jeudi, 14 octobre 2010

Heil Elio !

Ce n'est pas moi qui le dis, c'est un flamingant de première qui a sous-titré le célèbre épisode de la carte du fabuleux film «Der Untergang» pour faire passer les (partis) Francophones pour des nazis. Dans cette vidéo diffusée sur YouTube, dont j'ajoute ici le lien sous toute réserve, et uniquement à titre d'exemple, Hitler s'appelle Elio. Lorsque le général Krebs l'appelle «Mein Führer», les sous-titres traduisent «Elio». Juste avant, Krebs dit : «Nous pouvons encore rattacher Bruxelles à la Wallonie, mais l'Europe ne nous laissera pas les communes à facilités, sauf si nous achetons à nouveau le vote des Suisses au Conseil de l'Europe.» Elio/Hitler répond : «Si Bart De Wever cède, tout ça s'arrangera».  Jodl répond : «Elio, Bart … Bart a mis fin aux négociations».

Bart De Wever a bien sûr le beau rôle. C'est Steiner, le général qui a refusé d'obéir à Hitler, et fut libéré en 1948 de l'inculpation de crimes de guerre. Quand Hitler fait sortir tout le monde en demandant aux généraux Keitel, Jodl, Krebs et Burgdorf de rester, le sous-titrage affiche, à la place des noms des généraux : «Milquet, Javaux, Onkelinx et Magnette». Ils seront ravis : Keitel fut condamné à mort pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, Jodl de même ; Burgdorf et Krebs se sont suicidés dans le bunker du Führer.

Elio hurle alors à ses généraux : «C'était un ordre, vous deviez semer la propagande dans les journaux flamands. Ces conneries sur la solidarité et les clochers… jusqu'il y a peu, les Flamands avalaient ces couleuvres, mais nom de Dieu, que s'est-il passé maintenant ? De Standaard, De Morgen et la VRT ne marchent apparemment plus [là-dedans] .» Krebs rétorque : «Elio ('Mein Führer'), le SP.a et Groen sont toujours avec nous pour diaboliser la N-VA». Elio/Hitler : «C'est absurde ! Ils ont tout avalé jusqu'à aujourd'hui. Tout. Que Leterme n'était pas à la hauteur, qu'il fallait des compensations pour BHV, qu'ils étaient des racistes et des fascistes quand ils nous contredisaient. C'était comme s'ils le croyaient purement et simplement. Et maintenant, j'entends que Bart De Wever progresse encore de 5 %. Jusqu'où cela va-t-il aller ? On va finir par devoir vivre dans un pays au fonctionnement démocratique. Une majorité de 60 % qui peut décider au Parlement. Nous, qui incarnons la culture française, sommes évidemment plus importants et avec 40 %, nous fournissons la moitié des ministres, et que demandent-ils en retour ? 12 milliards d'euros par an, ce n'est quand même RIEN ? Tu as voté N-VA, peut-être ?»

Elio/Hitler s'apaise. Avec une homophobie de bon aloi, le concepteur du sous-titrage porte l'estocade : «Les Flamands ne sont plus des Jeannettes. Nous allons devoir vivre avec le fait qu'ils (nous) sont égaux. Ça a échoué. La Belgique devient démocratique. Un homme, une voix sans barrière et sans parité… avant qu'on en arrive là, j'arracherai un corridor à l'incendie.Et je ferai un deal avec Sarkozy à l'Élysée».

Voilà une production d'un certain «vlonnu». Si nul ne peut le rattacher à un parti, le message diffusé est conforme à l'opinion véhiculée aujourd'hui par de nombreux personnages de la N-VA et du Vlaams Belang. La comparaison entre Elio Di Rupo et Hitler n'est pas une première dans la mythologie flamingante, mais jamais à ma connaissance, elle n'a été évoquée avec autant de force et, allez, j'ose le jeu de mots qui tue : de führer. Si les Francophones veulent comprendre le mode de pensée du flamingant de base aujourd'hui, voilà, j'ai traduit, c'est fait.

Dans mon «roman réel» Walen Buiten, un commentateur de télé dit à un moment assez violent «Mais qu'est-ce qui nous arrive ?». J'ai écrit cette phrase en 2008. Je ne pensais pas que cette idée me viendrait à l'esprit avec autant de violence deux ans plus tard. Je ne pensais pas que le «roman» avait autant de chances de devenir «réel». Aujourd'hui, l'hystérie est au coin de la rue, autant le savoir.

 

Merci à L.J. qui m'a transmis le lien vers cette vidéo.

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Umanité, et le Flip.

Sur le blog de «notre» vidéo «Do you want to know more about Belgium» sur Viméo, quelqu'un a laissé un mot. Il disait de regarder la vidéo d Uman feat. Flip Kowlier, «Bienvenue en Belgique». Où l'on découvre que dans ce pays polyglotte, on parle aussi bien français que westvlaams. Et où l'on découvre aussi que le westvlaams, s'il n'est pas très adapté à la chanson d'amour, fontionne parfaitement bien dans le rap. Même mieux que le français (désolé, hein Uman, c'est pas ta faute, ton rap est nickel chrome). C'est dur, rugueux, et près de l'os. Flip Kowlier nous invite dans son bled. On y est bien.

