dimanche, 21 mars 2010

Le gouvernement flamand à 100% derrière Dilbeek.

D'après Het Nieuwsblad, le cabinet du ministre flamand Geert Bourgeois, en charge des questions liées à la Périphérie « flamande », la commune de Dilbeek fait exactement ce qu'il faut. Et le représentant du gouvernement flamand y va de la propagande habituelle, crypto-flamingante. Florilège, avec bien sûr mes remarques entre crochets :  « Celui qui contacte l'administration communale doit le faire comme partout en Flandre en Néerlandais. [la connaissance du néerlandais est donc implicitement requise pour résider sur le sol flamand, ce qui est contraire aux règles européennes] Comme ils le font dans toute la Wallonie [ce qui est faux, une émission de la VRT vient de démontrer qu'à un mail en NL, 42% des administrations wallonnes répondairent en NL, contre seulement 32% des administrations flamandes en FR] C'est la loi linguistique [faux : c'est une interprétation de la Loi linguistique qui, elle, n'interdit nullement de répondre dans une langue ou une autre, interprétation entérinée par le fameuse circulaire Peeters]  Seuls les touristes peuvent être aidés dans une autre langue, en français, anglais ou allemand.]

Quand à la grande séance de mensonge du bourgmestre, on y a eu droit à la radio flamande : « Nous n'avons pas de problèmes communautaires. Les Néerlandophones et les Francophones vivent ici en paix et en amitié. Et vous savez pourquoi ? Parce que nous appliquons la Loi. C'est aussi simple que ça. » Faux, faux, archifaux : j'ai pu écrire tout un chapitre de Walen Buiten rien que sur Dilbeek tant la pression est forte. Un simple exemple : il y a trois ou quatre ans, des jeunes représentants de Belgacom se sont fait foutre dehors du marché par des Flamingants à la limite de la violence physique parce que leurs dépliants étaient bilingues. Et un jour, certains habitants ont reçu un dépliant des plus sympathiques avec un rat et l'indication « rats français, dégagez ».

Plus loin dans la propagande : le journal lui-même est d'une légèreté hallucinante avec la réalité. La traduction néerlandaise, après avoir simplement expliqué que le fonctionnaire avait répondu « je peux pas de mon chef » passe immédiatement à : « "Alors, demandez l'accord de votre chef. Ou dois-je peut-être faire de ceci un incident diplomatique", menaça le pseudo-consul. » Or, et ça me paraît quand même fondamental, il se passe une bonne minute d'une conversation grandguignolesque avant que le pseudo consul ne dise « C'est dommage de créer un incident diplomatique entre nos pays pour une histoire de règlement interne de votre bureau, je ne comprends pas vraiment le sens diplomatique de la Belgique sur ce coup-là. » Ce qui n'est pas exactement — loin s'en faut.

Et pour finir, comme dit le bourgmestre de Dilbeek, Stefaan Platteau, du même parti que Guy Verhofstad, mais manifestement beaucoup, beaucoup plus nationaliste, « Où est le problème ? Chez RTL où à la commune de Dilbeek ». Et… euh… non, il ne plaisantait pas !

Heureusement, il y a Guido. Je veux parler de Guido Fonteyn, qui donne une leçon d'accueil à ses compatriotes. C'est dans les blogs de la VRT, où il y a quelquefois le pire, et cette-fois-ci, le meilleur.

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vendredi, 19 mars 2010

Yabon Radio Een !

Jambo ! Radio Een (la première de la chaîne publique flamande) organise une soirée Congo le 26 mars à Anvers. Douée d'un humour digne de Hergé dans ses meilleurs moments, elle a décidé d'appeler la soirée « Bonjour Micro », qui rappelle la blague irrésistible « — Monsieur Mobutu, dites bonjour au micro / — Bonjour, micro » et donne d'emblée des Congolais une image d'autodérision tout à fait tordante. Très sympathique, la chaîne a pensé confier la réalisation du spot de pub de la soirée à des Congolais qui vivent au Congo. C'est vrai, quoi, il faut les aider, les Congolais : rendez-vous compte, beste vrienden :  il y a plus de chômage là-bas qu'en Wallonie ! Mais le pompon, c'est quand Geert, le directeur marketing de la chaîne flamande, un petit blanc (bwana pas kitoko) explique sur Facebook comment les Congolais doivent faire leur film. Il parle des deux projets envoyés : « Ici à Radio Een, on les a très bien aimées. Mais on a quelques remarques… Peut-on ajouter un peu plus de couleur locale, comme de la musique ou bien des danseurs ? On doit bien mettre en évidence le nom de l'événement : "Bonjour Micro "…» Ah ! mais je ne me trompe pas ! C'est bien du bon vieux paternalisme à l'ancienne ! Le petit blanc qui vient expliquer, sympathiquement, avec un sourire qui cache néanmoins la volonté de permettre à ces  « Panous » (d'après une autre blague raciste désopilante) de devenir aussi bons en marketing que les Belges pur jus, blonds aux yeux bleus ! Il est toujours là, ce bon vieux paternalisme de derrière les fagots ! Miam. Yabon ! Et les blagues sur les Niakoués, on peut aussi ? Et quand pourra-t-on ressortir les bonnes vieilles imageries d'Épinal du Marocain fainéant ? Ou du Juif radin ? Hmmm ? Le Gaulois baiseur, le Germain violeur, le Grec homosexuel, l'Anglais pédophile, le Flamand… non, c'est vrai. Ne plaisantons pas sur le Flamand. C'est un sujet bien trop sérieux.

