mardi, 28 juillet 2009

Du pays qui n'existait pas à celui qui n'existera plus — Partie Un..

Etre blogueur, ce n'est pas seulement écrire, rechercher, réfléchir, diffuser. C'est aussi essayer les nouvelles possibilités technologiques. C'est pourquoi je publie ici la première partie d'un document dont l'intégralité est disponible dans mon livre « La Flandre, ça n'existe pas », disponible ICI

Ceux qui souhaitent plus de confort de lecture pourront donc lire ces nouvelles fraîches sur la plage (s'ils sont masos) ou dans la baignoire (s'ils sont Marat). En attendant, voici déjà la réponse à la question : pourquoi dis-je que la Flandre n'existe pas. Bonne lecture !


1. La Flandre, vue de l’esprit.

On y croirait presque. Quand un député flamand (Eric Van Rompuy) hurle aux bourgmestres francophones d’une commune à facilités à large majorité francophone : « vous êtes chez nous », signifiant : « vous devez nous obéir », on se dit que peut-être, le bourgmestre en question, et toute la population qui va avec a bien dû « envahir » ce « sol flamand » (pour provoquer de telles réactions !) et qu’en effet, la moindre des choses serait qu’il s’y adapte ! On change un peu d’avis quand on apprend que s’adapter signifie par exemple, pour ce bourgmestre francophone de Flandre : ne jamais parler français avec un autre fonctionnaire francophone de la commune, même s’il s’agit d’un instituteur de l’école francophone, et même pour lui présenter ses vœux de Nouvel An. Pas une phrase ! Pas un mot ! C’est hard, non ? C’est que le législateur flamand a décidé qu’en Flandre, en vertu du « droit du sol », la langue unique acceptable est le néerlandais, et beaucoup de gens qui habitent la périphérie pensent que chacun doit en effet s’y conformer. Ce serait, paraît-il, une question de respect envers les Flamands à qui ce « sol » appartient. Mais outre qu’aucune loi n’existe en Belgique ni en Flandre pour forcer ce respect (parce que la liberté linguistique existe et que dans une démocratie, personne ne peut être forcé à montrer une forme précise de « respect » à quiconque, pas même à utiliser une langue précise dans quelque contact que ce soit !), ce qui implique qu’il n’est pas exigible, il n’y a même pas de limite claire à ce « sol flamand » ! Cette Flandre unilingue qui appartiendrait aux seuls « Flamands néerlandophones » n’existe tout simplement pas, ni sur le papier, ni dans la réalité. Et, bardaff, voilà le droit du sol qui s’envole !

Le principe de territorialité d’un territoire qui n’existe pas.
Pourtant, le gouvernement flamand, la plupart des partis flamands, les médias flamands ont largement diffusé l’idée qu’il existait un « territoire flamand » immuable, comparable à celui d’un état, en vertu du « territorialiteitsbeginsel » (principe de territorialité) qui se trouverait dans la Constitution belge. Selon ce principe, lié au droit du sol, les flamingants les plus nationalistes concluent même que Bruxelles se trouve géographiquement (enclavée) à l’intérieur de la Flandre et en fait donc « évidemment » partie. Quant à la « frontière linguistique », elle serait de la même nature qu’une frontière d’état, à savoir définitive (cela a été notamment dit en guise d’explication par M. Dewael, ministre libéral flamand, pas du tout extrémiste). Tout cela convainc l’opinion publique flamande, et beaucoup de Francophones, que la Flandre est une entité très précise et bien délimitée sur laquelle s’exerce donc le fameux « droit du sol ». Dame ! Si ce sont des ministres qui disent ça ! Et des députés ! Il doit bien y avoir un fond de vérité, non ? Eh bien non : quand on examine la Constitution belge d’une part, et la réalité démographique d’autre part, on constate que tous ces principes reposent sur de vent !

Il serait absurde, évidemment, de nier l’existence d’un vaste espace occupant le nord de la Belgique, dont la population parle principalement néerlandais, et qu’on appelle communément « la Flandre ». Non seulement elle existe, mais en plus, elle est habitée par une probable majorité de personnes qui se reconnaissent dans l’acception « peuple flamand ». Il faut même affirmer son existence haut et fort (même si, comme moi, on s’oppose aux nationalismes), parce que ce peuple-là s’est s’est bien assez battu, à juste titre, pour qu’on lui reconnaisse aujourd’hui, pour le moins, son statut de peuple et son droit à l’autodétermination, c’est-à-dire, notamment, son droit à décider de la langue de son administration. La question n’est pas de savoir s’il existe une région néerlandophone appelée Flandre en Belgique, mais bien de savoir s’il existe un sol clairement défini par des limites précises, qui permettrait aux plus agressifs des nationalistes de crier « vous êtes chez nous » ici ou là. Parce que si les néerlandophones revendiquent une exclusivité sur un territoire pour se défendre de l’invasion subreptice de peuples voisins incapables de parler leur langue, il faut évidemment que ce territoire leur soit reconnu ou reconnaissable comme exclusivement néerlandophone. Or, c’est bien cette exclusivité que réclament, pour l’ensemble de la Région flamande et souvent pour Bruxelles, les Flamands ! Arguant que la Flandre (institutionnelle) est bien ce territoire qui « leur appartient ».  À ceci près que, revenons au thème, cette Flandre-là, ce territoire précis qui revient à une ethnie précise, elle n’existe pas !

Une Constitution qui situe mal.
La Flandre n’existe déjà pas dans la Constitution belge. Celle-ci établit qu’il existe, tenez-vous bien : trois communautés — compétentes pour les matières personnalisables (les communautés sont dites : flamande, française, germanophone)  — qui ont chacune un gouvernement. Elle établit aussi trois régions administratives qui prennent un « R » majuscule (la Région flamande, la Région wallonne, la Région bruxelloise), différentes de ces communautés, qui ont chacune un gouvernement. Et elle finit en consacrant quatre régions linguistiques qui prennent un « r » minuscule (la région de langue néerlandaise, la région de langue française, la région bilingue de Bruxelles-Capitale, la région de langue allemande) qui n’ont pas de gouvernement. Le mot « Flandre » n’apparaît pas dans la Constitution. Tout ce qui n’y apparaît pas n’existe pas. Moralité, la Flandre n’existe pas.

Comment s’articulent les trois espaces ? Tout d’abord, la Constitution n’établit pas de lien géographique ferme entre les communautés (qui correspondent aux « peuples » linguistiques) et les régions (qui sont des territoires). Ainsi, la Communauté française est aussi bien présente dans la Région de Bruxelles-Capitale que dans la Région wallonne, de même pour la Communauté flamande. Quant à la Communauté germanophone, elle se trouve uniquement, imaginez-vous ça : dans la… région wallonne ! Il n’y a donc pas de lien physique décisif entre communautés et régions administratives, qui ont du reste des gouvernements en principe distincts (le gouvernement communautaire peut exercer les prérogatives du gouvernement régional ou inversement, comme le fait la « Flandre », mais ce n’est que l’exercice des compétences d’autrui, une sorte de procuration, pas une passation définitive de pouvoir !)

