dimanche, 21 février 2010

Plaidoyer pour un simple cheminot.

Depuis hier, c'est sûr, enfin du moins à 99,99 %, le conducteur du train en provenance de Leuven a brûlé un feu. C'est un syndicaliste qui le dit. Le parquet ne confirme pas. La presse ne peut pas voir la vidéo. Mais un syndicaliste le dit. Il précise que seuls des experts pourront toutefois établir si le feu a bien fonctionné, ce qui doit, on le suppose, représenter un autre pourcentage à considérer en sus de ces 99,99%. La presse nous informe encore que le jeune conducteur (wallon, précisait De Standaard Online il y a une semaine déjà !) avait brûlé un feu rouge auparavant. Petit à petit, on voit se dessiner un coupable. D'ailleurs, il nie. Les coupables, c'est bien connu, nient toujours. Pendant ce temps-là, la SNCB, Infrabel et SNCB Holding font figure de spécialistes mais déjà plus trop de coupables. Il faut dire qu'ils ont toutes les chances de s'en sortir : les experts, c'est eux. Et si ce n'est pas la SNCB qui va mener l'enquête, c'est le ministère de M. Schouppe qui a, lui même, dirigé la compagnie jusqu'à plus ou moins l'époque de l'accident mortel précédent.

Or, nous connaissons déjà un, ou plutôt deux coupables de cette catastrophe ferroviaire : la SNCB et Infrabel. Leurs excuses ne tiennent pas. Le citoyen, l'usager ne s'intéresse pas aux démêlés (très, très) éventuels entre la société nationale et l'Europe. C'est à ça que servent les administrateurs des entreprises : à faire fonctionner nos trains en toute sécurité, même se ce n'est pas facile et même si les informations n'arrivent pas au bon moment de l'Union européenne. C'est aux grand patrons de se foutre de la Commission si celle-ci impose une situation dangereuse. Et c'était aux ministres belges de crier un bon coup pour arrêter cette infernale course à la privatisation et à la concurrence.

C'est parce qu'il y a des gestionnaires efficaces qu'il y a un système de protection en France et en Hollande, depuis des décennies. Ce système, la SNCB était déjà coupable de l'avoir négligé en 2002. Elle est aujourd'hui totalement, absolument, invraisemblablement coupable de n'avoir pas, en 8 ans, résolu un problème urgentissime. Oui, quand on se rend compte qu'une inattention, une vue brouillée, un éternuement, voire une coupable absence d'attention de la part d'un pilote peut coûter la vie à 8, 20, 100 personnes, on agit, et tout de suite encore ! il est inacceptable, en 2010, qu'une erreur humaine, qu'il s'agisse d'aiguillage ou de feu, ait pu tuer 18 personnes. Et il est inimaginable qu'un cheminot, pressurisé par des horaires infernaux, avec un salaire de cadre inférieur, se voie chargé de la responsabilité d'un terrible accident où tout est affaire de gros sous. Ceux-là même qu'il n'aura jamais.

Evidemment qu'on ne saura ce qui s'est passé réellement qu'après enquête, et encore : si les entreprises incriminées jouent le jeu en toute transparence, ce qui a très peu de chances de se produire, vu l'écran de fumée qui a commencé à s'installer. Mais quand j'allume ma télé pour regarder le journal, je vois surtout le reflet d'un monde médiatique très organisé. Or, le cheminot qu'on accable aujourd'hui n'a pas d'attaché de presse. Il n'a pas de programme de défense. Il n'a pas dix équipes bilingues qui se démènent pour sortir les deux entreprises et le holding de la mouise par des communiqués alambiqués, des conférences de presse, il n'a pas d'équipes d'avocats, ni le soutien d'un ministre qui a été à sa place il y a moins de dix ans. Il n'a, éventuellement, que la possibilité, depuis son lit d'hôpital, de dire qu'il n'a pas fauté, histoire de ne pas avoir cette honte à porter devant ses parents, ses amis. Et peu importe qu'il mente ou non. Les mensonges des administrateurs délégués qui se sont succédés à la têtes de ces entreprises sont déjà, aujourd'hui, bien plus assassins que tous les bobards qu'un petit conducteur de train blessé dans sa chair par un drame qui dépasse l'humain peut raconter pour qu'on arrête de l'accabler. Qu'il mente ou qu'il dise vrai, qu'il se trompe ou pas, nous lui devons la solidarité de l'usager, du citoyen, du travailleur.

Chacun de nous a droit à l'information, c'est évident. Et les journalistes sont lancés par leurs rédactions dans une recherche effrénée du flash info que le journal d'en face n'aura pas. C'est comme ça que ça marche, il n'y a pas d'autre solution si l'on veut une presse indépendante et il n'y a pas de démocratie sans presse indépendante. Mais il faudrait néanmoins prendre le temps, chaque matin, dans les rédactions du Sud et du Nord, de se demander ce qu'on est en train de faire à une personne esseulée, dans l'incapacité totale de se défendre. Et que les médias arrêtent pour quelques semaines de braquer leurs projecteurs sur un homme seul, démuni, gravement blessé, et meurtri à vie.

Merci pour lui.

vendredi, 19 février 2010

Crainhem : seuls les Flamands ont le droit de parler français !

Pour empêcher le vote d'une augmentation d'impôts, des conseillers communaux néerlandophones de Crainhem avaient parlé français pendant le conseil. D'autres conseillers néerlandophones avaient alors déposé une plainte pour violation de la circulaire Peeters. Celle-ci interdit strictement l'usage du moindre mot d'une langue autre que le néerlandais pendant les conseils communaux (y compris de communes à 90% francophones) en Flandre. Tout conseil entaché de langue autre est purement et simplement annulé, et toutes les décisions prises au cours d'un tel conseil le sont aussi. De nombreux conseils de communes à facilités ont ainsi été rendus caduques pour un mot ou un autre en français. Voulant profiter de cette sévérité flamande, les conseillers néerlandophones ont donc voulu utiliser ce règlement qui les privilégie aux dépens de l'autre, en parlant français, haut et fort, pendant ce fameux conseil de Crainhem. Mal leur en a pris : le gouverneur du Brabant, Lodewijk De Witte, pourtant prompt à fustiger les bourgmestres à facilités, les a renvoyés à leurs sièges municipaux, parce qu'en justice, nul ne peut invoquer sa propre turpitude. Autrement dit, les Néerlandophones ne peuvent se plaindre qu'on porte atteinte au caractère néerlandophone de leur commune si c'est eux-mêmes qui y parlent français. Si la décision du gouverneur est toute à son honneur, elle pose toutefois un problème majeur : elle revient à dire que dorénavant, pendant les conseils communaux, seuls les Flamands auront le droit de parler français sans risque de faire annuler toutes les décisions du jour. Si ça, ce n'est pas de l'apartheid !