N'empêche. Ah ! quelle belle culture qu'on nous prépare-là ! De Zemmour en France à Wilders en Hollande en passant par Berlusconi en Italie, autant de défenseurs d'une graaaaande culture européenne qui, soixante ans après la décolonisation, pense avoir toujours les autres à sa botte ! Il y a quand même un truc qui me chiffonne : comment ces Flamands peuvent-ils faire une émission sur le Congo sans parler un mot de kiswahili ou de lingala ? N'empêche, Radio Éen a décidément de l'humour ! Ha ! ha ! Sacré Geert ! Asekisaki biso !

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jeudi, 18 mars 2010

Comment se fait l'info en 2010.

Samedi 13 mars, un certain Trek Ta Plan poste la vidéo d'Allo Dilbeek sur Facebook. Dimanche 14 après-midi, quelqu'un m'envoie un lien sur cette vidéo. Je la partage alors sur FCBK à 23 h39. Francophone de Bruxelles la reçoit et la poste sur son blog, le 15 mars en me remerçiant (www.francophonedebruxelles.com), suite à quoi, le 16, à 22h47, Jean Quatremer reprend la même vidéo et le lendemain, je crée un article sur mon blog qui la contient également le 17 mars à 13h25. C'est là que, tout à coup, RTL prend conscience du fait que François Pirette a en fait réalisé ce gag pour Bel RTL deux semaines auparavant et lance un sujet à ce… sujet (http://www.rtlinfo.be/info/magazine/media/314448/quand-pirette-appelle-la-commune-de-dilbeek-francais-interdit). Suite à quoi, d'autres journaux reprennent l'info, notamment Le Vif, sans plus citer ni Trek Ta Plan, ni Francophonedebruxelles, ni Jean Quatremer, ni moi-même.

Ceci montre deux choses. D'abord, la vidéo provient de Facebook, ce qui montre l'efficacité des réseaux sociaux. On identifie, dans le groupe, celui qui « saura » utiliser l'information. Ainsi se créent des noyaux dans lesquels les spécialités se créent réellement. De Facebook, elle s'est rapidement répercutée dans des blogs qui sont notamment connectés par tweeter, et l'info de diffuse très rapidement à plusieurs milliers de personnes (j'ai 500 personnes par jour sur mon blog, Jean Quatremenr beaucoup, beaucoup plus), pour ensuite atterrir dans les pages online des radios et journaux. Le web 2.0 est donc bien aujourd'hui l'une des forces vives de l'information, raison pour laquelle il est indispensable à tous les blogueurs de prendre conscience de leur responsabilité d'informateurs, de vérifier l'info, de devenir des journalistes en herbe. Et par ailleurs, il est si actif et si alerte qu'un sketch quotidien dont le caractère exceptionnel est forcément passé inaperçu dans les studios (Pirette publie un sketch par jour ; il est pratiquement impossible de l'intérieur d'une organisation de diffusion de percevoir le caractère exceptionnel d'un programme que l'on vient de produire : cela demande une réaction publique). Ce qui fait du web 2.0 un outil de compréhension très intéressant pour les médias, qui en récoltent des informations sur ce qui intéresse plus les gens, et sur la pertinence de ce qu'ils produisent.

 

Il nous reste à souhaiter à Pirette un prompt rétablissement !

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Juliette & Victor, l'indispensable !

N'oubliez pas d'acheter votre exemplaire du bimestriel Juliette & Victor, dans lequel Jean Quatremer décrypte la politique belge pour les Français, mais aussi, et c'est ça qui est bien, les Belges, qui ne savent en général pas du tout dans quel pays ils habitent, et se demandent quelquefois pour combien de temps encore. On y parle de Walen buiten et il y a une excellentissime photo de moi (non, vraiment, ce photographe, il est fantastique !) Et comme dit J4M, c'était la rubrique copinage et autopromotion !

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22:59 Publié dans Nouvelles de Sel | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note | | |  Facebook |  Imprimer

Un VLD qui a des calculs.