Cela étant, la Constitution établit donc bien, notamment, une « région de langue néerlandaise » effectivement identique à la Région flamande territoriale, ce qui fait dire aux flamingants (mais aussi à la Chambre flamande du Conseil d’État) que voilà bien le territoire forcément unilingue où s’établit le droit du sol flamand ! Mais la « région de langue néerlandaise » n’a pas droit à un gouvernement. Cette région linguistique est donc virtuelle et distincte de la Région flamande. La Communauté flamande est évidemment compétente dans cette « région de langue néerlandaise », mais à ma connaissance, la Constitution n’indique pas que la Communauté flamande « possède » ce territoire. Autrement dit, il n’y aurait pas un droit de sol ferme de la Communauté flamande sur la région de langue néerlandaise : un droit de gestion administratif n’est pas un droit de propriété.

Un étrange conseil.
Pourtant, une chambre flamande du Conseil d’État a statué que si la Région flamande était une région de langue néerlandaise (ce qui est un raccourci, puisque les deux sont distincts dans la Constitution), elle était forcément une région « unilingue néerlandaise ». Il s’agit là d’une étrange extension sémantique de la part d’une haute Cour : si le Législateur l’avait voulue « unilingue », ne l’aurait-il pas spécifié ? Ne peut-on pas plutôt conclure qu’elle serait « principalement flamande », par exemple ? Toujours est-il que le « Conseil d’État flamand » donnait ainsi à la Constitution une interprétation qui pouvait faire penser que la Région flamande était bien ce territoire unilingue et pur réservé au peuple néerlandophone et à nul autre, où seul le néerlandais était autorisé. Les flamingants en ont failli s’en étrangler de bonheur. Ils y ont aussi vu la confirmation de ce qu’ils avaient cru lire dans la Constitution : que celle-ci établissait un principe de territorialité. Une frontière immuable. Autrement dit, la dernière chose qui manquait à la Flandre pour devenir… un état. Ou presque. Ils se sont congratulés ! Vive la Flandre unilingue et sa frontière nationale !

Oui, mais non. Parce qu’il y a un « mais ». Non, pire : il y en a (au moins) trois. Le premier : dès lors que l’art. 4 de la Constitution précise que : « les limites des quatre régions linguistiques ne peuvent être changées ou rectifiées que par une loi (…) », le principe de territorialité, à savoir la consécration de l’immuabilité du « territoire flamand » (ou de n’importe quel autre, d’ailleurs) est caduque : si la Constitution avait voulu établir des frontières définitives, elle n’aurait de toute évidence pas prévu la possibilité de les modifier ! La région de langue flamande n’a donc pas de frontières fermes. Tout au plus une limite réputée temporaire.

Mais encore ?
Le second « mais » permet de comprendre pourquoi Yves Leterme et consorts veulent la fin des « facilités » pour les Francophones. Tout d’abord, les « facilités » sont inscrites dans la Constitution. Elles concernent notamment des communes situées dans la région de langue néerlandaise. Elles donnent des droits aux Francophones qui habitent la « Flandre » (la même chose existe à l’inverse pour des Néerlandophones et des Germanophones en « Wallonie » francophone). Et elles établissent donc l’existence de régions en pratique bilingues à l’intérieur même de la « région de langue néerlandaise » (et aussi, bien sûr, de la « région de langue française ») ! Donc, soit la Constitution belge se contredit et c’est ballot, soit le terme de « région de langue néerlandaise » n’implique pas réellement un unilinguisme de la région en question, mais bien un usage administratif principal (mais pas exclusif) du néerlandais. La Flandre ne serait dès lors pas une région purement unilingue comme le prétend la chambre très flamande du Conseil d’État, certains ministres, ou tous les flamingants ! C’est bien foutu, cette Constitution…

Notez quand même que ces « facilités » ont le même caractère modifiable (comme le faisait remarquer Pieter-Jan dans un commentaire récent sur mon blog) que les « frontières » des régions dont je parle plus haut, à savoir que pour les modifier, il faut une majorité dite spéciale des deux tiers de l’ensemble des députés, avec en sus une majorité dans chaque rôle linguistique de chaque chambre. Cette majorité est très probablement impossible à réunir, ce que des politiciens enthousiastes des deux rôles linguistiques interprètent comme une « définitivité ». Mais une Constitution ne s’encombre pas des potentialités d’exécution ou des croyances des uns ou des autres sur la faisabilité de ce qu’elle prévoit : le seul fait intéressant légalement est qu’elle précise que ces limites peuvent être modifiées ! Contrairement à ce qu’affirment les partis francophones, on ne peut donc pas vraiment dire que les facilités sont « bétonnées » dans la constitution.  Ni leur existence, ni leur étendue territoriale ne sont fixées à jamais ! Mais à l’inverse, il en va de même pour le « territoire » flamand (ou francophone, ou bruxellois, etc.) : la Constitution, soigneusement négociée, autorise la modification des frontières de communes, de provinces, des régions linguistiques et de Régions administratives, et ne reprend a fortiori nulle part ce principe de territorialité trop (très) cher à la plupart des partis flamands.

Arrondissons les angles.
Le troisième « mais », c’est l’arrondissement judiciaire et électoral de BHV. Le territoire électoral et judiciaire est divisé en arrondissements en Belgique. Tous les arrondissements suivent désormais la « frontière linguistique ». Sauf celui qui réunit Bruxelles (B) en région bilingue, et les cantons mitoyens de Hal (H) et de Vilvoorde (V), tous deux en région de langue flamande, qui comprennent notamment les 6 communes à facilités de la périphérie et les bourgs à minorités française d’Overijse, Vilvoorde, Zaventem, Beersel, etc. De ce fait, les habitants francophones de ces communes flamandes périphériques, la véritable banlieue de la capitale, peuvent voter pour les partis francophones présents à Bruxelles au lieu d’être limités aux partis présents en Flandre, tous exclusivement néerlandophones — l’usage d’une autre langue étant interdit partout en politique (mais aussi, par exemple, dans les églises, sur certains terrains de sport, les centres culturels, etc.) L’arrondissement judiciaire idoine permet en outre aux plus de 100.000 habitants de langue française qui vivent en périphérie bruxelloise de se défendre en justice dans leur langue maternelle.

