Le harcèlement de la journaliste de France 2 Brigitte Boucher est la dernière incartade des palestinistes (1), notamment de LFI. Et le silence assez général de la profession fait froid dans le dos.

Le 21 février, Brigitte Boucher a été accusée de « négationnisme » sur antenne pour avoir repris la députée LFI Danièle Obono lors d’une interview où celle-ci martelait que « l’État d’Israël commet en ce moment un génocide ». La journaliste l’a alors interrompue : « on ne peut pas parler de génocide, c’est un terme qui n’est pas reconnu par la communauté internationale. »
En réponse, la députée LFI l’a accusée de « négationnisme », un délit pénal passible de 75 000 euros d’amende et trois ans de prison lorsque la personne qui le commet est « chargée d’une mission de service public […] dans l’exercice […] de sa mission » pourvu qu’un tel crime soit « reconnu par une juridiction française ou internationale » — ce qui n’est heureusement pas le cas. Mais c’est ce que tentent d’obtenir ces mêmes palestinistes.
L’élégance d’une virago
À l’appui de ses affirmations, Danièle Obono prétendait que « tous les experts sur la question du génocide et des spécialistes de la Shoah » affirmeraient qu’Israël commet un « génocide » à Gaza. Un texte suffit pour démontrer que c’est faux : 507 experts en génocide, et non des moindres, le contestent. L’interview terminée, Danièle Obono a tweeté ses « preuves » et conclu avec l’élégance d’une virago « Brigitte Boucher, journaliste lambda (sic) : ce n’est pas un génocide ». Ce tweet est partagé 1 600 fois.
Brigitte Boucher tweete à son tour : « Aucune juridiction internationale ne reconnaît un génocide à Gaza ni la CIJ [Cour Internationale de Justice NDLA] ni la CPI [Cour Pénale Internationale NDLA]. Le journalisme de faits. L’information n’est pas une opinion. »
Dans n’importe quel autre cas, pour n’importe quelle autre tragédie humaine, cette réponse aurait été généralement admise comme — au choix — recevable, évidente ou déontologiquement fondée. Parce que si, dans l’exercice hautement périlleux de l’interview, on permet aux invités de lancer des accusations gravissimes sans les modérer, on laisse le champ libre aux pires dérives. On se rend même complice de leur propagation.
Amnesty à la barre
Sauf qu’ici, il s’agit d’Israël. Et de fanatiques qui n’admettent aucune opinion divergente à la leur. Alors, rapidement, la toile s’affole, assimilant Brigitte Bouchez à CNews, « confirmant » son « négationnisme », l’assimilant au nazisme, à « la néofasciste Knafo », la qualifiant d’ignorante ou de vendue. Quelques suspects usuels s’y joignent. Le député Aymeric Caron, la députée européenne Rima Hassan, le juriste Johann Soufi, sans compter Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, qui en perd sa grammaire et ses accents : « Cette journaliste a tort. […] Il n’en (sic) revient pas a la journaliste de censurer (sic) ses invites dans la mesure ou ils ne commettent pas de crime. Et qualifier un Etat de genocidaire, juste (sic) a preuve du contraire, ce n’est pas encore un crime en France. En effet, pour des centaines d’experts a travers le monde : le genocide des Palestiniens est un fait etabli. »
On l’a vu, des centaines d’autres experts estiment pour leur part qu’il n’y a pas génocide. Ce qui permet déjà de conclure qu’Amnesty a perdu toute neutralité. Et donc, toute crédibilité. On notera d’ailleurs que rien ne va dans ce tweet : il n’y a pas eu « censure » comme l’affirme Madame Callamard (une prérogative d’État), mais bien modération, et la seule qui ait accusé l’autre d’un « crime », c’est la députée Obono !