C'est umaniste, juste, carré, décalé. A échanger, à acheter, à répandre. On me demande de regarder ? Non, j'ai besoin de faire mieux que ça : diffuser. Bienvenue in Balgië. Un Flip pour un flip.

ORIGINAL UMAN feat. FLIP KOWLIER - "BIENVENUE EN BELGIQUE" (tweetalig) from CHRONYX TV on Vimeo.

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mardi, 12 octobre 2010

Pourquoi la Belgique va disparaître.

En 1999, le Parlement flamand a voté cinq résolutions qui décidaient de l'avenir de la Belgique. Sans consulter les Francophones. À ce moment-là, les partis du Sud auraient dû porter plainte à la Cour d'Arbitrage (actuelle Cour Constitutionnelle) parce que les parlements régionaux ne peuvent pas, constitutionnellement, voter des «résolutions». Le choix de ne pas voter de décret sur le thème de la structure de l'État belge s'explique d'ailleurs pas le fait que le Parlement flamand n'était pas, et n'est toujours pas compétent pour décider de notre avenir commun. Le vote de ces résolutions, soutenu par la quasi-unanimité du Parlement flamand à l'époque, avait tout d'un pacte de sang : voici ce que nous voulons, et que nous exigerons des Francophones. Ces résolutions sont l'un des actes les plus antidémocratiques jamais posés en Belgique. Les Francophones ont cru à une crise passagère, et l'on voit aujourd'hui que, pression nationaliste aidante, ils ont eu tort.

Depuis 2007, Leterme, De Wever, Kris Peeters, Jan Jambon, n'ont eu de cesse que de faire accepter ces résolutions par les Francophones. Les principes ? Une autonomie proche de l'indépendance pour la Flandre. Et pour les autres régions ? Rien. C'est là que le bât blesse. Étant donné que Bruxelles est déjà défavorisée aujourd'hui dans le cadre fédéral belge très concurrentiel (une vision particulière : depuis le début du fédéralisme, la Région bruxelloise est passée de 8% à 22% de chômeurs), ce que proposent les partis flamands ne peut être qu'un pire. En réalité, il s'agit de soumettre l'ensemble du pays aux besoins économiques de la seule Flandre. La «responsabilisation» le montre bien : on amenderait les régions qui ne parviendraient pas à remplir certains objectifs de mise à l'emploi. Sachant qu'on ne met pas les gens au travail sans de lourds investissements (et l'exemple de l'Irlande ou des Länder d'ex-Allemagne de l'Est montre que même ça, ce n'est pas toujours suffisant), et que les leviers politiques ne sont pas forcément en mesure de résorber le chômage (sinon, il n'y aurait pas un chômeur nulle part), amender les régions qui ne parviendraient pas à se redresser toutes seules revient à les enfoncer encore quand elles sont en difficultés. Je passe sur le fait que parler systématiquement de «responsabilisation» quand on est un politicien flamand qui parle des Francophones à la Flandre donne l'impression que les Francophones sont des irresponsables.

Mais le principal n'est pas là. Le fait que le MR devrait examiner de près aujourd'hui, c'est que les Flamands (politiciens) n'ont pas compris une chose fondamentale : on n'obtient rien si une négociation ne peut mener qu'à l'étouffement de la partie adverse ou présentée comme telle. Or, les prétentions flamandes suite aux résolutions de 1999 ne sont pertinentes que pour la Flandre. Et donc, elles ne passeront jamais, lisez bien «jamais» au sein de l'État belge. Le résultat ? Si les partis flamands continuent à exiger que les Francophones adoubent leur dogme de la réforme de l'État (alors que 30 % des Flamands y sont opposés, malgré le battage médiatique et politique dont bénéficie ce dogme, un véritable matraquage depuis trois ans), ils n'obtiendront que l'immobilisme absolu. En fait, en voulant le meilleur, ils vont droit au pire, une scission, la perte de Bruxelles, et probablement des communes à facilités. Et des problèmes susceptibles d'amener une certaine violence, ou du moins une oppression policière, comme l'expropriation du Parlement flamand de Bruxelles, qui ne peut se faire que militairement. Pour rappel, le local de la N-VA s'appelle «De Barricade».

Wouter Beke, actuel président du CD&V n'a soit pas compris l'enjeu, ou soit n'est pas capable de se mettre dans la peau d'un négociateur francophone. Parce qu'hier, il disait qu'un homme qui prône l'élargissement de Bruxelles ne peut pas devenir premier ministre, parce qu'il touche au principe de territorialité établi, selon lui, par la Constitution. Or, aux articles 4 et 7, celle-ci prévoit la modification des frontières de régions et des frontières linguistiques. Il n'y a donc rien d'inconstitutionnel à proposer un élargissement, au contraire, c'est le bon droit des Francophones, et un gouvernement belge ne s'entend pas sans Francophones. L'on voit dans cette réaction à quel point les partis flamands fonctionnent en vase clos autour d'une obsession dogmatique dont on ne les fera probablement plus changer. Ils n'obtiendront donc rien par la négociation, puisqu'ils ne laissent pas d'espace aux demandes d'autrui. Et ils n'obtiendront rien par la brutalité d'un dépôt de Loi au Parlement sans recourir à des techniques juridiques relevant du coup d'État. Ce n'est qu'en se libérant de la Note Octopus et des Cinq Résolutions que les politiciens flamands peuvent encre obtenir une plus grande liberté d'action sur leur soi-disant «territoire». Le seul espoir pour la Belgique serait donc que les partis flamands apprennent que leurs vues ne sont pas les seules, et qu'on ne conçoit pas de (con)fédéralisme tout seul dans son coin. Cette leçon-là, ils ne sont apparemment pas près de l'apprendre. On l'a bien vu ce week-end au Zevende Dag : tous les partis flamands sont d'accord pour dire que le chemin le plus court vers une scission de BHV est la négociation, et tous sont d'accord de mettre, dans dix jours, la Loi imposant scission de BHV à l'agenda de la Chambre, alors que les trois années précédentes ont bien montré qu'une telle loi bloquait les… négociations. Certains se demandent si toute la classe politique flamande est folle. Non, elle n'est pas folle, mais elle tourne fou !