Ces arrondissements ne sont pas repris dans la Constitution. Ils peuvent être fixés ou modifiés par une loi simple à la majorité simple. Et donc, un jour, « la Flandre » pourrait arriver, puisqu’elle a 58 % des députés, à décider de les scinder en deux, avec une partie unilingue où l’on ne pourra plus voter pour les partis francophones, ni être jugé en français, et la partie Bruxelloise bilingue. Ainsi, deux droits élémentaires des Francophones habitant le « territoire flamand » pourraient leur être soustraits. Il est à noter qu’en fait, ces avantages donnés aux Francophones ne lèsent en rien les Néerlandophones (que me chaut si mon voisin peut être jugé dans sa langue ? N’est-ce pas un tant mieux ? ) S’ils veulent les abolir, c’est, semble-t-il, parce qu’ils ne supportent l’idée que cette minorité (de 20 à 25 % toutefois, avec des pointes à 90 % sur certaines communes) puisse disposer de droits dont les Flamands du Brabant Wallon (qui sont moins de 5 % et n’ont jamais rien demandé !) ne disposent pas. Il est vrai, en outre, que le Conseil d’État exige une solution pour cet arrondissement (très, très légèrement) discriminatoire. Solution ne signifie évidemment pas nécessairement scission, mais la Flandre politique et journalistique a largement expliqué à son opinion publique que la Cour exigeait pour le coup la scission, et les Francophones qui tentent d’argumenter sérieusement sont présentés comme de vulgaires camelots d’une information réputée absurde, voire insultante.

La loi prévoyant la scission politique (et pas encore judiciaire) de BHV fut déposée par les partis flamands en 2008. Elle est prête à être votée. Elle a déjà failli faire tomber deux gouvernements avant même d’être mise à l’agenda. Elle a participé à la fragilisation du premier ministre Yves Leterme, qui a fini par tomber sur un petit mensonge (affaire Fortis) quelques mois plus tard. Actuellement (juillet 2009), on attend simplement que les recours francophones s’épuisent (vers mars 2010) pour mettre la scission de cet arrondissement à l’agenda de la Chambre et la voter, partis francophones contre partis flamands. Dans un état bilingue, un tel affrontement peut signifier le début de la fin de la nation.

Mais de toute façon, tant que l’arrondissement de BHV n’est pas scindé, dans les faits, l’on ne peut pas considérer la Flandre comme une région administrativement unilingue. Et il est très improbable que les Flamands, même avec leur majorité parlementaire, arrivent à changer les choses : si ce vote unilatéral de la scission de BHV avait bien lieu, il ferait immédiatement tomber le gouvernement. Et sans gouvernement, pas de promulgation de la Loi. Officiellement, toute nouvelle élection fédérale serait alors anticonstitutionnelle, parce que le Conseil d’État a imprudemment donné une limite temporelle (2007) à la résolution du problème. D’où les plus nationalistes affirment que sans la possibilité d’un nouveau gouvernement, l’État serait caduc. De toute manière, il ne vaut mieux pas que le Roi (qui doit sanctionner les lois) ait à choisir un camp en signant une telle loi, car cela reviendrait pour lui à prendre parti pour le Nord et à s’aliéner le Sud. Et s’il ne signe pas, c’est la Flandre qui se sentira humiliée, avec des conséquences imprévisibles. Donc, BHV ne sera très probablement scindée qu’en vertu d’une solution négociée. Et les Flamands devront y mettre le prix. Le gros prix. Parce que les Francophones ne sont pas prêts à céder. Ce n’est pas tant qu’ils veulent du mal aux politiciens flamands, ce serait plutôt qu’ils n’ont pas le droit moral de le faire.

Un Brabant pas pur.
Pourquoi une telle réticence à accepter la scission d’un simple arrondissement électoral ? Parce que, comme je viens de l’évoquer, l’existence même de l’arrondissement de BHV (depuis plus d’un siècle) prouve que le Brabant flamand n’est pas exclusivement néerlandophone, ni administrativement, ni au niveau de sa population, et qu’alors, exiger la pureté de la langue sur ce territoire bilingue serait un abus au regard des droits de l’homme, du droit international, etc. Autant d’arguments précieux au jour éventuel de la séparation de l’État. Si précieux même que Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel à l’ULG a parlé de BHV comme d’un « diamant pur » (dans La Libre Belgique). Pourquoi ? En deux mots, lorsqu’une nation est divisée, elle l’est généralement selon le principe de l’uti posseditis, soit « ce que tu as possédé, tu possèderas », et l’existence de l’arrondissement de BHV contredit l’idée qu’il existe, sur le sol du Brabant flamand, une « nation populaire » exclusivement flamande et que seul le « peuple flamand » aurait « possédé » ce sol. Or, le droit international n’autorise absolument pas l’autodétermination des territoires, mais bien uniquement celle des peuples. Et si le Brabant flamand n’est pas habité par un peuple clairement définissable (le peuple flamand, en l’occurrence), eh bien, il n’est pas concerné par l’autonomie territoriale flamande constituant une future nation. Autrement dit : BHV est un énorme obstacle à la reconnaissance internationale du soi-disant principe de territorialité de la Région flamande. Un diamant, on vous dit !

Reprenons notre sac de billes et ouvrons quelques autres boîtes linguistiques : la Communauté flamande est compétente dans la Région flamande ainsi que pour les habitants néerlandophones de Bruxelles. Mais la Région flamande et la « région de langue néerlandaise » ne couvrent pas Bruxelles ! Donc, Bruxelles ne fait pas partie de ce « sol flamand » éventuel. BHV et ses droits de vote et de justice aux Francophones couvrent Bruxelles et aussi une partie de la région réputée unilingue flamande. Donc, les cantons de Hal et de Vilvoorde, soit presque toute la périphérie bruxelloise, ne sont pas certainement unilingues néerlandophones. Quant aux facilités, elles envoient une bonne vingtaine de communes monolingues (wallonnes, flamandes, germanophones) dans le bilinguisme administratif. Moralité, aucun territoire belge clairement délimité n’est représentatif d’un peuple linguistique et de fait, le « territoire uniquement flamand ou néerlandophone » n’a pas une limite clairement établie, ni par la Constitution, ni par la réalité. Pire : la frontière linguistique est, par la force des choses, perméable : une commune wallonne ayant trop peu d’élèves néerlandophones pour organiser un enseignement primaire (une trentaine tout au plus), la Communauté flamande y a créé une école qu’elle paye et gère; donc dans une autre région linguistique. Et par ailleurs, la Flandre a laissé la Communauté française inspecter les écoles primaires francophones des communes à facilités de la Périphérie bruxelloise, situées en région néerlandophone. Implicitement, elle a donc reconnu une compétence francophone sur son territoire. N’avons-nous donc pas là un amas de preuves que ces localités ne peuvent en aucun cas relever d’un état unilingue et que leur population doit forcément être soustraite de ce fameux « territoire unilingue flamand », a fortiori dès lors que la Constitution belge elle-même établit une partie de ces exceptions ? Je prétends que oui. Et voilà : le territoire flamand, celui qui est censé « appartenir exclusivement » au « peuple flamand », au regard du droit international, est en fait complètement flou !

