Les complaisances de Christian Laporte envers Hendrik Vuye et la NSV.

Le professeur Hendrik Vuye au cercle d’extrême droite NSV, à Gand, le 18 février 2014

un moment qu’il me fichait une paix royale. D’ailleurs, c’est un monsieur à fait élégant. Mais quand il s’agit d’Hendrik Vuye, pour une raison que je ne comprends pas, l’honorable journaliste de La Libre Christian Laporte a des doubles standards. , il s’en prend à ma classification de la NSV, «que le publiciste bruxellois [c’est moi] n’hésite pas à qualifier de néo-nazie… » Oui, mais bon, Christian Laporte n’hésite pas à me qualifier de «publiciste» aussi (d’après Larousse : un juriste spécialiste de droit public, ou alorsjournaliste, mais dans ce cas c’est franchement vieilli.)

Mais bon, apparemment, j’ai été trop loin. En tout cas, pour monsieur Vuye, qui rappelle au micro de Christian Laporte que «la NSV est reconnue par l’université de Gand». Oui, c’est vrai. Mais oh, si peu. En 2012, cette même université — qui venait de réautoriser le cercle néo-solidariste — interdisait une conférence de la NSV avec le sulfureux député européen de la Ligue du Nord Marco Borghezio (qui a notamment trouvé que Breivik avait aussi de bonnes idées). La NSV l’a simplement déplacée. Hendrik Vuye ajoute — ce qui est complaisamment repris par Laporte — qu’il «n’est presque jamais possible d’expliquer le point de ve flamand dans les médias francophones». On suppose qu’il entend par là qu’en Flandre, la NSV serait vue comme une association de droite un peu décomplexée, sans plus. Et évidemment, un journal francophone a ignomigneusement, à l’époque de l’invitation de Borghezio, qualifié la NSV d’association «d’extrême droite». Ce journal francophone s’appelle Het Nieuwsblad. Tiens ? Ah, mais non ! C’est un journal flamand ! Zut, rezut et crotte de bique !

Ce sympathique Himmler Eh oui. Une fois encore, l’enfumage néoflamingant sert d’arme de destruction massive de crédibilité pour viser mes définitions, présentées comme radicales, voire hostiles à la Flandre. Meuhnon, Christian, je l’aime, moi, la Flandre ! J’écoute même des Flamands de droite traditionnelle qui ont fréquenté des gens de la NSV et qui me disent que ce sont des «echte nazi’s». Personnellement, je suis encore gentil, je traduis «véritables nazis» par «néo-nazis». Et j’argumente. Parce que, sauf s’il y a un standard spécial à appliquer à la Flandre, les gens qui commémorent des nazis condamnés qui se sont promenés à Auschwitz, guidés par des Gauleiters allemands, ou d’autres qui ont fréquenté Himmler et le trouvaient si sympathiques, j’appelle ça des «néo-nazis». En réalité, peu de néo-nazis en Europe osent aller commémorer de telles figures. La soi-disant «exception flamande» est d’ailleurs une insulte aux résistants flamands, et à l’honneur de la Flandre qui a, elle aussi, combattu le nazisme et souffert de l’occupation, d’arrestations arbitraires, de meurtres de civils…

Récapitulons, cher Christian. La NSV est une organisation qui, dans les années 90, prônait ouvertement «Eén volk, één staat, één identiteit, één etnie.» (Un seul peuple, un seul état, une seule identité, une seule ethnie). Et qui, si elle s’est faite discrète de ce côté-là, n’hésitait pas à vendre des t-shirts avec croix celtique blanche sur fond noir, dans le plus pur style… euh… oups… on n’a pas le droit de le dire… euh… j’hésite… pouf… néo-nazi ! (Oh, pardon, c’est sorti tout seul). Dans ses statuts, il est question de «faire correspondre la communauté culturelle et l’État» mais aussi d’exiger «l’amnistie inconditionnelle» pour tous les collaborateurs. Et en premier, le nazi August Borms, commémoré chaque année. De plus, dans la plus pure tradition du «premier fasciste flamand», Joris Van Severen, la NSV se réclame du solidarisme, tout comme le parti francophone Nation qui manifeste de temps en temps avec la NSV. Pour ces fascistes francophones (et là, bizarrement, personne ne me reprochera la qualification de «néo-nazis»), «la jeunesse que nous représentons est solidaire de toutes les jeunesses qui se battent pour leur identité. […] Le thème identitaire mais aussi social [de la NSV] (Flamand, Social (sic) et National (aille) ) rencontre totalement la ligne politique de Jeune Nation. Et enfin, nous y étions en soutien de nos camarades solidaristes de la N-SA avec lesquels nous nous étions organisés en groupe commun d’une cinquantaine de militants.» 