La réalité, c'est qu'à fonctionner autour de pensées uniques, elle est en train d'amener le pays à sa fin, n'en déplaise à Louis Michel. Dans une chronique parue en 2008, Jean Quatremer relevait ce qu'aucun journal francophone belge n'osait dire à cette époque : «il n'y a rien à négocier». Deux ans plus tard, l'histoire lui donne raison, lui à qui d'aucuns reprochent de ne pas parler néerlandais. Petit à petit, les consciences s'éveillent en région francophone, mais peut-être pas encore assez : alors que le PS a compris que le blocage ne venait pas uniquement de la N-VA, mais bien de l'ensemble du système politico-médiatique flamand, le MR joue un jeu purement politique, pratiquement électoraliste, et flirte avec l'indécence en tentant de tirer la couverture à lui alors qu'il a un rôle bien plus intéressant à jouer. Didier Reynders, le jour où vous serez premier ministre de la Belgique, la Flandre ne fera plus partie de ce pays. Louis Michel, une population a le droit de savoir quand un pays est au bord d’un gouffre institutionnel et pourquoi — et en passant, vu l'isolement que vous avez imposé à l'Autriche pour avoir mis Haider au gouvernement, l'on est choqué de voir que la proximité de la N-VA et du VVB qui va commémorer August Borms et Staf De Clercq ne vous dérange pas plus que ça. Charles Michel, le jour où les partis négociants vous donnent le contenu de la négociation avec les partis flamands, celle-ci est définitivement morte.

Et enfin, à tous trois, faire les yeux doux à De Wever, c'est exactement ce qu'a fait Elio Di Rupo en juin. Vous tombez dans le même panneau, et vous discréditez les Francophones, en apportant, face caméra, au public flamand, l'illusion que la N-VA est un parti avec lequel on peut obtenir quelque chose, tout en approuvant implicitement le dogme flamingant de la réforme de l'État que vous ne pourrez jamais leur offrir réellement, parce que les conditions signeront la mort clinique de la Wallonie et l'annihilation de la Région bruxelloise.

Arrêtez aussi de nous faire croire que la méthode est mauvaise. Ce qui est mauvais, ce n'est pas la méthode, c'est le dogmatisme du Nord, et ça, vous n'y changerez rien, même pas en faisant manger des émincés de fricadelles de Malines (Vlaanderen) à la truffe d'Albe (Padanie) chez Bruneau à Bruxelles (Hoofdstad van Vlaanderen). Alors, oui, la nation belge n'a, sans changement radical de la classe politique flamande, aucun, mais alors aucun avenir. J'avais proposé un resserrement des rangs autour des partis démocratiques du Nord et du Sud, mais il faudrait pour cela que le CD&V revienne à une position quatre fois moins radicale, et ça n'arrivera pas. La seule question qu'on se posera, au moment de la scission, ou quand les premiers troubles apparaîtront, sera : «les membres du CD&V, ainsi que certains de l'Open VLD avaient-ils conscience qu'en agissant comme ils le faisaient, ils ne laissaient pas la moindre chance de survie à la Belgique ?»

Autrement dit, comme les Afrikaners de l'époque de l'Apartheid, où des démocrates ne comprenaient pas ce que les étrangers leur voulaient, tant l'Apartheid était présenté comme une valeur positive pour les Noirs ; comme les Serbes de Milosevic qui se croyaient agressés par les musulmans, les Croates et les Kosovars, la Flandre ne fonctionne-t-elle pas aujourd'hui en vase clos, aveuglée par ses propres légendes et sa propre interprétation de la démocratie, des droits de l'homme et des minorités, et donc par une vision de l'Europe qui fait purement et simplement abstraction de ses droits fondamentaux ?

À titre personnel, je réponds «oui» pour les députés flamands les plus sincères (et même pour Siegfried Bracke). Les autres, je réponds «non» (Jambon, Bourgeois, De Wever): ceux-là savent parfaitement ce qu'ils font. Ça s'appelle casser un pays.

Hier, dans Reyers Laat (VRT), Siegfried Bracke était interviewé sur sa prestation sur RTL-TVI. On parlait de la chaîne comme d'une télévision étrangère, où l'on pose des questions étranges, où l'on présente la N-VA de façon bizarre ("impressionnante"). À pied, il faut cinq minutes pour aller de la VRT. Politiquement, des années-lumière. Il n'y a plus de Belgique médiatique. Il n'y a plus de Belgique politique. Il y a toujours des Belges, toutefois, et il y en a beaucoup. Mais ils ne manifestent pas, ils ne protestent pas, ils ne regimbent pas. Dans deux ans, cinq ans, ou dix ans, on dira probablement que les Belges, autrefois citoyens heureux dans un pays de cocagne, auront perdu leur pays par négligence.