La Capitale peine.
Et ce n’est pas fini : cette « Flandre » n’a même pas de réellement de capitale ! D’après un décret flamand, ce serait Bruxelles. À savoir : la ville de Bruxelles (la Région de Bruxelles-Capitale est une région et ne peut donc pas être prise pour capitale). Or, cette ville de Bruxelles est située dans, justement, la Région de Bruxelles-Capitale. Et donc, pas dans la Région flamande. La Région flamande n’ayant pas de compétences dans la Région bruxelloise, elle peut bien hurler que Bruxelles (ville ou région) est sa capitale, ça ne vaut rien, ce n’est pas possible !

Seule la Communauté flamande en aurait éventuellement le droit, puisqu’elle est compétente pour les quelque 10 ou 12 % de Flamands de Bruxelles. Mais le Conseil d’État ne l’entendit pas de cette oreille : il a refusé à deux reprises à cette Communauté flamande le droit de décider d’une capitale, a fortiori de l’établir à Bruxelles ! En 1982-83, il le fit en arguant que la Constitution belge précise dans son art. 194 que « la ville de Bruxelles est la capitale de la Belgique », mais ne dit mot des Communautés. La Cour partait du principe que si la Constitution avait voulu autoriser les Communautés à se doter d’une capitale, elle l’aurait stipulé. Le Gouvernement flamand envoya un second projet de décret, prétendant que le choix de Bruxelles était purement symbolique, et non juridique, ce à quoi, en gros, le Conseil d’État répliqua que les termes utilisés dans le décret démontraient plutôt le contraire. Jugez du ton : « Brussel est une ville originellement néerlandaise qui a joué un grand rôle dans l’histoire du peuple flamand. Nous voulons souligner l’implication de Bruxelles dans la Communauté flamande. Nous affirmons que, de par sa valeur historique et sa signification internationale actuelle, Brussel est la mieux indiquée pour remplir la fonction de capitale de la Communauté flamande. » Le Conseil d’État ajouta que de toute manière, une capitale était toujours symbolique. Voilà donc un projet de décret soigneusement fusillé pour inconstitutionnalité. Mais la Flandre passa outre et établit sa capitale et son siège à… Bruxelles ! (De Grondwet en de Raad van State, afdeling Wetgeving, Jan Velaers, Maklu 1999)

L’avis du Conseil d’État reste valable, et même si la Flandre l’a décrété, Bruxelles n’est pas la capitale de sa communauté parce que ce n’est pas constitutionnel, et encore moins de sa région, puisque Bruxelles fait partie d’une autre région autonome, et qu’y imposer sa capitale viole le sens commun (aucun état fédéral d’aucun pays n’a sa capitale dans un autre état) mais aussi l’autonomie même de la Région de Bruxelles-Capitale ! Pire encore : la Flandre a « fusionné » région et communauté, ce qui revient à dire que lorsque le parlement flamand, à Bruxelles, prend des décrets régionaux, il le fait indûment sur un territoire qui ne lui appartient en aucune manière et pour aucune matière ! C’est comme si le Maire de Paris siégeait à Lille.

Tant que l’Etat belge est fédéral, ce siège est toutefois admissible selon le principe suivant : la Communauté flamande a réellement le droit de siéger à Bruxelles, puisqu’elle y a des compétences. Celle-ci peut bien inviter le Parlement flamand à siéger dans son cénacle puisque les deux parlements sont identiques, et surtout parce que la Constitution l’autorise à gérer des matières régionales flamandes : les parlementaires ne vont quand même pas déménager à chaque fois qu’ils doivent voter communautaire ou régional ! Vu sous un angle pratique, on peut donc difficilement contester le droit à ce Parlement flamand de siéger à Bruxelles si cela se fait en bonne entente avec le gouvernement bruxellois, seul garant de l’autonomie de la cité-région. Mais ce n’est évidemment pas pour autant sa capitale. Et c’est là qu’on rigole : si Bruxelles n’est pas légalement la capitale de la Flandre, et que celle-ci n’en a choisi aucune autre, c’est bien que Moeder Vlaanderen (Mère-Flandre) n’a pas de capitale ! Et si le pays devait se séparer, le Parlement flamand n’aurait plus le droit de siéger à Bruxelles. Plus du tout. Buiten. (Dehors !)

La Constitution quand ça m’arrange.
Ceci mis à part, ce double refus de se conformer à la décision du Conseil d’État est quand même étonnant de la part d’un gouvernement flamand qui se présente comme le parangon de vertu constitutionnelle dès qu’il s’agit de brocarder trois malheureux bourgmestres francophones ou de prétendre à l’obligation de scission de l’arrondissement de BHV, non ? La manœuvre flamande, ce besoin absolu d’aller à l’encontre du droit pour établir à toute force sa capitale dans la Capitale montre alors bien l’ambition réelle de cette Flandre politique-là : prendre prétexte de la présence de Bruxelles-ville (« sa capitale ») dans la Région de Bruxelles-Capitale pour y revendiquer le pouvoir territorial ! Et cela, que le pays se scinde ou non… Peut-on vérifier cette volonté ? Mais oui : Kris Peeters, ministre-président de la Flandre, nie ouvertement le droit à l’autonomie régionale de la Région de Bruxelles-Capitale, prétendant qu’elle est un cas à part non comparable d’avec la Wallonie ou la Flandre. Il rappelle également que « Bruxelles est la capitale de la Flandre » (c’est à croire qu’il y croit !) Pour une région aussi à cheval sur son autonomie, c’est gonflé de la refuser aux autres, non ?

Mais on voit aussi les limites de cette exigence capitale quand on la confronte à la réalité et que ce gouvernement flamand décide, par exemple, d’offrir une ristourne fiscale à « tous les Flamands » et constate à regret que la Constitution lui interdit de le faire à Bruxelles (sa propre soi-disant capitale !) parce que là, la Flandre n’est plus compétente fiscalement. Du coup, le Flamand de Bruxelles n’a pas droit à la ristourne auquel le Francophone de Flandre a droit, ce qui ne devrait choquer personne, mais a causé bien des remous dans la ville, où le chef du groupe chrétien-démocrate flamand, Walter Vandenbossche, a demandé qu’on trouve une solution pour que le Flamand de Bruxelles (a contrario du Francophone) puisse bénéficier de cette ristourne-travail, par exemple sur une base volontaire : seuls ceux qui se reconnaîtraient flamands la recevraient ! Évidemment, la proposition de ce membre du parti du Premier-Ministre revient à un impôt racial réservé aux « Flamands » et refusé aux « Francophones » (trop pudiquement, les partis francophones parlent de « sous-nationalité »). Un autre membre de son parti écrivait que cette impossibilité de donner la Jobkorting aux seuls Flamands de Bruxelles montrait la nécessité d’une réforme poussée de l’État qui permettrait de créer… deux nationalités dans la capitale ! Impôt racial, apartheid, voilà donc le contenu de la réforme de l’État voulue par les Flamands ?