La profession aux abonnés presqu’absents
Dans la foulée, plusieurs comptes sur X appellent aussi au licenciement de la journaliste, comme l’enseignant-économiste-journaliste Gilles Raveaud, qui s’adresse à France Info en ces termes : « ce n’est PAS POSSIBLE que cette personne reste à votre antenne ». Étonnant : c’est exactement le traitement que Donald Trump réserve aux journalistes qui le critiquent !
Finalement, la SDJ de FranceInfo TV intervient, mais dans un style étonnamment vague et dégagé, sans même citer la journaliste ciblée — un anonymat exceptionnel au vu des interventions précédentes de la Société des Journalistes.
Heureusement, de nombreuses personnalités et journalistes apportent leur soutien à Brigitte Boucher, comme Sophia Aram, Nathalie Loiseau (députée européenne Horizons), le journaliste Jérôme Godefroy ou encore Raphaël Enthoven. Mais sauf erreur, on n’ai pas vu beaucoup d’autres journalistes s’en mêler.
Contre-expertise
On notera que Danièle Obono, et les palestinistes qui réagissent à sa suite, citent en référence de leur accusation de génocide un papier publié dans le New-York Times par le professeur Omer Bartov, dont ils précisent systématiquement qu’il est juif et israélien — sous-entendant que cela lui octroierait une crédibilité supérieure — ai-je rêvé que Dieudonné utilisait, lui aussi, des Juifs antisionistes pour renforcer ses démonstrations antisémites ?
En réalité, on l’a vu, de très nombreux experts en la matière, de tous horizons, ne partagent pas cette opinion. Stefan Talmon, par exemple, professeur de droit émérite invité dans des universités du monde entier, de La Haye à Cambridge, de Colombus à Xiamen. Il a surtout maintes fois plaidé à la Cour Internationale de Justice. Et pour la CIJ, pour qu’il y ait génocide, il faut que seule la volonté d’éradiquer une population explique les actes visés. Or, les buts de guerre déclarés par Israël expliquent très bien tout ce qui s’est passé depuis le 7 octobre 2023.
Le seul fait qu’il y ait des opinions contraires et même opposées chez les experts indique qu’il y a pour le moins débat. Logiquement, dans un débat qui précède une qualification de la Cour Internationale de Justice, une partie de la classe aura in fine raison, et l’autre aura tort. Ajoutons que la Cour n’agit pas sur base d’une enquête, mais d’une plainte de l’Afrique du Sud. Jusqu’à l’arrêt qu’elle émettra un jour, les deux parties n’auront guère plus que des opinions plus ou moins bien argumentées.
Le crime des crimes
Sauf que ce débat n’a rien de banal ni d’innocent. L’expression de l’opinion qu’il y a génocide, si elle n’est pas modérée, peut provoquer des dégâts humains massifs. Le génocide constitue, au moins symboliquement, le pire crime qu’on puisse commettre. En l’occurrence, c’est aussi la première fois qu’un État démocratique au sens occidental du terme est accusé aussi librement et fréquemment dans les médias de ce crime des crimes. Et pour la première fois également, c’est toute la population — les électeurs — d’un tel État, mais aussi tous ceux qui contestent l’usage du terme, qui sont accusés de complicité, au point que les Israéliens qui font leur service militaire sont présentés comme coupables d’office de crimes de guerre, voire pire ! Pour dire, même les soldats russes ne subissent pas un tel sort…
Au passage, des palestinistes préviennent déjà ceux qui contestent l’existence d’un génocide à Gaza qu’ils pourraient faire l’objet de lourdes condamnations au cas où une juridiction française ou internationale le reconnaissait. Et ils feront tout pour qu’une telle décision soit prise.
En amont de l’éventualité d’un tel arrêt, accuser un État démocratique comme Israël de génocide devrait faire l’objet d’un examen extrêmement sérieux, à charge et à décharge. Et dans un tel débat, une prudence absolue devrait être de mise. Car comme tous les mots galvaudés, le terme génocide peut tomber dans de très mauvaises mains et servir des objectifs épouvantables ! S’il avait existé en 1938, je ne doute pas une seconde que Goebbels l’aurait utilisé pour accuser les Tchèques et ensuite les Polonais de ce crime suprême envers les Sudètes et les Volskdeutsche, justifiant ainsi les pires excès et minimisant d’avance le génocide nazi. Pourquoi diable se serait-il gêné ?
