d'euros aujourd'hui, c'est-à-dire à plus de 10 % de la dette grecque évaluée à 322 milliards d'euros : http://www.lapresse.ca/sports/autres-sports/olympisme/201408/06/01-4789818-dix-ans-apres-les-jo-dathenes-la-grece-veut-evaluer-leurs-couts.php Pour mémoire, les EAL (Emergency Assistance Liberalities) que l'Europe vient d'octroyer à Athènes en contrepartie d'un coût politique énorme s'élèvent à ... quelque 8,5 milliards d'euros !!!!! Il faudra surtout que l'on parle du rôle plus que trouble qu'ont joué certaines personnalités dans ce déficit abyssal, en particulier le très controversé (au moins aussi controversé que Sepp Blatter, pour la FIFA) Juan Antonio Samaranch, secrétaire aux sports du régime franquiste et président du Comité international olympique (CIO) de 1980 à 2001, qui sous sa présidence aurait conditionné auprès des Grecs le choix porté sur Athènes pour l'organisation des jeux à la nomination comme "bouwmeester" de toutes les infrastructures (stades, piscines, etc.) de son compatriote, le Suisse d'adoption Santiago Calatrava (né Valls de mère, juive catalane). Ce même Santiago Calatrava, qui à Athènes avait prétend-on multiplié les devis par quatre ou cinq minimum, et qui a entraîné nombre de ses commanditaires dans les affres du surendettement (à ce propos : http://www.lecourrierdelarchitecte.com/article_2873). On reparlera d'ailleurs du même Calatrava très bientôt en Belgique. L'entreprise italienne (près de Vérone) Cordioli en charge de la structure métallique de la gare de Mons est en effet en situation de faillite non déclarée. Depuis près de huit mois, ni ses ouvriers sur le chantier montois, ni d'ailleurs ses ouvriers en Italie ne sont plus payés ; l'entreprise est en cessation de paiement effective depuis l'automne 2014. Il faudra bien à un moment ou un autre se demander pourquoi l'on s'est adressé à cette entreprise dans les fondements financiers n'étaient manifestement pas suffisants pour assumer un tel chantier. De même qu'il faudra bien un jour ou un autre que l'on en vienne à se pencher sur la rumeur "insistante" des rétro-commissions qui auraient été payées dans le dossier de la gare de Liège qui, là aussi, a explosé les devis initiaux d'une façon totalement inexpliquée. Le système Calatrava, telle une mérule, s'est toujours déployé là où il y avait collusion trouble entre le monde politique et le monde économique (système que l'on peut sans trop de crainte qualifier de "mafieux"). S'étonnera-t-on de constater que Calatrava a prospéré dans une Espagne déboussolée par la bulle spéculative de l'immobilier (Valence (avec procès à la clef), Oviedo, etc.), dans une Italie où les marchés publics ne sont jamais de la dernière clarté ... jusque dans une Wallonie où l'état PS, prise au piège de l'"ubris" des grands projets, n'hésite pas à négocier par voies parallèles ? Pour tracer les zones économiques problématiques, celles qui sont susceptibles par le fait de problèmes de gouvernance d'aboutir à l'effondrement, au clash, quoi de mieux que de pister le chevalier de l'Apocalypse, celui qui tire toute son énergie de la déglingue en devenir, à savoir Santiago Caltrava ? L'architecte des jeux d'Athènes fut Calatrava ; on voit où en est aujourd'hui la Grèce. L'architecte de la Comunidad Valenciana fut Calatrava, on voit où en est aujourd'hui cette entité autonome. L'architecte de Mons 2015, en priorité, fut Calatrava, et c'est probablement par la gare de Mons et son échec retentissant qui nous est d'ores et déjà annoncé que s'achèveront les manifestations de cette grand'messe culturelle, une apothéose qui sera sans doute le premier clou dans le cercueil politique de di Rupo. À un niveau plus large, il faudra bien un jour ou l'autre que l'on en vienne à se poser la question du bien fondé des grand'messes médiatiques que sont les coupes du monde de football (l'endettement du Brésil au lendemain du mondial de 2014 est lui-même paraît-il d'ores et déjà abyssal) et les jeux olympiques. Il suffit d'ailleurs de voir à ce propos les malversations dans le monde du sport, à la FIFA, au CIO, etc. Et que dire de la désignation pour le mondial de 2022 du Qatar, l'un des principaux bailleurs de fonds du terrorisme islamiste et de l'EIL ?
    • Hansen
      juillet 23, 21:09 Reply
      Ce Calatrava tel que vous le décrivez me fait penser à Tapie ou à Juncker au Luxembourg ou aux banques de la city londonienne, tous ceux qui utilisent le système à leur profit en toute impunité. Cette société exploitée par le cynisme finira par s'écrouler pour renaître de ses cendres comme après l'empire romain ou les deux guerres mondiales qui ont donné naissance à l'union européenne mais celle-ci est dénaturée et a perdu son âme au profit de l'Amerique. Il faut tout recommencer mais d'abord table rase. Nous sommes dans une guerre économique qui ne dit pas son nom. L'Europe envahie par des vagues d'immigrés tient peut-être un avenir plus moral et moins cynique grâce à ceux-là qui ont encore un espoir de vivre tout simplement.
