mercredi, 04 janvier 2012
Grimbergen fait mousser Kronenbourg. Mais pas Maes.
Il y a deux semaines, le Canard enchaîné publiait un petit article sur Grimbergen, intitulé «Grimbergen met le français en bière». Il y était question, bien entendu, du guichet de délation linguistique établi par la commune. L’article donna à un lecteur du journal satirique français l’idée d’envoyer une lettre identique à deux entreprises. D’abord, à Alken-Maes, qui distribue la bière Grimbergen en Belgique, ensuite à Kronenbourg, qui possède la marque. Le lecteur y avertissait les deux entreprises qu’il ne pourrait plus boire de la Grimbergen étant donné les actes de la commune du même nom. Et c’est là que ça devient comique. Car les réactions des deux brasseurs, reprises par le Canard enchaîné, sont quelque peu… disons… différentes. Et révélatrices.
Chez Kronenbourg (France), on n’y va pas par quatre chemins. «Non seulement nous comprenons, mais nous partageons votre indignation face à des propos inqualifiables [de la commune de Grimbergen] (…) Et nous sommes atterrés qu'un élu politique puisse tenir des propos aussi insensés et indirectement porter atteinte à la réputation de notre bière.» En revanche, chez Alken-Maes, on est un tantinet plus timoré : «nous souhaitons préciser que cette initiative émane de l'administration communale, et qu'il n'existe aucun lien entre cette dernière, d'une part, et notre brasserie de l'autre […] Alken-Maes est une entreprise active dans toute la Belgique et qui adopte une position de neutralité en matière de convictions religieuses, d'usage des langues ou de préférences politiques.» Et de préciser : «L'initiative qui est à la base de votre réaction n'est donc liée en rien à notre brasserie ni à notre bière Grimbergen, et nous regretterions que sur ces bases, vous ne puissiez plus déguster notre produit.»
C’est quand même curieux, non ? Une entreprise qui adopte une «position de neutralité» en matière d’usage des langues ? Car il ne s’agit pas de ça. Il s’agit bien d’une pratique parfaitement inconstitutionnelle, contraire au droit européen, révoltante pour toute personne censée, et pour Kronenbourg. Une pratique qui porte clairement ombrage à une marque qui n’a, de fait, rien à voir avec la commune du nom, à ceci près que celle-ci a sali ce nom, et que si j’étais monsieur Alken-Maes, je serais aussi furieux que monsieur Kronenbourg. Mais le dire tout haut risquerait de m’aliéner les clients flamingants qui, eux, savourent désormais doublement la Grimbergen : pour ses indéniables qualités brassicoles d’une part, et pour le surplus de caractère flamand associé à son nom désormais synonyme de délation linguistique d’autre part. Tiens. Du coup, je me demande ce qu’écrirait le distributeur belge d’Orval si la commune homonyme se mettait à inciter ses habitants à dénoncer les commerçants qui y parlent néerlandais…
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