Dans quelques jours, vous irez visiter l'exposition «L'Amérique, c'est aussi notre histoire» à Tour-et-Taxis. Vous y entendrez une citation de Toqueville qui mérite qu'on s'y attarde : «Ce qui menace la société, ce n'est pas la corruption de quelques-uns, c'est le relâchement de tous». À méditer.

 

Voilà ce qui arrive quand on écrit des chroniques tout en faisant mille autres choses. J'ai écrit «Koen Wouters, le président du CD&V» alors que c'est bien évidemment Wouter Beke. Koen Wauters (avec «a») n'a rien à voir dans l'histoire, c'est le chanteur de Clouseau ! À ma décharge, pendant que j'écrivais, je travaillais sur un mixage musical… en néerlandais. Merci à Michel Henrion qui me surveille du coin de l'œil. Autre coquille, j'avais écrit que Siegfried Bracke était sur Terzake hier, alors que c'était dans Reyers Laat, programme de la même chaîne VRT.

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vendredi, 08 octobre 2010

Elio ! Elio ! Prends Didier de nous !

Le MR pousse au portillon. Fort. Reynders, Michel, les grosses pointures sont lâchées. C'est sûr, elles vont résoudre la question. Un déjeuner chez Bruneau et quelques autres recontres gastronomiques auraient ouvert des pans de tolérance à la N-VA. Côté droits des Francophones, Olivier Maingain critique (à juste titre à mon avis) la trop grande souplesse d'Elio, qui a cédé à la grrrrrrande réforme avant même de commencer à négocier sérieusement. Comique : c'est exactement ce que font Reynders et Michel quand ils parlent dans les médias flamands. La stratégie est toutefois différencte. Le MR part du principe (apparemment) qu'en donnant à la Flandre la grrrrrande réforme copernicaine, ils obtiendraient des droits pour les Francophones de la périphérie, voire un élargissement de Bruxelles. Pas con, en apparence.

Sauf que la N-VA et le CD&V n'ont en aucun cas l'intention de céder des choses aussi symboliques. Et ce qui arrivera, si le MR remplace, mettons le CDH et Ecolo dans la négociation, c'est qu'on se retrouvera bloqué à nouveau dans quelques semaines. Car pour la N-VA, la perspective de revoir les libéraux arriver dans les négociations est alléchante : contre une Milquet qui n'est plus tout à fait madame non, ils auraient un Maingain qui est toujours présenté par certains (y compris à la VRT) comme pire que le Vlaams Belang. C'est vrai que le FDF organise chaque année une commémoration à Degrelle devant 5.000 Wallons collabos (smiley ici). La N-VA aurait aussi un MR qui ne peut que soutenir les élus de Flandre (comme Van Eycken), et les Bruxellois francophones, et serait hué s'il lâchait les trois bourgmestres et les droits citoyens, plus encore que ne l'est le PS. De quoi provoquer des crises encore plus crispantes que celle que nous sommes en train de vivre. Et de quoi démontrer à l'électeur flamand que décidément tous les Francophones sont des rabiques avec lesquels il est impossible de s'asseoi-a-a-ar. La francophonie est un cactus.

Ce qui me paraît étrange, c'est qu'aujourd'hui que le PS est arrivé à la conclusion que je prédisais en juin, à savoir qu'il n'y a aucune négociation possible avec la N-VA, le MR le nie toujours, pour des raisons probablement purement politiques. Or, il a un rôle à jouer aujourd'hui, fondamental, qui est celui de l'opposition constructive. À savoir, de dire ce que le PS ne dit pas, de critiquer les avancées des Francophones qui négocient (PS, CDH, Ecolo) un pays encore plus détricoté, et de mettre en avant un fédéralisme constructif. Autrement dit, de dire aux Flamands qu'ils sont fous de ne pas signer des deux mains ce que les négociateurs francophones leur proposent, et aux Francophones qu'ils sont fous de proposer tout ça aussi facilement. On appelle ça l'opposition. Elle est vitale. Au lieu de ça, on bat du vent dans tous les sens. D'un côté, on affirme qu'il ne faut pas faire peur aux Belges en évoquant la séparation (Louis Michel), d'un autre, on entre dans le jeu flamingant de l'article 35 (Didier Reynders). C’est en fait du grand n'importe quoi. Le plus comique, c'est que Reynders, qui a eu la place de chef des Francophones pendant 3 ans de crise, et qui sait de quoi la N-VA est (in)capable, arrive à reprocher au PS de ne pas opposer un projet francophone au projet flamand. Celui-ci étant né en 1999, on se demande ce que Didier a fait pendant tout ce temps !