Ah oui, merci aux fascistes francophones de me rappeler les liens entre la NSV et la NS-A. Cette dernière, plus ouvertement antisémite, qui comprend quelques fieffés négationnistes, et dont une émission de la VRT (Koppen) avait révélé le caractère fieffément nazillard, comme le rappelle cet article en néerlandais de Flandre, défilait donc avec la NSV. Ils ont aussi organisé des «formations» ensemble. Mais ta-ta-ta-ta, Christian Laporte a décrété que, si Vuye l’a dit, la NSV est parfaitement recommandable ! Et tant pis si le 14 février de cette année, la NSV et le Voorpost (milice du Vlaams Belang, ultradroite nationaliste, identitaire, fasciste, solidariste et néo- tout ce qu’on veut) organisaient un petit événement «contre le 50e anniversaire de l’immigration [marocaine/turque]» qui «a amené plus de mal que de bien et ne mérite pas d’être célébrée».

Que Hendrik Vuye se paye notre tête, on peut encore l’admettre, même si cela me semble démontrer la méconnaissance crasse du phénomène de l’extrême droite de la part d’un professeur d’université spécialisé en affaires politiques. Mais que Christian Laporte, journaliste, antinationaliste, s’y laisse prendre, ça laisse tout simplement pantois !

L’anniversaire d’Hitlerun chouette moment estudiantin Allez, voici le dessert. En 1998, Franck Vanhecke (Vlaams Belang) écrivait dans le magazine d’extrême droite Dietsland-Europa que le Vlaams Blok recrutait ses mandataires et son personnel presque exclusivement «parmi des anciens, ou des actifs, d’organisations comme la NSV, le Voorpost, la VNJ, Were Di», etc. Were Di, fondée par un des participants, en 1951, au Congrès pour la refondation du nazisme à Malmö, Karel Dillen (également fondateur du Vlaams Blok) est considéré comme un des pôles de réflexions néofascistes en Flandre. Mais bon, la NSV, c’est évidemment une exception. Et Christian et Hendrik me répondront probablement qu’il y a des nuances entre Were Di, le Voorpost et la NSV qu’un francophone ne peut comprendre. Je suppose que ça a trait à l’inclinaison du drapeau lorsque l’un ou l’autre célèbre les SS flamands ou leurs leaders. Il faut parler néerlandais avec l’accent autrichien pour comprendre. Qu’est-ce que ça peut être con, un francophone ! Con, au point de se demander pourquoi chaque année, la NSV participe à un «Kristalnachtcantus», ce qu’on appellerait chez les étudiants de l’ULB, un «thé dansant de la nuit de cristal»

Et à propos de «tolérance flamande» soi-disant très large et incompréhensible en «Wallonie», voici quelques extraits du magazine étudiant Dwars à propos des trente ans de la NSV: «En 1989, la NSV a fêté le centenaire de la naissance d’Hitler. […] Une trentaine d’étudiants ont fait le salut hitlérien au local habituel de la NSV. […] Il y eut un moment de panique quand l’un des membres présents a sorti une chemise de SS en parfait état de sous son gilet […] le propriétaire du lieu, ex-président de la NSV, s’était vêtu pour l’occasion d’un t-shirt du Ku-Klux-Klan.» De grands démocrates, hein Christian ! Ou des jeunes fous. Petite précision, les détails (salut hitlérien, etc.) proviennent non pas du petit magazine étudiant, mais bien du Morgen, un journal tout ce qu’il y a de respectable (et de flamand). Dwars nous explique encore : «le 10 novembre 2003, la NSV Gand a organisé une soirée […] qu’elle coupla elle-même, et expressément à la Nuit de Cristal.» Il s’agit bien de celle du 9 novembre 1938, qui fit plusieurs milliers de morts en Allemagne et en Autriche. Il y eut aussi une nuit similaire à Anvers, en 1941, où les vitrines de 200 boutiques juives furent brisées. Mais peut-être la NSV voulait-elle rendre hommage à ces victimes juives ? Eh ben non. Selon Dwars, la NSV avait invité le groupe Standrecht, dont les paroles sont… euh… je vous laisse découvrir : «Orgie sanglante pour la race aryenne / Heil, heil / Guerre, guerre totale / Vous les chiens juifs, je vous déclare la guerre totale». 