  30. Eridan
    juillet 14, 09:55 Reply
    @ Salade : « Avoir confiance en l’Allemagne reste bien difficile pour une large majorité d’européens » Voici ce qu'écrit Wolfgang Münchau dans Der Spiegel on Line de ce 13/7 : http://www.spiegel.de/wirtschaft/wolfgang-schaeubles-diplomatie-ist-rueckfall-in-alte-zeit-kolumne-a-1043404.html « La Grèce a capitulé, l'Allemagne a triomphé : c'est le triste bilan de ce week-end. Car la diplomatie de Wolfgang Schäuble était le retour de l'Europe à d'anciennes structures de pouvoir, dans lesquelles le plus fort applique sa volonté. (...) En l'espace d'un week-end, le gouvernement allemand a anéanti 70 ans de diplomatie d'après-guerre. » Il est probablement plus précis encore de dire que l'Allemagne est tout simplement redevenue ce qu'elle était depuis Bismarck : un empire hégémonique. La période de 1945 aux environs de 1990 a créé une double parenthèse ; d'une part, en raison de la réputation que lui a faite le IIIe Reich, il était d'abord nécessaire que l'Allemagne développe une diplomatie discrète et fasse preuve de beaucoup de réserve ; d'autre part, elle était amputée d'une grande partie de son territoire. 25 ans après sa réunification, qui en a fait le pays le plus important de l'U.E. des points de vue démographique et économique, l'Allemagne voit de moins en moins de raisons de faire preuve de retenue. Non seulement elle fait désormais table rase de ses complexes, mais, en outre, l'E.U. lui donne la possibilité d'exercer son hégémonie sur l'Europe entière, avec le soutien des U.S.A. qui n'en sont pas moins son concurrent. Pourquoi se gênerait-elle, d'autant qu'elle est logique avec elle-même et qu'elle applique à l'Europe des principes qui sont conformes à sa propre morale socio-économique ? Certes, la Grèce a capitulé. Mais elle ne faisait de toute façon pas le poids. Ses dirigeants du passé n'ont pas lieu d'être fiers pour leur gabegie ; quant à ceux du présent, ils se sont comportés comme des amateurs. Donc, il ne s'agit pas de « confiance », mais de lucidité : nous assistons passivement aux effets d'un déséquilibre de plus en plus manifeste entre la puissance de l'Allemagne et celle de ses partenaires. Déséquilibre dont les effets sont accentués par l'interventionnisme à peine dissimulé des USA.
  31. Salade
    juillet 14, 11:21 Reply
    Il est amusant que les mêmes considèrent qu'une faillite privée est un droit (pour permettre une seconde chance) et que cela n'est pas acceptable pour un état. Selon que l'état soit le créancier ou non, la morale change complètement! Tout simplement égoïstissime!
  32. wallimero
    juillet 14, 18:32 Reply
    @ Marcel, Allé, encore une couche de blabla de cette gauche sauce samouraï du barbac à lampions subsidié par la commune. Et on se co-indigne joyeusement car il y en a qui ne partagent pas le trip de mauvaise herbe qu'on qualifie de "rêve européen", ce grand élan démocratique que sont Schengen, Maastricht et Lisbonne. Syrisée, car la réputation de l'Europe à l'étranger? Tu parles, Laquelle? La Russie nous écrase en Ukraine et en Géorgie, les US et la Turquie dominent la Méditerranée, on est inutile en Syrie, l'Asie n'en parlons même pas, et l'Afrique disparait dans des conflits internes. Ah oui, indécent au vu de la réputation de l'Europe comme phare intergalactique du petit doigt levé. Et comme d'hab, si on ne donne pas à la gauche ce qu'elle réclame, elle menace de casser la baraque: elle va bloquer les institutions, laisser entrer les humanistes Russes, inonder le reste de réfugiés… Sala-darité, tu nous ressers le grand théâtre du pathos, de l'indignados, et du dégoutados, mais surtout, surtout, beaucoup de salades méditerranéennes. Oh snif snif, la solidarité est uniquement à l'intérieur? Oui, l'Europe c'est surtout à fonds régionaux perdus, et tuti quanti pour l'agriculture. Tiens, la Wallonie disais-tu? Cette potion magique de solidarité aveugle qui a contribué à la perte de la Grèce à drôlement bien fonctionné en Wallonie. Un système à co-financement, et avec quoi? Avec de la dette pardi, c'est tellement facile! Et en plus cela crée de l'emploi, subsidié bien-sûr. Et puis on passe par des marchés arrangés pour la création de projets "visionnaires". Faussetérité, car c'est