Quand les partis francophones seront prêts à reconnaître que le nationalisme s'oppose à la doctrine démocrate, parce qu'il s'oppose à la doctrine du droit universel et inconditionnel à l'égalité pour tous citoyens, que les partis flamands majoritaires refusent d'entériner, et n'appliquent pas (Wooncode, la non-nomination des Bourgmestres, la Circulaire Peeters, le filtrage des habitants à Gooik, Overijse, Vilvoorde, etc., ainsi que la future Charte pour la Flandre, sans compter les projets d'apartheid social à Bruxelles), ils pourront enfin regarder la N-VA en face et progresser. Tant que cette reconnaissance n'aura pas eu lieu, du PS au MR, en passant par le CDH qui tergiverse et Ecolo qui a laissé Groen! imposer la N-VA dans son groupe parlementaire européen (pourquoi pas le VB tant qu'ils y étaient ?), les partis francophones joueront le jeu de Bart De Wever et continueront à lui donner des points.

Cela étant, s'il s'avère (comme je le pense) que nous ne sommes pas en train de négocier un gouvernement, mais bien un nouveau projet belge, il est parfaitement logique que la politique s'efface pour faire place aux idéaux. Et que je sache, tous les partis francophones partagent les idéaux européens, qui intègrent clairement le droit des minorités (et il est indispensable que les Flamands de Bruxelles et de Wallonie soient plus clairement intégrés dans ce projet qui ne peut pas être «francophone», mais bien universel, à plus forte raison s'il est émis par des Francophones. Il doit donc renforcer les «facilités spontanées» et prévoir un accroissement de l'offre culturelle et éducative des Flamands de Bruxelles et de Wallonie, y compris au niveau communal).

Il n'est donc pas illogique qu'on quitte la logique de la négociation gouvernementale, pour entrer dans une logique de refondation nationale. Et cela ne peut se faire sans le premier parti bruxellois, et sans la force majeure que représente le MR. Que tous ces ambitieux, de Di Rupo à Reynders, laissent tomber leurs rêves politiques, l'envie d'être le premier premier francophone depuis trente ans, on la comprend, mais le pays a besoin d'autre chose aujourd'hui. L'alliance de tous les partis francophones, sur base d'un projet commun, pouvant associer des partis néerlandophones non-flamingants (mais il n'en reste que deux, maigrissimes, le SP-A et Groen! — et encore, il y a des rabiques jusque chez les verts !), n'est pas illogique dans la perspective de la refondation. Ne dit-on pas que l'union fait la force ?

Mais tant qu'on en est à négocier politiquement (c.-à-d. tant que la négociation vise la mise en place d'un gouvernement et pas la refondation nationale), ce n'est pas envisageable : tandis que le PS tente une stratégie qui se résume à «on va vous donner quasi tout pour voir si vous êtes sincère», qui a montré le vrai visage de la N-VA, il est sain que le MR et le FDF restent en réserve, car eux seuls peuvent aujourd'hui revenir avec les exigences fondamentales et démocratiques des «partis francophones» : intégration à Bruxelles des communes qui le souhaitent, dans le respect de ce qui sera alors une minorité néerlandophone à protéger ; adéquation de la Flandre à la charte des minorités ; suppression de la circulaire Peeters ; maintien des droits juridiques des Francophones de BHV ; maintien des droits électoraux des Francophones de BHV. Je pense toutefois qu'il est aujourd'hui évident que tout ceci n'est pas admissible pour une équipe politique flamande qui a perdu de vue l'idée européenne, à force de laisser certains de leurs membres s'enfoncer dans les commémos nazies sous prétexte de patriotisme flamand.

Et donc, la négociation politique devrait faire place à autre chose. La N-VA propose de laisser le gouvernement en affaires courantes jusqu'en 2012 ? Pourquoi pas, au fond ? Vu que les Flamands ont décidé de ne plus former de nouveau gouvernement tant que les Francophones n'auront pas adoubé les résolutions unilatérales de leur parlement en 1999, il faudra bien un an pour réinstaurer le respect, et présenter un projet qui contre celui, nationaliste, antidémocratique (dès lors qu'il nie le droit au choix structurel des Francophones de ce pays) de la Flandre qui fait tant briller l'Europe, mais d'un éclat assassin. MM. les chefs de partis francophones, unissez-vous, dites ce que vous voulez pour le pays, et montrez donc à la Flandre qu'on peut être «francophone» et avoir un projet généreux, non communautaire, européen. Et si ça échoue, tant pis. On aura au moins un beau projet pour nous-mêmes.

Aujourd'hui, les représentants de près de 80 % des Flamands reconnaissent que la Flandre va vers une indépendance (une confédération est une association d'États indépendants). Il n'est vraiment pas temps de céder quoi que ce soit qui oblitérerait plus tard la viabilité et la dignité de Bruxelles et de la Wallonie.

 

©Marcel Sel 2010. Reproduction libre à la condition de citer la source et d'établir un lien vers ce blog.

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mardi, 05 octobre 2010

Effet Bart : les Francophones séparatistes

Pour être réussi, c'est réussi. Aujourd'hui, dans La Libre Belgique, dans un sondage sans valeur scientifique, sur un peu plus de 3.500 répondants à la question «comment sortir de la crise actuelle», un peu plus de la moitié d'entre les internautes ont choisi de cocher «en accélérant la séparation du pays». Un tel résultat, même s'il est au sondage affiné (one to one) ce qu'une grenouille est au réseau satellite météo, est quand même révélateur d'un changement de mentalités radical en Francophonie. Certains s'en réjouiront, moi pas. Parce qu'amener les Francophones à lâcher prise, pour leur mettre sur le dos la responsabilité de la scission, c'est exactement la stratégie développée voici quelques années par les plus extrémistes des Flamingants, ceux de l'Ijzerwake, dont le manifeste indépendantiste radical a été signé par plusieurs dizaines de membres et responsables locaux de la N-VA, et que Mark Demesmaeker, mandataire N-VA de Hal et député, fréquente chaque année cet événement qui réunit aussi les néo-nazis du Nord.