Une accusation qui n’est pas sans histoire
Il y a également des raisons de se méfier de l’usage de ce terme dans le cadre de la guerre Israël-Palestine. Il a été infligé à Israël dès sa naissance : Naqbah (catastrophe) est un calque de Shoah. Depuis plusieurs décennies, l’accusation de génocide envers Israël est systématique à chaque nouvelle attaque initiée — généralement — par le Hamas. Elle lui a même été bien utile le 7 octobre 2023. Dès le lendemain, des palestinistes accusaient Israël de génocide, alors que leurs héros venaient eux-mêmes de mener une attaque qu’on peut aisément qualifier de « séquence génocidaire ». Ils effaçaient par là même leur propre crime et préparaient les raisons du suivant !
Accessoirement, cette accusation correspond aussi au plus infâme des fantasmes néonazis, qui vise notamment à minimiser l’éradication des Juifs d’Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale : « si les Juifs, une fois qu’on leur donne un État, commettent un génocide, Hitler n’avait-il pas, au moins, un peu raison ? » Et c’est dans la foulée de l’adhésion de nombreux nationalistes arabes aux thèses nazies, dès l’apparition du terme génocide, soit au moment de la discussion de sa définition à l’ONU en 1946, que les Saoudiens tentaient (déjà !) de le faire appliquer à l’Irgoun, mouvement terroriste israélien qui visait principalement, non pas un peuple, mais bien… l’armée britannique !
En 1948, les Syriens tentaient à leur tour d’étendre la définition aux expulsions de Palestiniens. Et en 2024, Amnesty International proposait de modifier la jurisprudence de la CIJ en la matière pour qu’elle puisse convenir à la guerre à Gaza. La boucle était bouclée.
À cet égard, un épisode révélateur mérite qu’on s’y arrête : Israël a aussi été accusé de génocide en 1982, lors de la guerre du Liban. Vous pensez alors automatiquement aux massacres de Sabra et Chatila ! Eh bien non ! C’était avant ceux-ci ! Principalement par les Soviétiques, qui tentaient alors de faire oublier leur terrible guerre en Afghanistan.
Des conséquences vertigineuses
Les conséquences d’une telle accusation sont inversement proportionnelles à la légèreté avec laquelle elle est désormais lancée. Elles expliquent l’utilité de la terminologie pour le Hamas, ses alliés et ses complices : si Israël a commis un génocide, cela n’implique-t-il pas qu’il faut démanteler l’État et expulser ses habitants juifs ?
On constatera que la montée en popularité de cette sentence va de pair avec l’incroyable tranquillité laissée aux militants et étudiants qui prétendent défendre une Palestine « from the river to the sea ». Autrement dit, l’éradication d’Israël. Qu’ils s’abstiennent d’évoquer les conséquences évidentes d’un tel projet n’a rien d’étonnant. En revanche, la rareté d’une telle analyse dans les médias est effarante.
Ces conséquences étaient pourtant étalées lors d’une conférence organisée par le Hamas en 2021 (déjà) : retour de tous réfugiés palestiniens (ou plutôt de leurs descendants) qui récupéreraient toutes leurs terres, ce qui implique évidemment l’expropriation des Juifs ; les militaires israéliens devront être abattus ; les civils en fuite seraient libres de partir, à moins qu’ils ne doivent être jugés pour leurs crimes. Aux « paisibles », on pourrait octroyer un délai avant leur départ. Mais les Juifs médecins, ingénieurs, technologues, eux, seraient sommés de rester, otages du nouvel État palestinien !