N'ayant rien compris, beaucoup de politiciens flamands croient que leur « combat » pour la périphérie se résume à un affrontement entre Néerlandophones et Francophones. Ainsi, Luk Van Biesen, de l'OVLD, s'est cru pouvoir crier victoire en constatant (sur base d'un calcul démographique plutôt comique) que la proportion de non-Belges de Crainhem étant passée de 17,3 à 25,3 %, les Francophones s'y retrouveraient en minorité en… 2020 ! Idem à Wezembeek. Et apparemment, Van Biesen y puiserait une joie profonde, arguant que la majorité francophone aurait disparu, donc, d'ici-là. Il reprend là un refrain d'un certain Bard De Wever (N-VA) qui prétend que Bruxelles est à 50% étrangère pour tenter de minimiser la présence francophone. Or, sachant que de ces 50% d'étrangers, les 9/10 parlent au moins un peu le français, et 1/20e néerlandais (parce qu'ils viennent de Hollande), même si les ni-franco ni-flamands étaient réellement aussi nombreux (ce qui n'est pas le cas : 68% des Bruxellois sont de langue maternelle française et 12% néerlandaise, soit 80%), rien ne dit qu'ils voteraient pour des partis dont ils ne comprennent pas la langue. Autrement dit, même si demain, il y avait 50% d'étrangers à Crainhem, ils pourraient voter pour des candidats francophones, et en tout cas pour le maintien des facilités.

L'erreur fondamentale de Luk Van Biesen, le comique du jour, est de considérer les choses de façon communautaire, les Francophones contre les Flamands et inversément. Mais les choses dans la périphérie bruxelloise ne sont pas de cette nature. Il y a les Bruxellois et les expats qui, tous, travaillent à Bruxelles, et aimeraient habiter dans la région immédiate, à la campagne, sans y être insultés ou rejetés, et sans devoir quotidiennement passer sous un panneau qui prétend que telle ou telle commune « appartient » aux Flamands (Vlamingen). D'ailleurs, à Overijse, les Anglophones sont pourchassés au même titre que les Francophones, dès lors qu'on y interdit les panneaux « for sale » et que la commune a visiblement des relations privilégiées avec les gens du TAK qui vandalisent les magasins où absolument tout n'est pas en néerlandais. Croire qu'en 2020, ces gens-là vont tout à coup devenir pro-flamands parce qu'ils ne sont pas francophones est du plus haut ridicule. Mais en admettant que cela arrive, par exemple, à Dilbeek, je rirais bien à lire les commentaires des internautes flamingants sur l'arrogance et le manque de respect des Anglais, Allemands, Suédois, Italiens, Espagnols, Portugais, qui viennent manger le pain des Flamands sans même parler leur langue ! On rirait bien, sachant que le pain de la périphérie, c'est la présence des instances internationales à Bruxelles qui le paye !

Allez Luk, encore une blague. Avec vous, on rit bien !

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Voile : le Conseil d'État donne raison à Marcel Sel

Dans mon article La Quadrature du Voile, d'il y a six mois (je suis devin ! je suis devin ! ) je fustigeais la trop rapide décision du Conseil de l'enseignement communautaire flamand d'interdire le voile dans toutes les écoles d'Anvers. Je suivais en cela, notamment, l'opinion de Jan de Groof, juriste scolaire, qui se posait notamment la question de la légalité de cette interdiction. Et je rappelais pour ma part qu'une telle décision supposait un débat démocratique, que la Communauté flamande empêchait de facto. Or, c'est exactement ce que le Conseil d'État reproche à la décision de ce Conseil éducatif, en annulant sa décision d'interdire le voile à l'école. Au même moment (septembre 2009), les Francophones avaient saisi la balle au bond pour entamer une discussion générale sur le voile à l'école et dans l'administration, poussés sans doute par le repli identitaire en France, et la politique un peu brutale de certaines institutions au Nord. Il se fait donc que le Conseil d'État me donne aujourd'hui raison sur ce point précis. Je précise que je ne me suis jamais prononcé pour ou contre le voile : je rappelle simplement qu'une décision aussi importante et aussi solennelle (qui revient à interdire à certaines la pratique assidue de leur religion) ne peut se faire que dans la sérénité (toute relative) de sénacles démocratiques par excellence que sont la Chambre et le Sénat, et ce, après avoir pris les informations indispensables à la bonne compréhension des enjeux.

(A Wanda : oui, je suis en accord total avec la décision du Conseil d'État. Cela ne signifie pas qu'il ne se trompe jamais, et encore moins qu'il n'a pas un a priori négatif vis-à-vis des Francophones).

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mercredi, 17 mars 2010

BHV : La conjuration des imbéciles.

Il y a une chose fondamentale dans le fonctionnement des médias : la confiance. Dans le monde internetisé où une erreur sur un site web peut avoir des conséquences foudroyantes (comme l’annonce d’un grave accident de TGV sur le site de la SNCF) en se propageant comme une traînée de poudre, chaque journaliste doit pouvoir faire confiance aux dires de celui dont il s’inspire. Or, ce matin, la Gazet van Antwerpen prétendait, sur base d’une décision de la Cour européenne de Justice, qu’il ne pourrait y avoir d’autres élections sans la scission de BHV. Car la cour exige un contrôle indépendant des résultats des élections (alors qu’en Belgique, chaque chambre s’autovalide) et que dans ce cas, selon GvA, l’inconstitutionnalité de BHV obligerait l’organe de contrôle à refuser toute nouvelle constituante. Et quelques journaux online reprenaient en chœur l’information. Or, non seulement elle était fausse, mais de surcroît, elle était imbécile.

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La conversation téléphonique qui tue le gouvernement flamand.

Merci à François Pirette et à FrancophonedeBruxelles.

 

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