lundi, 26 octobre 2009
Les Flamands coûtent trop cher (non, je plaisante !)
Il y a des bonnes journées. Aujourd'hui, la première chaîne de la télévision publique flamande reconnaissait que « contrairement à ce que l'on croit généralement », les plus dépensiers en soins de santé ne sont, ni les Wallons, ni les Bruxellois, mais bien… les Flamands ! Les partis francophones vont-ils à présent exiger une réforme de l'état dont les partis flamands ne sont plus demandeurs depuis la doctrine Maddens ? L'extrême droite francophone (dont il y a encore une centaine de militants cachés dans une réserve au fin fond des Ardennes) va-t-elle brandir ces chiffres infamants pour réclamer une réforme de l'état au CD&V et à la N-VA ?
Bon. Soyons sérieux. J'ai assez fustigé les calculs communautaires pour tomber dans ce même panneau. En fait, l'information n'a qu'une vertu véritable : montrer que les chiffres, on peut leur faire dire à peu près ce qu'on veut. Et une autre : elle montre que les médias flamands ont fini par adopter un profil moins communautaire : ils ont copieusement repris cette information (en ligne du moins), qui contredit méchamment les chiffres brandis depuis des années par Bart de Wever et ses amis. Or, ces comptes d'apothicaires sont une des justifications pour une réforme profonde de l'état telle qu'exigée par la Flandre institutionnelle qui demande que les transferts soient "transparents". Mais qu'est-ce que ça signifie, "transparents" ? Sont-ils opaques, les "transferts" ? Je ne crois pas, puisque l'INAMI (RIZIV en NL) est capable de les présenter par région, et même par arrondissement. Voilà donc un dogme qui saute : les transferts ne sont pas un argument.
Mais en est-on pour autant proche d'une paix communautaires ? Ceux qui parlent néerlandais passeront un peu de temps à lire les commentaires à l'article paru dans De Standaard Online. C'est très intéressant : on y rencontre une moitié de Flamands qui expriment une grande lassitude face à la communautarisation du problème (« je suis fatigué de ces comparaisons », etc.) et une moitié qui ne peut s'empêcher de pousser au séparatisme, sur base de ce « nouveau mensonge belgicain ». L'opinion flamande (ou plutôt ses membresqui s'expriment en ligne) n'est donc pas encore tout à fait convaincue de la nécessité d'une nouvelle union nationale. Mais il y a de sérieux progrès, à en lire les commentaires ici et là, surtout si on suppose que les extrémistes écrivent toujours plus que la majorité silencieuse. La crise pourrait-elle avoir cette vertu de venir susurrer à l'oreille de certains que l'union, contrairement à la séparation, fait toujours la force ? Eendracht maakt macht ?
Ah oui. J'allais oublier : puisque j'ai promis à quelques commentateurs flamands de mon site d'être plus juste dans mes propos : je donne un très mauvais point au Soir qui titre trop triomphalement « La Flandre la plus dépensière en soins de santé », tombant dans le même travers que les partis flamands et la presse flamande il y a sept ou huit ans (à l'époque du premier calcul des transferts par la KBC). Le titre est même trompeur : c'est parce que l'INAMI a appliqué une méthode de calcul qui tient compte de la structure de la population que la Flandre apparaît plus dépensière. Mais ce n'est qu'une des multiples méthodes possibles. La question n'est pas de savoir qui dépense le plus, mais de comprendre comment dépenser moins sans léser ceux qui en ont le plus besoin ! Allons, Le Soir ! Cachez ce communautarisme que je ne saurais voir…
Eh bien voilà. Je suis assez étonné de moi-même : j'ai réussi à écrire un article où la presse flamande s'en sort mieux que la presse francophone. Et puisque la VRT devient plus objective, peut-être la prochaine étape serait une émission sur Olivier Maingain dans Terzake, où il accepterait de son côté de ne parler que néerlandais ? Doen ?