Voilà le sort que les palestinistes prévoient ouvertement pour les 7 millions de Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël. C’est un nettoyage ethnique en règle, avec de forts risques de massacres de masse. Or, cette épouvante, qui dépasse de loin les lois antisémites de Mussolini en 1938, des étudiants « de gauche » l’appellent aujourd’hui de leurs vœux, dans nos rues, au nom de « l’antifascisme » !
Le débat interdit
Voilà l’enjeu réel de ce débat qui ne peut donc avoir lieu parce que LFI et les autres palestinistes ont décidé que le terme « génocide » ne souffrait déjà plus la moindre contestation. Forts d’être parvenus, après des années de lutte et d’influence, à le faire monter jusqu’aux ONG autrefois les plus crédibles, comme Amnesty ou la Ligue des Droits humains. Ou, moins étonnamment, à l’ONU, où le lobby arabe dont on ne parle jamais s’avère en réalité bien plus efficace que le « fameux » lobby pro-Israël.
Ce sont autant de raisons qui doivent inciter tout journaliste qui se respecte à intervenir quand une personnalité tente d’imposer au public le terme de génocide, surtout si les mêmes personnalités s’abstiennent systématiquement d’évoquer les crimes du Hamas. Et de reconnaître le caractère génocidaire du 7 octobre 2023.
On notera au passage que ces accusations sont exprimées encore plus systématiquement et plus férocement par les palestinistes depuis l’arrêt officiel des hostilités — autrement dit, depuis que la guerre est à bas bruit et que la perspective d’une conclusion « génocidaire » s’éloigne à la vitesse grand V. Au rythme de « l’extermination » actuelle (277 morts en février — dont on ne connaît évidemment pas la qualité militaire ou non), il faudra un temps infini à Israël pour éradiquer les Palestiniens de Gaza, parce que ce chiffre est quelque chose comme trente fois inférieur à celui des naissances ! Une meute qui redouble de virulence quand elle a plus de mal à démontrer un fait, ne fait que dévoiler son jeu. Celui du fanatisme.
Le monde du silence
S’il peut y avoir débat sur la qualification de ce qui se passe à Gaza, on ne peut se permettre de laisser des fanatiques éructer sur antenne qu’il y a génocide. Au strict minimum, le journalisme doit rappeler que c’est une opinion, et non un fait. Et qu’un article, fût-il d’Omer Bartov, ne constitue pas une reconnaissance par la communauté internationale.
Mais ce qui devrait faire le plus peur — tout en étant le plus révélateur —, c’est le manque de soutien du monde journalistique « officiel ». La réaction ampoulée de la propre société de journalistes de Brigitte Boucher évite pieusement de la citer. Tandis que le syndicat européen des journalistes EFJ n’est manifestement dérangé ni par le cyberharcèlement de la journaliste de France 2, ni même par les éructations de Sophia Chikirou qui a, dans la foulée, assimilé des journalistes à « des nazis à petits pieds ». Alors que la même organisation vient de dénoncer le président du MR (parti de droite libérale belge) pour avoir partagé un tweet accusant les journalistes de la RTBF de « gestapisme ».
Comme si les assimilations au nazisme étaient normales quand elles viennent de gauche antisioniste. Et criminelles dans tous les autres cas. Tant qu’on en sera là, les Brigitte Boucher ne seront rien de moins que des journalistes en résistance face à un monde politique et médiatique qui fonce vers le pire non sans distribuer les bandeaux qui permettent l’aveuglement du grand public, avant la tragédie.
Après, ils pourront toujours dire « nous ne savions pas ». Ou rappeler qu’ils n’ont fait que suivre des journalistes. De ceux qui n’ont déjà plus que le silence pour profession !
(1) Palestiniste : militant « pro-palestinien » fanatique qui vise l’établissement d’un État palestinien en lieu et place de l’État d’Israël. Il se distingue notamment par une volonté d’imposer le débat palestinien à la place de tout autre.
Tant que vous êtes là…
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