L’impossibilité légale pour la Flandre d’octroyer cette jobkorting à sa population de « sa » capitale prouve bien que la Flandre, ce n’est pas très précis, ni dans la Constitution, ni dans les faits : un état (con)fédéral qui ne peut même pas offrir une ristourne fiscale aux habitants de sa capitale, c’est une billevesée, une coquecigrue, une vue de l’esprit. Et voilà ce qu’est, réellement, la Flandre : une vue de l’esprit ! Mais certainement pas un territoire doté d’un « principe de territorialité ». Elle peut bien s’en gargariser pendant un siècle, ça n’inscrira pas ce principe dans la Constitution.

 

Trackbacks

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Commentaires

Excellent travail Marcel.

La revendication de Bruxelles par la Flandre devra se faire au prix de son sang.

Ecrit par : Guy | mardi, 28 juillet 2009

Je persiste... Bruxelles ne vaut plus une messe !

Et je trouve la remarque belliqueuse de Guy inconsciente. D'autant plus que d'ici vingt ans il y aura moins de 20% de belges dans la Capitale.

Ne parlons pas de sang et ne faisons pas de musculation... n'oublions pas que quasi toutes nos familles sont composées de près ou de loin de membres issus des deux communautés. Je me vois mal me bagarrer avec mon cousin ou tout simplement mon ami.

En revanche, il y aura un jour des émeutes à la française dans les ghettos, ça c'est sür !

Ecrit par : Bob | mardi, 28 juillet 2009

J'ai lu ton texte (en diagonale) et ça me fait songer à une dispute de ménage au cours de laquelle l'un reproche 36 choses (+ le reste ) à l'autre.

Le droit n'a plus rien à voir ici, d'autant plus qu'il sera interprèté différemment de part et d'autre. C'est ce que j'appelle parler du sexe des anges.

Les francophones pourront aller à la Cour de Cassation, à Strasbourg ou à l'ONU si ça leur chante, avec des tonnes de textes et documents historiques... la scission se fera sur la base des frontières actuelles. Point.

Reste à discuter l'avenir administratif des 15% de Flamands de Bruxelles ( pour les francophones de Flandres, c'est plié ) , et si on trouve un accord, il ne faudra même plus de couloir, puisque Bruxelles reviendra à la Wallonie. Et si on ne trouve pas d'accord... ce sera le flou en Wallonie, pendant que la Flandres commencera immédiatement à organiser son nouveau pays.

Tout le reste, c'est du vent et de la gestuelle...

Ecrit par : Bob | mardi, 28 juillet 2009

@ bob : "la scission se fera sur la base des frontières actuelles. Point". ...tu l'as lu plutôt à la verticale l'article non? l'article explique justement que les frontières actuelles sont floues...

"Reste à discuter l'avenir administratif des 15% de Flamands de Bruxelles" .....heu 10% voir 8% si on tient compte des dernères élèctions...


"pour les francophones de Flandres, c'est plié"......et hop, on fait un gros déni de démocratie, on le fait discrètement et rapidement et puis on n'en reparle plus? ok? ....mais vous prennez vraiment le francophones pour des cons....

Ecrit par : rol u matten | mardi, 28 juillet 2009

Excellente analyse en effet et une fois de plus.

Comment la Flandre interprète la Constitution et la traduit à son avantage.
A croire que celle-ci a été écrite suffisament floue que pour être comprise différement où qu'on se trouve ???

Quant à Bob le Libraire, il commence à nous gonfler avec son ostracisme (et je reste gentil car dans ostracisme il y a aussi le "préfixe" ost....)

Ecrit par : Pierre | mardi, 28 juillet 2009

En pratique, le droit international prime le droit européen, qui prime le droit des Etats-membres, donc l'Etat fédéral belge, qui prime le droit des entités fédérées, et donc aussi des éventuels circulaires de ces entités.

La Flandre ne tient pas compte de cette hiérarchie du droit. Par exemple, des circulaires régionales flamandes (Peeters, Martens, Keulen) priment le droit fédéral, ce qui est parfaitement illégal. Autre exemple, les autorités flamandes s'opposent à ce que l'Etat fédéral ratitie la convention cadre sur la protection des minorités.

Les exemples sont nombreux. Ils sont typiques de ce que la communauté internationale qualifie typiquement d'Etats-voyous. La Flandre en fait partie et c'est pour cette raison qu'elle actuellement placée sous monitoring des plus hautes instances européennes et internationales.

Malheureusement, cela ne changera rien. Parce que les Etats-voyous, par définition, ne respectent pas le droit international et donc encore moins les recommandations ou résolutions votées par la communauté internationale. La communauté francophone de Belgique ne doit donc compter que sur elle-même.

Et si les Wallons et Bruxellois décident de se soulever contre les graves violations des Droits de l'Homme commises par cet Etat-voyou qu'est devenu la Flandre, alors ils pourront compter sur un soutien plus constructif de la communauté internationale. Mais s'ils ne réagissent pas, ils continueront à subir la politique de l'envahisseur flamand. Après tout, pourquoi se gênerait-il?

Ecrit par : unbruxellois | mardi, 28 juillet 2009

A Bob,

Je partage un avis semblable sur un point, se réfugier derrière le droit ne résoudra jamais rien car vu toutes les interprétations possibles, ça ne résoudra rien. Et puis le droit est à géométrie variable en pratique. Seul le droit pénal n'est pas sujet à interprétation. Le droit évite la confrontation mais ici on a l'impression que c'est plutot le contraire.

Pour Bruxelles, il y a encore pas mal d'élus Flamands qui croient la récupérer bien plus que l'opinion publique qu'ils représentent.

Ecrit par : Guillaume | mardi, 28 juillet 2009

Bonjour Marcel,

Tout d'abord, merci de m'octroyer une place dans votre analyse :-)

Je dois vous avouer que j'ai eu du mal a suivre votre raisonnement, surtout quand je lis le titre du dernier paragraphe. J'ai l'impression que vous faites la meme chose dans votre analyse:
Vous etes parti de l'hypothese que la territoire "la flandre" n'existe pas, puis vous niez l'existence de cette territoire n'existe pas parce que les mots "la flandre" ne se retrouve pas dans la constitution (bien que la Region flamande y se retrouve). Vous expliquez que la region de la langue neerlandais et la Region flamande sont identiques et bien defini dans la constitution, mais il n'y aurait pas de territoire flamand???
Concernant BHV, vous savez tres bien que pour les elections regionales cette arrondissement n'existe pas. Ne croyez-vous pas que le droit international considera les arrondissements pour les elections regionals au lieu celles des election federales alors inexistant? J'ai beau lire que vous postule qu'il n'y a pas un peuple flamand uniform, unilingue etc. Ceci n'est nullepart le cas, particulierement si vous regardez au conflit du Balkan. Cela n'a pas empecher les Kosovars de se declarer independant et de garder les communes a fort majorite serbe dans leur nouveau pays (je veux soulligner que je n'espere pas une balkanisation du pays ni se fin).