19:35 Publié dans Humeurs du Nord | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |
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J'ai beaucoup aime l'edito de la Meuse (ca n'arrive pas souvent) sur le sujet. Je trouve qu'il traduit assez bien l'attitude francophone en matiere de rapport entre communautes :
"C’est un fameux pavé dans le jardin des égoïstes et autres extrémistes du Nord du pays. Non, ils ne paient pas une partie des soins de santé des Wallons. Au contraire, ce sont bien eux, les Flamands, qui coûtent le plus cher. Il n’y a dans notre élan aucun enthousiasme vengeur. Aucun chauvinisme malsain. Contrairement à certains Flamands, nous avons toujours plaidé pour une solidarité entre les habitants du Nord et du Sud de notre petit pays. Une solidarité qui ne s’empoisonne pas à compter les petites et grandes dépenses, à enregistrer les boni et les mali, ce qui n’est d’ailleurs pas un blanc-seing aux excès en tous genres dont nous sommes aussi les plus grands pourfendeurs. La Flandre pourrait être totalement bénéficiaire des transferts, cela ne crisperait en rien notre main tendue... Et nous savons bien que le cliché détruit par l’enquête de l’Inami ne suffit pas à inverser la tendance plus générale, favorable à la Wallonie, qui berce les transferts de notre sécurité sociale et dont les soins de santé ne sont qu’un pilier.
C’est simplement la différence entre une Wallonie que nous aimons plus accueillante et une certaine Flandre qui a choisi le mauvais réflexe de se recroqueviller sur ses peurs et ses richesses avérées ou fantasmées. Si cette étude de l’Inami pouvait faire réfléchir petits et grands esprits du Nord, l’avenir de ce pays apparaîtrait sans doute moins sombre. La solidarité ne s’est pas toujours exprimée en faveur de la Wallonie... Même si à l’époque, les Flamands n’ont pas été forcément accueillis avec chaleur et sympathie. C’est là qu’il faudrait d’ailleurs chercher certains clichés empoisonnant les relations actuelles entre les deux plus grandes communautés de ce pays. Il appartient à chacun d’entre nous de mettre tout son cœur à les détruire."
Peut etre un lecon aux neerlandophones systematiquement persuades tour a tour de payer pour les autres, d'etre superieurs ou ethiquement irreprochables, et aux francophones qui a trop critiquer les comportements flamands finissent par adopter tous les travers qu'ils leurs repprochent.
Écrit par : kermit | mardi, 27 octobre 2009
Répondre à ce commentaireCher Marcel, je vous ai déjà expliqué que le modèle économique flamand est en bout de course : ils se pensent encore à l'ère Bush quand le monde entier est à l'ère Obama. Des nouvelles comme ça, on va en voir de plus en plus. Et je ne donne pas une année pour que le chômage flamand ait rattrapé le chômage wallon.
Écrit par : Rodenbach | mardi, 27 octobre 2009
Répondre à ce commentaireKermit, Marcel et Rodenbach ne racontent pas tout.Des vrais nationalistes ...
En effet,les Wallons ne semblent pas de coûter plus chers par habitant (parce que les Flamands vont plus au dentiste et deviennent plus vieux .....)
Mais ce qu'on ne raconte pas, c'est que les Flamands paient beaucoup plus pour la sécurité sociale que leurs amis Wallons.
En effet,par habitant les Flamands paient 37 % plus d'impôts que les wallons.
Ergo, par habitant ils paient environ 37 % de plus que les Wallons, dont 19 % est chômeur - record Européen - et 42 % travaille pour l'état, record Européen.
Vae Victis !
Écrit par : amaai! | mercredi, 28 octobre 2009
Répondre à ce commentaireCeux qui sont plus riches paient plus pour la sécurité sociale que ceux qui sont moins riches ? Surprenant, en effet !
Écrit par : Franck Pastor | mercredi, 28 octobre 2009
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