La N-VA et le CD&V, le Vlaams Belang, soit la majorité des rabiques, ne lâcheront jamais Bruxelles. Autant dire qu'une séparation ne se fera jamais pacifiquement. Il n'y a qu'à voir les réactions suite à une affiche du Vlaams Belang avenue Van Volxem, où à  «La Flandre brille par l'Europe, l'Europe brille par la Flandre», slogan d'une arrogance époustouflante (si c'est Herman Van Rompuy, cette Flandre qui fait briller l'Europe, faudrait le dire, hein. Ça ne se voit pas !), collée sur deux bus STIB qui, comme par hasard, relient des communes à facilités au centre. Deux provocations parmi tant d'autres, d'Eric Van Rompuy présentant, en 2007, les médias francophones comme un outil de propagande antiflamand mondial à Bart De Wever et ses nains de jardin, ses enfantillages, jusqu'au simple mot de «responsabilisation», comme s'il fallait responsabiliser les Francophones ! Il ne peut y avoir de séparation paisible, parce qu'il y a menace d'Anschluss, que les institutions flamandes sont à Bruxelles, et que leur expropriation mènera au chaos. Il ne peut y avoir de séparation paisible, parce que les partis Flamands suivent tous la ligne du sol flamand, d'une terre sacrée pour un peuple supérieur, et que de telles visions vont à l'encontre du droit des gens, et ceux-ci se défendent, et se défendront.

Il n'y a aucune, pas la moindre raison de se réjouir. Le blocage est total, et des blocages de ce genre, tout peut sortir. La Flandre tourne fou, il n'y a plus que Groen! et le SP (un quart des électeurs) qui ont encore un petit quelque chose de raisonnable à proposer et avec lesquels ont peut discuter. Bien sûr, Yves Leterme, Herman Van Rompuy portent une responsabilité écrasante dans la crise actuelle, eux qui ont fait connaître et grandir un parti nationaliste avec lequel, ne vous faites pas d'illusions, ils partagent la majeure partie du programme. C'est d'ailleurs ce que disait Eric Van Rompuy encore ce matin sur RTL. Bart De Wever disait sur Terzake qu'on le diabolisait. Oui. Suite logique de sa perpétuelle victimisation. Ne pas lui adresser la parole, ne pas parler de lui serait aussi à ses yeux une forme de diabolisation. Quand les diaboliques sont dans la place, la démocratie n'a aucun recours. Il est trop facile de dire que les torts sont partagés. Ils ne le sont pas. Il n'y a pas une logique de droite en Flandre et une logique de gauche en Francophonie, il y a des démocrates et des nationalistes des deux côtés. Mais les démocrates du Sud ont commis la grave erreur de négocier avec des nationalistes. On voit où cela aura mené. Quelles que furent les concessions des partis francophones, aujourd'hui, elles se retournent contre eux. Allez, sur ce, je m'en vais gagner de quoi transférer de Bruxelles à la Flandre-Orientale ou au Limbourg. À demain. En Belgique. Peut-être.

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lundi, 04 octobre 2010

Repartir à zéro. Et enfin dire les choses !

Le 28 juin, j'ai écrit la chronique "Dead Calm". Je conseille à chacun de la relire. Toute négociation avec la N-VA est vouée à l'échec. Ce parti irresponsable se fiche éperdument que la Belgique perde des points de PIB, qu'elle ait une dette de plus en plus chère, que Bruxelles ne puisse plus gérer sa mobilité, que la Wallonie se retrouve asphyxiée au moment où elle semble redémarer. Tout ce qui va à l'encontre de la Belgique l'intéresse, et plonger la nation dans un marasme politique, citoyen, économique, ne le dérange pas une seconde.

Il s'est passé quelque chose de très grave cet été : l'Olivier a concédé des avancées invraisemblables, sans avancer son propre projet. Or, il était impossible de conclure avec la N-VA, parce qu'à aucun moment, celle-ci ne s'intéresse aux conséquences des accords pour lla Wallonie et Bruxelles. De fait, les policitiens qui y auront travaillé devront ensuite payer leurs concessions excessives lors d'élections où le progrès du PS seraient inversément proportionnels à ceux que le parti a enregistré cette année. La bérézina. Et donc, un accord avec la N-VA n'était pas imaginable, et ce dès le premier jour des négociations. Renforcer Bruxelles est pour eux onbespreekbaar. Et quoi qu'on leur propose, ils iront toujours un peu plus loin. Bart De Wever exige aujourd'hui de faire table rase. Prenons-le au mot. Que tous les partis francophones opposent désormais un front de refus à la N-VA. Fini, out, buiten, stop. Les Flamands ne le comprendront peut-être pas. Mais vu l'attitude de la presse du Nord, quoique les Francophones feront, cela leur retombera dessus. On a proposé la grande réforme, ils n'en ont pas voulu. S'il n'y a pas là la preuve éclatante que le mot compromis n'est pas un mot flamand aujourd'hui ! Exigeons simplement nos droits et celui des minorités, francophones, flamandes, germanophones. Soyons enfin justes avec nous-mêmes. Il y a des traités internationaux, le Traité de Lisbonne, la Charte des minorités.