Petit remarque a cote, je lis ici que le cour constitutionel a interdit au gouvernement flamand de accorder le jobkorting aux bruxellois neerlandophones. Si ca serait inconstitutionel (comme vous avez vous demande dans un autre post), pourquoi n' la cour pas interdit ce jobkorting tout court?

Ecrit par : Pieter-Jan | mardi, 28 juillet 2009

Bravo pour ce remarquable exposé ! J’en retire quelques réflexions :

Tout d’abord, la constitution belge est infiniment plus solide et mieux charpentée que je le pensais. Les multiples révisions l’ont changée de fond en comble mais la qualité intrinsèque de la loi fondamentale ne semble pas avoir été altérée. J’en retire un respect rétrospectif pour ceux et celles qui ont mené à bien ce travail de constituant depuis les années 70.

La constitution n’est pas floue et ambiguë, mais elle est subtile. Elle reflète la complexité d’un assemblage de peuples contraints de vivre ensemble dans les frontières d’un état artificiel. Malgré la qualité du texte, il y a des limites au grand écart, surtout que les uns et les autres (surtout les uns, suivez mon regard) voient midi à leur porte et interprètent la constitution comme bon leur semble.

Je trouve le travail intellectuel mené par Marcel dans cet article, de même que les analyses similaires menées depuis deux ans sur les forums et blogs que je lis, tout à fait passionnant à suivre. Je souligne cependant à chaque occasion que l’accumulation d’arguments de droit qui étayent une lecture « francophone » de la situation ne sera que d’un intérêt mineur dans la mesure où il n’y aura pas un juge impartial qui écoutera les points de vue et les plaidoyers des deux parties avant de trancher en toute équité. La Belgique va disparaître à l’occasion d’un règlement international, comme elle est apparue du reste. Dans ce processus, on s’intéressera moins aux arguments juridiques qu’aux considérations politiques et aux rapports de force sur le terrain. De là à soutenir que la partition territoriale de la Belgique se fera sur la base des délimitations administratives de la défunte, il y a un pas de géant qu’il ne faut pas franchir. Il tombe sous le sens qu’il n’est dans l’intérêt de personne de sanctifier la naissance par exemple d’une république flamande qui reproduirait en pire la tare congénitale de la Belgique défunte, avec notamment une minorité francophone substantielle, une situation qui ne pourrait que générer de nouvelles difficultés.

A mon avis, les chancelleries européennes auront à cœur de circonscrire les raisons de macérations futures et d’acrimonie, en limitant autant que faire se peut la création de minorités irrédentes de part et d’autres d’une frontière internationale qui devra être aussi indiscutable que possible. En pratique, cela signifiera logiquement une délimitation globalement (mais modérément) expansive de la sphère francophone et une contraction consécutive de la sphère néerlandophone pour tenir compte de la présence de poches de population qui n’auraient jamais dû se trouver de l’autre côté de la « frontière linguistique » ou qui auraient dû la franchir lors d’une révision de celle-ci consécutive à un recensement linguistique qui n’a jamais eu lieu. Restera à trouver une solution juste et équitable pour la minorité flamande de Bruxelles.

Un dernier point : dans un règlement international comme celui-ci, il n’est pas certain que les avis des politiciens futur-ex-Belges soient pris en compte plus que de raison, dès lors que c’est d’équilibre européen qu’il s’agit. Les obsessions territoriales et les rancœurs ataviques n’ont que très peu de place dans un tel processus.

Ecrit par : JPBWEB | mardi, 28 juillet 2009

Dag Pieter-Jan,

1. Je ne suis pas parti de l'hypothèse que la Flandre (j'entends bien la Flandre comme la conçoivent les médias et les politiciens flamands) n'existe pas. J'ai fait le constat inverse. J'ai pris l'argument du droit du sol, et je l'ai comparé à la réalité et à la Constitution, pour constater qu'il n'est en tout cas pas aussi ferme qu'on le dit. Quand on oppose la Flandre du droit du sol à la Francophonie du droit des gens, on tombe sur un mur : que se passe-t-il alors à Bruxelles. Mon but ici n'est pas de démontrer que la Flandre n'existe pas (ce serait absurde, et je l'ai écrit), mais que ses revendications sur certaines communes sont pour le moins difficiles à maintenir en cas de scission, et que tant qu'on reste ensemble, cette revendication du droit du sol n'a pas de sens ! Donc, rassurez-vous, aujourd'hui, il y a un territoire flamand, mais le Gouvernement flamand n'a pas, et on le voit bien avec BHV ou les facilités, tous les pouvoirs dans le Brabant flamand, et encore moins dans les Communes à facilités. La raison est qu'il ne peut y appliquer le droit territorial comme il le fait (presque) librement à Gand ou à Wingene.

Mon but est aussi d'essayer de faire comprendre aux Néerlandophones qui me lisent que ce qui est présenté comme tout à fait évident au Nord ne l'est en fait pas tant que ça et que le principe est surtout de créer des barrières « mentales » pour que l'opinion publique flamande s'élève par avance contre, par exemple, la cession de 1% du territoire à Bruxelles. Alors que je suis persuadé que, sans Rhode, Linkebeek, Crainhem, etc. la Flandre se porterait beaucoup mieux. Déjà, elle pourrait travailler à son capital sympathie.

2. Concernant BHV, je vais vous surprendre : je crois que les instances internationales ne s'y interesseront pas des masses. C'est trop compliqué à comprendre :-) Alors, s'ils s'y intéressent, je pense que c'est plutôt l'arrondissement judiciaire qui les attirera, parce que le droit d'être jugé dans sa langue (et ça, le mouvement flamand s'est assez battu pour l'obtenir) est plus précieux que de pouvoir voter pour Reynders ou Milquet ! En plus, cet arrondissement devrait être scindé différemment : si j'habitais chez M. Doomst, je trouverais logique de ne pouvoir voter que pour les partis de Flandre (pas nécessairement flamands, mais inscrits en Flandre) alors que si j'habitais à Linkebeek, je trouverais étrange de ne pas pouvoir voter PS, MR, etc. mais aussi VLD, CD&V, etc. Je trouve qu'il faut se calquer sur la réalité sociale, pas inventer des zones impraticables.

3. Je sais bien qu'il n'existe aucun peuple uniforme. Je regrette juste le besoin de nationalisme (isoler un peuple et l'attacher à un territoire donné). On peut être breton, exiger l'enseignement du breton, sans pour autant vouloir interdire le français aux Gallos et exiger l'indépendance. J'avais un aïeul originaire de Wolvertem (Brabant-Flamand). Il ne se disait ni flamand, ni brabançon, mais bilingue. Est-ce si difficile à comprendre qu'au XXIe siècle, au centre de l'Europe, à-côté de sa capitale, il faut une ouverture à autre chose qu'un nationalisme d'un peuple pour un sol ?