(Je rappelle donc que le très respectable Christian Laporte me reprochait d’avoir qualifié la NSV d’organisation néo-nazie… Fin de la parenthèse)

Marocains, Juifs, fransquillons, Nègres… Dwars cite ensuite un extrait de l’hymne officieux de la NSV « Un amada [extr. gauche], un Marocain et un Nikérian [nigérian] / un communiste, un étranger, on les envoie tous dans leur caisse [cercueil] / un sale juif, un maoïste, un fransquillon, un socialiste, la télé publique et le syndicat, on les écorche jusqu’à l’os.»

Mais c’était hier. C’est vrai qu’aujourd’hui, ils n’organisent plus le thé dansant de la Nuit de Cristal. Enfin, pour tout dire, ils ne l’organisent plus le 9 ou le 10 novembre, mais en décembre (en 2012, c’était le 20 du mois.) Ouf, ils sont devenus fréquentables ! Heureusement, parce que Dwars reprend des extraits de leurs revues, notamment Signaal, la traduction néerlandaise du tristement célèbre Signal, le magazine nazi d’occupation : «L’essence du peuple se trouve dans la race, et en ce qui nous concerne, la race nordique. Le caractère d’une race définit la culture et le développement d’un peuple […] pour assurer la survie de notre culture et de notre peuple en tant qu’unité organique, il faut garder la race pure.» Bon, ça date un peu (1981).

Cela dit, en 1996, on trouvait encore dans leur littérature : la culture nègre n’est pas seulement différente de la culture blanche, elle est aussi moins avancée et inférieure.» Accrochez-vous pour la suite : «Cette infériorité est la suite de l’inadéquation physique du cerveau nègre en matière de concepts abstraits.» Petit détail, toujours selon Dwars, l’éditeur responsable de l’époque était le président de la NSV Dieter Van Parijs qui passa ensuite au Vlaams Belang. Dwars évoque aussi le président de la NSV Hasselt, Thierry Vanroy, qui déclara en 2006 : «Une fois que la démocratie aura implosé dans le chaos, j’espère qu’il y aura une main de fer fasciste pour reprendre le flambeau», prenant Franco, Mussolini, Hitler et Degrelle pour exemples politiques. Rien d’étonnant, puisque sur le blog Euro-Synergies, l’on trouve aussi bien des invitations à des événements de la NSV, de la sulführeuse NS-A et… un texte sur la fuite de l’effroyable nazi croate Ante Pavelic, qui évoque les massacres des méchants communistes yougoslaves et ne dit pas un mot de la terreur abominable installée par les oustachis de Pavelic qui s’amusaient, par exemple, à ouvrir le ventre des femmes serbes ou juives enceintes, à ôter le fœtus, à le remplacer par un chat, puis à recoudre. Mais bon, on me dira que je fais trop d’associations

D’ailleurs, Dwars précise qu’il serait caricatural «de dépeindre tous les membres de la NSV comme des racistes fascistes avec sympathies nazies». Mais note que la NSV ne fait pas beaucoup d’efforts pour se distancier de ce passé, au contraire. Du reste, «les textes explicites ci-dessus sur le mélange des races et la ‘culture nègre’ proviennent de publications officielles de la NSV.»