Commençons par exiger que la N-VA coupe définitivement les liens avec toutes les célébrations où elle côtoie des néo-nazis, et en interdise l'accès à ses membres. Montrons le vrai visage du nationalisme. La N-VA refusera, et à ce moment-là, nous disposerons d'éléments qui feront au moins réfléchir quelques Flamands. Peut-être pas assez. Tant pis, on n'a plus le choix.

Illustration pour les irresponsables qui ânonnent que la N-VA est démocrate : Bart De Wever donnant cours au cercle NSV néo-nazi en 2008. Le 15 mai 2010, comme chaque année, la NSV commémorait les Waffen SS. Je vous recommande de lire mon article où je montre en 13 points pourquoi la NSV doit être considérée comme néo-nazie.

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dimanche, 03 octobre 2010

Je l'avais bien dit !

Quand Walen Buiten est sorti, en mars, on m'a regardé comme une bête curieuse, parce que le livre montrait comment les ultraflamingants, dont la N-VA, organiseraient le pourrissement de la situation politique en Belgique pour, à terme, démontrer à la population flamande qu'il n'était plus possible de gérer la Belgique avec les Francophones, et donc que la séparation du pays n'était pas une question de volonté, mais la seule issue possible. L'on voit aujourd'hui que cette manœuvre se concrétise. À chaque nouvelle proposition francophone, la N-VA fait mine d'accepter, puis recule au dernier moment, avec des arguments qui, présentés à la télévision, par exemple par Siegfried Brack (sur De Zevende Dag aujourd'hui à la VRT) paraissent «raisonnables». Bien entendu, personne n'explique aux Flamands qui s'ils cessaient de «transférer» au Limbourg, par exemple, et s'ils «responsabilisaient» la province, celle-ci se retrouverait très vite asphyxiée.

On en voit la démonstration avec les régions d'ex-RDA qui, après 20 ans d'investissements 20, 30 fois plus massifs que ceux consentis en région wallonne, ont pratiquement toutes un PIB par habitant inférieur à celui du Hainaut, soit la province wallonne de loin la plus pauvre. On ne redresse pas une région par la «responsabilisation», mais par des investissements massifs, comme ceux qui ont permis à la Flandre de devenir, d'une des régions les plus défavorisées d'Europe, l'une des plus riches (quoique…) Port d'Anvers, Zeebrugge, autoroute de la côte, ring d'Anvers, sont le fondement de la bonne santé relative de la Flandre (la plupart des régions de Hollande, du Danemark, de Suède font bien mieux que la Flandre en matière de PIB/ha). Aujourd'hui, la N-VA pose un ultimatum, le énième, aux «Francophones», présentés comme un bloc opposé aux «Flamands». Cette vision est ethnocentrique. Mais au-delà, l'on voit bien que le procédé risque d'amener à de nouvelles élections anticipées pour les uns, précipitées pour les autres, désespérées en ce qui me concerne. Une fois de plus, comme au temps de Leterme, un parti flamand présente une exigence soi-disant acceptable aux Francophones, avec l'obligation de répondre par oui ou par non. Le refus francophone sonnera la fin de la négociation sous sa forme actuelle. Accepter serait insensé, parce que les concessions déjà faites dépassent de loin le raisonnable, l'admissible. Refuser amènera la N-VA à récolter encore plus de voix, dès lors qu'elle aura pu «démontrer» à l'électeur flamand qu'il n'est décidément pas possible de négocier avec ces Francophones rabiques. La stratégie de pourrissement est évidente, me semble-t-il : l'ultimatum n'est pas un outil de paix, d'apaisement, de fraternité, mais un outil de querelle, de conflit, d'opposition. Reste aux Francophones à comprendre ce qui est en jeu aujourd'hui. Les médias flamands ont depuis longtemps cessé d'informer leur public correctement. Ils porteront une responsabilité écrasante dans tout ce qui va suivre, un saut dans l'inconnu.

20:30 Publié dans Humeurs du Nord | Lien permanent | Commentaires (55) | Envoyer cette note | | |  Facebook |  Imprimer

vendredi, 01 octobre 2010

Quinze mille lecteurs uniques.

Voilà, la barre des 15.000 lecteurs unique est franchie (de 13.500 en juin). Et quelque 35.000 visites en tout ce mois-ci. Merci à tous mes lecteurs et commentateurs.

 

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jeudi, 30 septembre 2010

Wild, wilder, Wilders

Les libéraux démocrates populaires du VVD, et les chrétiens du CDA ont signé un accord gouvernemental pour un gouvernement minoritaire, qui fonctionnera avec le soutien extérieur du PVV, le parti «pour la liberté» de Geert Wilders. Le PVV est considéré par la Fondation Anne Franck comme un parti d'extrême droite. Wilders est surtout connu comme auteur d'un pamphlet islamophobe titré Fitna, une version moderne des pamphlets antisémites qui fleurirent avant-guerre, dont la cible est cette fois l'islam. Dans ce «documentaire» qui n'a peur d'aucun raccourci, Wilders stigmatise l'ensemble du monde musulman à partir d'extraits soigneusement sélectionnés du Coran, prétendant que la seule ambition de tout musulman est de détruire l'Occident et la Chrétienté.