4. Je ne suis pas d'accord avec la déclaration d'indépendance du Kosovo. Mais je ne sais pas si les Serbes y ont le droit de parler serbe dans les réunions communales. Je crois bien que oui. Dans ce cas, figurez-vous qu'ils ont plus de droits que les Francophones de Linkebeek. La Flandre n'a pas compris que les droits qu'elle cède aux Francophones ne sont pas forcément un recul du droit pour les Néerlandophones.

5. Sur la Jobkorting, je ne suis pas sûr que ce soit la Cour constitutionnelle, je devrais vérifier — j'ai plutôt l'impression que c'est le Gouvernement flamand qui s'est rendu compte que ce n'était pas possible de l'appliquer aux Flamands (ou plutôt aux néerlansophones) de Bruxelles. Personnellement, en vertu de l'art. 174, je crois qu'elle est inconstitutionnelle, même en Région flamande, mais il n'y a pas eu, à ma connaissance, de plainte à cet égard. Notez quand même que si les Francophones devaient porter plainte à chaque fois qu'ils voient une inconstitutionnalité ou une illégalité en Flandre, les partis du Sud ne feraient plus que ça, et les Wallons seraient encore plus mal vus dans les médias flamands :-) Cela dit, j'en reparle dans la suite, et c'est plutôt corsé. Notamment les déclarations de députés CD&V qui expliquent que la prochaine staatshervorming devra permettre un impôt différent pour les Bruxellois selon qu'ils soient flamands ou pas. Là, on pourra vraiment parler, non plus de "mesures d'apartheid", mais "d'apartheid fiscal".

Après les trois volets de ce texte, je vous promet de réfléchir à une évolution belge agréable pour tous. Mais je suis de plus en plus pessimiste quand je vois l'attitude du gouvernement flamand !

@Bob : j'appelle un chat un chat. Une femme voilée est une musulmane pratiquante. Il y en a 17% à Bruxelles, mais très concentrés dans certains quartiers. Elle a le droit de mouvement et d'installation libres si elle a ses papiers, tout comme une religieuse, un juif avec une kippa, un bonze en robe. On peut détester les religions, si on aime la liberté de pensée, on doit admettre la liberté religieuse. A présent : un ultra-islamiste est quelqu'un qui pose des bombes. Il doit être arrêté et jugé avant d'avoir le temps d'agir. Je ne crois pas que 17% des Bruxellois posent des bombes ou menacent notre avenir. A ce jour, aucun musulman, et j'en connais des dizaines, n'a jamais essayé de me convertir à l'islam ! Et aucun ne m'a jamais reproché d'être athée. Je ne peux pas en dire autant des catholiques !

Ecrit par : Marcel Sel | mardi, 28 juillet 2009

Je vous suis très facilement dans le raisonnement que vous exposez ici. J'ajouterais juste une remarque à chaud: peu importe la réalité constitutionnelle, pour la Flandre. Car comme vous le dites, quand la Constitution belge dessert les intérêts flamands, ils "agissent comme si elle n'existait pas", tout simplement. Et la position de force dont ils jouissent en tant que première communauté du pays rend la chose possible.
(PS: d'ailleurs si on procédait à des recensements linguistiques partout en Belgique on aurait de sacrées surprises... une minorité flamande apparaîtrait en Wallonie (de Jodoigne à Houffalize ...), mais la présence francophone à la côté flamande et en périphérie bruxelloise leur ferait mal ... Mais encore une fois, leur position de force permet aux flamands de s'asseoir là-dessus.)
Alors si en plus les Cour flamandes (comme les chambres flamandes du conseil d'état ou les chambres flamandes de la Cour d'appel de Bruxelles) valident par des jugements illégaux mais qui font jurisprudence - des règlements anticonstitutionnels ... comme pour le Circulaire Peeters ou les assesseurs récalcitrants de (B)HV...
Et oui, nous en sommes-là. La "Flandre n'existe pas et Bruxelles n'est pas sa capitale", mais s'ils envoient leurs chars et leurs canons sur Bruxelles, cette déclaration vaudra son pesant de vent.

Ecrit par : didier | mardi, 28 juillet 2009

@rol u matten
Non je ne prends certainement pas les francophones pour des cons, ni personne d'ailleurs... mais ta remarque, beaucoup de flamands se la font également dans l'autre sens. C'est ça le débat. Il n'est pas facile, je te l'accorde.

On en revient toujours aux bases: droit du sol et droit des gens. On a bien déblayé.

Perso, je crois que c'est plié. Et pour les francophones de la périphérie et les 8 ou 10 ou 15% de flamands de bruxelles qui s'en iront de toute façon, au train où évolue la capitale.

C'est un point de vue, une prédiction ( vraie ou fausse ). l'avenir nous le dira.

Ce qui reste à négocier ? A mon sens (mais je ne représente rien) un couloir et un dernier moratoire...

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@Pierre

Passons sur "ost"... on commence à en avoir l'habitude avec les médias francophones, tous de gauche, pour qui le simple fait de ne pas être de leur côté = extrême droite, nazi etc...

Deux choses:
Un,
Je parle de façon carrée, c'est le moins qu'on puisse dire et c'est voulu. le "parler vrai" au risque de caricaturer nous permet d'avancer plus vite et d'aller directement au noeud du débat. Certains textes ici sur ce forum sont très longs, je songe notamment à tout ce qui concerne le juridictionnel... qui m'intéresse peu, car je sais fort bien qu'on n'en tiendra pas compte.

Le cas du Kosovo est là pour nous le rappeler. Voila une province qui est serbe orthodoxe depuis des temps immémoriaux, qui accepte par laxisme (comme chez nous) de se faire envahir par des immigrés albanais musulmans, qui un jour ( se sentant assez nombreux ), exigent puis prennent le pouvoir... avec l'aide militaire de l'OTAN de l'Europe.

C'est un exemple aussi parlant qu' Israël, le Tibet, l'Ingouchie etc...

Alors les lois et les règlements internationaux...

Deux,
La politique, c'est prévoir. Non pas gérer les problèmes actuels ( ça c'est le rôle de l'administration et du pouvoir ), mais préparer les aléas de demain.

C'est donc maintenant qu'il faut arrêter l'islam ( je vous rappelle qu'il est entré au Parlement avec un voile ). Même pas peur...

C'est maintenant qu'il faut se faire à l' idée possible ( selon moi évidetne ) de la scission du pays.

Ecrit par : Bob | mercredi, 29 juillet 2009

Ce à quoi le fait penser votre analyse, c'est la Yougoslavie. A l'époque, j'étais môme, on ne voyait aucune limite intérieure entre les états la composant. Deux ans plus tard c'était la guerre.

Vu l'imbroglio que vous nous décrivez, et les réactions de Bob, que j'espère très minoritaire, il me parait évidement que le jour de l'indépendance de la Flandres, il y aura émeute voire guerre pour résoudre le problème de Bruxelles, qui n'ira certainement pas en Flandres, j'en suis convaincu. Et vu vos remarques sur la composition du haut commandement de l'armée belge, je suis assez inquiet si une telle hypothèse devait se réaliser.