Prof mal adapté cherche faculté Évidemment, Hendrik Vuye se défend «je suis radicalement antiraciste et opposé à l’idéologie du Belang sous toutes ses déclinaisons. À deux reprises, je l’ai rappelé dans le Standaard et puis vous dire que cela ne m’a pas valu que des réactions positives (sic) Alors, pourquoi toujours revenir avec cela ?» Ben, en ce qui me concerne, disons qu’être opposé «au Belang sous toutes ses déclinaisons» n’est pas très cohérent avec le fait d’aller donner une conférence dans la pépinière radicale du même Belang ! Il faut dire que Bart De Wever lui-même est allé donner des conférences chez ces petits bras levés. Apparemment, cette tolérance reste de mise à la N-VA. D’ailleurs, «ce n’est donc pas une association interdite, encore moins ‘Blood and Honour’», insiste le professeurJe dirais : manquerait plus que ça ! 

N’empêche, je le répète, si monsieur Hendrik Vuye veut enseigner en communauté française, qu’il se présente à la N-VA ne peut poser aucun problème, sinon des questionnements sur sa ‘sincérité’ et sur le fait d’adhérer à un parti wallophobe — si, si, la N-VA est un parti wallophobe, qu’on arrête de nous prendre pour des décérébrés ! — quand on enseigne en Wallonie. Mais ce questionnement appartient au recteur, et la liberté de choix politique du professeur, à lui-même. En revanche, il serait logique qu’on le prie de s’adapter à l’environnement qui le paye. Ce serait le minimum de cohérence de la part d’un monsieur qui adhère à un parti qui prétend mettre chacun chez soi avec «sa» culture et «sa» démocratie ! Et dans l’environnement francophone, il existe un cordon médiatique et scolaire. Il est évident que «chez nous» (pour utiliser la dialectique nationaliste, même la plus modérée) donner une conférence à l’extrême droite, ça ne se fait pas. Point. À l’ULBc’est un motif d’exclusion. Dans la plupart des écoles aussi. Mais parce qu’Hendrik serait flamand, on devrait faire autrement ? Pour ne pas blesser l’orgueil de Bart De Wever ? Pour être «gentil» avec les Flamands ? Pour mieux comprendre les associations bizarres qu’on nous vend comme «normales en Flandre» ? Parce qu’en Flandre, on fait comme ça ? Eh bien non. En Flandre, ça choque aussi ! La plupart des informations ci-dessus viennent bien de Flandre.

Mais Christian Laporte n’a apparemment pas compris ça. Il n’a pas compris qu’aimer la Flandre, c’est justement détester ce qui la salit, le lui dire, et soutenir ceux qui, en Flandre, baissent la tête quand ils entendent qu’un constitutionnaliste flamand qui enseigne en Wallonie ne trouve rien de mieux que d’aller faire ses laïus dans des cercles nostalgiques. En utilisant, comme on le voit sur la photo, la version française de la Constitution belge, pour bien insister sur le fait que la version néerlandaise (sortie le lendemain de la française, on peut en voir une copie au musée Bellevue) n’a eu force de Loi qu’en 1967. Une manière d’entretenir la haine du fransquillon, ou pour mieux dire, la francophobie. Pour un prof payé par l’enseignement francophone, c’est un comble… La question est : jusqu’à quel comble du comble la susceptibilité des francophones doit-elle s’abaisser pour seoir à l’exigence flamingante de nettoyage du passé, de révision de l’Histoire, de tolérance au fascisme qui nous voue, dans ses chants anciens, à être «écorchés jusqu’à l’os» ? 

Ou alors, si la NSV est si tolérable, je suggère que La Libre lance dès maintenant une série d’articles bien torchés pour inciter, prier, forcer nos chaînes de télé de/à donner la parole au Parti Populaire, qui est suspect aussi, dirons-nous, mais toujours moins islamophobe que la NSV, sans compter qu’il ne célèbre pas d’anciens nazis ni n’insulte la mémoire avec des thés dansants spéciaux «Nuit de Cristal». Comprendre ces Flamands-là, Christian ? Respecter cette Flandre-là ? Oh non ! Celle-là, je ne la respecterai jamais ! Pas plus que je ne supporterais qu’un Wallon la prie de respecter Degrelle. À bon entendeur, Houzee, comme le criait Staf De Clercq, le Pétain flamand, et comme le crient encore aujourd’hui les membres de… tiens, de quoi ? Mais de la NSV, évidemment !

 

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