En 2009, les autorités anglaises ont interdit à l'importun l'accès au territoire d'Albion, pas toujours perfide, où il venait présenter son pamphlet au parlement britannique, à l'invitation du parti indépendantiste anglais UKIP, parti nationaliste, eurosceptique, conservateur et plutôt populiste, pour être gentil. C'est le parti du désormais célèbre Nigel Farage, qui avait traité Herman Van Rompuy de «serpillère». Mais il y a mieux : le 4 octobre commence le procès du président du PVV pour racisme au tribunal d'Amsterdam. Le verdict sera connu le 2 novembre. On s'attend à ce que le procès Wilders tourne au procès du Coran, comme au plus belles heures de la répression antiprotestante, qui vit naître la nation hollandaise, née havre de tolérance religeuse. Les deux partis coallisés n'ont pas attendu de connaître l'avis de la justice sur l'éventuel racisme de leur nouveau compagnon. Étant donné le contenu de Fitna assimile littéralement tous les musulmans à des terroristes, et considérant les déclarations de Wilders sur le Coran («un livre fasciste»), l'éventualité que le sulfureux blondinet soit condamné est loin d'être une vue de l'esprit. Si c'était le cas, on imagine le mal-être de cette toute nouvelle coallition dès après sa mise en route, cela, après une centaine de jours de crise gouvernementale.

On peut voir ici les retombées du 11 septembre, 9 ans après l'attentat : la communauté musulmane fait un peu partout l'objet de brimades, suspections, et de débats qui profitent d'un des travers de l'islam, l'obligation imposée par certains maris ou certaines familles de porter le voile — les femmes qui le font par conviction ne font néanmoins qu'exercer leur liberté religieuse. On voit bien que l'objectif que de plus en plus de pays semblent vouloir atteinde est de mettre toute une communauté au ban de la société occidentale. Minarets imaginaires, voiles scandaleux, jusqu'au contenu du Coran réinterprétés à la sauce PVV, VB ou FN, sont autant de soi-disant «preuves» de la volonté d'une religion (qui, bien sûr, doit faire son examen de conscience mais ce n'est pas aux extrémistes de le faire à sa place), d'abolir les valeurs de l'Occident. Et d'Éric Besson à Geert Wilders en passant par Filip Dewinter, les bouteurs de feu ont, depuis le crime épouvantable d'Al Qaeda, et le fuel, et les torches qu'il leur manquait auparavant pour incendier ceux de nos concitoyens qui ne seraient pas aussi blonds et chrétiens qu'il siérait à une Nation au sens racial et égoïste du terme.

De l'identité nationale à la soi-disant préservation de l'Occident, qui soit dit en passant, s'est construite sur le même Dieu que l'Islam et le Judaïsme, il n'y a qu'un pas. Il est révélateur que la société qui ait décidé de le franchir aujourd'hui soit justement celle qui s'est fondée sur les valeurs de tolérance religieuse qu'elle avait su préserver pendant des siècles. Les sous-entendus derrière des débats comme le voile intégral, qui concerne en France tout au plus 300 ou 400 femmes, alors que l'urgence est à l'économie et à l'environnement, doivent éveiller nos consciences : les combats des humanistes contre l'obscurantisme religieux ou politique ne sont jamais gagnés. Toutes nos sociétés ont en elles le potentiel de fonder de nouvelles opressions. Cette coalition hollandaise ahurissante est un signal qui appelle au réveil d'un Occident embourbé dans ses pires démons. C'est parce qu'il faut s'opposer à l'Iran quand il assassine des jeunes manifestantes ou qu'il s'apprête à lapider des femmes, que nous devons nous lever contre l'intolérance chez nous, dont Wilders est l'une des figures de proue. Khomeiny, Wilders, le Hamas ou Avigdor Lieberman sont les visages variés d'un seul et même monstre pernicieux.

 

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mercredi, 29 septembre 2010

La Charte pour la Flandre. Une constitution très "walen buiten".

Kris Peeters a remis hier soir le projet de Charte pour la Flandre à Jan Peumans, président nationaliste du Parlement flamand. Elle arrive comme par hasard au moment où des négociations cruciales pour l’avenir du pays, dont on sait absolument tout grâce aux indiscrétions habiles de la N-VA (Bart De Wever rompait hier matin encore le silence assourdissant en déclarant qu’il était sceptique quant au résultat de tractations dont il est l’un des deux meneurs). Elle devrait faire l’effet d’une bombe. Ou plutôt d’un pétard mouillé, les Francophones n’osant plus dire ce qu’ils pensent, tant les médias flamands s’emparent du moindre prétexte pour se scandaliser (et scandaliser les Flamands par la même occasion, c’est le but) de toute résistance du Sud. Or, lancer maintenant le prélude à la Constitution flamande est bien une provocation, et elle est de taille.

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04:59 Publié dans Humeurs du Nord | Lien permanent | Commentaires (129) | Envoyer cette note | | |  Facebook |  Imprimer