Ecrit par : Javi | mercredi, 29 juillet 2009

A Marcel,

Concernant Kosovo, je veux bien croire que les Serbes y peuvent parler serbes au conseil. Malheureusement ils ont dependant de la Serbie pour leur electricite, gaz et eau. Je ne pense pas que les habitants de Linkebeek sont prives de ces droits primaires par la Flandre.
Autrement que vous, je pense que la Flandre doit assumez ses responsabilites pour toute la Flandre, il n'y a pas question de gerer le Brabant Flamand ou BHV differement que le reste de la Flandre. Qu'elle fasse des exceptions pour les commune a facilite ce n'est que normale, elle le fait deja aujourd'hui pour le Wooncode.
Concernant BHV, je ne pense pas que l'arrondissement judiciare primera sur l'arrondissement electorale. Le droit d'etre juge dans sa langue ne devrait pas etre lie au fait que vous habitez Tervuren ou Liedekerke, Knokke ou Malmedy. Allez ca c'est mon avis. D'ailleurs j'ai une propositions en 4 etapes pour scinder BHV:
1. Nommer les 3 bourgemestres (concession symbolique de la Flandre)
2. Scission de BHV (concession des francophones)
3. Ratification de la convention-cadre (concession de la Flandre)
4. Fin des facilites partout en belgique

(Quand je lis les textes du FDF qui remplient ma boite au lettres, j'ai quand-meme l'impression qu'ils ne manquent pas une possibilite de porter plainte contre les decission flamande. )

PS: Vous ne m'avez pas tellement convaincu que la territoire flamand n'est pas aussi reel que les medias flamand veulent me faire croire. Mais j'applaudis vos efforts.

Ecrit par : Pieter-Jan | mercredi, 29 juillet 2009

Pour certains Irlandais, L'Irlande du Nord n'est pas une partie du Royaume-Uni. Pour certains Basques, le Pays Baske n'est pas une partie de l'Espagne (de la France). Pour certains Serbes, le Kosovo n'existe pas. Pour certains Russes, la Tsjétjéne n'existe pas. Pour certains Tibétiens, la Chinne n'existe pas dans leur région. Pour certains Chinois, les Tibétiens n'existent pas. Pour certains Canadiens, le Québec n'est qu'une province, pour certains Catalans, certains Espagnols, .... etc etc etc.

Et tous ces gens-là ont des arguments ; certains arguments sont sérieux, autres amusants. Parfois ils trouvent des liens avec des lois internationales, même nationales. Mais ils restent très émotionels.

Et ils pensent tous d'avoir raison.

Donc il n'est que normal qu'on rencontre parfois des gens génials qui ne reconaissent pas "La Flandre" (parce que dans la constitution, on ne parle que de la Région Flamande ...), etc etc, ....

Le grand problème de ces gens-là, c'est qu'ils sont tellement convaincus de leurs idées, qu'il ne restent pas beaucoup de liberté de discuter. On est convaincu. Point finale. Et on perd chaque lien avec la réalité. Le grand problème de pas mal de 'kamergeleerden'. Des inventeurs qui ne quittent pas leur chambre, qui ne testent jamais leurs inventions en air libre.

Le "Sire , il n' y a pas de Belges, il y a des Flamands et des Wallons " de J. Destrée (1917 ?) reste une constatation dûre pour certains parmi nous.

En franchîssant la Frontière Linguistique pas mal de choses changent. Les taxations, la langue administrative, la législation sur pas mal de terrains, ...

Une évolution que personne n'arrêtera ; l'Europe et les régions deviennent plus importants, des nations comme la Belgique perdent leur importance à petit pas.

Et si vous faites la différence entre "Vlaanderen" et le "Vlaamse Gewest" -pour nous, en Flandre, c'est la même chose. Et nous déciderons notre sort, pas vous.

Ecrit par : H.Elpze | mercredi, 29 juillet 2009

A H.Elpze,

Ca amènera tôt ou tard, l'UE à éclater tel l'URSS. L'UE en tant que seul marché unique aux régions ultra-concurrentiels et se haïssant presque ou jouant au protectionnisme n'a aucun avenir.

Ecrit par : Guillaume | mercredi, 29 juillet 2009

Très bel exposé en effet mais il faut osé aller plus loin. Pas plus qu'il n'existe un état flamand il n'existe un peuple flamand. Il n'existe qu'une population habitant les cinq provinces qui constitue la région flamande. En effet à part les autochtones habitant cetter région il y vit également de plus ou moins grandes minorités de Turcs, de Marocains, de Bulgares, de Ghanéen et j'en passe. Tout ces gens sont bien évidemment des flamands. La nationalité flamande n'existant pas il suffit d'habiter une des cinq provinces pour être flamand. Quant au problème de la langue ; le parlement fédéral ayant voté la loi déclarant que le Néerlandais est la langue qui doit être employée dans les contacts avec l'administration, ils est tout à fait normal que les habitant de cette région parle cette langue, ce qui en pratique y est tout à fait courant, également pour les étrangers. L'idée que "la langue est tout le peuple" défendue dans les milllieus flamingants, n'est certainement pas applicable à la région flamande.

Ecrit par : Alien | jeudi, 30 juillet 2009

Apres presque un an beaucoup d' hypotheses se sont realisees...a relire car tres interessant!!!

Ecrit par : Ben | dimanche, 16 mai 2010

Merci Ben. Le texte complet est dans la plaquette "la Flandre, ça n'existe pas"…

Ecrit par : Marcel Sel | dimanche, 16 mai 2010

La désinformation/manipulation flamande commence/continue sur Wikipedia:

"Brussels [...] is the de facto capital city of the European Union (EU) and the largest urban area in Belgium.[8][9] It comprises 19 municipalities, including the City of Brussels proper, which is the constitutional capital of Belgium, the French Community of Belgium, as well as Flanders and the Flemish Community." Lu sur http://en.wikipedia.org/wiki/Brussels le 2 août 2010.

"Le statut de Bruxelles, capitale de la Belgique, de la Communauté flamande et de la Communauté française, et de la Région de Bruxelles-Capitale est un des enjeux clés du fédéralisme belge qui voit la confrontation des deux principales communautés de Belgique." Lu sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Statut_et_enjeux_de_Bruxelles-Capitale le 2 août 2010.

Ecrit par : gerdami | lundi, 02 août 2010

La désinformation/manipulation flamande commence/continue sur Wikipedia (2):

"In contemporary Belgium, Flanders might be understood as the 'country of the Flemings'. This covers the north of Belgium Flemish Region and includes the Brussels Capital Region, the latter being shared with French speakers."
Lu sur http://en.wikipedia.org/wiki/Flanders le 3 août 2010.

Ecrit par : gerdami | mardi, 03 août 2010

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